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Histoire économique
Étude des événements passés sous l'angle des faits économiques (croissance, crises, répartitions)
Histoire de la pensée économique
Étude du développement des théories, écoles, controverses et paradigmes qui ont structuré la discipline économique
Vision cumulative (Popper, Schumpeter)
Le progrès scientifique est continu et cumulatif ; les nouvelles théories corrigent ou généralisent les anciennes, via cohérence logique et vérification empirique
Principe de falsification (Popper)
Une théorie scientifique n'est jamais définitivement vraie, seulement non encore falsifiée ; le scientifique doit tenter de réfuter ses propres hypothèses
Révolution scientifique (Kuhn)
Structure en deux phases : science normale dans un paradigme accepté, puis crise et remplacement du paradigme après accumulation d'anomalies (ex : passage du classique au néoclassique)
Programme de recherche (Lakatos)
Ensemble cohérent de théories partageant un noyau dur infalsifiable protégé par une ceinture protectrice d'hypothèses auxiliaires ; plusieurs programmes peuvent coexister
Métaphore de l'arbre (Leijonhufvud)
L'économie comparée à un arbre dont chaque branche est une approche théorique ; les bifurcations sont des choix méthodologiques et le progrès est relatif à chaque branche
Positif vs Normatif
Positif : décrire la réalité sans jugement de valeur. Normatif : prescrire des politiques
Économiste idéal selon Keynes (1924)
Doit être mathématicien, historien, homme d'État et philosophe à la fois ; comprendre les symboles et parler en mots, penser le particulier en termes du général
Œconomie (Aristote)
Gestion domestique, naturelle et honorable, selon Aristote
Chrématistique (Aristote)
Art de faire de l'argent par le commerce, jugé contre nature et condamné par Aristote (notamment l'usure)
Just price (Moyen Âge)
Notion médiévale chrétienne de « prix juste », encadrement moral de l'activité économique
Pourquoi pas de théorie économique avant le XVIIe siècle ?
Les sociétés antiques et féodales fonctionnaient par autorité (esclavage, servage) et tradition (métiers héréditaires) ; les échanges marchands étaient marginaux
Trois arrangements sociaux (Heilbroner)
Autorité (commandement), Tradition, Marché (coordination décentralisée par l'intérêt personnel)
Causes de la révolution du marché
Montée de l'État-nation, grandes découvertes, affaiblissement de l'Église, progrès techniques (comptabilité, horloge, imprimerie, cartographie)
Mercantilisme
Ensemble de pratiques (XVIe-XVIIe s.) : richesse = or et argent (bullionisme), balance commerciale positive, protectionnisme, colonialisme
Bullionisme
Doctrine mercantiliste identifiant la richesse nationale à l'accumulation d'or et d'argent
Physiocratie
École de François Quesnay (1694-1774) : il existe un ordre naturel ; seule l'agriculture est productive (génère un produit net) ; l'industrie est « stérile »
Tableau économique (Quesnay, 1758-1759)
Premier modèle macroéconomique de l'histoire, modélisant les flux entre classe productive, classe stérile et classe propriétaire ; ancêtre des modèles de Leontief et du circuit keynésien
Produit net (Physiocratie)
Surplus S = P − (C + N), où P = production, C = avances en capital, N = salaires ; seule l'agriculture en génère selon Quesnay
Implications politiques de la Physiocratie
Progressiste : impôt unique sur la rente foncière, laissez-faire laissez-passer. Conservatrice : justifie la position des propriétaires terriens
Adam Smith – biographie
Né à Kirkcaldy (Écosse), élève de Hutcheson, ami de Hume ; publie Theory of Moral Sentiments (1759) puis Wealth of Nations (1776)
La sympathie (Smith)
Capacité naturelle à se mettre à la place d'autrui, fondement du jugement moral chez Smith
Le spectateur impartial (Smith)
La conscience intérieure qui juge nos actions et corrige l'égoïsme brut
La main invisible (Smith)
Métaphore selon laquelle l'individu qui poursuit son intérêt propre est conduit à contribuer, sans le vouloir, à l'intérêt général
Définition de la richesse (Smith)
Le pouvoir d'achat par habitant (Y/P = π · L/P), et non l'or comme chez les mercantilistes
Exemple de la manufacture d'épingles
10 hommes produisent 48 000 épingles/jour grâce à la division du travail, soit une productivité 240 fois supérieure à un travailleur isolé
Trois sources de productivité par la division du travail
Dextérité individuelle accrue, économie de temps perdu à changer de tâche, invention de machines
Loi de Smith
La division du travail est limitée par l'étendue du marché ; d'où l'argument en faveur du libre-échange
Valeur d'usage vs Valeur d'échange (Smith)
Valeur d'usage : utilité de l'objet. Valeur d'échange : pouvoir d'achat de l'objet
Paradoxe de l'eau et du diamant
L'eau a une forte valeur d'usage mais une faible valeur d'échange ; le diamant l'inverse
Prix naturel (Smith)
Somme des rémunérations naturelles des trois facteurs : salaires + profits + rentes ; centre de gravitation des prix de marché
Trois classes sociales chez Smith
Propriétaires fonciers (intérêt aligné mais paresseux), travailleurs (intérêt aligné mais sans éducation), capitalistes (intérêt opposé à l'intérêt général)
Rôle de l'État selon Smith
Défense nationale, justice et police, biens publics (dont éducation publique obligatoire)
Approche du surplus chez Smith
S = P − (C + N) ; Smith généralise le surplus aux profits mais identifie C à N, créant une circularité non résolue (que Ricardo tentera de résoudre)
Tension institutionnelle vs démographique (salaire de subsistance)
Ambiguïté chez Smith : le salaire de subsistance est-il déterminé biologiquement ou par les rapports de force et institutions ? Question qui traverse toute l'économie classique
Malthus – biographie
Pasteur anglican, premier professeur d'économie politique en Angleterre ; publie l'Essay on the Principle of Population (1798)
Loi de Malthus
La population croît en progression géométrique tandis que la subsistance croît en progression arithmétique
Trappe malthusienne
Toute hausse de productivité agricole entraîne une hausse temporaire des salaires, donc de la natalité, puis un retour à l'équilibre de subsistance
Freins préventifs (Malthus)
Mécanismes volontaires limitant la population : abstinence sexuelle, mariage tardif
Freins positifs (Malthus)
Facteurs involontaires réduisant la population : misère, famine, guerre, épidémies
Rente différentielle (définition Malthus)
Surplus de prix obtenu sur les terres inframarginales (les meilleures) par rapport au coût de production sur la terre marginale
Malthus et la loi de Say
Malthus rejette la loi de Say et admet la possibilité d'une « glut » (surproduction généralisée)
Glut générale
Situation de surproduction généralisée où la demande agrégée est insuffisante pour absorber l'offre totale ; admise par Malthus, rejetée par Ricardo
Débat Malthus-Ricardo sur les Corn Laws
Malthus est pour les Corn Laws (hausse des rentes soutient la demande) ; Ricardo est contre (hausse des rentes baisse les profits et l'accumulation)
Réponse de Ricardo à Malthus sur l'épargne
« Mr. Malthus never appears to remember that to save is to spend » : Ricardo défend la loi de Say contre Malthus
Ce que Keynes retient de Malthus
Keynes (1936) prend le parti de Malthus : dans une économie monétaire, l'épargne ne se traduit pas automatiquement en investissement, pouvant provoquer une crise de surproduction
Paradoxe de l'épargne keynésien
Ce qui est rationnel pour un individu (épargner) peut être collectivement désastreux (réduire la demande agrégée) — reformulation de l'intuition de Malthus
David Ricardo – biographie
Agent de change à Londres, ami et correspondant de Malthus, auteur des Principles of Political Economy and Taxation (1817)
Vice ricardien (Schumpeter)
Tendance de Ricardo à construire des modèles abstraits stylisés, souvent irréalistes, mais d'une grande puissance logique
Modèle du maïs (Sraffa, interprétation de Ricardo)
Modèle implicite où l'input et l'output agricoles sont le même bien (le blé), permettant de déterminer le taux de profit r = (P−N)/N sans recours aux prix
Conséquence du modèle du maïs pour les Corn Laws
Droits de douane → culture de terres marginales moins fertiles → baisse de productivité → baisse du taux de profit agricole et général
Théorie de la valeur travail (Ricardo)
Dans les débuts de la société, la valeur d'échange des biens est proportionnelle à la quantité de travail incorporée : Pb/Pl = Lb/Ll
Limite de la théorie de la valeur travail
Ne tient plus si les biens requièrent des durées de production ou proportions de capital fixe différentes (écart admis par Ricardo de l'ordre de 7%)
Effet Ricardo
Une baisse du taux de profit modifie les prix relatifs des biens selon leur composition organique du capital, invalidant une mesure invariante de la valeur
Rêve ricardien (Sraffa)
Recherche par Ricardo d'une mesure invariante de la valeur indépendante de la répartition, qu'il ne parvient jamais à atteindre complètement
Limite du modèle du maïs (cas à deux biens)
Dès que les salaires incluent des biens manufacturés à prix flexibles, le taux de profit peut ne pas baisser avec les Corn Laws, contredisant Ricardo
Théorème fondamental de Ricardo
Le taux de profit est d'autant plus élevé que le salaire réel est bas : r = (P−N)/N, une hausse de w augmente N et baisse r
Ricardo et le progrès technique (chapitre 31)
Ricardo admet que la substitution de machines au travail peut rendre une partie de la main-d'œuvre redondante et nuire aux travailleurs
Avantage comparatif (Ricardo)
Chaque pays a intérêt à se spécialiser dans le bien où son désavantage relatif est le plus faible (ou avantage relatif le plus grand), même sans avantage absolu
Avantage absolu
Capacité d'un pays à produire un bien avec moins de ressources qu'un autre pays (concept de Smith)
Position monétaire de Ricardo
Défend la convertibilité du papier-monnaie en or et préconise une banque centrale indépendante du gouvernement
Karl Marx – biographie
Philosophe, historien, économiste, exilé à Londres ; écrit Le Capital (tome I, 1867) avec la collaboration d'Engels
Mode de production (Marx)
Combinaison des forces productives (technologie, savoir-faire) et des rapports de production (propriété, classes sociales)
Matérialisme historique
L'infrastructure économique détermine la superstructure juridique, politique et idéologique
Lutte des classes (Marx)
Moteur de l'histoire : opposition constante entre classe dominante et classe dominée à travers les modes de production
Fétichisme de la marchandise
Phénomène par lequel les rapports sociaux entre les hommes prennent l'apparence de rapports entre choses (les marchandises)
Force de travail comme marchandise (Marx)
Marchandise dont la valeur est le temps de travail nécessaire à sa reproduction, mais dont l'usage (travail vivant) crée plus de valeur qu'elle n'en coûte
Plus-value (Marx)
Différence entre la valeur produite par l'ouvrier et le salaire qu'il reçoit : s = valeur produite − salaire
Taux d'exploitation (Marx)
Rapport entre la plus-value et le capital variable : s/v
Capital constant (c)
Chez Marx, la part du capital en machines et matières premières ; transfère sa valeur sans en créer de nouvelle
Capital variable (v)
Chez Marx, la part du capital en salaires ; seul le capital variable produit de la plus-value
Composition organique du capital
Rapport c/v entre capital constant et capital variable
Tendance à la baisse du taux de profit (Marx)
r = s/(c+v) = (s/v)/(c/v + 1) ; la hausse de c/v sous l'effet de la concurrence fait baisser r, menant à des crises
Problème de la transformation (Marx)
Comment passer des valeurs-travail aux prix de production qui égalisent le taux de profit entre secteurs
Inconsistance de Marx dans la transformation
Marx calcule r en unités de travail alors qu'il faudrait l'appliquer à des quantités en prix de production
Correction de Bortkiewicz (1907)
Corrige l'erreur de Marx en exprimant les coûts (c et v) en prix de production, déterminant simultanément prix relatifs et taux de profit
Solution de Sraffa (1960)
Généralise à N biens : le système détermine n−1 prix relatifs et le taux de profit sans référence à la théorie de la valeur-travail (courant néoricardien)
Faiblesses de la théorie marxiste
La valeur-travail ne tient pas en général ; la baisse tendancielle du taux de profit n'est pas observée ; pas de paupérisation absolue observée (classe moyenne)
Révolution marginaliste (1871-1874)
Rupture menée par Jevons (Theory of Political Economy), Menger (Principles of Economics) et Walras (Éléments d'économie politique pure), rejetant la valeur-travail pour l'utilité marginale
Degré final d'utilité (Jevons)
Utilité de la dernière unité consommée, ou de la prochaine unité à consommer ; fondement de la théorie économique selon Jevons
Résolution du paradoxe eau/diamant par Jevons
L'eau a une utilité marginale quasi nulle car abondante ; le diamant a une utilité marginale élevée car rare
Formalisation de l'échange (Jevons)
À l'équilibre, le rapport des utilités marginales égale le rapport des prix : u'x/u'y = px/py pour chaque agent
Contribution de Jevons à la mathématisation
Introduit le calcul différentiel en économie et propose de renommer « Political Economy » en « Economics »
Offre de travail selon Jevons
Un individu travaille jusqu'à ce que la désutilité marginale du travail égale l'utilité marginale du bien acheté
Alfred Marshall – éclectisme méthodologique
Réconcilie Ricardo (coût de production) et Jevons (utilité) : « la lame du dessus ou celle du dessous qui coupe le papier »
Très courte période (Marshall)
Stock fixe ; le prix est déterminé uniquement par la demande (ex : marché aux poissons)
Courte période (Marshall)
Capacité productive fixe, mais production variable via les facteurs variables ; le prix dépend de la demande et des coûts variables
Longue période (Marshall)
Tous les facteurs, y compris le capital, sont variables ; le prix tend vers le coût total moyen minimum
Équilibre partiel (Marshall)
Étude d'un marché isolé sous hypothèse ceteris paribus, en négligeant les interactions avec les autres marchés
Équilibre temporaire vs équilibre normal (Marshall)
Temporaire : quantité fixée, prix déterminé par la demande seule. Normal : offre et demande normales, la production peut s'ajuster
Utilité marginale constante de la monnaie (hypothèse Marshall)
Hypothèse selon laquelle l'utilité marginale de la monnaie est constante, valide si les variations de prix sont faibles et le bien pèse peu dans le budget
Firme représentative (Marshall)
Firme fictive dont les coûts et économies d'échelle sont représentatifs de l'ensemble de l'industrie
Surplus du consommateur (Marshall)
Différence entre ce que le consommateur est prêt à payer et ce qu'il paie réellement
Surplus du producteur (Marshall)
Différence entre le prix de vente et le coût marginal
Élasticité-prix de la demande
Sensibilité relative de la quantité demandée à une variation de prix ; élastique si |ε|>1, inélastique si |ε|<1
Marshall et l'économie du bien-être
Croit au progrès graduel par réforme, défend l'économie de marché mais aussi l'intervention publique (éducation, impôt progressif)
Débat récurrent : valeur objective vs subjective
Classiques (coût de production/travail) vs marginalistes (utilité subjective du consommateur)
Débat récurrent : laissez-faire vs intervention de l'État
Smith (État minimal), Ricardo (libre-échange), Malthus (protection des rentiers), Marx (État = instrument de classe), Marshall (réforme graduelle)
Débat récurrent : individualisme méthodologique vs approche agrégée
Classiques raisonnent en classes sociales et surplus agrégé ; néoclassiques font de l'individu maximisateur l'unité de base