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chronologie
10 000 - 6 500 - le Néolithique
sedentarisation, domestication, premieres villages, cultures de Hassuna, Samarra, Halaf, Obeid
6500 - 3000 - Chalcolithique
Obeid → Uruk, Djemet Nasr, urbanisation, developpement des premieres cites-etats, ecriture
3000 - 1600 - Bronze ancien/moyen
dynasties archaiques
1600 - 1000 - Bronze recent
naissance des grandes empires - Babylone, Assyrie
1000 - 331 - temps des empires
neo-assyrien, neo-babylonien, perse achemenide, entree d’Alexandre a Babylon

Le Croissant fertile
zone en arc de cercle qui s’étend du Levant (Palestine, Syrie, Liban), traverse la Mésopotamie (Irak actuel) et rejoint la Perse.
5 ensembles géographiques principaux
les contraintes géographiques du Proche-Orient ont déterminé les modes de vie des populations.
1. Anatolie (actuelle Turquie orientale)
2. Plateau iranien
3. Levant (Syrie, Liban, Palestine, Jordanie de l’ouest )
4. Péninsule Arabique
5. Mésopotamie
5 mers
Cette région (Proche-Orient) est bordée par 5 mers
Méditerranée,
mer Rouge,
mer Noire,
mer Caspienne,
golfe Persique.
Facteurs environnementaux
Aridité
Inégalités dans l’accès à l’eau
Optimum climatique holocène (env. 9500 – 4900 av. J.-C.) : période marquée par un climat plus doux et plus humide qui favorisa l’expansion de l’agriculture.
changements climatiques imposé de nouvelles stratégies aux sociétés (nomadisme, irrigation, déplacement des habitats).
Une isohyète
une ligne imaginaire reliant les points où la pluviométrie annuelle est identique.
Au Proche-Orient, l’isohyète des 200 mm/an est fondamentale :
Au-dessus de 200 mm : agriculture sèche possible (céréales comme l’orge et le blé).
En dessous de 200 mm : agriculture impossible sans irrigation → nécessité de mettre
en place des systèmes hydrauliques complexes.
déterminé les zones de sédentarisation, de culture, et les grands foyers de civilisation.
4 grands paysages
chacun ayant influencé des modes de subsistance et des formes politiques spécifiques
Les côtes méditerranéennes : forêts et flore méditerranéenne, développement de sociétés commerçantes et maritimes.
Les montagnes : forêts de pins, de chênes et de cèdres (bois précieux, très exploité dès l’Antiquité, menant à un fort déboisement). De ces régions sont issus de petits royaumes montagnards.
Les steppes : zones de semi-aridité, adaptées au nomadisme pastoral (moutons, chèvres). Elles jouent souvent le rôle d’espaces de transition entre les grands royaumes agricoles.
La plaine fluviale : espace le plus fertile grâce aux crues saisonnières du Tigre et de l’Euphrate. C’est là que naît l’agriculture à grande échelle et les premières grandes cités mésopotamiennes.
basse Mésopotamie
(sud de l’Irak actuel)
une plaine basse, où les hommes ont construit des tells (collines artificielles formées par l’accumulation des habitats et déchets humains au fil des siècles).
transformations géographiques dues à la faible altitude
déplacement de la ligne de rivage du golfe Persique,
recul progressif des côtes,
modification du tracé des fleuves.
la révolution néolithique
(vers 12 000 av. J.-C.),
transition majeure :
Passage progressif du nomadisme de chasseurs-cueilleurs à des formes de sédentarisation.
le Néolithique précéramique
PPNA (env. 9500 – 8500 av. J.-C.) et PPNB (env. 8500 – 7000 av. J.-C.)
absence de poterie
Dernière phase avant la domestication généralisée des plantes et des animaux.
PPNA
(env. 9500 – 8500 av. J.-C.)
Révolution matérielle et mentale : apparition de nouveaux outils, de nouvelles pratiques sociales, de nouvelles formes architecturales.
Flèches du Khiamien : pointes retrouvées sur plusieurs sites en Palestine, témoignage d’une innovation technique et symbolique.
agriculture pre-domistique : les hommes commencent à sélectionner certaines plantes, mais sans maîtrise totale.
villages organises
registre symbolique - représentations humaines et animaux stylisés, liés probablement à des croyances ou à une organisation spirituelle.
Nouveaux outils : apparition de systèmes de débitage (раскалывание камня) plus efficaces, multiplication des outils de broyage (измельчение/дробление) → preuve d’un meilleur traitement des matières végétales (grains, tubercules).
Architecture : construction de bâtiments communautaires ou religieux, notamment sur les sites d’Anatolie et du sud de la Turquie (ex. Göbekli Tepe). Ces bâtiments collectifs sont déjà porteurs de fonctions sociales et symboliques.
domestication du chien et chat - chien - domestication ancienne, sans doute universelle, issue du rapprochement avec les groupes humains (commensalisme → partage des restes alimentaires).
chat : suit le développement de l’agriculture (stockage des céréales → apparition de rongeurs → “domestication” spontanée du chat).
Mureybet (Syrie), Göbekli Tepe (Turquie actuelle)


Göbekli Tepe (Turquie actuelle) - PPNA
Sanctuaire monumental découvert avec 56 piliers sculptés, dont certains mesurent plus de 5 mètres.
Pilier 43 est particulièrement célèbre, orné de reliefs animaliers et de symboles.
Organisation en 6 enceintes ellipsoïdales creusées dans la roche.
Datation : PPNA.
Abandonné ensuite, puis réoccupé au PPNB.
Ce site révolutionne notre vision : avant même l’agriculture, des sociétés de chasseurs-cueilleurs ont construit de vastes sanctuaires collectifs.

La domestication
сначала -
Le chien : issue du rapprochement avec lesgroupes humains (commensalisme → partage des restes alimentaires).
Le chat : suit le développement de l’agriculture (stockage des céréales → apparition de rongeurs → “domestication” spontanée du chat).
Le bétail - nord du Proche-Orient (zones montagneuses et steppiques), PPNB
Conséquences - culture + élevage va permettre la sédentarisation durable, l’accumulation de surplus, et la spécialisation sociale.
PPNB
env. 8500 – 7000 av. J.-C.
Les techniques et innovations initiées au PPNA deviennent désormais complètement
maîtrisées
Domestication animale (chèvres, moutons, bœufs, porcs).
Agriculture établie.
Architecture plus élaborée.
Organisation sociale et rituels
Société de plus en plus structurée
Pratiques funéraires modifiées : émergence d’un culte des ancêtres, les crânes surmodelés retrouvés à Jéricho → les visages des défunts sont recouverts de plâtre pour leur donner une nouvelle apparence. - nouvelle conception du temps et de l’espace : rattachement à une lignée commune, création d’une identité territoriale partagée.
La cellule familiale et les liens communautaires deviennent des fondements de l’organisation sociale.

Les débuts de la céramique
(vers 7000 av. J.-C.)
→ premières vaisselles : en plâtre ou en chaux (appelées « vaisselle blanche»).
→ invention de la céramique véritable :
Argile + inclusions minérales ou végétales (sable, farine, paille), pour éviter l’éclatement à la cuisson.
Dès l’origine décorée (entailles, motifs peints).
marqueur culturel permettant aux archéologues de distinguer différentes traditions.
Çatal Höyük (vers 7400 – 6200 av. J.-C.)
Cultures régionales - Hassuna, Sammara, Umm Dabaghiyah

Çatal Höyük (vers 7400 – 6200 av. J.-C.) (PPNB)
Maisons rectangulaires, construites les unes contre les autres.
Circulation par les toits (absence de rues).
Espaces monocellulaires, parfois surélevés avec vides sanitaires.
Transition des maisons rondes (PPNA) vers les maisons rectangulaires.
culture du blé et de l’orge, chasse de l’aurochs.
Représentation des bucrânes (crânes de taureaux) dans les maisons, signes religieux
ou protecteurs.
Murs peints et ornés de reliefs en argile, comparables à des tapis muraux (kilims).
Nombreuses statuettes féminines (dont la « Déesse-Mère » en train d’accoucher
entourée de félins) → prémices de cultes liés à la fertilité et à la nature.
Hassuna
(6500 – 6000 av. J.-C.)
nord de la Mésopotamie (Irak actuel),
Sites emblématiques : Tell Hassuna et Yarim Tepe.
À Yarim Tepe - une maison de 11 pièces → organisation domestique plus complexe, avec des espaces différenciés (stockage, préparation, vie collective).
Villages construits en briques crues, regroupant plusieurs maisons.
Communautés encore relativement égalitaires, mais déjà structurées autour de la gestion de l’agriculture et du stockage.
Agriculture : culture de diverses céréales (blé, orge, lentilles).
Élevage : chèvres, moutons, bovins.
Chasse : ours et aurochs (bœufs sauvages), qui complètent le régime alimentaire et restent des animaux symboliquement prestigieux.
transition entre chasse-cueillette et agriculture-élevage pleinement établis.
Première grande phase de développement de la céramique cuite.
Les poteries de Hassuna (grandes jarres, bols) décorées de motifs peints géométriques.
Premiers fours à double niveau découverts à Yarim Tepe → amélioration de la qualité de la céramique.
→ annonçant les productions raffinées des cultures suivantes (Samarra, Halaf).
Elle illustre le passage de simples villages agricoles à de véritables communautés sédentaires organisées.

Samarra
(vers 6200 – 5700 av. J.-C.)
A. Localisation et contexte
vallée moyenne du Tigre (Irak actuel), légèrement plus au sud que la culture de Hassuna.
prolongement et un raffinement des traditions de Hassuna, mais avec des innovations techniques et sociales.
Principaux sites : Tell es-Sawwan et Tchoga Mami (premiers canaux d’irrigation officiels, greniers, qui témoignent de la gestion collective des surplus agricoles.)
a) La céramique de Samarra
De meilleure qualité que celle de Hassuna.
Formes simples (bols, jarres), mais décors soignés :
motifs géométriques,
représentations stylisées de poissons et d’oiseaux,
peints en noir sur fond clair.
b) Innovations architecturales et techniques
Apparition de la première brique crue moulée → plus régulière que la brique façonnée à la main, - кирпичи изготовленные в формах → construction plus rapide et plus standardisée.
Cela traduit une organisation préalable et une planification architecturale.
Exemples : bâtiments rectangulaires, parfois avec colonne centrale pour soutenir la toiture.
Économie et société
Agriculture de “seconde génération” : l’irrigation permet d’exploiter des terres plus arides et d’augmenter les rendements.
Élevage (chèvres, moutons, bovins).
Rôle important des nomades, qui assurent une culture du voyage et du troc (обмен), favorisant la circulation des biens (albâtre, pierres, objets décorés).
La société semble déjà plus structurée qu’à Hassuna, avec une hiérarchisation naissante liée à la gestion de l’eau et des surplus.
Première société mésopotamienne à maîtriser l’irrigation organisée → annonce le rôle central de l’eau dans toute l’histoire de la Mésopotamie.
societe villageoise → proto-urbaine (Obeid)

Tell es-Sawwan (Samarra)
Village fortifié (fossé, murs) → indice d’une organisation collective défensive.
Nombreuses tombes en albâtre (pierre tendre et blanche, importée) → signes d’échanges à longue distance et de pratiques funéraires élaborées.
Découverte de figurines décorées et de petits vases polis, probablement liés à des rituels ou à un usage symbolique.

Halaf
(6000 – 5100 av. J.-C.)
A. Localisation et extension
• Haute-Mésopotamie, principalement au nord de l’Irak et en Syrie.
• aire d’influence très vaste, car sa céramique typique a été retrouvée sur près de 400 km de distance → preuve d’une diffusion culturelle large
• Sites majeurs : Tell Halaf, Arpachiyah, Chagar Bazar.
a) Céramique halafienne
motifs géométriques raffinés,
fleurs au centre entourées de damiers concentriques,
couleurs noir et rouge sur fond clair,
vases thériomorphes (animaux) et anthropomorphes (formes humaines stylisées).
Sa qualité technique et sa diffusion massive permettent de définir la zone d’influence de la culture Halaf.
b) Habitat et organisation domestique
Habitat caractérisé par des bâtiments circulaires, appelés tholoi
chaque case avait une fonction précise (cuisine, stockage, espace de vie).
Ensemble de cases regroupées pour former une unité domestique complète.
plus tardive : dromos (couloir d’accès) → évolution architecturale annonçant des constructions plus complexes.
c) Économie et techniques
Communautés agricoles autonomes et simples, pratiquant :
agriculture (blé, orge, légumineuses),
élevage (moutons, chèvres, bovins).
Usage répandu de l’obsidienne pour fabriquer des outils (importée des zones volcaniques d’Anatolie, preuve d’échanges à longue distance).
d) Vie symbolique et croyances
Figurines féminines aux visages schématiques, souvent en position d’accouchement → importance du thème de la fertilité et de la maternité.
Début d’une iconographie symbolique partagée à grande échelle.
e) Premières pratiques administratives : la glyptique
Développement de l’usage des sceaux (glyptique).
Déjà attestés à l’époque de Hassuna, mais plus répandus à Halaf. Sceaux en forme de petits boutons, portés au bout d’une corde. Utilisés pour sceller des portes, des jarres ou des réserves. Indice d’un contrôle social et économique, annonçant la bureaucratie mésopotamienne future.
Une culture villageoise largement interconnectée, marquée par une identité artistique forte (céramique, figurines, tholoi).
Début d’une complexification sociale (sceaux, organisation domestique différenciée).
Transition entre les communautés agricoles simples (Hassuna, Samarra) et la culture d’Obeïd, où apparaîtront de véritables sociétés proto-urbaines.

l’Obeïd
(6000 – 4000 av. J.-C.)
derniere phase axclusivement villageoise
Il désigne à la fois :
un site archéologique (Tell al-‘Ubaid, en Irak),
un style de céramique
et plus largement un horizon culturel couvrant près de 2000 ans d’histoire.
Basse-Mésopotamie + expansion géographique importante, jusqu’en Haute-Mésopotamie et même en Anatolie.
Elle entre en contact (et parfois en concurrence) avec la culture de Halaf.
a) Organisation sociale et politique
L’Obeïd est marquée par l’apparition des premières chefferies, avec une hiérarchie croissante au sein de la société. préfigurent la naissance des premiers États et des grands rois mésopotamiens. L’autorité semble déjà se concentrer autour de certains lieux et bâtiments collectifs (temples primitifs).
b) Habitat et architecture
Utilisation généralisée de la brique crue rectangulaire moulée → architecture plus régulière et standardisée.
Bâtiments de plan rectangulaire, parfois à plusieurs pièces, avec une organisation plus élaborée que dans les cultures précédentes.
plan tripartie - grand espace central (collective, rassemblements) et deux espaces lateraux (fonctions domestiques, specialises)
difference entre les habitations modestes et plus elevesm triparties - apparition d’elite/ou les fonctions communautaires
Décor architectural caractéristique : niches et redans (murs en relief, futur style des temples mésopotamiens).
Présence de cimetières communautaires → pratique funéraire partagée, signe d’identité collective.
c) Céramique et culture matérielle
Céramique emblématique : style “black on buff” → motifs noirs peints sur un fond clair jaunâtre.
Formes variées (jarres, bols, plats), souvent décorées de motifs géométriques ou abstraits.
objets et d’ornements caractéristiques, figurines symboliques :
disques labrets (ornements insérés dans les lèvres ou oreilles),
clous et pilons penchés
Figurines ophidiennes : corps allongés, têtes triangulaires, yeux en amande → parfois interprétées comme des représentations serpentiformes.
pratiques symboliques notables :
déformation crânienne → marqueur social ou religieux,
figurines féminines, peut-être liées à la fécondité,
association possible à des cultes communautaires.
e) Un horizon culturel à large extension
Tous les éléments caractéristiques de l’Obeïd (céramique, figurines, architecture, objets) il s’agit d’un processus évolutif sur 2000 ans.
Ce qui distingue l’Obeïd, c’est sa diffusion très large et son rôle de socle commun qui précède l’urbanisation de l’époque d’Uruk.
hiérarchisation sociale,
innovations architecturales,
diffusion culturelle massive,
prémices d’une centralisation du pouvoir.
o artisanat plus diversifié,
o apparition de marqueurs sociaux,
o différenciation entre espaces domestiques et collectifs.
L’évolution d’Obeïd 0 à 5 illustre une transition lente mais décisive :
d’une gestion collective et communautaire,
à une organisation plus domestique et différenciée.
Ce basculement prépare la mise en place d’une hiérarchie sociale :
certains groupes ou familles accumulent plus de surplus que d’autres,
ce qui crée les premières différences de statut au sein des communautés.


La céramique obédienne est le principal critère de définition de la culture, car elle est à la fois
très variée selon les régions et suffisamment caractéristique pour distinguer les phases
chronologiques de l’Obeïd.
Caractéristiques générales :
pâte beige ou verdâtre,
décors peints en brun, noir, violet ou vert,
o motifs géométriques (chevrons, lignes brisées, cercles) et végétaux stylisés,
o décor très riche, souvent soigné.
Bien que la céramique soit diversifiée, c’est son style “black on buff” qui est retenu comme le plus
emblématique.
⚖ Importance : cette production témoigne d’une standardisation culturelle, tout en intégrant des
variations régionales → l’Obeïd est un horizon culturel commun, mais non homogène.

(Obeid)
Figurines ophidiennes (formes serpentiformes) :
proportions allongées,
visage fin et triangulaire,
parfois décorées de plaques gravées.
Présence également de figurines masculines → indice d’un répertoire symbolique plus large que dans les cultures précédentes.
Cette diversité iconographique suggère une complexification des croyances et peut-être une hiérarchisation sociale en cours.
Eridu
Obeïd 01
1. Un site mythique et religieux
Eridu est l’un des sites les plus anciens et les plus prestigieux de la Basse-Mésopotamie. lié au dieu Enki/Ea, maître des eaux douces souterraines (Apsû) et de la sagesse.
Selon la tradition mésopotamienne, c’est à Eridu que la royauté descendit du ciel pour la première fois, ce qui place la ville dans une dimension fondatrice et mythologique.
Temple principal : E.Apsu, sanctuaire d’Enki.
Ce temple fut reconstruit et transformé à plusieurs reprises, témoignant de la longue continuité cultuelle du site.
À l’époque de la IIIe dynastie d’Ur, le roi Ur-Nammu (2112–2095 av. n.è.) y fit élever
une ziggourat, soulignant l’importance durable d’Eridu dans l’histoire religieuse mésopotamienne.
Eridu est constitué de sept tells (collines archéologiques). - живут на одном холме, через время переносят центр на другой
3. Témoignages archéologiques
Le site a connu un abandon relativement précoce = bonne préservation des vestiges architecturaux.
Les fouilles ont mis au jour :
des bâtiments obédiens,
des plans tripartites typiques,
et un cimetière obédien associé à la communauté.
4. Le cimetière d’Eridu
Découverte de 193 tombes attribuées à la période obédienne.
Analyse des sépultures :
pas de différenciation marquée dans la richesse du mobilier funéraire,
absence de tombes monumentales ou privilégiées,
témoigne d’une société encore égalitaire, sans leader ostentatoire ni hiérarchie funéraire marquée.
5. Importance d’Eridu dans l’Obeïd
transition villages obédiens → villes proto-urbaines.
D’un côté :
société encore relativement égalitaire,
pas de différenciation sociale forte,
vie communautaire.
De l’autre :
émergence d’un centre religieux majeur,
sanctuaire lié à Enki,
continuité de culte qui préfigure la centralité des temples dans l’organisation des cités
mésopotamiennes.
Phase de Hajji Muhammad, Obeïd 2
A. Définition de la phase
parfois considérée comme une “fausse phase”, se distingue principalement par la céramique.
характерные черты в керамике, про остальное (соц устройство И так далее, инфы почти нет)
a) Caractéristiques principales
La céramique Hajji Muhammad :
motifs géométriques simples ou lignes ondulées,
peinte sur fond clair ou beige, parfois brunâtre.
b) Expansion géographique
La population commence à s’étendre vers les régions voisines, au-delà de ses villages originels. Cette expansion marque le début d’une diffusion des groupes obédiens dans le sud mésopotamien et les zones périphériques.
continuité culturelle
expansion démographique et territoriale
préparation aux phases suivantes de l’Obeïd
Obeïd 3
(vers 5300 av. J.-C.)
керамика, фигуры, архитектура и другие характерные признаки распространяются по региону и становятся культурной нормой
Les populations obédiennes s’étendent progressivement :
De la Syrie à l’Iran,
En passant par les côtes du Golfe Persique.
Cette expansion crée un horizon culturel partagé, mais avec des variations régionales : certaines zones adoptent certains motifs ou techniques de manière spécifique.
Cette diffusion est parfois décrite comme une “koinè obédienne”, une forme d’horizon Black on Buff ware :
céramique noire sur fond clair, motifs géométriques et végétaux stylisés,
style partagé mais adapté localement.
accroissement démographique pendant l’obeid 3

Suse (Iran) – Horizon obédien et Suse I
a) Présentation générale du site
Suse est l’un des sites majeurs de l’Obeïd extrême-oriental, fondé dès le 6e millénaire av. J.-C.
Superficie impressionnante : 25 hectares dès ses premières phases d’occupation.
b) Architecture et organisation sociale
À proximité de la terrasse : un complexe funéraire regroupant plusieurs tombes. témoigne d’une hiérarchisation sociale plus marquée que dans les sites classiques de Basse-Mésopotamie (ex. Eridu).
Les bâtiments et tombes suggèrent la présence d’une élite dirigeante, probablement sous la forme d’une chefferie, contrôlant :
la métallurgie,
le commerce,
et les ressources stratégiques de la région.
c) Céramique et objets associés
La céramique de Suse I illustre la richesse matérielle de l’élite :
certaines pièces sont lustrées (блестящие, полированные),
motifs décoratifs : frises animalières, parfois très élaborées,
organisation stylistique homogène, témoignant d’une production standardisée et prestigieuse.
Objets associés :
en cuivre,
soigneusement emballés dans des textiles, dont les traces ont été conservées dans les tombes.
d) Signification historique
Suse I illustre la diffusion de l’horizon obédien vers l’est et la formation de hiérarchies sociales plus nettes.
Le site montre un contrôle centralisé de certaines activités stratégiques (métallurgie, commerce),
La richesse matérielle et les structures monumentales témoignent de l’émergence d’une élite proto-urbaine, annonçant les formes de pouvoir des périodes suivantes

Proto-urbanisation et émergence des protovilles
protovilles - premiers regroupements urbains dans le Proche-Orient ancien.
Elles ne sont pas encore de véritables cités-États, mais montrent une forme d’urbanisation :
concentration de population,
planification spatiale,
différenciation des fonctions (habitat, activités économiques, lieux de culte).
b) Architecture et organisation spatiale
Architecture monumentale : certaines structures sont plus grandes et élaborées, destinées à des fonctions collectives ou religieuses.
Maisons ordinaires : la majorité des habitations est construite en briques crues, mais certaines maisons se distinguent par leur plan plus complexe et des matériaux de meilleure qualité.
Ces variations architecturales suggèrent :
une hiérarchisation sociale naissante,
un contrôle centralisé des espaces les plus prestigieux.
c) Économie et contrôle social
La métallurgie et le commerce commencent à être organisés et contrôlés par une chefferie. Cette chefferie joue un rôle central dans :
la redistribution des ressources,
la supervision des activités artisanales et commerciales,
l’encadrement des infrastructures (greniers, bâtiments collectifs).
Il s’agit d’une première forme d’autorité centralisée, annonçant les structures politiques plus complexes des périodes suivantes.
o la transition entre villages néolithiques et cités-États,
o l’émergence d’une division sociale et fonctionnelle du territoire,
o la consolidation d’espaces collectifs et domestiques différenciés,
o et les prémices de la planification urbaine.

Late Chalcolithic 1 (LC1)
– 4600-4200 av. J.-C. - cюда входит Obeid 5 (proto-urukeene)
réorganisation culturelle, sociale et économique, proto-urbanisation progressive.
un lent déclin de la céramique obédienne classique, remplacée par de nouvelles formes et styles adaptés aux évolutions sociales.
L’horizon obédien s’étend vers le nord, intégrant tout le territoire précédemment occupé par l’Obeïd.
Apparition d’une céramique simplifiée :
Chaff-Faced Ware : argile mélangée avec des débris végétaux, cuisson sommaire, motifs réduits.
Bol de Coba : bol caractéristique utilisé comme instrument de redistribution par la classe dirigeante.
Ces objets témoignent d’une organisation sociale hiérarchisée, même si la société reste globalement égalitaire.
Exemple : Tepe Gawra - показывает зарождение социальной иерархии: часть населения начинает контролировать запасы и ресурсы всей общины, формируя раннюю элиту.
Début de la division fonctionnelle des secteurs d’activité :
certaines zones du site dédiées au stockage et à la redistribution,
d’autres à l’habitat, à l’artisanat ou aux activités religieuses.
o la transition d’une société égalitaire vers une hiérarchie plus marquée,
o la spécialisation fonctionnelle des activités économiques et domestiques,
o l’adaptation culturelle et matérielle à une société plus complexe.

Obeïd 4
peu connue et mal documentée
гипотеза - развитие и продолжение Обеида 3
Obeïd 5 – Proto-Uruk / Late Obeïd
la dernière phase du Néolithique tardif - début du Chalcolithique.
transition: monde obedien → premiers cites d’Uruk
La société se complexifie fortement :
apparition d’élites et de chefferies au sommet,
différenciation verticale entre les classes sociales,
émergence de corps de métiers spécialisés (artisans, commerçants, fonctionnaires), distincts des paysans.
c) Urbanisation et émergence de la ville
Les villages agrandis laissent place à des centres artificiels :
structures organisées autour de temples, résidences élitaires et espaces de stockage,
zones spécialisées pour l’artisanat et le commerce,
planification urbaine préfigurant les cités d’Uruk.
La ville devient un lieu de vie intellectuel et économique, avec des échanges de biens et de services organisés. Ce processus est parfois appelé “révolution urbaine” :
terme non strictement scientifique
introduction d’une économie et d’une société radicalement différentes des villages néolithiques.
d) Innovations matérielles et culturelles
Début de l’écriture, utilisée pour la comptabilité et le contrôle des surplus.
Développement de bâtiments monumentaux et de structures tripartites, qui seront caractéristiques d’Uruk.
La société devient administrée et contrôlée, avec un accès différencié aux ressources et aux activités économiques.
o la transition du village à la ville,
o la préparation des premières cités et de la civilisation urbaine du Proche-Orient,
o la mise en place d’une économie redistributive et hiérarchisée,
o et l’émergence d’une différenciation sociale complexe qui permettra la
spécialisation professionnelle et l’organisation politique.
Uruk
1. Uruk ancien – début de l’urbanisation, émergence des temples et des premiers
bâtiments monumentaux.
2. Uruk moyen – consolidation de la ville, hiérarchisation sociale et développement des
institutions religieuses et économiques.
3. Uruk récent (environ 3700–3100 av. J.-C.) – phases les mieux documentées,
précédant la période Jemdet Nasr.
Les niveaux les plus récents révèlent les évolutions vers une organisation sociale et urbaine complexe, avec
temples monumentaux,
maisons tripartites,
céramique caractéristique,
premières traces d’écriture.
organisation sociale hiérarchisée et d’un pouvoir centralisé.
Site de Warka

Site de Warka
Les fouilles ont été réalisées par trous de 25 mètres, permettant une stratigraphie fine et détaillée.
Le site présente 18 niveaux d’occupation, couvrant la transition entre les périodes obédienne et urukéenne.
de suivre l’évolution urbaine d’Uruk,
d’observer les continuums avec les assemblages obédiens,
et de documenter la transition vers la période Jemdet Nasr, où l’écriture et la centralisation du pouvoir deviennent plus systématiques.
Uruk/Warka illustre le point culminant de la proto-urbanisation dans le sud mésopotamien :
ville hiérarchisée et administrée,
architecture monumentale et planification spatiale avancée,
consolidation de l’économie redistributive et des institutions religieuses et politiques.
Taille : entre 200 et 500 hectares, selon les périodes.
Population : estimée entre 25 000 et 50 000 habitants, ce qui en fait un centre urbain exceptionnel pour l’époque.
Organisation :
la ville est structurée autour de deux grands centres monumentaux, dont le plus connu est le Ziggourat d’Anu, dédié au dieu céleste.
Ces complexes monumentaux servaient à la fois de lieux religieux, administratifs et économiques.

L’ECRITURE ранняя
Son apparition - rupture fondamentale dans l’évolution des sociétés humaines, ouvrant la voie à l’administration, à l’histoire écrite, et à de nouvelles formes de pouvoir.
tradition mésopotamienne - été inventée par le roi Enmerkar (souvent daté entre 2600 et 2300 av. n.è.), afin de transmettre un message à un souverain ennemi.
En réalité - vers 3300 av. n.è., dans les niveaux tardifs d’Uruk. - comptabilité et à la gestion économique.
причина возникновения - трансформации в обществе
увеличение агрокультурной продукции, количества запасов (surplus)
запасы должны хранится и распределятся - нужна точность, а человеческой памяти уже не хватает
Avec l’essor de la production, du stockage et du commerce, on passe à une organisation pyramidale
une élite (prêtres, administrateurs, chefs) concentre le savoir et le contrôle,
l’écriture devient un instrument de pouvoir au service de cette élite.
la maîtrise de l’écriture - un facteur d’inégalités sociales et politiques.
a) Le rôle des sceaux
outils administratifs pour gérer ses activités - les sceaux
marquer la propriété et de sceller des jarres, portes ou contenants.
rôle d’identification personnelle et de garantie d’authenticité.
un symbole de statut social.
b) Les calculi
Pour gérer les échanges et les surplus agricoles, les Mésopotamiens inventent les calculi (petits jetons d’argile).
Chaque forme correspond à une denrée précise :
Vase conique → huile,
Pastille ronde → mouton,
Ajout de détails (hachures, incisions) → précisions supplémentaires (ex. brebis, agneau).
c) Les bulles-enveloppes (bulla)
Les calculi sont ensuite placés dans des bulles d’argile creuses (шарики из глины) :
On enferme les jetons à l’intérieur pour garantir le contenu,
On imprime les sceaux sur la surface de la bulle pour authentifier l’opération.
больше коммерческих и административных операций - система с bulles становится не практичной → символы печатают на глине = premières tablettes pictographiques.
il faut préciser la nature des biens échangés →
petits dessins stylisés représentent les objets + signes numériques pour indiquer quantité + nature du bien.
→ se développe un système de numération sophistiqué,
Cette écriture naissante est encore logographique : chaque signe renvoie directement à une chose ou une idée.
Elle n’est pas encore une transcription du langage parlé :
pas de grammaire,
pas de phrases,
uniquement des listes et inventaires.

De l’écriture pictographique au cunéiforme, puis à l’alphabet
Àl’origine, l’écriture mésopotamienne est pictographique : des dessins simplifiés représentent des objets ou des concepts
GAL = « grand »,
LU= « homme »,
combinés→LUGAL = « roi» (littéralement« grand homme »).
L’apparition du cunéiforme
Vers la fin du IVe millénaire, changement majeur :
support : la tablette d’argile humide,
outil : le calame (roseau taillé) qui imprime des formes en coin (latin cuneus).
Cette innovation entraîne :
une simplification graphique : les dessins sont décomposés et schématisés,
une écriture plus rapide et standardisée, adaptée à la pratique administrative.
Les pictogrammes se transforment peu à peu en signes cunéiformes.
Le cunéiforme sert d’abord à transcrire la langue sumérienne.
1. Valeur idéographique → le signe représente directement une idée ou un mot.
2. Valeur syllabique → le signe renvoie à un son ou une syllabe.
3. Valeur déterminative → un signe placé devant un mot précise sa catégorie (ex. devant un nom de dieu, un nom de lieu, un métier).
On dénombre environ 200 signes cunéiformes de base, mais certains portent plusieurs valeurs selon le contexte.
L’écriture est réservée à une élite de scribes, formés dans les écoles de scribes
Leur apprentissage passait par :
la recopie de listes de vocabulaire,
des calendriers,
des listes de rois,
des exercices de traduction et de copie.
instrument de pouvoir et un marqueur de la hiérarchisation sociale.
Le sumérien cesse d’être parlé vers -2000, mais reste utilisé comme langue savante.
Dès -1300, il est appris comme une langue morte, comparable au latin au Moyen Âge.
Le cunéiforme est utilisé pendant près de trois millénaires, jusqu’à 75 ap. J.-C.
Au XIIe siècle av. J.-C., les Phéniciens créent un alphabet consonantique d’environ 22 signes.
Ce système, issu d’une influence égyptienne, marque une révolution : écriture
beaucoup plus simple et accessible.
C’est lui qui donnera naissance aux alphabets grec puis latin, que nous utilisons
encore aujourd’hui.
La « révolution urbaine » selon Gordon Childe
Selon lui, une ville doit répondre à un « kit urbain » de 10 critères cumulatifs (bien que ces
critères soient débattus) :
1. Taille et densité démographique élevée, dépassant le cadre villageois.
2. Existence d’une population spécialisée, dont une partie ne produit pas directement sa subsistance. (не производит напрямую средства к существованию)
3. Surplus agricoles produits pour nourrir la population urbaine.
4. Concentration de richesses et de biens.
5. Présence d’une architecture monumentale (temples, ziggourats, palais).
6. Mise en place d’un système de pouvoir centralisé (chefferie, royauté, élite dirigeante).
7. Développement d’une organisation administrative et de l’écriture.
8. Innovations techniques (métallurgie, poterie au tour, etc.).
9. Développement du commerce à longue distance.
10. Apparition d’une organisation sociale hiérarchisée.
Fonctionnement de la ville
La ville d’Uruk fonctionne comme un centre économique et administratif :
elle régule les flux agricoles et artisanaux,
elle redistribue les surplus,
elle contrôle les échanges locaux et à longue distance.
Elle regroupe une population dense et diversifiée :
des paysans,
des artisans spécialisés,
des scribes,
des religieux,
une élite dirigeante.
C’est ce modèle qui fera d’Uruk le prototype de la ville mésopotamienne.
Architecture monumentale pdt l’Uruk
Les fouilles ont mis en évidence des complexes monumentaux dont la fonction exacte reste discutée :
longtemps considérés comme des temples (espaces religieux),
ils pourraient également correspondre à des palais ou à des bâtiments administratifs.
Exemples :
Le Temple Blanc (dédié au dieu Anu), construit sur une terrasse massive, domine la ville et témoigne d’un urbanisme planifié.
La Ziggourat d’Anu, prototype de la ziggourat mésopotamienne, allie monumentalité, fonction religieuse et organisation politico-économique.


La figure du Roi-Prêtre
cumule les fonctions :
politiques : chef de la communauté, administrateur, responsable de l’organisation et de la défense de la cité ;
religieuses : intermédiaire entre les dieux et les hommes, garant de l’équilibre cosmique et de la prospérité agricole.
• Représentation iconographique (toujours de profil, debout, individualisé) :
barbu, cheveux attachés en chignon maintenu par un bandeau frontal ;
torse nu (nudité rituelle) ;
vêtu d’une jupe quadrillée (клетчатая), retenue par une ceinture, évoquant un tissu raffiné (Подпоясанная поясом, создающая впечатление изысканной ткани);
cette iconographie souligne sa fonction sacrée et son rôle d’intercesseur.
Dans les scènes rituelles, il apparaît comme :
défenseur du peuple contre les forces hostiles ;
prêtre se tenant devant la déesse Inanna ;
mari rituel de la déesse, garant de la fertilité et du bon ordre cosmique.

Le Vase d’Uruk (ou Vase de Warka) (La période de Jemdet Nasr (3100 – 2900 av. n.è.)
la plus ancienne représentation de rituel religieux.
il illustre la hiérogamie (mariage sacré) entre le roi-prêtre et la déesse Inanna (figure divine centrale, liée à la fertilité, à la sexualité, à la guerre et au pouvoir politique.)
le roi consomme symboliquement l’union avec la déesse,
en échange, celle-ci accorde la pluie, la fertilité des sols et la prospérité des récoltes.
Le vase traduit la vision du monde mésopotamien :
un univers fondé sur la complémentarité (chaque élément fonctionne en paire) ;
l’ordre social et cosmique dépend du rituel, incarné par la figure d’autorité.
Importance : ce vase n’est pas seulement un objet cultuel, mais un témoignage de la structuration religieuse et politique de la société d’Uruk.
Développements agricoles, techniques et symboliques durant l’Obeid et Uruk
a) Innovations agricoles et domestication
Amélioration des pratiques agricoles : apparition et diffusion de nouveaux outils et méthodes, permettant une meilleure productivité.
Culture de l’orge : céréale particulièrement rentable et adaptée au climat mésopotamien.
Essor des textiles : développement de l’élevage ovin, qui entraîne la généralisation de l’utilisation de la laine(jusque-là le lin était plus courant).
Introduction de l’âne domestique (venu d’Afrique) : utilisé comme bête de somme (вьючное животное), il révolutionne le transport terrestre et facilite les échanges.
Navigation : progrès majeurs dans la construction et l’utilisation de bateaux, permettant l’expansion des réseaux commerciaux le long du Tigre, de l’Euphrate et vers le Golfe.
b) Inventions artisanales et architecturales
Tour de potier : invention majeure qui marque une rupture avec la technique du montage au colombin.
Permet une production plus rapide et standardisée.
Introduction de formes plus complexes.
Apparition des Beveled Rim Bowls (coupes à bords biseautés), produits en masse et utilisés probablement pour la redistribution alimentaire.
Roue : utilisée pour le transport, mais aussi adaptée à d’autres techniques (tour de potier).
Décors en clous plantés dans les façades des bâtiments, formant des motifs décoratifs (ex. chevrons, damiers).
Sceaux-cylindres : petits cylindres perforés, portés comme pendentifs et utilisés pour marquer, sceller et identifier des biens.
Nouvelle liberté dans les représentations : décors minutieux et personnalisés.
Témoignent d’une complexification administrative.
Symbolique et religion
La déesse Inanna : figure divine centrale, liée à la fertilité, à la sexualité, à la guerre et au pouvoir politique.
Son culte s’ancre dès la période d’Obeid et se développe à Uruk, où elle devient la
grande déesse de la cité.
Elle joue un rôle clé dans les mythes mésopotamiens, où elle apparaît comme garante
de la prospérité et de la légitimité des rois.

Les extensions du monde urukéen (vers 3800 – 3100 av. n. è.)
Le site de Suse (Iran, période II)
Occupée pendant près de 6000 ans, du Chalcolithique à l’époque islamique. Au IVe millénaire, Suse II montre de fortes similitudes avec Uruk (architecture, céramique, sceaux). → processus d’uniformisation culturelle
Ce phénomène annonce l’avènement de sociétés hiérarchisées au-delà de la plaine mésopotamienne.
b) Le Levant et le Nord mésopotamien
Dans ces régions, des sites fortifiés apparaissent mais ne connaissent pas toutes les phases observées à Uruk.
Entre 3800 et 3600 av. n. è., on observe une homogénéisation culturelle au nord de la Mésopotamie :
Matériel archéologique standardisé.
Concentration des productions agricoles et artisanales.
Développement de réseaux d’échanges à grande échelle, reliant la Mésopotamie, l’Anatolie et l’Iran.
c) Architecture et organisation urbaine
Le plan tripartite hérité de l’Obeid continue d’être utilisé.
Intégré dans de complexes monumentaux de plusieurs centaines de m2, combinant fonctions religieuses, administratives et économiques.
Autour des centres urbains apparaissent des zones de production agricole intensives.
Développement de zones commerciales reliant la Mésopotamie au plateau iranien et jusqu’à l’Anatolie.
d) Les colonies urukéennes
Installations créées le long des routes commerciales, véritables avant-postes mésopotamiens.
Exemples notables :
Arslantepe (Anatolie orientale).
Habuba Kabira (Syrie)
Ville fortifiée planifiée.
Quartiers spécialisés (artisans, potiers, tisserands).
Innovations techniques : système d’égouts sophistiqué, rues organisées selon un plan, rénovation régulière des infrastructures.
Ces colonies témoignent d’un phénomène de diffusion urbaine et administrative, signe d’un pouvoir central fort à Uruk.


Les contacts entre le monde urukéen et l’Égypte prédynastique sont attestés.
Ex. : manche de couteau décoré représentant un personnage « maître des animaux » (symbole d’autorité et de domination), typique de l’iconographie urukéenne. Montre que l’influence mésopotamienne ne se limite pas aux régions voisines, mais atteint la vallée du Nil, contribuant à la formation de l’État égyptien.
les innovations de l’Uruk – 4e millénaire
Apparition de la figure du roi-prêtre
Écriture : premières tablettes numérales puis pictographiques (vers 3300 av. n.è.), évolution vers le cunéiforme.
Complexes architecturaux comme à Uruk (Eanna)
Le développement des sceaux-cylindres
Essor de la navigation ;
Roue ;
Tour de potier ;
Appauvrissement (упрощение, упадок) des formes et décors de la céramique, car produite en masse ;
Une expansion majeure de la culture rendue possible grâce aux progrès techniques, les échanges sont facilités et plus rapides

La période de Jemdet Nasr (3100 – 2900 av. n.è.)
Ruptures avec Uruk
Effondrement du réseau d’enclaves urukéennes : fin de l’expansion coloniale.
Retour à une réorganisation régionale, avec des identités locales plus affirmées.
Urbanisation qui continue mais selon des schémas plus complexes et différenciés.
Développement de l’écriture qui dépasse la seule comptabilité pour s’étendre à d’autres domaines.
Nouveautés matérielles et artistiques
Nouvelle céramique : décorée de peintures rouges, critère distinctif de Jemdet Nasr par rapport à Uruk.
Spécialisation artisanale accrue : apparition d’un art raffiné.
Dame d’Uruk : tête de femme en calcaire, représentation naturaliste et réaliste, rupture avec les figurines néolithiques.
Statuette de lionne : ronde-bosse maîtrisée sur toutes les faces, crinière et queue rapportées. Importance des taureaux et lions comme symboles de force et de domination.
Les City Seals(vers 3000 av. n.è.)
Découverts dans les années 1920. Présentent des symboles graphiques propres à des établissements → comparables à des emblèmes identitaires de cités.
Utilisés pour :
Sceller jarres, paniers et tablettes afin de garantir l’origine des biens.
Contrôle administratif et économique dans un contexte d’échanges croissants.
Interprétés comme un moment d’expérimentation institutionnelle avant la standardisation des sceaux sous les Dynasties archaïques.
3e millénaire (2900-2000 av. n. è.)
L’écriture arrive a maturité, se déploie comme instrument pour la culture littéraire, historique et religieuse
La société devient urbaine
La hierarchie sociale est très prononcée,
Routes commerciales à longues distances
Un panthéon se constitue avec des dieux anthropomorphes
La guerre devient endémique Le premier empire apparait, l’état est territorial et englobe les cités-états.
Le coeur de cette dynamique est toujours le sud mésopotamien.
Le fonctionnement de la cité-État en Mésopotamie
(IIIe millénaire av. n.è.)
a) Définition et organisation territoriale
entité politique indépendante,
la ville principale (centre administratif, religieux et économique),
un arrière-pays agricole irrigué
parfois des zones périphériques de pâturage (пастбища) ou de production spécialisée.
Les plus grandes atteignent jusqu’à 4000 hectares.
Le sud mésopotamien s’organise autour d’une quinzaine de cités-États, parmi lesquelles :
Ur, Eridu, Umma, Lagash (Tello, Zurghul), Larsa, Uruk, Fara/Shurrupak, Adab, Nippur, Abu Salabikh, Borsippa, Kish, Sippar, etc.
b) Le pouvoir politique
L’autorité est entre les mains d’un roi (lugal ou ensi). Son pouvoir est légitimé par les dieux : il gouverne en leur nom et agit comme leur représentant sur terre.
Dans la pratique, il cumule des fonctions :
chef militaire,
administrateur de la cité et des travaux (irrigation, construction),
chef religieux (cérémonies, rituels de fertilité).
c) Indépendance et rivalités
Les cités-États sont fortement indépendantes, chacune avec son organisation et son dieu tutélaire. Mais des tensions récurrentes apparaissent, surtout pour :
le contrôle des canaux d’irrigation et des terres fertiles,
l’accès aux ressources stratégiques (métaux, bois, pierre).
Exemple : Lagash et Umma, qui se disputaient souvent l’eau du canal de frontière.

la masse d’arme du roi Mesilim (roi de Kish)
(IIIe millénaire av. n.è.)
Vers -2550, on constate une prééminence de la cité de Kish. Ses rois portent le titre de Lugal et jouent un rôle d’arbitres entre les cités en conflit.
Exemple : la masse d’arme du roi Mesilim (roi de Kish) → objet en calcaire décoré :
sommet : aigle léontocéphale (aigle à tête de lion),
frise : six lions qui se mordent, symbolisant la puissance et la médiation royale.
Le panthéon et les dieux tutélaires
(IIIe millénaire av. n.è.)
Chaque cité a un dieu protecteur, honoré dans son grand temple.
Ensemble, ces dieux forment un panthéon hiérarchisé au cours du IIIe millénaire. Organisation autour du dieu Enlil (dieu de l’air et de l’autorité suprême).
Exemples de dieux tutélaires :
Anu (le ciel, la creation) à Uruk,
Enki/Ea (la sagesse, la magie, l’eau) à Eridu,
Nanna (dieu-lune) à Ur,
Shamash (dieu-soleil et justice) à Sippar,
Inanna/Ishtar (déesse de l’amour et de la guerre) à Uruk, etc.
Ces divinités forment une grande famille divine, chacun incarnant des compétences précises. Les mythes et cosmogonies mésopotamiens reflètent ce système religieux commun.

La cité-État de Nippur
(IIIe millénaire av. n.è.)
a) Situation et rôle central
Localisation : au cœur de la Basse-Mésopotamie, à mi-chemin entre les grandes cités sumériennes.
Particularité : Nippur n’est pas une puissance militaire ou politique dominante → elle ne cherche pas à imposer son autorité.
Importance : Nippur devient un haut lieu religieux, centre spirituel reconnu par toutes les cités- États.
Son prestige vient du fait qu’elle abrite le grand sanctuaire du dieu Enlil, maître du
panthéon.
Contrôler ou honorer Nippur donnait une légitimité religieuse aux rois
mésopotamiens.
b) Les découvertes archéologiques
Objets cultuels :
récipients à onguents (мази из масел) richement décorés,
parois ornées de taureaux couchés (symbole de force et de fertilité).
Statuettes votives d’adorants :
déposées dans le temple d’Inanna,
incrustations précieuses : coquillage, lapis lazuli (matériaux importés → témoins du réseau d’échanges),
représentaient des fidèles en prière, les mains jointes.
Ces statuettes étaient enterrées dans le sanctuaire une fois leur usage rituel achevé.
Leur dépôt avait un caractère sacré : on ne détruisait pas les images de culte, elles étaient respectueusement enfouies.
2. La fonction religieuse de Nippur
Le temple principal : l’Ekur, sanctuaire d’Enlil → considéré comme le « nombril du monde ».
Tous les grands rois de Mésopotamie, même ceux étrangers aux cités sumériennes, cherchaient à se présenter comme protecteurs de Nippur pour légitimer leur pouvoir.
Exemple : Sargon d’Akkad, Hammurabi de Babylone, ou encore les rois assyriens → tous ont financé des travaux dans l’Ekur pour asseoir leur autorité.
La cité-État de Lagash
(vers 2500 – 2350 av. n.è.)
b) L’idéologie royale à Lagash
Un roi guerrier et pieux :
Le roi est toujours représenté en kaunakès (jupe rituelle), tenant des armes ou des outils de construction.
Double fonction : chef militaire et bâtisseur de temples. Lien privilégié avec Ningirsu (dieu tutélaire de Lagash) :
Protecteur de la cité, représenté sous la forme de l’aigle léontocéphale Imdugud/Anzu.
Les victoires militaires sont présentées comme des dons du dieu, et non comme des exploits personnels.
Les monuments (stèles, vases) glorifient autant le dieu que le roi.
Un pouvoir sacralisé : le roi se place comme intermédiaire unique entre les dieux et les hommes, ce qui renforce sa légitimité et le distingue des simples mortels.
c) Rivalités régionales : Lagash face aux autres cités
Conflits avec Umma :
Disputes récurrentes pour le contrôle d’une zone frontalière fertile, irriguée.
Résolus ponctuellement par des traités, mais les affrontements reprennent régulièrement.
La Stèle des Vautours commémore une victoire écrasante de Lagash.
Relations avec Kish :
Kish, souvent considérée comme « arbitre » des conflits entre cités, jouissait d’un prestige particulier (titre de « Roi de Kish »).
Lagash, en revanche, privilégie la force militaire et la légitimation religieuse pour imposer son autorité.
Ce contraste reflète deux modèles de royauté sumérienne 🇦
Kish : royauté suprême et arbitrale.
Lagash : royauté locale, guerrière et religieuse.
Relations avec Ur, Uruk, Mari :
Lagash entre régulièrement en guerre avec ces cités voisines.
Ces conflits traduisent une compétition permanente pour le contrôle de terres agricoles, d’eau (canaux), et d’axes commerciaux.
un modèle militaro-religieux fort.
Les rois de Lagash : une dynastie singulière
Ur-Nanshe :
Premier roi de la dynastie, considéré comme fondateur.
Célèbre pour ses constructions (temples, canaux, fortifications).
Son iconographie insiste sur son rôle de bâtisseur pieux → il se présente avec un panier à briques, attribut symbolique du roi constructeur.
Akurgal
fils d’Ur-Nanshe, son règne semble plus court et marqué par des conflits territoriaux.
Eannatum I :
Roi guerrier par excellence.
Étend l’influence de Lagash bien au-delà de son territoire.
Victoire sur la cité rivale Umma → immortalisée par la Stèle des Vautours.
Ses inscriptions attestent de guerres contre Ur, Uruk, Kish, Akshak et même Mari.
Enmetena :
Héritier d’Eannatum, connu pour sa piété religieuse et son rôle de protecteur du dieu Ningirsu.
Commande le Vase d’Enmetena, chef-d’œuvre d’orfèvrerie en argent et cuivre.
Usurpateurs : Enetarzi, puis Lugalanda.
Irrikagina (Urukagina) :
Dernier roi de cette dynastie, célèbre pour ses réformes sociales visant à limiter les abus des élites et du clergé.
Souvent présenté comme un roi « juste », soucieux de rétablir l’équité dans la cité.
Fait marquant : cette dynastie n’apparaît pas dans la Liste royale sumérienne → omission volontaire, probablement par rivalité idéologique ou politique avec les rois de Kish, qui revendiquaient la légitimité suprême.

Plaques votives d’Ur-Nanshe :
Scènes hiérarchisées où le roi est entouré de sa famille et dignitaires.
Célébration de la construction des temples.
1 - Roi priant, Plaque murale de Ur-Nanshe
2 - constructeur, à la tête d’ un banquet, Plaque murale de Ur-Nanshe

Stèle des Vautours (Eannatum) :
Face historique : armée en formation, discipline militaire, scènes de victoire.
Face mythologique : Ningirsu capturant les ennemis d’Umma dans un filet divin.
Stèle des vautours commémorant la victoire du roi Eannatum de Lagash sur son rival d’Umma (vers 2460 avant n. è., calcaire, 180 x 130 cm restituée)
face historique et face mythologique

Vase d’Enmetena :
Orfèvrerie de haut niveau, mélange d’argent et de cuivre.
Décor animalier : aigle léontocéphale dominant des lions → domination divine et royale sur le chaos.
Exemple rare de la maîtrise technique du métal au IIIe millénaire.
Vase liturgique d’Enmetena, roi de Lagash, offert à Ningirsu (argent et cuivre, 35 x 18 cm, vers 2420 avant n. è.)
La cité-État d’Ur
(vers 2600 – 2500 av. n.è.)
a) Le rôle religieux et économique du temple de Nanna
Nanna (ou Sîn), dieu de la Lune, était la divinité tutélaire d’Ur. Son temple constituait un centre politico-religieux majeur, véritable cœur économique de la cité.
Il possédait de vastes domaines agricoles dont il tirait des ressources considérables (céréales, élevage).
Administration complexe : gestion de terres, redistribution de denrées, mobilisation d’un personnel nombreux(prêtres, scribes, ouvriers, intendants).
Le temple fonctionne comme une institution administrative et économique, bien au-delà du simple rôle cultuel. Ce modèle du « temple-palais » est caractéristique des cités sumériennes : le pouvoir religieux et politique s’y entremêle.
b) La nécropole royale d’Ur
Fouillée par Leonard Woolley entre 1927 et 1929. Plus de 1800 tombes mises au jour, mais 16 tombes seulement se distinguent par leur architecture et leur richesse.
Datation : entre 2600 et 2500 av. n.è., au cœur de la période des dynasties archaïques. Les tombes « royales » sont bâties en chambres voûtées, parfois en pierre ou en brique, contrastant avec les sépultures plus modestes. Elles témoignent d’un rituel funéraire unique :
dépôts d’objets luxueux (or, lapis-lazuli, argent, cuivre, coquillages),
mais aussi présence de serviteurs sacrifiés pour accompagner le défunt dans l’au- delà → notion de hiérarchie sociale très marquée.
Ces tombes sont un reflet direct de la stratification sociale et de l’idéologie royale : la mort ne rompt pas la hiérarchie, elle la perpétue.

La nécropole royale d’Ur entre 2600 et 2500
Tombe de Meskalamdug
Roi ou membre de l’élite d’Ur, son nom est connu grâce à des inscriptions.
• Mobilier funéraire exceptionnel :
Bol en or,
50 bols en cuivre,
poignards en or et en cuivre,
perruque d’apparat en or,
double hache en électrum,
centaines de perles en or et en lapis-lazuli (pierre importée d’Afghanistan, preuve d’un commerce à longue distance).
Casque cérémoniel en or : chef-d’œuvre d’orfèvrerie, réalisé dans une seule feuille de métal, orné de reliefs repoussés, doublé à l’intérieur d’une coiffe en laine. Ce type de casque est proche de celui représenté sur la Stèle des Vautours (Lagash), signe d’un style commun aux élites sumériennes.

La nécropole royale d’Ur entre 2600 et 2500
Les tombes royales à lyres
Deux grandes lyres retrouvées dans les tombes royales.
Forme : caisse de résonance (корпус) en forme de bovidé (в форме быка), recouverte d’or, avec incrustations en coquille et en lapis-lazuli.
Décor en mosaïque → scène de banquet funéraire représentant le passage du roi dans l’au-delà.
Ces instruments étaient probablement joués lors des cérémonies funéraires, pour accompagner rituellement le défunt.
Ces lyres sont considérées comme parmi les plus anciens instruments de musique connus.

La tombe de la reine Puabi
1. Découverte et identification
nécropole royale d’Ur.
Tombe monumentale voûtée en pierre. Contrairement à d’autres sépultures où l’identité reste incertaine, cette tombe a livré un sceau- cylindre inscrit au nom de Puabi → preuve qu’il s’agit d’une figure royale ou sacerdotale majeure.
“reine”/“prêtresse-épouse du dieu Nanna” - l’élite dirigeante d’Ur.
2. Architecture et organisation de la tombe
Tombe intacte au moment de sa découverte (non pillée !).
Grande chambre funéraire voûtée contenant :
le corps de Puabi,
un mobilier extrêmement riche,
un véritable cortège funéraire (serviteurs, musiciennes, gardes), probablement sacrifiés pour l’accompagner dans l’au-delà.
C’est un des meilleurs exemples de l’association entre prestige, pouvoir et rituels sacrificiels dans la Mésopotamie archaïque.
3. Le mobilier funéraire de Puabi
raffinement exceptionnel :
Parure et coiffure d’apparat :
- diadème composé de fines feuilles d’or,
- rosettes d’or et de lapis-lazuli,
- rubans d’or,
- grandes boucles d’oreilles,
- collier de pierres semi-précieuses (lapis-lazuli, cornaline, agate).
Cette parure est l’un des ensembles les plus célèbres du Proche-Orient ancien.
Objets d’apparat et de prestige :
gobelets et bols en or et en argent,
peignes en or,
instruments de toilette,
mobilier richement décoré.
Musique et banquet funéraire :
présence de lyres richement ornées, analogues à celles retrouvées dans d’autres tombes royales,
scènes figurées en mosaïque représentant des banquets, rappelant que la mort était conçue comme un passage vers une autre forme de festin éternel.
L’ensemble met en valeur le statut de Puabi, mais aussi la vision sumérienne de la continuité du pouvoir et du luxe dans l’au-delà.
4. Le cortège funéraire
Dans l’antichambre de sa tombe - squelettes d’une vingtaine de serviteurs et musiciennes, parés de bijoux, couchés en ordre. Ils ont probablement été sacrifiés rituellement (consommation de poison ou asphyxie volontaire ?) afin d’accompagner la reine dans l’au-delà.
Cette pratique spectaculaire illustre la croyance que le pouvoir royal devait être prolongé au-delà de la mort, et que le défunt devait conserver son entourage hiérarchique.
5. Signification et portée
La tombe de Puabi est l’un des témoignages les plus riches de la civilisation sumérienne archaïque.
Elle reflète :
une royauté sacrée, entourée de faste et de rituels,
un usage abondant de matériaux importés (or, lapis-lazuli d’Afghanistan, cornaline d’Iran, argent d’Anatolie), preuve d’un commerce international très développé,
une vision de l’au-delà où la hiérarchie et la gloire terrestre doivent se poursuivre.
Avec la tombe de Puabi, nous avons un instantané de la culture sumérienne : religion, société, art, musique, commerce et idéologie du pouvoir.

L’étendard d’Ur (vers 2600 av. n.è.)
a) Découverte et caractéristiques générales
Découvert en 1927 par Leonard Woolley dans la nécropole royale d’Ur
Objet en forme de boîte trapézoïdale (env. 50 × 20 cm)
Matériaux luxueux :
incrustations de nacre (перламутр), lapis-lazuli, calcaire rouge, montés sur du bitume.
Fonction exacte inconnue : hypothèses → étendard militaire, caisse de résonance d’un instrument de musique, panneau décoratif pour un meuble.
chef-d’œuvre de l’art en mosaïque sumérien.
1. Iconographie
a) La face de la guerre
Organisation en trois registres lus de bas en haut, de gauche à droite :
1. Cavaliers et chars :
- premier registre : cavaliers alignés, probablement en attente avant l’assaut,
- progression : les chars écrasent les ennemis, représentés couchés au sol. idée d’une intensification de la bataille.
2. Infanterie lourde :
soldats armés de lances et de boucliers, marchant en rang serré.
3. Victoire du roi :
- le roi, plus grand que les autres (hiérarchie des proportions),
- coiffé d’un casque, debout au centre,
- entouré de prisonniers nus, agenouillés, soumis.
Le roi est présenté comme le garant de l’ordre et de la victoire militaire.
b) La face de la paix
Également en trois registres :
1. Procédés d’offrandes et de butin (трофеи)
cortège d’animaux et de porteurs.
2. Préparatifs de banquet :
musiciens, chanteurs, joueurs de lyre (dont une lyre à tête de taureau).
3. Banquet royal :
- convives assis sur des tabourets, tenant des coupes,
- scène centrée sur le roi, plus grand, vêtu d’une tenue distinctive,
- atmosphère festive et rituelle.
Banquet à la fois célébration de la victoire et rite liturgique (commémoration, sacrifice, fertilité).
c) Interprétation
L’étendard illustre les deux rôles fondamentaux du roi sumérien :
chef de guerre, protecteur de sa cité, garant de la victoire sur les ennemis,
prêtre-roi, qui assure par ses rituels la faveur des dieux, la prospérité et la fertilité du pays.
Il peut faire référence à un événement historique précis (une bataille victorieuse) mais son sens est surtout symbolique et idéologique. Importance de la mise en scène : organisation en registres, hiérarchie des tailles, alternance de violence et d’ordre.
d) Prouesse artisanale
Travail d’atelier extrêmement raffiné :
tesselles minuscules de nacre et de lapis-lazuli,
insertion dans le bitume,
rehauts en calcaire rouge.
Exemple majeur du savoir-faire sumérien en mosaïque → influence sur l’art mésopotamien ultérieur.


Le « Grand bélier »
nécropole royale d’Ur.
Découvert en 1928 dans la tombe surnommée le « Grand puits de la mort »
Statue d’un bélier dressé contre un arbuste, recouverte de feuilles d’or et de lapis-lazuli. Interprété comme une offrande cultuelle ou un symbole de fertilité lié au dieu de la végétation et de la prospérité.
2. Le Grand puits de la mort
Tombe collective où furent retrouvés les corps de 73 personnes, majoritairement des femmes richement parées.
Hypothèse : sacrifice rituel (sans doute drogués ou empoisonnés) pour accompagner le souverain défunt dans l’au-delà.
Évoque l’importance du cortège
premier empire de l’histoire
Fin du IIIe millénaire : les cités-États sumériennes (Ur, Uruk, Lagash, Kish, Nippur, etc.) sont de plus en plus en compétition.
Vers 2340 av. n.è. : Sargon d’Akkad fonde le premier véritable empire de l’histoire, unifiant la Basse et la Haute Mésopotamie.
Innovation politique : royauté locale tutélaire (liée à un dieu de cité) → royauté universelle (roi de « toutes les terres »).

Plaque perforée d’Ur (culte de Nanna) (vers 2550-2250)
Découverte dans le temple de Nanna, dieu-lune tutélaire d’Ur.
Représente :
un dieu assis, coiffé d’un diadème à cornes (signe de divinité) ;
une scène de libation (offrande liquide, probablement de l’eau ou du vin) devant lui.
Importance : illustre la continuité du rôle des temples comme centre religieux, économique et administratif.

Tell al-‘Ubaid : Temple de Ninḫursag (vers 2550-2400)
Site révélant l’importance architecturale des cités-États. Temple construit sur une terrasse quadrangulaire en briques crues, entourée de murs. Dédié à Ninḫursag, déesse-mère et de la fertilité.
Décorations remarquables :
colonnes incrustées de nacre, calcaire rose et argile ;
façades ornées de frises animalières ;
représentation en cuivre d’Imdugud (Anzu), l’aigle léontocéphale, flanqué de deux cerfs ;
plaques représentant Imdugud attaquant un bison à tête humaine.
Nouveauté artistique : introduction des clous d’argile décoratifs, souvent en forme de fleurs, plantés dans les façades.

Tell al-‘Ubaid : Temple de Ninḫursag (vers 2550-2400)
représentation en cuivre d’Imdugud (Anzu), l’aigle léontocéphale, flanqué de deux cerfs ;

Tell al-‘Ubaid : Temple de Ninḫursag (vers 2550-2400)
plaques représentant Imdugud attaquant un bison à tête humaine.
Mari
(Tell Hariri, actuelle Syrie)
1. Fondation et urbanisme
fondée vers 2900 av. n.è., créée ex nihilo (с нуля) sur la moyenne vallée de l’Euphrate.
Urbanisme original et planifié :
plan circulaire de plus d’1 km de diamètre,
deux rangées concentriques de murailles,
une digue servant à gérer les flux fluviaux et caravanier (carrefour stratégique entre la Mésopotamie, l’Anatolie et la Syrie intérieure).
2. Rôle économique et politique
Centre de traitement des minerais et métaux venus des montagnes voisines.
Fonction de plaque tournante commerciale, recevant aussi des tributs (or, argent) de la cité voisine Ebla.
Dès la période des Dynasties archaïques, Mari devient un centre politique majeur de Syrie.
Phases d’occupation
Ville I (vers 2900) : peu connue.
Ville II (2550–2300) : extrêmement riche, sanctuaires abondamment pourvus en offrandes.
Destruction vers 2300 (probablement par les armées d’Akkad ou d’Ebla).
3. Art et culte
Temples : notamment celui d’Ishtar.
Statuaire votive (orants) retrouvée en abondance :
personnages seuls ou par paires,
position pieuse, mains jointes,
visages souvent souriants → marque d’une piété sereine et permanente.
Œuvre majeure : statue de l’intendant Ebih-Il (-2500/-2340)
4. Découvertes remarquables
En 1965 : découverte d’un ensemble précieux appelé « Trésor d’Ur »

Mari
statue de l’intendant Ebih-Il (-2500/-2340) :
figure assise, mains jointes,
barbe et yeux incrustés de coquillage et de lapis-lazuli,
rendu très réaliste, presque portrait individualisé, avec une expression extatique.

Trésor d’Ur
Mari
contenu dans une jarre, mais trouvé en Syrie → preuve de la diffusion de la civilisation sumérienne.
perles en lapis-lazuli associées à Mesanepada, premier roi d’Ur (Ire dynastie).
pectoral en or et lapis-lazuli représentant Imdugud (Anzu).
Figurines de déesses en matériaux mixtes (cuivre, argent, coquillage, bitume, ivoire) → inspiration syrienne mais influencée par la Mésopotamie.
Sceaux-cylindres finement gravés, témoignant du raffinement de l’art glyptique.


Ebla
(Tell Mardikh, Syrie)
Importance historique
Grande cité-État florissante entre 2500 et 2250 av. n.è., en rivalité avec Mari. Son influence s’étend sur une grande partie de la Syrie intérieure et jusqu’à la Méditerranée.
Centre d’archives unique grâce aux tablettes cunéiformes découvertes (plus de 17 000 tablettes).
2. Archives et civilisation
Tablettes rédigées en sumérien et en eblaïte (langue sémitique proche de l’akkadien).
Sources précieuses sur :
l’administration,
l’économie (listes de tributs, échanges, artisanat),
la diplomatie (alliances, traités),
la religion (textes liturgiques et offrandes).
3. Culture matérielle
Palais G (vers 2400 av. n.è.), monumental, centre politique et administratif,
objets de prestige (ivoires, incrustations, statuettes),
sceaux-cylindres d’une très grande finesse,
mobilier cultuel (statuettes, reliefs votifs).
mobilier cultuel (statuettes, reliefs votifs).
Palais G
Première manifestation monumentale en Syrie.
Fonction : centre politique et administratif.
Organisation en trois secteurs principaux accessibles par :
un portail monumental,
un escalier en basalte de 40 marches.
Espaces :
Quartier administratif avec salles d’apparat, de réunion, et archives,
Quartier résidentiel,
Zones cultuelles et cérémonielles.
Société et économie
Le royaume d’Ebla était dirigé par des Lugal (rois), mais sans liste royale connue → pouvoir probablement appuyé sur une oligarchie citadine.
Extrême richesse :
le roi recevait 5 kilos d’or et 500 kilos d’argent par an,
économie reposant sur agriculture, artisanat et échanges.
Relations diplomatiques :
par mariages interdynastiques,
par des cadeaux de prestige (notamment textiles).
Art et culture matérielle
Peu de vestiges en raison des pillages et de l’incendie final.
Restes d’incrustations monumentales :
marbre,
éléments décoratifs intégrés à un grand panneau de bois (3 m de haut).
Thème : commémoration d’une victoire militaire, mais iconographie marquée par
l’influence syrienne et mariote, plutôt que sumérienne.
Sculpture : peu conservée, seules deux périodes représentées.
Importance historique
Ebla marque une étape majeure dans l’histoire proche-orientale :
Première grande capitale syrienne avec administration centralisée et archives monumentales.
Diffusion du cunéiforme hors de la Mésopotamie méridionale.
Exemple d’un royaume riche, cosmopolite et organisé, pleinement intégré dans les
réseaux mésopotamiens et levantins.
Sa destruction vers 2250 av. n.è. (sans doute par les Akkadiens, Sargon ou Naram-Sîn) mit fin à cet essor.
Ebla est donc la clé pour comprendre la Syrie proto-urbaine : elle offre une vision complète de l’économie, de la diplomatie, de la religion et de la culture matérielle, et reste le plus grand centre d’archives cunéiformes avant l’époque assyrienne.

Les archives d’Ebla
première « bibliothèque »
La grande salle contenait :
1700 tablettes d’argile complètes,
près de 9300 fragments,
des milliers d’éclats secondaires.
Classement méthodique :
par groupes de 25 tablettes,
grandes tablettes posées à même le sol,
organisation par thèmes.
Thèmes abordés
Comptes rendus mensuels (tissus, métaux précieux, cuivre, or, argent).
Archives agricoles (moutons, céréales, huile, farine).
Textes de chancellerie : traités, donations, ordonnances royales.
Listes lexicales sumériennes et bilingues (sumérien / éblaïte).
Premiers « dictionnaires » connus, permettant de comprendre l’éblaïte.
Importance
Montre la diffusion de l’écriture cunéiforme vers le nord, auparavant limitée à Mari. Preuve d’un système centralisé de gestion. Témoigne aussi de l’existence d’écoles de scribes :
apprentissage par listes lexicales,
bilinguisme sumérien / éblaïte.
Adaptation du cunéiforme à une langue locale sémitique (l’éblaïte).
L’Empire d’Akkad
(2340 – 2200 av. n.è.)
La fondation par Sargon (Sharrukîn, « le roi légitime »)
Vers 2340 av. n.è., Sargon, haut fonctionnaire à la cour de Kish, prend le pouvoir après avoir triomphé du roi sumérien Lugalzagesi (qui avait unifié temporairement Sumer). Il fonde une nouvelle dynastie : celle d’Akkad, qui règnera environ 180 ans.
Les principaux souverains :
1. Sargon (Sharrukîn)
2. Rimuš
3. Maništušu
4. Naram-Sîn (fils de Maništušu, apogée de l’empire)
5. Šar-kali-šarri → Après lui, d’autres rois de moindre importance, puis la chute de l’empire.
La légende de Sargon (inspirée d’un cycle littéraire) raconte qu’il fut abandonné bébé dans un panier sur l’Euphrate, recueilli par un jardinier et protégé par la déesse Ishtar. Ce récit, qui rappelle celui de Moïse, vise à donner une aura mythique à son destin exceptionnel.
L’expansion territoriale et la politique impériale
Sargon impose son autorité de la Mésopotamie méridionale jusqu’aux cités de Mari et Ebla en Syrie. L’empire se veut universel : Sargon proclame que son pouvoir s’étend « du Golfe Persique jusqu’à la Méditerranée ».
Le dieu tutélaire est Enlil, garant de la légitimité du roi.
C’est la première tentative d’unification territoriale de l’histoire du Proche-Orient. Mais cette unification n’est jamais totale : chaque règne est marqué par des révoltes nécessitant de constantes reconquêtes militaires.
Les innovations administratives et linguistiques
L’empire d’Akkad introduit une nouvelle langue officielle : l’akkadien, qui utilise l’écriture cunéiforme d’origine sumérienne, mais stylisée et adaptée.
Les archives (env. 500 tablettes administratives et économiques, surtout à Suse) témoignent d’une bureaucratie centralisée.
Akkad marque un changement de langue au Proche-Orient : l’akkadien remplacera progressivement le sumérien comme langue de chancellerie et de culture.
Les innovations militaires
L’armée akkadienne développe un nouveau système de guerre reposant sur l’archerie. Elle est organisée, permanente et hiérarchisée, ce qui marque une rupture avec les forces plus ponctuelles des cités-États sumériennes.
L’art officiel et la propagande
L’art akkadien, outil de prestige, est un art de cour, centré sur la glorification du roi et de son pouvoir.
Caractéristiques artistiques:
Continuité avec l’art sumérien, mais plus réaliste et détaillé. Grande attention portée aux cheveux, barbes, visages, pour distinguer Akkadiens et prisonniers.
L’iconographie sert à montrer le roi comme guerrier mais aussi comme protecteur des dieux.
La statuaire royale (Maništušu, Naram-Sîn):
Les statues en diorite (importée d’Iran) montrent les souverains assis ou debout, vêtus d’une robe bordée de franges.
Propagande : ces statues étaient envoyées dans plusieurs villes pour diffuser une image officielle de la royauté.
Chef-d’œuvre : une statue mutilée retrouvée à Suse (butin du roi élamite Shutruk- Nahhunte).
- Réalisme frappant : plis de phalanges, drapés du vêtement, détails de barbe et moustache.
- Expression impérieuse du visage, coiffure complexe (tresses, diadème, chignon).
- Les mutilations (nez aplati, yeux martelés, barbe arrachée) témoignent d’une volonté politique de détruire l’image du roi après la chute d’Akkad.
L’apogée sous Naram-Sîn
Petit-fils de Sargon, Naram-Sîn (2254–2218) incarne l’apogée de l’empire.
Il se proclame « roi des quatre régions du monde » et même dieu vivant, innovation majeure (première divinisation royale).
b) Vie politique et diplomatique
L’empire d’Akkad ne s’illustre pas seulement par la guerre, mais aussi par des alliances.
Exemple : traité d’alliance avec le pays d’Élam, qui :
Définissait les rapports diplomatiques et militaires.
Établissait des clauses de dénonciation des complots.
Interdisait la corruption et assurait la solidarité entre les royaumes.
Ce type de traité révèle une politique d’équilibre régional et des relations diplomatiques structurées.
c) Le règne de Naram-Sîn
Règne le mieux documenté de l’empire.
Nombreuses campagnes militaires :
Du golfe Persique à l’Anatolie.
Victoires dans le Zagros contre les Lullubis (stèle de la victoire).
Expansion confirmée par des stèles retrouvées jusque dans des régions périphériques.
Réorganisation administrative :
Empire divisé en provinces confiées à une élite issue de la famille royale → oligarchie.
Centralisation de l’écriture et diffusion d’une forme réformée de l’accadien.
Naram-Sîn adopte le titre de "roi des quatre régions du monde" et se fait diviniser :
Casque à cornes sur ses représentations.
Usage d’un déterminatif divin dans ses inscriptions.
Incarnation d’un pouvoir universel et sacré.
Le règne de Sharkalisharri et le déclin
Dernier roi important de la dynastie. Se fait encore considérer comme divin, mais abandonne le titre universel → se limite à celui de "roi d’Akkad".
Période marquée par un affaiblissement progressif :
Révoltes internes.
Pressions extérieures.
La tradition mésopotamienne attribue la chute de l’empire aux Guti, peuple venu du Zagros.
La légende raconte que Naram-Sîn aurait commis un sacrilège en détruisant le sanctuaire d’Enlil à Nippur, provoquant la colère divine et l’invasion des Guti.
Probablement exagéré, mais traduit une réalité : l’empire était fragilisé.
Interrègne guti (env. 30 ans) : domination fragile et instable.
La chute de l’empire (vers 2200 av. n.è.)
Après Šar-kali-šarri, l’empire est affaibli par :
des révoltes internes,
des pressions extérieures (Élamites, Amorrites),
et surtout les incursions des Gutis venus du Zagros.
L’empire disparaît vers 2200, ouvrant une phase de troubles avant la reprise par la IIIe dynastie d’Ur (Ur III).
Après Akkad
L’empire éclate à nouveau en cités-États indépendantes. Débute la seconde dynastie de Lagash, qui prépare le terrain pour la Troisième dynastie d’Ur (Ur III), futur grand empire sumérien.

L’Empire d’Akkad
La tête royale en bronze (prob. Sargon ou Naram-Sîn):
Œuvre emblématique de l’art akkadien, combinant réalisme (rides du front, regard intense) et idéalisme royal (barbe soignée, coiffure majestueuse).
Représente à la fois l’élévation au-dessus des hommes et une certaine humanité.

L’Empire d’Akkad
La stèle de la victoire de Naram-Sîn (vers 2250 av. n.è.)
a) Contexte
Commanditée par Naram-Sîn, quatrième roi de la dynastie d’Akkad. Elle commémore la victoire du roi sur les Lullubis, peuple montagnard des monts Zagros. Découverte à Suse, car emportée comme butin par le roi élamite Shutruk-Nahhunte (XIIe s. av. n.è.).
Réalisée en bas-relief, la stèle est partiellement lacunaire dans sa partie inférieure.
b) Rupture avec la tradition sumérienne
Contrairement aux stèles sumériennes (ex. stèle des Vautours de Lagash) qui sont organisées en registres horizontaux, celle-ci adopte une composition continue et ascendante.
La scène se déroule de manière théâtrale et dynamique, sur un paysage montagneux ponctué de deux arbres. La lecture se fait en diagonale : du bas (armée en marche) vers le haut (roi triomphant).
c) La composition
À gauche : l’armée d’Akkad, disciplinée, casquée, vêtue de pagnes courts ou de longues jupes, gravissant la montagne.
Les soldats tiennent des armes (haches, piques, arcs) et deux d’entre eux portent des étendards à banderoles, symboles militaires.
Leur marche est régulière et monotone, signe d’une armée unie et organisée.
À droite : les vaincus, les Lullubis, représentés dans des attitudes variées et désordonnées.
L’un est précipité du haut de la montagne.
Un autre, atteint d’une flèche, s’effondre.
Plusieurs lèvent les mains dans une posture de supplication.
Cette diversité d’attitudes contraste fortement avec l’uniformité des Akkadiens → image de désordre, de défaite et de soumission.
le dieu Shamash est represente par un soleil
d) La figure du roi
Naram-Sîn est le véritable centre de la composition :
Plus grand que tous les autres personnages (hiératisme de taille).
Armé d’un arc, il brandit également une lance.
Il porte un casque orné de cornes, attribut divin. → C’est la première fois qu’un roi est représenté avec cette distinction divine.
Tous les regards convergent vers lui :
Les soldats, les vaincus, et même la diagonale de la composition le placent comme seul acteur de la victoire.
Les dieux n’apparaissent plus sous forme anthropomorphe comme dans la stèle des Vautours :
Leur présence est seulement suggérée par des astres figurés au sommet de la stèle.
Désormais, c’est le roi lui-même qui incarne la puissance divine.
e) Signification et portée
La stèle ne se contente pas de relater un événement militaire : elle transmet un message idéologique.
Naram-Sîn est présenté comme :
Victorieux et invincible.
Sous la protection divine, voire divinisé lui-même.
Centre du monde : il domine hommes, ennemis et nature (la montagne).
Cette œuvre illustre le passage d’un art encore religieux et collectif (Lagash) à un art royal et impérial, centré sur la personne du souverain. L’art d’Akkad devient ainsi un art de propagande, diffusé par des stèles et statues installées dans toutes les grandes villes de l’empire pour marquer la puissance du roi et rappeler la soumission des vaincus.


Apogée de la glyptique sous Naram-Sîn et Sharkalisharri
L’Empire d’Akkad
C’est sous ces deux souverains que la glyptique (l’art des sceaux-cylindres) atteint son plus haut degré de perfection.
1. Les compositions changent profondément :
Les affrontements ne sont plus représentés en scènes continues, mais en paires disposées symétriquementde part et d’autre d’un cartouche central inscrit.
Ces scènes deviennent plus équilibrées et statiques, centrées sur l’harmonie plutôt que sur l’action.
Les antagonistes typiques :
Hommes-taureaux domptant des lions.
Héros nus (Lahmu) affrontant ou tenant des buffles.
Innovation : le buffle d’eau (водяной буйвол) apparaît dans les compositions.
Animal exotique gardé dans des zoos royaux.
Représenté seulement sur les sceaux des hauts personnages (rois, grands prêtres).
Progressivement, la scène évolue :
Les héros ne domptent plus les bêtes, mais les abreuvent.
Ils tiennent des vases d’où jaillissent des flots destinés aux buffles.
Thème lié au dieu Enki (Ea), maître des eaux primordiales, dont les héros deviennent les acolytes(спутники, помощники).
La scène entière repose sur une ligne d’eau stylisée en écailles (чешуя) → omniprésence symbolique de l’élément aquatique.
Esthétique :
Relief du corps des taureaux et buffles traité avec une finesse extrême.
Le réalisme anatomique est dépassé pour tendre vers une harmonie idéale.
Ces sceaux-cylindres sont considérés comme de véritables chefs-d’œuvre de la glyptique mésopotamienne.
Ils sont probablement réalisés dans des ateliers royaux.

La seconde dynastie de Lagash et Gudéa
a) Contexte
Après l’effondrement de l’empire d’Akkad et l’interrègne guti, certaines cités sumériennes retrouvent leur indépendance. Parmi elles, Lagash connaît un nouvel essor sous la seconde dynastie, illustrée principalement par son roi Gudéa(vers 2144-2124 av. J.-C.). Le nom Gudéa signifie « l’Appelé », ce qui souligne déjà la dimension religieuse de sa fonction royale.
b) La statuaire de Gudéa
Gudéa est le souverain sumérien qui a laissé la plus importante collection de statues royales connues : une vingtaine environ.
Ces statues proviennent des temples de Tello (ancienne Girsu), capitale religieuse de Lagash.
Fonction : elles étaient destinées à pérenniser la présence et la prière du roi dans les sanctuaires, même en son absence → on parle de statues performatives.
c) Iconographie
Gudéa est toujours représenté assis ou debout, en position d’orant.
Les statues sont inscrites et solidaires de leur socle.
Deux grands groupes de statues :
Premier groupe : 8 statues (sans têtes), vouées aux principales divinités de l’État de Lagash, en particulier le dieu Ningirsu.
Deuxième groupe : 6 statues complètes, dédiées aux divinités personnelles de Gudéa (Bahsmu et Ningishzida).
d) Style
Pierre noire (diorite), matériau prestigieux réservé à la statuaire royale. Rendu anatomique réaliste : on remarque par exemple les tendons nerveux des pieds. Le roi est vêtu d’une robe longue à l’épaule droite dégagée, coiffé d’un bonnet royal à haut bord.
Traits caractéristiques : pommettes saillantes (выступающие скулы), menton proéminent (подбородок выделяющийся), donnant une image idéalisée et intemporelle du souverain.
Ces statues traduisent l’image d’un roi pieux, humble devant les dieux mais ferme dans son autorité.
e) Gudéa bâtisseur
Gudéa se distingue comme un roi bâtisseur infatigable, dédié à la restauration et à la construction des sanctuaires de Lagash. Ses exploits sont consignés dans deux cylindres de fondation (A et B), parmi les plus longs textes connus de Mésopotamie.

Glyptique et piété Lagash ||
À cette époque, la glyptique connaît un répertoire appauvri par rapport à la période d’Akkad. On observe un abandon des grands thèmes mythologiques pour un nouvel idéal : la piété et la relation entre le fidèle et son dieu.
Conventions iconographiques
Les dieux sont représentés de profil, tournés vers la gauche.
Le fidèle (crâne rasé, vêtu d’un tissu fin) lève la main droite en signe de prière.
La déesse d’intercession porte une robe rayée et une seule paire de cornes.
Le dieu barbu est vêtu d’une robe à volants.
3. Exemples
Gudéa est identifié sur certains sceaux par un cartouche nominatif, parfois représenté sans coiffe et conduit par un serviteur.
Le dieu Ningirsu adopte les attributs d’Enki :
Il tient des vases globulaires d’où jaillissent des eaux.
Ces flots s’entrecroisent, évoquant le réseau d’irrigation de l’État de Lagash.
De petits rameaux à trois branches émergent des vases, symbolisant la fertilité des terres.
**impression de sceau-cylindre
- Gudea, ensi de Lagash (правитель)
- Lama - божество-защитник и посредник между человеком и великими богами. часто в кионографии ведет человека к божеству. женщина, платье, руки подняты для молитвы
- bashmu - священное существо дракон-змей, один из божественных существ Гудеа (Bahsmu et Ningishzida)
- Ningishzidda - божество связанное с растительностью, плодродием, в иконографии частый символ две змеи
- Ningirsu - divinite de l’etat de Lagash
Abandon progressif des scènes héroïques et mythologiques complexes, remplacées par un art plus religieux et piétiste.
Thèmes privilégiés :
Scènes d’intercession : le fidèle (roi ou haut dignitaire) est présenté par un dieu personnel à une grande divinité.
Le roi apparaît parfois rasé et sans coiffe, signe d’humilité.
Les dieux reçoivent debout, tournés à gauche, souvent accompagnés de la déesse Lama, qui intercède pour le roi.
c) Les divinités représentées
Ningishzida : dieu personnel de Gudéa, lié au monde souterrain, à la végétation et à la fécondité.
- Attributs : serpents cornus jaillissant de ses épaules.
- Animal associé : le Bashmu.
Bashmu : créature hybride, protectrice et magique.
- Corps de serpent écailleux, cornes et ailes.
- Pattes antérieures de lion, pattes postérieures de rapace, queue terminée en dard de scorpion.
- Préfigure le dragon mušhuššu, animal emblématique du dieu Marduk à Babylone.
Symbolique des eaux jaillissantes :
Divinités représentées tenant des vases globulaires d’où s’échappent des flots.
Ces flots se rejoignent, évoquant l’irrigation et les canaux qui assuraient la fertilité des terres de Lagash.
Souvent symbolisés par un rameau à trois branches, signe de prospérité agricole.
g) Signification générale
Sous Gudéa, le pouvoir royal prend une forme très différente de celle des rois d’Akkad :
Non plus un roi conquérant divinisé, mais un roi pieux et bâtisseur, garant de la prospérité par son lien avec les dieux.
Son image est associée à la piété, l’humilité et la fécondité, plutôt qu’à la conquête.
Cette orientation annonce la transition vers une conception plus religieuse et rituelle du pouvoir, qui sera reprise et amplifiée sous la Troisième dynastie d’Ur (Ur III).


La seconde dynastie de Lagash et Gudéa
Cylindre A
Raconte comment Gudéa reçoit en songe l’ordre divin de reconstruire le temple de Ningirsu à Tello (Eninnu).
La déesse Nanshe lui apporte des éclaircissements. Gudéa obtient finalement les plans de l’édifice directement de Ningirsu.
Il purifie la ville, lève les impôts nécessaires, pose la première brique et supervise toute la construction jusqu’à l’inauguration.
2. Cylindre B
Suite du récit : il décrit les rites de consécration du temple.
Évoque notamment une hiérogamie rituelle (mariage sacré) symbolisant l’union du roi avec la divinité et garantissant prospérité et abondance.
Cette cérémonie est mise en parallèle avec les rites du Nouvel An, où le roi joue le rôle d’un dieu mourant qui libère les forces de vie retenues prisonnières.
La consécration du temple devient ainsi un gage de fertilité et de prospérité pour toute la cité.
La IIIe dynastie d’Ur (Ur III)
Fondation et contexte
Après l’interrègne guti, Utu-hegal roi d’Uruk chasse les envahisseurs. Son successeur et ancien gouverneur d’Ur, Ur-Namma, prend le pouvoir et fonde la IIIe dynastie d’Ur (2112-2004 av. J.-C.).
Capitale : Ur.
Volonté de restaurer un grand État territorial après Akkad, mais avec une idéologie plus sumérienne (piété, ordre, prospérité).
b) Les rois d’Ur III
Ur-Namma (2112-2095) : fondateur, 18 ans de règne. первый свод правил - Le Code d’Ur-Namma
Shulgi (2094-2047) : règne de 48 ans, apogée de la dynastie, roi lettré et réformateur.
Ammar-Suen, Shu-Sin, Ibbi-Sin (dernier roi, témoin de l’effondrement de l’empire).
c) Titulature et idéologie royale
Ur-Namma prend le titre de « roi de Sumer et d’Akkad », reprenant l’héritage d’Akkad. Le roi est vu comme protecteur, bâtisseur et garant de la justice. On lui attribue l’un des premiers codes de lois connus (Code d’Ur-Namma).
d) Le roi bâtisseur et la ziggurat
Ur-Namma et ses successeurs restaurent les sanctuaires anciens et construisent de nouveaux temples.
Invention (ou systématisation) de la ziggurat :
Temple à terrasses superposées, construit en briques crues et cuites.
Première ziggurat attestée : celle d’Ur, dédiée au dieu-lune Nanna/Sîn.
Symbolique : montagne artificielle reliant la terre au ciel, lieu de contact entre les dieux et les hommes.
e) Administration et économie
L’empire est étroitement administré :
Divisé en quinze provinces correspondant aux anciennes cités-États.
Gouverneurs provinciaux appelés ensi, directement responsables devant le roi. Mise en place d’un système économique centralisé : le Bala.
Chaque province doit fournir des ressources (céréales, bétail, laine, métaux, etc.) à l’État.
Ces ressources sont stockées, redistribuées et utilisées pour nourrir les travailleurs, entretenir les temples et financer l’administration.
Documentation écrite :
Des dizaines de milliers de tablettes administratives retrouvées.
Nous renseignent sur l’organisation économique, la société, les échanges, les taxes, les rations alimentaires.
L’écriture est au cœur de cette bureaucratie : archivage minutieux, standardisation, listes lexicales.


Le Code d’Ur-Namma
(2112-2095 av. J.-C.), La IIIe dynastie d’Ur (Ur III)
Premier recueil législatif connu de l’histoire (précédant de deux siècles le célèbre Code d’Hammurabi).
Rédigé en sumérien, retrouvé fragmentairement à Nippur et Ur.
Mentionne 57 lois, organisées en casuistique (formule « si... alors... »).
Objectif : garantir la justice sociale et la protection des catégories vulnérables (veuves, orphelins, épouses).
Sanctions proportionnées : souvent des amendes en argent plutôt que des peines corporelles.
Importance :
Premier texte à affirmer que le roi reçoit sa mission des dieux pour « établir la justice dans le pays ».
Influence durable → il servira de modèle à d’autres codes mésopotamiens, comme les Lois d’Eshnunna et le Code de Lipit-Ishtar.

Le règne de Shulgi
(2094-2047 av. J.-C.), La IIIe dynastie d’Ur (Ur III)
Consolidation du pouvoir
• Successeur d’Ur-Namma, il règne 48 ans (record pour l’époque).
• Surmonte une crise au début de son règne : son père est mort au combat, événement perçu comme un signe d’abandon divin.
• Les 18 premières années de Shulgi sont consacrées à une politique religieuse :
Hommage appuyé aux dieux.
Multiplication des constructions et des dédicaces.
Mise en place de sa divinisation de son vivant, à l’image de Naram-Sin :
- Adoration dans tous les grands sanctuaires de l’empire.
- Hymnes royaux le comparant aux dieux.
2. Politique religieuse et culturelle
• Construction et restauration de temples → rôle central de roi-bâtisseur.
• Dépôts de fondation : à Suse, découverte de 16 clous en cuivre en forme de personnages portant des tablettes, trouvés sous l’acropole.
Chaque temple comportait 8 dépôts, placés aux coins et sous les portes.
Fonction apotropaïque : maintenir l’édifice, repousser les forces mauvaises du monde souterrain.
Chaque figurine représente Shulgi en bâtisseur : torse nu, jupe courte, portant un
couffin à briques.
A Suse, temples de : Inshushinak, Ninhursag
Patronage littéraire :
Sous Shulgi, le sumérien redevient langue officielle et de prestige (renaissance dite « néo-sumérienne »).
Production d’hymnes royaux célébrant Shulgi lui-même.
Mise en valeur du héros épique Gilgamesh, ancêtre prestigieux des rois d’Uruk.
Textes liturgiques et poétiques : certains relatent la cérémonie du mariage sacré (hiérogamie), union rituelle du roi divinisé avec la déesse Inanna, symbolisant fertilité et prospérité du pays.
4. Politique militaire et diplomatique
• Shulgi mène une activité militaire intense, surtout à l’est et au nord-est.
• Mariages diplomatiques → stratégie pour stabiliser les alliances.
• Conquête de Suse (capitale de l’Élam) :
o Construction de deux temples : à Inshushinak (dieu principal de Suse) et à Ninhursag (déesse mésopotamienne de la fécondité).
• Création d’un système défensif contre les incursions amorrites et élamites :
o Construction d’une muraille frontalière au nord de la Mésopotamie, surnommée « le Mur du Pays » (37e année de règne).
o Objectif : protéger la Babylonie des invasions venues de l’ouest et du Zagros.
La glyptique sous Shulgi
• Reste fidèle au style de Lagash II → scènes de présentation au dieu avec un intermédiaire divin.
• Variation intéressante :
o Le roi occupe parfois la place du dieu, assis en majesté.
o Exemple : Ur-Namma assis face au fidèle qui vient lui rendre hommage → accentuation de la divinisation du roi.

Déclin et fin de la IIIe dynastie d’Ur
Après Shulgi, succession de ses deux fils :
Amar-Suen (2046-2038).
Shu-Sin (2037-2029).
Dernier roi : Ibbi-Sin (2028-2004), témoin de l’effondrement de l’empire :
Pression des Amorrites et des Élamites.
Crises économiques et famines.
Chute d’Ur en 2004 av. J.-C., fin de la IIIe dynastie d’Ur.
a) Le règne d’Ibbi-Sin (2028-2004 av. J.-C.)
Dernier roi de la dynastie, affaibli par un contexte difficile.
Hérite d’un empire fragilisé :
Menaces extérieures persistantes.
Crises internes liées à une bureaucratie lourde et pesante.
Dépendance croissante à un système d’exploitation centralisé qui s’essouffle.
b) Les causes de l’effondrement
1. Pression des peuples extérieurs
Amorrites (Martu) :
Nomades venus de l’ouest (Syrie).
Pasteurs de moutons, se déplaçant progressivement vers l’est en quête de pâturages.
Déjà connus à l’époque d’Akkad, mais plus pressants au tournant du IIe millénaire.
Les sources les décrivent comme des « barbares » destructeurs de champs et d’irrigation.
Élamites :
Profitent de l’affaiblissement du centre pour lancer des incursions.
Finiront par prendre Ur en 2004 av. J.-C.
2. Les faiblesses internes
Bureaucratie excessive :
Système administratif très centralisé (notamment le système Bala de redistribution).
Trop lourd et tatillon, paralysant le dynamisme des provinces.
Difficultés climatiques :
Phénomènes de sécheresse et de changements environnementaux.
Salinisation des terres : conséquence d’une irrigation intensive, réduisant la fertilité du sol.
Affaiblissement du pouvoir royal :
Autorité d’Ibbi-Sin incapable de maintenir l’équilibre entre provinces et périphéries.
Multiplication de révoltes locales.
La perception de la chute dans les sources
Dans les textes sumériens, la chute d’Ur est vécue comme une catastrophe cosmique :
Comparée à la fin du monde.
Décrite comme une punition divine pour les fautes du roi et du peuple.
Exemple : les Lamentations sur la destruction d’Ur → récits poétiques évoquant la colère des dieux, l’abandon du sanctuaire de Nanna (dieu-lune, patron d’Ur), et la désolation des habitants.
Héritage de l’empire d’Ur III
Malgré sa fin dramatique, l’empire laisse un héritage considérable :
• Politique et administratif : modèle d’un empire territorial centralisé, avec provinces gouvernées par des ensi sous le contrôle du roi.
• Religieux : rôle du roi bâtisseur, protecteur des dieux et garant de la prospérité.
• Littéraire : hymnes royaux, épopée de Gilgamesh consolidée, textes religieux et législatifs.
• Artistique : statuaire, glyptique, architecture monumentale (ziggourats).
• Influence durable : ces modèles seront repris et adaptés par les royaumes amorrites (notamment Babylone) et jusqu’aux Assyriens.
La période amorrite
(env. 2000-1600 av. J.-C.)
Cette phase est souvent appelée période paléo-babylonienne (au sud) et paléo-assyrienne (au nord).
Mais il est préférable de parler de période amorrite, car :
Tous les rois connus de l’époque sont Amorrites, issus du désert syro-arabique.
Babylone ne joue un rôle déterminant qu’à la fin de la période (avec Hammurabi), pas dès le début.
Les Amorrites :
Nomades et pasteurs à l’origine, parlant un dialecte ouest-sémitique.
Déjà signalés dès la fin d’Akkad et d’Ur III, où ils contribuent à la déstabilisation.
Progressivement intégrés dans les structures urbaines → deviennent élites politiques et royales.
Leur installation entraîne une cohabitation sédentaires / nomades assez typique de cette époque.
Dès le début du IIe millénaire, multiplication de royaumes indépendants :
Plus de 80 entités politiques entre la Syrie et la Mésopotamie.
Mais regroupées sous l’influence de 6 grands centres de pouvoir :
- Babylone,
- Larsa,
- Ešnunna,
- Qatna,
- Alep (Yamkhad),
- Mari.
Relations internationales caractérisées par :
Compétition permanente.
Système diplomatique très codifié :
- Les rois « égaux » s’appellent « frères ».
- Les rois subalternes sont appelés « fils » ou « serviteurs ».
- Retournements d’alliance constants, trahisons fréquentes → équilibre instable.
Les grands foyers mésopotamiens
a) Le sud : rivalité d’Isin et Larsa
Après la chute d’Ur III, Isin hérite d’une partie de la tradition sumérienne. Mais très vite, Larsa prend l’ascendant :
Son roi Gungunum (v. 1932-1906) s’empare d’Ur → prestige et contrôle d’un centre religieux et commercial majeur.
Larsa devient capitale régionale.
Apogée avec Rim-Sin I (1822-1763), un des plus longs règnes mésopotamiens.
Clou de fondation retrouvé dans le temple d’Inanna à Ur → symbole de son hégémonie.
Larsa contrôle alors Ur, Isin et une grande partie du sud mésopotamien.
C’est à cette époque que :
Sont rédigés des codes de lois comme celui de Lipit-Ištar (roi d’Isin).
Est compilée la liste royale sumérienne.
b) Le centre : Ešnunna
Située dans la Diyala, Ešnunna connaît une forte expansion au XIXe s. Son roi Naram-Sîn d’Ešnunna (v. 1830) conquiert Assur. Influence sur la diffusion du dialecte babylonien → qui deviendra la langue internationale du Proche-Orient.
Le nord et la Syrie : Mari et les royaumes syriens
La période amorrite
1. Les Sakkannakku
Gouverneurs héréditaires de Mari (Tell Hariri). Maintiennent une autonomie relative pendant trois siècles.
2. Shamshi-Adad I (1813-1781)
Roi amorrite du « royaume de Haute Mésopotamie ». Conquiert Mari et y installe son fils Yasmah-Addu. Crée un éphémère empire nord-mésopotamien.
3. Zimri-Lim (1775-1761)
Après la mort de Shamshi-Adad, Zimri-Lim reprend Mari. Étend son autorité sur la Syrie orientale et la vallée de l’Euphrate.
Strategie
Nominations de gouverneurs provinciaux.
Mariages diplomatiques avec princesses de Mari.
Alliances avec tribus nomades (base militaire importante). Mari devient une capitale brillante :
Palais monumental (300 pièces).
Fresque célèbre de l’« Investiture de Zimri-Lim » (déesse Inanna remettant les insignes du pouvoir).
Archives exceptionnelles : lettres, traités, rituels, cuisine, divination, organisation militaire et économique.
d) Culture matérielle et religion
• Architecture : grands palais (Mari, Larsa), temples à fondations inscrites.
• Divination : pratiques oraculaires (foie de mouton, jetons, présages).
• Religion : culte des bétyles (pierres sacrées représentant la divinité).
• Art : fresques murales (Mari), lions monumentaux encastrés dans les murs des temples.
e) Bilan et héritage
Monde amorrite = monde de royaumes dynamiques, en compétition constante.
Caractérisé par :
o Homogénéité linguistique (akkadien babylonien).
o Réseaux diplomatiques et militaires sophistiqués.
o Archives très riches (surtout Mari).
Prépare le terrain à l’ascension d’un royaume qui était secondaire au départ : Babylone, avec Hammurabi (1792-1750), qui finira par dominer la Mésopotamie.
Les archives de Mari
Découverte et importance
Mari = site de Tell Hariri, en Syrie actuelle.
Fouilles dès 1933 → mise au jour d’un palais monumental de 300 pièces.
Découverte majeure : plus de 20 000 tablettes d’argile.
Langue : principalement l’akkadien (dialecte babylonien), mais aussi du sumérien.
Période : surtout le règne de Zimri-Lim (1775-1761), mais aussi des phases antérieures.
Ces archives offrent une vision unique de la vie politique, sociale, religieuse et économique au IIe millénaire.
b) Nature des documents
1. Correspondance diplomatique
Lettres entre Zimri-Lim et d’autres rois (Babylone, Alep, Qatna, etc.).
Témoignent des alliances, des trahisons, du protocole (« frère » / « fils » / « serviteur»).
Exemple : rapports détaillés sur les mouvements des armées ennemies.
Mari = site de Tell Hariri, en Syrie actuelle.
Fouilles dès 1933 → mise au jour d’un palais monumental de 300 pièces.
Découverte majeure : plus de 20 000 tablettes d’argile.
Langue : principalement l’akkadien (dialecte babylonien), mais aussi du sumérien.
Période : surtout le règne de Zimri-Lim (1775-1761), mais aussi des phases antérieures.
Ces archives offrent une vision unique de la vie politique, sociale, religieuse et économique au IIe millénaire.
b) Nature des documents
1. Correspondance diplomatique
Lettres entre Zimri-Lim et d’autres rois (Babylone, Alep, Qatna, etc.).
Témoignent des alliances, des trahisons, du protocole (« frère » / « fils » / « serviteur »).
Exemple : rapports détaillés sur les mouvements des armées ennemies.
Administration interne
Rapports de gouverneurs provinciaux.
Contrôle des tribus semi-nomades.
Gestion des impôts, du commerce, des distributions de rations.
3. Vie religieuse et rituelle
Textes sur des sacrifices, processions, fêtes.
Pratiques divinatoires : présages, interprétation des songes, foies d’animaux.
Mention du mariage sacré (hiérogamie).
4. Économie et société
Tablettes de gestion agricole, élevage, organisation du travail.
Contrats de mariage, ventes, prêts.
Témoignages sur la cohabitation sédentaires / nomades.
5. Culture matérielle
Recettes de cuisine, inventaires de banquets.
Objets cultuels : bétyles (pierres sacrées représentant un dieu).
Indices d’artisanat et de commerce (métaux, textiles, etc.).
Le palais de Mari
Vaste complexe (~2,5 ha, 300 pièces).
Organisation en quartiers :
o Quartier royal et salle du trône.
o Espaces administratifs et archives.
o Quartier religieux avec temples intégrés.
Décor :
o Fresques murales, dont la plus célèbre = Investiture de Zimri-Lim : la déesse Ishtar/Inanna remet les insignes royaux au roi → légitimation divine du pouvoir.
o Lions monumentaux encastrés dans les murs des temples → impression d’animaux vivants surgissant des parois.
Apports historiques
Les archives de Mari sont essentielles pour :
1. Comprendre la géopolitique de la Syrie et de la Mésopotamie au XVIIIe s.
Relations entre Mari, Babylone, Alep, Qatna, Larsa...
Jeu d’alliances et rivalités.
2. Éclairer la gestion d’un royaume amorrite.
Organisation des provinces, rôle des gouverneurs, alliances tribales.
3. Approcher la vie quotidienne et religieuse.
Divination, fêtes, rituels, alimentation.
4. Saisir la complexité sociale.
Interaction entre sédentaires, pasteurs et nomades.
Fin de Mari
Zimri-Lim, allié un temps d’Hammurabi, finit par être trahi. 1761 av. J.-C. : Mari est détruite par Hammurabi. Le palais est incendié → ce qui a paradoxalement permis la conservation exceptionnelle des archives.
