1/55
Looks like no tags are added yet.
Name | Mastery | Learn | Test | Matching | Spaced | Call with Kai | Chat |
|---|
No analytics yet
Send a link to your students to track their progress
Marc-Antoine Laugier (1713–1769)
Prêtre jésuite français, auteur de l'"Essai sur l'architecture" (1753). Il propose la HUTTE PRIMITIVE comme mythe d'origine de l'architecture moderne. Son argument : retourner aux origines naturelles, apprendre des Grecs, éliminer les excès du Baroque.
Hutte primitive (Laugier)
Image d'une construction idéale en branches et troncs d'arbres, illustrée par Charles Eisen en 1755. Ce n'est pas une vraie histoire mais un argument théorique : la nature est pure, la Grèce en est la traduction civilisée. Attention : Laugier ne s'intéresse pas à la construction — la femme (Architecture) tient des instruments de dessin, pas un marteau.
3 arguments de Laugier
Charles Eisen
Illustrateur du frontispice de la 2e édition de l'Essai sur l'architecture de Laugier (1755). Son dessin montre une femme (= l'Architecture elle-même) pointant à un enfant ailé (= l'architecte) une hutte primitive, en tournant le dos aux ruines classiques. Ce dessin a rendu les idées de Laugier populaires.
Jean-Jacques Rousseau (1712–1778)
Philosophe genevois. Son "Discours sur l'origine de l'inégalité" (1754) partage la même structure que Laugier : un passé primitif idyllique, une chute avec l'agriculture (= propriété privée = inégalité), une aspiration à la nature. Ces deux textes paraissent à un an d'écart.
Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656–1723)
Architecte de la cour impériale des Habsbourg. Auteur de "A Plan of Civil and Historical Architecture" (1721) — premier atlas mondial d'architecture, organisé autour des monuments et merveilles du monde. Son but : légitimer politiquement l'empire Habsbourg en construisant une généalogie des grandes civilisations.
James Fergusson (1808–1886)
Premier historien professionnel de l'architecture. Auteur de "A History of Architecture in All Countries" (1865). Il applique à l'architecture la logique darwinienne : les styles évoluent comme des espèces. Il introduce le temps géologique et l'ethnographie, détachant l'histoire architecturale du cadre biblique.
Eugène Viollet-le-Duc (1814–1879)
Architecte et théoricien français le plus influent du 19e siècle. Rénovateur de Notre-Dame, Carcassonne, la cathédrale de Lausanne. Auteur de "Histoire de l'habitation humaine" (1875) dans lequel le mot RACE apparaît 205 fois et le mot ARCHITECTURE seulement 19 fois. Il associe chaque race à un type de maison, avec la race aryenne comme sommet.
Maison de l'Aria (Viollet-le-Duc)
Mythe d'origine de tout l'habitat occidental selon Viollet-le-Duc. La race aryenne, dans les Alpes suisses, aurait développé la construction en bois pure et verticale dont tout le gothique (et donc toute l'architecture occidentale) descend. PROBLÈME : ce mythe est directement lié aux théories raciales de son ami Gobineau, elles-mêmes source d'Hitler.
Comte de Gobineau (1816–1882)
Théoricien français de la supériorité raciale. Ami de Viollet-le-Duc. Son livre "De l'inégalité des races humaines" est l'une des sources directes du livre de Viollet-le-Duc sur l'habitation. Ce même livre sera utilisé par Adolf Hitler. Exemple de comment des idées architecturales sont liées à des idéologies politiques dangereuses.
Sebastiano Serlio (1475–1554)
Architecte de la Renaissance italienne. Son "Sesto libro d'architettura" (1547) est le 3e grand traité de l'architecture domestique après Alberti et Palladio. NON PUBLIÉ de son vivant (2 manuscrits survivants). Il classe les maisons par statut social : pauvre artisan, riche marchand, noble, prince. Mythe : la hiérarchie dans l'habitat est naturelle.
Leon Battista Alberti (1404–1472)
Humaniste de la Renaissance, figure archétype de l'omnipotent humaniste (poète, prêtre, philosophe, architecte). Auteur de "De Re Aedificatoria" (rédigé 1443–1452, imprimé 1485) — le premier livre d'architecture jamais IMPRIMÉ. Il invente la séparation entre le concepteur (architecte) et l'exécutant (artisan/charpentier).
Mythe d'Alberti — naissance de l'architecte moderne
Avant Alberti, le maître maçon conçoit ET construit. Après Alberti, l'architecte est celui qui DESSINE et ne construit pas. "Le charpentier n'est qu'un instrument dans les mains de l'architecte." Ce mythe fonde le rôle moderne de l'architecte — et donc votre présence dans une école d'architecture.
Siegfried Giedion (1888–1968)
Historien de l'architecture suisse, le théoricien le plus influent du Mouvement Moderne. Sans lui, Le Corbusier n'existerait pas tel qu'on le connaît. Auteur de : "Bauen in Frankreich" (1928), "Space, Time and Architecture" (1941), "The Eternal Present" (2 vol., 1962–1964). Il invente le mot "espace" comme catégorie centrale de l'architecture.
Invention du mot "espace"
Avant 1900, aucun architecte n'utilisait le mot "espace". C'est Giedion qui impose ce terme au 20e siècle. Avant lui, les architectes parlaient de composition, de type, de proportion. Le vocabulaire que vous utilisez en studio vient de Giedion.
3 conceptions spatiales de Giedion
1re : Sumer, Égypte, Grèce = espace rayonnant vers l'extérieur (pas d'intérieur). 2e : Rome impériale = invention de l'espace intérieur (Panthéon). 3e : Modernisme = synthèse des deux (Sydney Opera House). Structure dialectique classique : thèse + antithèse + synthèse.
1re conception spatiale (Giedion)
Sumer, Égypte, Grèce. Caractéristique : les volumes "rayonnent" de l'énergie vers l'extérieur. Pas d'espace intérieur selon Giedion. Exemple : Temple d'Hatchepsout = procession par plateformes successives en ascension verticale. Verticality = marque de l'émergence de l'architecture selon Giedion.
2e conception spatiale (Giedion)
Rome impériale (an 0). Invention de l'espace intérieur. Exemple : le PANTHÉON — on entre et on est fasciné par l'immensité du vide, pas par les murs ou l'ornement. La lumière naturelle de l'oculus. Tout ce qui suit (Moyen-Âge, Renaissance, Baroque) = variations de cette même conception.
3e conception spatiale (Giedion)
20e siècle. Synthèse : volumes qui rayonnent (1re) + espace intérieur élaboré (2e). Exemple : Sydney Opera House (Utzon, 1973). Pour Giedion, c'est l'étape finale — il se considère lui-même au bout de l'histoire.
Gottfried Semper (1803–1879)
Architecte et théoricien allemand, né à Altona (Hamburg). Formé à Paris (1826). Exilé à Londres après la révolution de 1848 (y rencontre Marx). Fondateur de l'École d'Architecture de l'ETH Zürich. L'EPFL est une branche directe de cette tradition. Auteur des "4 éléments de l'architecture" (1851) et de "Der Stil" (1860-63).
Les 4 éléments de l'architecture (Semper)
Inspiré par la "Caribbean Hut" vue à l'Exposition de Londres 1851. 1. LE FOYER (hearth) — feu central, origine de la vie sociale. 2. LE SOUBASSEMENT (mound) — plateforme qui isole du sol. 3. L'ENCEINTE (walling) — d'abord TEXTILE (tapis, tissu), ensuite mur. 4. LE TOIT (roof) — couverture structurelle.
Semper et le textile
Découverte révolutionnaire de Semper : LE MUR D'ORIGINE EST UN TEXTILE. La couleur du Parthénon (qu'il étudie en 1834 avec Klenze) prouve que les Grecs peignaient leurs temples = trace de l'ornement textile originel. Architecture = textile pétrifié.
Débat sur la polychromie (1834)
Débat dans les cercles d'architectes et archéologues parisiens : toute l'architecture classique grecque était peinte en couleurs. Semper en est un acteur majeur. Son premier texte (1834) : "Preliminary Remarks on Polychrome Architecture and Sculpture in Antiquity". Klenze illustre l'Acropole en couleurs.
Claude-Nicolas Ledoux (1736–1806)
Architecte pré-révolutionnaire français, reçoit des commissions de la cour de Louis XV ET de la bourgeoisie montante. Incarnation de l'Enlightenment : à la fois influencé par l'idéalisme philosophique (Rousseau) et par la technique (science forestière, nouvelles institutions). Célèbre pour ses FORMES GÉOMÉTRIQUES PURES (sphères, carrés, cercles).
Saline Royale de Chaux (Ledoux, 1776)
Usine de sel à Arc-et-Senans (1h de Lausanne). Plan semi-circulaire, avec maisons d'ouvriers, résidence du directeur au centre, bâtiments de production. Proto-ville industrielle qui préfigure le planning urbain moderne. Accessible en voiture depuis Lausanne — Thiermann recommande la visite.
Institutions nouvelles de Ledoux
Les dessins de Ledoux proposent des programmes qui n'avaient pas encore d'image architecturale : cimetière, hospice, maison des gardes forestiers, maison d'éducation, fonderie de canons. Chaque institution reçoit une forme géométrique pure. Les géométries pures = éthos des Lumières.
Reyner Banham (1922–1988)
Historien de l'architecture britannique formé comme ingénieur aéronautique. Le théoricien le plus obsessionnel sur la technologie et l'architecture. Auteur de "Theory and Design in the First Machine Age" (1960), "The Architecture of the Well-Tempered Environment" (1969), "Los Angeles: The City of the Four Ecologies". Son mythe : la technologie est le dernier mythe d'origine de l'architecture.
A Home is Not a House (Banham, 1965)
Article illustré par François Dallegret. Question centrale : si on pouvait contrôler l'environnement (température, son, lumière, air) avec la technologie, aurait-on encore besoin de murs ? Les dessins montrent une "bulle environnementale" sans murs, fenêtres, ni façade — juste des appareils technologiques (HVAC, TV, radio, téléphone). Mur = obsolète.