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Concepts de base
Stéréotype
Préjugé
Discrimination
Stéréotype
Croyance partagée concernant les caractéristiques personnelles (“attributs stéréotypies”) d'un groupe social
Contenu cognitif socialement élaboré :
Représentation, perception, image positive ou négative, chaude ou froide, compétente ou incompétente d’un groupe
Typiquement décrits avec des adjectifs
→ peut être + / 0 / -
Préjugé
Attitude négative à l’égard d’un groupe social
Typiquement mesuré avec des échelles évaluatives
→ “je n’aime pas…”, “attitude défavorable, négative”
thermomètre de sentiment : “mesurer le degré de sentiment”
→ mesure fiable de préjugés
Discrimination
Comportement négatif non-justifiable émis à l’encontre de membres d’un groupe social
Motivé uniquement par l'appartenance catégorielle de la cible de discrimination
Typiquement mesurée par des intentions de comportement, l’observation de comportements effectifs, ou de comptes-rendus de comportements passés
A. Premiers travaux
Lippmann (1922)
→ l’origine du concept
Katz & Braly (1933)
→ première mesure
Andorno et al. (1950)
→ autoritarisme
Allport (1954)
→ préjugés et contact
L’origine du concept : Lippmann (1922)
Utilise pour la première fois le terme « stéréotype » pour désigner une croyance rigide par rapport à un groupe social
Les stéréotypes
sont des images « dans la tête », indispensables pour faire face à l’abondance de l’information sociale
« filtrent » la réalité
trouvent leur origine « dans la société »
permettent de justifier les rapports « entre groupes et nations »
La description empirique des stéréotypes - Katz & Braly (1933)
La première mesure des stéréotypes
Dimension consensuelle (vision commune) du contenu des stéréotypes de cinq groupes ethniques aux Etats-Unis
Les deux répliques de Katz & Braly montrent des variations temporelles considérables, mais il est difficile d’en connaître les raisons
Limites:
Études descriptives qui ne permettent pas de déceler l’origine et les fonctions des stéréotypes
Stéréotypes arbitraires ?
Niveau consensuel, collectif d’analyse

Personnalité autoritaire - Adorno et al. (1950)
Psychologie de l’irrationnel
Théorie influencée par marxisme et psychanalyse
Racisme et fascisme comme produit de croyances irrationnelles
Observent des fortes corrélations entre :
Préjugés à l’égard de différents groupes minoritaires (juifs, noirs)
Des attitudes punitives, autoritaires
→ préjugés généralisés
→ Le syndrome de la “personnalité autoritaire”
Personnalité autoritaire - Rokeach (1960)
Les stéréotypes sont le produit d’une pensée autoritaire, rigide, dogmatique, “par clichés”, développée à partir d’une relation parentale sévère
Besoin pathologique d’hostilité, de haine
Horsgroupes comme boucs émissaires
Niveau d’analyse individuel, psychodynamique
Limites de la “personnalité autoritaire”
Négligence du contexte social et politique
→ comment expliquer changements socioculturels ?
Négligence des relations (de pouvoir) entre groupes
Sous-estimation de l’étendue et de la subtilité du racisme
Autoritarisme moderne - John Duckitt (1989, 2002)
Croyance idéologique prescrivant l'unicité de normes sociales et conformisme à celles-ci
→ une norme = standard à laquelle on devrait se conformer
Attitudes hostiles envers les transgresseurs individuels et groupes minoritaires déviants et menaçants
Trois sous-dimensions
Conventionnalisme → traditionalisme
Soumission autoritaire → déférence à l’autorité
Agression autoritaire → punitivité
Allport (1954) : The psychology of prejudice
Les stéréotypes sont des croyances exagérées, rigides, simplificatrices
L’origine des stéréotypes s’explique par un traitement d’information défaillant
Stéréotypes proviennent d’un manque d’information, d’une méconnaissance d’autrui
→ blancs et noirs américains dans les années 50
→ Hypothèse du contact pour la réduction des préjugés
→ connaître les hors-groupe
B. Formation d’impression
L’approche gestaltiste - Asch (1946)
L’approche arithmétique - Anderson (1981)
Le modèle du continuum - Fiske & Neuberg (1990)
Formation d'impression : Notions de base
Processus psychologique basé sur le traitement d'informations catégorielles (stéréotypes) et individuelles (abstraction des stéréotypes)
Stéréotypes comme outils de jugement
→ outils : neutres et utiles car simplifie l’environnement social
Théories naïves comme guides de jugement
→ tout le monde est un peu psychologue
→ pourquoi les gens font ce qu’ils font ?
Finalité pragmatique du jugement social
L’approche gestaltiste de la formation d’impression - Asch (1946)
Comment formons-nous, sur la base d’informations lacunaires, une impression cohérente d’une personne ?
→ pas basé sur des informations détaillées
→ il y a des lacunes
Hiérarchie dans le degré d’informativité des informations par rapport à une personne
Distinction entre :
Traits centraux et périphériques
→ associés aux traits centraux
Premiers et derniers traits
→ primauté vs. récence
Première impression : centrale
→ on cherche les informations pour consolider notre impression ⇒ confirmer impression
Exemple d’expérience d’Asch
Description d’un individu fictif : intelligent, habile, travailleur, déterminé, pratique, prudent
Deux conditions: « chaleureuse » ou « froid » comme attribut supplémentaire (trait central)
Tâche : décrire la personne sur une série d’autres traits

Discussion concernant l’expérience d’Asch
L’impression résulte d’une mise en relation des attributs insérés dans une structure (« gestalt ») cohérente
« le tout diffère de la somme des parties »
Certains traits sont plus centraux que d’autres
Les premières informations déterminent l’impression globale : confirmation !
Traitement holistique des informations : « théories naïves de personnalité »
≠ approche arithmétique
Modèle arithmétique d'Anderson (1981)
Les traits sont indépendants les uns des autres
Les informations sont additionnées en fonction de leur pertinence
→ pondération de l'importance des informations
→ permet de tenir compte de l’importance contextuelle d’un trait
Les traits ont des scores de “valence” (“favorabilité”) différents (quantifiables)
→ orientation positif ou négative
La priorité est donnée aux informations individuelles
Exemple avec pondération du modèle arithmétique d’Anderson
L’impression globale est le résultat d’une “arithmétique cognitive” basée sur la pondération et la valence des informations individuelles

Le modèle du continuum de la formation d’impression - Fiske & Neuberg (1990)
Comment intégrer le traitement des informations catégorielles (Asch) et individuelles (Anderson) ?
Processus séquentiel
de catégorisation → impression holistique (Asch)
d’individualisation → traitement attribut par attribut (Anderson)
dépendant de motivations particulières

Résumé du modèle du continuum
La catégorisation stéréotypique initiale (« femme », « jeune », …) serait inévitable, automatique, incontrôlable (Devine, 1989)
Si décalage entre attentes et informations perçues, alors re-catégorisation (« chômeuse ») ou sous-catégorisation (« femme déprimée »)
Si toujours décalage, alors traitement individuel attribut par attribut
Réactions affectives et comportementales dépendant du niveau de traitement de l’information (catégoriel ou individuel)
Discussion autour du modèle du continuum
L’observateur est un « tacticien motivé » (Fiske) qui traite les informations selon les besoins pragmatiques de la situation
Équilibre entre économie et effort cognitif
Les stéréotypes sont utiles lorsque nous sommes « pressés » ou cognitivement distraits
Mais: la finalité du jugement social dans ce modèle reste néanmoins une représentation fidèle de la « réalité »
Est-ce plausible ?
C. Cognition sociale
Schémas et stéréotypes
Schéma
→ Structure cognitive, représentation mentale d’objets sociaux, unité de connaissance
→ Aide à organiser, interpréter et donner du sens aux informations provenant de l’environnement social
→ Aide à déterminer les options comportementales
Outils cognitifs de base pour la catégorisation et la stéréotypie
Niveau individuel : Stéréotype = Schéma
→ plus englobant que les stéréotypes
→ guide, similaire à un stéréotype (mais conceptualisée chez l’individu)
Stéréotype
forme de schéma
Contenu cognitif socialement élaboré, et donc partagé
image positive ou négative, chaude ou froide, compétente ou incompétente d’un groupe → valence
typiquement décrits avec des adjectifs
Stéréotypie
Processus cognitif qui associe des attributs catégoriels à un groupe (ou à ses membres), visant la généralisation et l’attribution de signification.
Schémas / Stéréotypes
Structure cognitive, affective, évaluation et normative
Cognitive → facilite et oriente le traitement de l’information
Affective → évoque des émotions
peur, colère, dégoût,…
Évaluative → détermine les jugements
favorable - défavorable
Normative → définit les attentes
désirable - indésirable
La cognition sociale - schémas et stéréotypes
Organisation hiérarchique
Activation automatique de stéréotypes : Outils « d’économie cognitive »
Structures confirmatoires
Stéréotypes et théories «naïves»
Organisation hiérarchique du schéma
Structure interne des schémas, emboîtement - Brewer, Bull & Hui (1981)
L’exemple du stéréotype des personnes âgées
Structure de l’information sociale hiérarchisée
Niveaux d’abstraction différents, du plus général au plus spécifique
Les (sous-) catégories « au milieu » sont les plus informatives

Activation automatique de stéréotypes : Outils “d’économie cognitive”
Les schémas sont des raccourcis mentaux - Bodenhausen (1990)
Les schémas sont des raccourcis mentaux utilisés lorsque la motivation ou la capacité de traiter l'information systématiquement est diminuée
Dans quelles conditions les gens appliquent-ils des préconceptions stéréotypies dans leurs jugements ?
Hypothèse : Lorsque la motivation ou la capacité de traiter l’information de façon systématique est diminuée
Les variations circadiennes devraient être associées au niveau de la stéréotypie
Tâches de perception stéréotypie ou individualisme
Résultat et discussion - activation automatique
Les jugements stéréotypiques étaient plus prononcés (comparés aux jugements individualisants) lors des périodes « non- optimales » de la journée.
Plus de stéréotypie le matin pour les gens du soir
Plus de stéréotypie le soir pour les gens du matin
Les jugements stéréotypiques sont d’autant plus probables que le contexte social rend difficile un traitement approfondi de l’information
Automaticité et contrôle : entre “inconscience” et “conscience”
Deux modalités de la “pensée sociale”
Le stéréotype est automatique, un jugement “réfléchi” est contrôlé
“Équilibre” entre pensée automatique et contrôlée
Conditions d’activation

Inévitabilité des stéréotypes ? - Les conditions pour un traitement contrôlé (non stéréotypique)
Ambiguïté, inconsistance de l’information sociale - Fiske & Neuberg (1990)
Objectifs du traitement de l’information
Motivation d’être précis, correct dans son jugement
Décisions importantes
Responsabilité
Contraintes quotidiennes (ne pas être pressé, distrait, etc.)
Signification de la personne-cible
Attitudes sociales et politiques
Valeurs égalitaires, non-racistes
Suppression consciente de stéréotypes
Stéréotypes comme structures confirmatoires : La perception intergroupe - Duncan (1976)
Étude sur la perception de la violence intergroupe
Tendance à confirmer les schémas, en cherchant l’information confirmante et en négligeant l’information infirmante - Duncan (1976); Word, Zanna & Cooper (1974)
Structures stables, résistantes au changement, même en face d’informations infirmantes et inconsistantes
Hypothèse :
Les comportements ambigus sont interprétés dans le sens du stéréotype associé à l'acteur :
Pour le même comportement, les noirs devraient être perçus comme étant plus violents que les blancs, surtout lorsqu’il s’agit d’une agression intergroupe
Situation expérimentale - Stéréotypes comme structures confirmatoires
Les sujets regardent une vidéo montrant une interaction d’une intensité croissante entre deux protagonistes. À la fin, une personne bouscule l’autre personne
Conditions
« Agresseur » : blanc ou noir
« Victime » : blanche ou noire
Tâches
Description du comportement
Décrire le comportement agressif avec des adjectifs imposés
Explication du comportement
Expliquer le comportement agressif par l’attribution interne («dispositionnelle») ou externe («situationnelle»)
Résultats - Description du comportement & Explications du comportement agressif
Dans les deux conditions avec un agresseur noir, le terme « violent » a le plus souvent été utilisé pour décrire l’incident, contrairement aux conditions avec un agresseur blanc
Ordre des conditions en fonction de l’utilisation du terme « violent »
Agresseur – Victime
Noir – Blanche
Noir – Noire
Blanc – Noire
Blanc – Blanche

Conclusion : Confirmation de stéréotypes
L’interprétation et l’explication du comportement agressif est déterminé par des stéréotypes
Lorsqu’une personne blanche est agressive, « elle n’a pas d’autre choix » (attribution situationnelle)
Le comportement agressif d’une personne noire correspond « à sa nature »
→ attribution dispositionnelle
→ Confirmation du stéréotype du « noir violent »
Caractère auto-confirmatoire des stéréotypes - Word, Zanna & Cooper (1974)
Expé 1: Des sujets « recruteurs » jugent des candidats (compères) noirs ou blancs aux prestations identiques
Sujets plus distants, plus brefs, moins amicaux envers candidats noirs
Expé 2: Sujets candidats, compères évaluateurs avec comportement distant ou amical
Les candidats moins bien traités réalisent une performance moindre
→ Les attentes stéréotypiques produisent des comportements confirmant ces attentes
Stéréotypes et théories naïves : La fonction explicative des stéréotypes
Un stéréotype n’est pas seulement un résumé ou une description de la réalité sociale, mais surtout une explication de celle-ci
Stéréotypes comme moyens de justification de la structure sociale - Hoffmann & Hurst (1990) : Hypothèse et Procédure
Hypothèse : Les stéréotypes de genre sont des fictions qui servent à justifier la division sexuelle du travail
Procédure :
Sujets lisent une description de deux populations fictives
80% de « cityworkers » & 20% de « child-raisers »
20% de « cityworkers » & 80% de « child-raisers »

Stéréotypes comme moyens de justification de la structure sociale - Hoffmann & Hurst (1990) : Conditions expérimentales
Variable Type de catégorie
La différence entre les populations est
Biologique (« espèces différentes »)
Culturelle (« deux sous-cultures »)
Variable Explication
La moitié des sujets doit énoncer des raisons à cette division du travail
Stéréotypes comme moyens de justification de la structure sociale - Hoffmann & Hurst (1990) : Tâche et hypothèse
Tâche
Décrire, sur des traits stéréotypiquement féminin et masculin, les deux populations
Hypothèse
Les stéréotypes de genre devraient être d’autant plus forts que les différences sont biologiques (donc inéchangeables) et lorsque les sujets doivent justifier la division du travail (en cherchant des raisons à celle-ci)
Stéréotypes comme moyens de justification de la structure sociale - Hoffmann & Hurst (1990) : Résultat et conclusions
Résultat
Les stéréotypes de genre sont plus forts dans les conditions
Explication et catégories biologiques
Conclusions
Les stéréotypes de genre servent à justifier la division du travail des sexes
Les catégories biologiques renforcent l’utilisation de stéréotypes de genre
La nature invariable des groupes demande à être rationalisée par une “théorie naïve” sur le contenu dans les stéréotypes :
Les hommes sont “par nature” fait pour travailler, les femmes pour élever des enfants

La justification par les stéréotypes ambivalents
Sexisme bienveillant et ambivalent (Glick & Fiske, 1996)
Femmes aimables et chaleureuses, mais incompétentes et faibles
Des préjugés positifs !
Stéréotypes ambivalents facilitent la justification du système, car ils sont flatteurs
Les stéréotypes reflètent des rapports sociaux (inégaux) - LeVine & Campbell (1972)
Étude à travers un grand nombre de rapports Nord-Sud (sur la hémisphère nord)
Les stéréotypes associés à ces rapports multiples présentent une grande cohérence

Similarités fonctionnelle des stéréotypes
Des résultats similaires se retrouvent avec des rapports de domination (riche-pauvre) et des rapports entre minorités et majorités
→ Les stéréotypes sont le reflet d’une relation sociale souvent asymétrique
→ Les attributs sont cohérents avec la position sociale des groupes
Stéréotypes en tant que “théories naïves”
Structures de connaissance cohérentes («théories») englobant des explications et des justifications
Confirmation stéréotypique
→ Attentes qui guident le traitement de l’information (stéréotypes prescriptifs)
«Essentialisme»
→ Les catégories sociales sont perçues comme des catégories naturelles («Ils sont comme cela»)
Justification des relations sociales (inégales): les gens «faits» pour leurs positions (construction de liens entre attributs stéréotypiques et positions sociales)
Modèle du contenu des stéréotypes - Fiske et al. (2002)
Le contenu des stéréotypes
est systématique
reflète l'interdépendance structurelle entre deux groupes
Deux dimensions sous-jacentes aux stéréotypes

Tableau du modèle du contenu des stéréotypes
Un tableau qui résume les deux dimensions sous-jacentes aux stéréotypes en fonction du modèle de Fiske et al. (2002), illustrant comment le contenu stéréotypique varie selon les perceptions d'intentionnalité et de compétence des groupes.

Mesures et implications du modèle du contenu des stéréotypes - Fiske et al.(2002)
Théorie sur le contenu des stéréotypes
Les stéréotypes sont le produit de rapports sociaux
Par conséquent, le contenu des stéréotypes change lorsque le rapport social change (p. ex. entre compétition et coopération)
Les stéréotypes sont dirigés soit vers le haut (stéréotypes envieux, admiratif), soit vers le bas (stéréotypes méprisant, paternaliste)
Les stéréotypes peuvent contenir des combinaisons d’éléments positifs et négatifs à justification des inégalités par stéréotypes ambivalents (stéréotype paternaliste)

Fonctions cognitives-épistémiques des stéréotypes
Simplification de l’environnement social
Prévisibilité et ordre
Anticipation du comportement à partir de l’appartenance catégorielle
Théorie naïve: Attribution de signification aux éléments isolés
Le tout est plus que la somme des parties…
Une catégorie englobe des explications, des théories naïves qui permettent de comprendre et d’expliquer des phénomènes sociaux
→ Les stéréotypes font partie d’un fonctionnement cognitif « normal » (et ne sont donc pas des « biais » cognitifs)
Fonctions sociales-idéologiques des stéréotypes
Les stéréotypes reflètent et justifient des rapports sociaux (inégaux et conflictuels)
Correspondance entre attributs et position sociale
Variabilité temporelle (stéréotypes sensibles aux changements du contexte social et politique)
Constance fonctionnelle (stéréotypes communs à des rapports asymétriques différents)
→ Utilisation stratégique, politique de stéréotypes