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Axe 1 : La dimension politique de la guerre
Introduction
La guerre constitue la continuation de la politique par d'autres moyens selon Clausewitz. L'adjectif «
politique » désigne les affaires publiques, le gouvernement et tout ce qui relève du pouvoir. Bien que la
guerre ait toujours une dimension politique, ses formes ont évolué depuis les guerres conventionnelles et
régulières vers des modèles où la guerre conventionnelle n'est plus dominante.
Problématique : Comment la dimension politique des guerres a-t-elle évolué avec le temps, en fonction de
l'évolution des formes de conflit ?
clausewitzienne
1.1 La transformation de la guerre avec la construction des États modernes (XVIIe-XVIIIe siècle)
Historiographie de la révolution militaire (Geoffrey Parker) :
Croissance du nombre de soldats
Prépondérance de l'infanterie sur la cavalerie
Place importante des armes à feu
Professionnalisation de la formation des soldats
Fiscalité nécessaire pour financer ces changements
Brian M. Downing explique le lien entre révolution militaire et État moderne : les changements militaires
expliquent les principaux changements politiques en Europe. Rupture avec les armées féodales et passage à
un gouvernement capable d'organiser et contrôler des soldats sur l'ensemble du territoire. Les rois
deviennent chefs d'armées étatiques permanentes et professionnelles. L'armée devient essentielle dans la
politique de l'État.
1.2 Clausewitz, un théoricien de la guerre
Biographie : Clausewitz (1780-1831), d'origine prussienne, acteur et témoin des guerres napoléoniennes. Il
assiste à la bataille de Valmy à 12 ans, est capturé par les Français en 1806, combat dans l'armée russe en
1812, et devient directeur de l'académie militaire de Berlin en 1818. Il rédige le traité « De la guerre »
pendant cette période, publié après sa mort à partir de 1832.
Contributions principales :
La guerre est un acte de violence dont le but est de soumettre l'adversaire pour lui imposer la volonté
du vainqueur
La guerre est une continuation de la politique par d'autres moyens, elle est un instrument politique
À partir de la Révolution française, la guerre devient une affaire du peuple avec la nation en armes
Napoléon représente l'archétype du génie militaire et politique
Clausewitz modernise l'armée prussienne : remplacement progressif des mercenaires par des soldats
professionnels, création d'une armée nationale avec la conscription (service militaire obligatoire) en 1798,
création d'une milice comme réservoir de soldats.
1.3 La guerre de Sept Ans (1756-1763), une guerre classique
Caractéristiques :
Première « guerre à caractère mondial » : combats en Europe, Amérique du Nord, Caraïbes, Inde et
sur les mers
Raisons dynastiques, territoriales, coloniales et commerciales
Armées permanentes, professionnelles, de taille limitée, composées de soldats de métier et de
mercenaires
Bilan : Victoire de la Grande-Bretagne qui devient la première puissance coloniale mondiale, affirmation de
la Prusse comme grande puissance européenne, affaiblissement durable de la France.
Un modèle de la « guerre réelle » pour Clausewitz :
Le déclenchement correspond au modèle clausewitzien : la guerre comme instrument au service
d'objectifs politiques
Stratégie politique primant chez Frédéric II : recherche d'alliances diplomatiques, exploitation des
divisions adverses, acceptation de compromis
Des éléments autant politiques que militaires conduisent à la victoire prussienne
Les négociations se poursuivent pendant la guerre
Utilisation de la propagande politique
Prémices d'une guerre moderne par la multiplicité des champs de bataille et l'utilisation de multiples
ressources
2.1 Les guerres de la Révolution et de l'Empire : vers la « guerre absolue » ?
Le tournant de 1792 : Les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes conduisent à des guerres absolues
selon Clausewitz.
Caractéristiques de la "guerre absolue" :
Plus longues et plus coûteuses : mobilisation durable des États, effort économique massif,
endettement et fiscalité accrue
Plus violentes et plus meurtrières : batailles d'anéantissement, engagement massif de soldats, civils de
plus en plus touchés
Fin de la guerre limitée, moyens disproportionnés par rapport aux objectifs (650 000 soldats dans la
campagne de Russie)
À partir de la Révolution française, ce n'est plus l'État qui fait la guerre mais la « Nation en armes » qui lutte
pour la défense de la République. L'armée française est constituée de citoyens-soldats animés d'un fort
sentiment national, favorisant le recrutement au volontariat et la conscription mise en place à partir de 1798.
Nuances : La guerre continue de poursuivre des buts politiques. Patrice Gueniffey rappelle que la guerre fut
déclenchée en 1792 comme arme au service de la Révolution. Après 1804, les guerres napoléoniennes sont
avant tout défensives et visent la survie de l'Empire face aux coalitions européennes.
De la "guerre absolue" à la "guerre totale" : Eric Ludendorff popularise la notion de "guerre totale" en
1935, mais son interprétation diffère de Clausewitz car le politique est soumis au militaire en 1914-1918.
L'historien américain David Bell montre que la guerre totale est un héritage de la période 1792-1815.
2.2 Des conflits de genres nouveaux au XIXe siècle conformes au modèle clausewitzien
Les aspirations nationales après le congrès de Vienne : La nouvelle carte d'Europe exacerbe les
mouvements nationaux. Des peuples se soulèvent contre des États multinationaux et réclament
l'indépendance, menant des « petites guerres » ou guérillas. Ces guerres mobilisent des armées populaires
composées de civils organisés en dehors des cadres militaires traditionnels. Le but est la création d'États-
nations (indépendance de la Grèce en 1830, de la Belgique en 1830, unification de l'Italie et de
l'Allemagne).
Les guerres coloniales : Les Européens profitent de leur supériorité technique pour soumettre l'Afrique et
l'Asie. Ces guerres ont des buts géostratégiques (étendre la puissance et contrôler « l'espace-monde »),
économiques (matières premières et débouchés) et culturels (« apporter la civilisation »). Elles
correspondent au modèle clausewitzien comme outils politiques des États européens.
2.3 Les guerres du XXe siècle
Les deux conflits mondiaux : des guerres absolues
Ces deux conflits sont d'abord des conflits interétatiques nationaux :
WWI : haines nationalistes, volonté de revanche française, rivalités coloniales, sentiment
d'encerclement allemand
WWII : volonté pangermaniste d'Hitler, hiérarchisation des races, antisémitisme fort. La dimension
idéologique prévaut sur le politique.
Guerres totales : Mobilisation humaine (soldats levés en masse et civils mis à contribution), économique
(industrie de guerre), financière (impôts, emprunts, endettement), technologique (innovations) et
psychologique (propagande). L'ensemble des ressources des États sont utilisées pour vaincre, se rapprochant
de la « guerre absolue » de Clausewitz.
La Seconde Guerre mondiale se distingue par ses motifs idéologiques (impérialisme et racisme) conduisant
La Seconde Guerre mondiale se distingue par ses motifs idéologiques (impérialisme et racisme), conduisant
à une guerre d'anéantissement dont les civils sont les principales victimes (double génocide juif et tsigane).