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Introduction générale
L'axe 2 montre que la paix n'est pas la simple fin des hostilités mais le résultat d'une construction politique
complexe et douloureuse nécessitant des concessions. Le jalon sur les traités de Westphalie (1648)
questionne la mise en place d'un ordre international après un conflit violent. Le jalon sur l'ONU sous Kofi
Annan (1997-2006) porte sur la volonté des pays à prévenir les guerres et la difficulté à intervenir dans les
conflits intraétatiques.
Problématique : Quelles sont les conditions et les modalités de la construction de la paix et dans quelle
mesure le système westphalien est-il remis en question ?
1.1 Notion de paix et réalités historiques
Avant le XVIIe siècle, les paix se heurtaient à plusieurs difficultés : elles n'étaient pas appliquées réellement
(les gens de guerre vivaient du pillage), elles étaient temporaires, et souvent très défavorables aux vaincus
créant un sentiment de vengeance. La paix était pensée comme une suspension momentanée de l'état de
guerre. La guerre était considérée comme un mal nécessaire si la cause était acceptable (légitime défense,
lutte contre l'injustice) : c'est la théorisation de la "guerre juste" (Saint Augustin, Thomas d'Aquin, Grotius).
1.2 La guerre de Trente ans (1618-1648)
Série de conflits armés ayant déchiré l'Europe opposant protestants et catholiques. La Maison Habsbourg
voulait étendre sa suprématie et celle de la religion catholique en Europe. Le conflit implique l'ensemble des
puissances européennes à travers plusieurs phases : bohémienne (défenestration de Prague), danoise,
suédoise, et française. La France entre en guerre contre la maison Habsbourg. Les conséquences sont
l'indépendance des Provinces-Unies, des Pays-Bas et de la Suisse, la montée en puissance de la France, et la
reconnaissance du calvinisme.
1.3 Nécessité et difficulté de construire la paix
La longueur du conflit, les ravages et l'endettement amènent l'ouverture de négociations. Dès 1643, le
principe d'un congrès est acté. On décide que les représentants de l'empereur négocieront séparément avec
les puissances protestantes et catholiques dans deux villes neutralisées (Münster, Osnabrück).
Difficultés concrètes des négociations :
Difficulté de s'entendre et de trouver une langue commune
Durée des négociations (5 ans)
Difficulté de communication entre ambassadeurs et souverains, présence d'espions
Distance entre les illes (40km) en conte te de guerre
Distance entre les villes (40km) en contexte de guerre
Mésententes entre représentants d'un même pays
Les négociations marquent le début des grands congrès internationaux. Les délégations sont nombreuses
(420 français, 155 suédois, 147 espagnols), avec 40% de juristes universitaires et 40% de diplomates. Les
échanges informels prennent une place considérable et les gazettes assurent une forme de publicité.
Les traités sont signés le 24 octobre 1648 : Osnabrück (Empire-Suède) et Münster (Empire-France). La paix
de Münster met fin à la Guerre de 80 Ans entre l'Espagne et les Provinces-Unies. La guerre franco-
espagnole se poursuit jusqu'en 1659 (traité des Pyrénées).
1.4 Les conséquences des traités de Westphalie
Les grands perdants : Les Habsbourg perdent du territoire et de l'influence.
Conséquences religieuses : Le principe "cujus regio, ejus religio" (énoncé à Augsbourg en 1555) est
confirmé sauf pour le Saint-Empire germanique où il y a liberté religieuse. Les sujets n'ont plus obligation
de suivre la religion du Prince.
Conséquences politiques : Les Habsbourg d'Autriche sont affaiblis (6 millions de morts en Allemagne,
ruine). Les traités définissent une constitution du Saint-Empire (Constitutio Westfalica). Les États du Saint-
Empire gagnent en autonomie diplomatique. La Diète devient souveraine en matière de fiscalité, guerre et
diplomatie.
Les vainqueurs :
La Suède : gains territoriaux et politiques
Les Provinces-Unies : indépendance reconnue
La Suisse : indépendance reconnue
La France : gains territoriaux (Metz, Toul, Verdun, Alsace) et devient la puissance dominante en
Europe
2.1 Le système westphalien
Au niveau juridique : L'État devient l'unique détenteur de la souveraineté et l'unique acteur des relations
internationales, au détriment des seigneurs féodaux, de l'Empereur et du Pape.
Au plan diplomatique : Première grande conférence internationale réunissant des puissances rivales
énonçant un droit international public (principe du multilatéralisme toujours actuel). Les traités instaurent :
La souveraineté intérieure (autorité exclusive, principe de non-ingérence, notamment religieux)
La souveraineté extérieure (aucune autorité au-dessus d'un État)
( )
L'égalité et l'indépendance des États
La notion de frontière politique comme ligne précise
Au niveau géopolitique : Fin des guerres de religion entre États européens. Les traités cherchent à imposer
une paix collective durable. Le principe qui s'impose est l'équilibre des puissances rejetant l'hégémonie.
Nouvel ordre européen reposant sur des États indépendants et juridiquement égaux, coopérant pour
préserver la paix.
Selon Arnaud Blin, la paix de Westphalie met en place "les concepts directeurs des relations internationales
modernes : l'équilibre des puissances, l'inviolabilité de la souveraineté nationale et le principe de non-
ingérence".
Ce modèle relève de la paix négative (Johan Galtung) : empêcher les violences par la préservation d'un
équilibre des puissances. Il reste la règle diplomatique mais n'empêche pas totalement le retour de la guerre.
4 institutions développées :
Système d'équilibre des puissances
Codification du droit international
Conférences internationales régulières
Développement de pratiques diplomatiques
2.2 Remise en cause jusqu'au Congrès de Vienne (1815)
Les guerres napoléoniennes (1792-1815) : La Révolution française et ses guerres remettent en cause
l'ordre de 1648 par leur durée et brutalité. Elles instaurent l'hégémonie française en Europe pendant plus de
15 ans, brisant l'équilibre des puissances voulu par Westphalie. Napoléon met à mal les principes
westphaliens (équilibre, respect des frontières).
Le Congrès de Vienne (septembre 1814 - juin 1815) : 8 mois de négociations, 40 représentants. 4 grandes
puissances prennent les décisions essentielles (Autriche avec Metternich, Russie avec Alexandre 1er,
Grande-Bretagne, Prusse). Talleyrand fait participer la France malgré sa défaite.
3 principes directeurs :
Les territoires reviennent aux dynasties d'avant 1789
Récompenses aux vainqueurs
Aucune puissance ne doit dominer
Principes politiques :
Principe de légitimité dynastique
Équilibre des puissances
Rejet des principes de 1789
Le Congrès redessine l'Europe et maintient une paix relative pendant plusieurs décennies. On retrouve
l'esprit westphalien avec la réunion des puissances pour le maintien de la paix. Cela maintient une paix à
l'échelle européenne jusqu'en 1914 mais n'empêche pas les conflits entre États.
2.3 Vers une sécurité collective après la Première Guerre mondiale
Les traités de 1919 à 1923 : Après 4 ans de guerre, l'Europe est dévastée et 4 empires se sont effondrés