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Fiches de vocabulaire exhaustives couvrant l'histoire du droit : des civilisations antiques pré-romaines (Mésopotamie, Égypte, Bible, Grèce) au droit romain (Royauté, République, Empire, Corpus Iuris Civilis), puis aux droits d'époque franque (lois nationales, capitulaires, droit canonique primitif) et médiévale (féodalité, coutume, renaissance du droit savant, souveraineté royale capétienne).
Code de Hammurabi
Recueil législatif babylonien promulgué vers 1750 av. J.-C. sous le règne du roi Hammurabi, comprenant un prologue, un épilogue et 282 articles rédigés selon une formulation casuistique (« si… alors… ») gravés sur une stèle où le souverain reçoit la loi des mains de Shamash.
Royauté
Première période institutionnelle de Rome (-754 à -509 av. J.-C.), débutant selon la légende avec Romulus et Rémi et achevée par l'expulsion du dernier roi Tarquin le Superbe. Elle est caractérisée sur le plan juridique par un droit archaïque et sacerdotal, principalement fondé sur la coutume des ancêtres (mos maiorum), les leges regiae et le monopole d'interprétation des pontifes.
République
Régime politique de la Rome antique (509 à 27 av. J.-C.) fondé sur la notion de res publica (« chose publique »), où le pouvoir est réparti entre les magistrats, les comices (assemblées populaires) et le Sénat.
Empire
Régime politique romain inauguré en 27 av. J.-C. par Auguste, caractérisé par la concentration progressive des pouvoirs (auctoritas, potestas, imperium) entre les mains d'un souverain unique tout en maintenant la fiction institutionnelle de la res publica.
Maât
Déesse de l'ancienne Égypte incarnant l'ordre, la vérité, la justice et l'harmonie cosmique, dont le Pharaon est le garant sur terre face aux forces du désordre et du chaos (Isfet).
Torah
Ensemble des cinq premiers livres de la Bible (le Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) renfermant la loi directement révélée par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, fondant un ordre où morale, religion et droit sont indissociables.
Loi du talion
Règle pénale vétérotestamentaire énonçant le principe « œil pour œil, dent pour dent », interprétée par les historiens du droit non comme une incitation à la violence, mais comme une stricte proportionnalité visant à limiter la vengeance privée illimitée.

Institutions démocratiques athéniennes
Organisation politique de la cité d'Athènes au Ve et IVe siècles av. J.-C. articulée autour de l'Ecclésia (assemblée de tous les citoyens qui vote les lois et décide de la guerre), de la Boulè (conseil de 500 citoyens préparant les lois), des 10 Stratèges élus dirigeant la cité et l'armée, et de l'Héliée (tribunal populaire de 6 000 juges tirés au sort).
Code de Gortyne
Inscription grecque monumentale de 621 lignes gravée sur un édifice public en Crète au Ve siècle av. J.-C., constituant la source majeure de droit privé grec en réglant minutieusement le statut des personnes, la famille, le mariage, le divorce, l'adoption et les successions.
Auctoritas
Concept romain issu du latin « augere » (augmenter), conférant à son titulaire la capacité d'accroître la force et la valeur juridique d'un acte ou d'une décision, exercé notamment par le Sénat sur les décisions publiques ou par le pater familias sur les actes privés.
Potestas
Pouvoir juridiquement reconnu d'imposer sa volonté dans les limites définies par le droit, exercé en droit privé par le père sur ses enfants (patria potestas) et en droit public par les magistrats pour édicter des mesures et employer la contrainte.
Imperium
Forme suprême de la puissance publique romaine d'origine militaire, conférée aux consuls et aux préteurs par la lex curiata de imperio, leur octroyant le commandement civil et militaire, la levée des troupes, l'imposition de tributs et le droit de célébrer le triomphe.
Comices
Assemblées populaires du peuple romain chargées d'élire certains magistrats et de voter les lois proposées par les magistrats détenteurs de l'imperium, ne disposant pas elles-mêmes de l'initiative législative.
Loi des XII Tables
Première grande législation écrite romaine rédigée en 451-450 av. J.-C. par les décemvirs à la suite des revendications de la plèbe, affichée publiquement sur le Forum pour limiter l'arbitraire pontifical et marquer la naissance du ius civile.
Lex Hortensia
Loi romaine votée en 287 av. J.-C. disposant que les plébiscites votés par l'assemblée de la plèbe ont désormais la même force obligatoire que les lois votées par l'ensemble du peuple romain, liant ainsi les patriciens sans ratification préalable du Sénat.
Ius gentium
« Droit des gens » développé à Rome lors de l'expansion méditerranéenne pour régler les litiges commerciaux et juridiques entre citoyens romains et non-romains (pérégrins), par opposition au ius civile strictement réservé aux citoyens.
Ius civile
Ensemble traditionnel du droit romain applicable exclusivement aux citoyens romains, principalement enraciné dans la coutume des ancêtres (mos maiorum) et des actes législatifs formels tels que la Loi des XII Tables.
Droit prétorien
Ensemble des règles et voies de droit créées par le préteur grâce à son imperium et énoncées dans ses édits pour aider, suppléer ou corriger les insuffisances et rigidités du droit civil.
Respondere, Cavere, Agere
Trois fonctions fondamentales exercées par les jurisconsultes romains : répondre aux questions de droit (respondere), rédiger et garantir la validité des actes juridiques des particuliers (cavere), et assister les plaideurs dans le choix des actions en justice (agere).
Constitutions impériales
Actes législatifs émanant de la seule volonté de l'empereur romain, regroupant les édits (portée générale), les décrets (décisions judiciaires impériales), les rescrits (réponses doctrinales à des consultations) et les mandats (instructions aux fonctionnaires).
Édit perpétuel
Codification définitive des édits prétoriens ordonnée par l'empereur Hadrien au IIe siècle apr. J.-C. et menée à bien par le jurisconsulte Julien, stabilisant et unifiant le droit prétorien à l'échelle de l'Empire.
Édit de Caracalla
Constitution impériale promulguée en 212 apr. J.-C. par l'empereur Caracalla conférant la citoyenneté romaine à la quasi-totalité des hommes libres de l'Empire, réalisant l'unification juridique et transformant le droit de Rome en droit d'un Empire.
Code Théodosien
Première codification officielle et générale des constitutions impériales romaines depuis Constantin, promulguée en 438 par Théodose II en Orient et en Occident, structurée en 16 livres intégrant largement la législation chrétienne.
Corpus Iuris Civilis
Vaste œuvre de codification du droit romain ordonnée par l'empereur Justinien entre 529 et 534 à Constantinople, composée du Digeste, des Institutes, du Codex et des Novelles, assurant la transmission de la science juridique classique.
Digeste (Pandectes)
Partie maîtresse du Corpus Iuris Civilis de Justinien rassemblant sous une forme harmonisée et purgée de contradictions les fragments essentiels de la doctrine des grands jurisconsultes romains classiques (Ulpien, Papinien, Paul, Gaius).
Décrétales pontificales
Lettres par lesquelles l'évêque de Rome répond aux sollicitations des évêques ou communautés chrétiennes sur des questions doctrinales ou disciplinaires, devenant une source centrale d'uniformisation et de normalisation du droit canonique.
Pénitentiels
Manuels apparus aux VIe-VIIe siècles dans les milieux monastiques irlandais et anglo-saxons fixant, selon une méthode casuistique, une sanction spirituelle déterminée (jeûne, prière, aumône) pour chaque faute avouée par le pécheur.
Hospitalitas
Mécanisme juridique d'origine romaine utilisé pour organiser l'installation pacifique des peuples barbares fédérés (Wisigoths, Burgondes) par la cession d'une part des ressources ou des terres des propriétaires romains.

Dynasties royales franques et françaises
Succession chronologique des grandes lignées monarchiques : les Mérovingiens (481-751) initiés par Clovis, les Carolingiens (751-987) fondés par Pépin le Bref et portés à leur apogée par Charlemagne, puis les Capétiens à partir de 987 avec Hugues Capet.
Personnalité des lois
Principe juridique en vigueur à l'époque franque selon lequel chaque individu est jugé et gouverné d'après la loi nationale de son peuple d'origine (loi franque, burgonde, wisigothique ou romaine), indépendamment du lieu où il réside.
Professio legis
Déclaration solennelle formulée par un justiciable au tribunal (Mallum), en réponse à la question du juge « sous quelle loi vis-tu ? », afin de fixer la règle personnelle applicable au litige.
Wergeld
« Prix de l'homme » en droit germanique, désignant la compensation pécuniaire forfaitaire versée par l'auteur d'une infraction à la victime ou à sa famille pour réparer le dommage, racheter la vengeance privée et rétablir la paix.
Loi salique
Coutume écrite des Francs saliens rédigée sous Clovis au début du VIe siècle, contenant principalement un barème pénal de compositions pécuniaires et des dispositions excluant les femmes de la succession aux terres ancestrales.
Bréviaire d'Alaric (Lex Romana Visigothorum)
Compilation officielle de droit romain édictée en 506 par le roi wisigoth Alaric II, adaptant pour les populations gallo-romaines des extraits du Code Théodosien et de la jurisprudence classique.
Capitulaire
Acte législatif ou administratif émanant du roi ou de l'empereur carolingien, divisé en courts articles (capitula), rédigé avec les grands du royaume et diffusé dans tout l'Empire par les missi dominici.
Missi dominici
« Envoyés du maître » sous les Carolingiens, agents royaux itinérants (généralement un laïc et un ecclésiastique) chargés d'inspecter les provinces, de surveiller les comtes et évêques et de veiller à l'application des capitulaires.
Cartulaire
Recueil manuscrit confectionné par une communauté religieuse ou une autorité laïque pour transcrire et classer les copies de ses chartes, actes de donation, titres de propriété et privilèges afin d'en préserver la mémoire et la preuve juridique.
Fief
Élément matériel du contrat féodo-vassalique consistant en une terre ou un droit concédé à titre perpétuel et héréditaire par un seigneur à son vassal en échange de fidélité et de services (militaire et de conseil).
Vassalité
Lien juridique et personnel d'homme à homme unissant deux personnes libres (le seigneur et le vassal) scellé par la cérémonie de l'hommage et le serment de fidélité, créant une obligation de protection et d'entretien pour le premier, de conseil et d'aide militaire pour le second.
Ban (Seigneurie banale)
Pouvoir régalien de commander, d'interdire, de contraindre et de punir, approprié par les seigneurs locaux lors de la dislocation du pouvoir royal carolingien pour administrer leur territoire et soumettre les populations.
Félonie
Manquement grave à la foi jurée commis par un vassal ou un seigneur au sein de la relation féodo-vassalique, entraînant pour le vassal fautif la sanction de la commise (confiscation définitive de son fief).
Droits de banalité
Prérogative seigneuriale imposant aux habitants d'une seigneurie l'obligation d'utiliser exclusivement les installations techniques du seigneur (moulin, four, pressoir) moyennant le paiement d'une taxe ou redevance.
Éléments constitutifs de la coutume
Deux critères dégagés par les juristes médiévaux pour reconnaître une coutume : l'élément matériel (répétition durable et continue d'un usage durant un temps suffisant) et l'élément psychologique (conviction collective du caractère obligatoire de la règle).
Enquête par turbe
Procédure probatoire médiévale ordonnée par un juge pour établir l'existence et la teneur d'une coutume orale par le témoignage unanime d'un groupe de personnes qualifiées et expérimentées (la turbe).
Coutumier
Recueil rédigé à l'initiative privée de praticiens du droit rassemblant et clarifiant les usages observés dans un ressort territorial déterminé, comme la Coutume de Beauvaisis composée au XIIIe siècle par Philippe de Beaumanoir.
Décret de Gratien (Decretum Gratiani)
Ouvrage rédigé vers 1140 par le moine Gratien intitulé Concordantia discordantium canonum (« Concordance des canons discordants »), appliquant la dialectique scolastique pour concilier et résoudre les contradictions des sources canoniques antérieures.
Glossateurs
École de juristes médiévaux fondée à Bologne par Irnerius à la fin du XIe siècle, dont la méthode consistait à expliquer fidèlement le Corpus Iuris Civilis par de courtes notes marginales ou interlinéaires (gloses), aboutissant à la Grande Glose d'Accurse au XIIIe siècle.
Postglossateurs (Commentateurs)
Courant de juristes des XIVe et XVe siècles illustré par Bartole et Balde, qui dépassent la simple exégèse textuelle pour adapter rationnellement les catégories et principes du droit romain aux besoins pratiques des tribunaux et gouvernements.
Ratio scripta
Qualificatif attribué au droit romain redécouvert par les juristes médiévaux signifiant « raison écrite », traduisant le sentiment que ses principes constituent l'expression la plus rigoureuse, logique et rationnelle de la justice.
Ius commune
Droit savant unifié né dans les universités médiévales de la synthèse du droit romain justinien et du droit canonique, servant de langage juridique commun et de système subsidiaire pour suppléer ou interpréter les droits locaux (iura propria).
Pays de droit écrit et pays de droit coutumier
Partition géographique et doctrinale du royaume de France affirmée au XIIIe siècle séparant le Midi, où le droit romain constitue le droit commun et la coutume l'exception, et le Nord, où les coutumes territoriales dominent avec une influence subsidiaire du droit romain.
« Le roi est empereur en son royaume »
Maxime forgée au XIIIe siècle par les légistes capétiens à partir du Digeste pour affirmer la souveraineté absolue du roi de France, déniant toute supériorité temporelle à l'empereur du Saint-Empire germanique.
Bulle Unam Sanctam
Bulle pontificale fulminée en 1302 par le pape Boniface VIII durant son affrontement fiscal avec Philippe le Bel, proclamant la supériorité absolue du pouvoir spirituel pontifical sur les rois temporels (« toute créature humaine doit être soumise au pontife romain »).
Principe du ressort
Règle juridictionnelle affirmée par les légistes capétiens au XIIIe siècle selon laquelle toute sentence rendue par un juge seigneurial peut faire l'objet d'un appel devant la cour du roi (Parlement de Paris), consacrant le monarque comme juge suprême.
Corpus Iuris Canonici
Recueil officiel du droit de l'Église catholique publié dans son édition romaine en 1582 sous Grégoire XIII, intégrant le Décret de Gratien, le Liber Extra (1234), le Liber Sextus (1298), les Clémentines (1317) et les Extravagantes, demeuré en vigueur jusqu'en 1917.