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Trouble neurologique fonctionnel (TNF) — Définition
Maladie neurologique responsable de symptômes liés à un dysfonctionnement de réseaux cérébraux
Survient chez des patients ayant une vulnérabilité individuelle
Souvent déclenché par des facteurs traumatiques :
→ physiques
→ et/ou psychiques
Appartient aux troubles fonctionnels somatiques / troubles à symptomatologie somatique
Comorbidité fréquente avec d’autres troubles fonctionnels somatiques :
→ douleurs nociplastiques, dont fibromyalgie
→ syndrome de fatigue chronique
→ troubles fonctionnels digestifs
TNF — Critères diagnostiques DSM-5-TR
A. Atteinte du mouvement volontaire et/ou d’une ou plusieurs fonctions sensorielles
B. Examen clinique montrant une incompatibilité entre les symptômes et les affections neurologiques ou médicales reconnues
C. Symptômes non mieux expliqués par une autre pathologie médicale ou mentale
D. Symptômes/déficit entraînant :
→ souffrance significative
→ retentissement socioprofessionnel
→ ou autre retentissement justifiant une évaluation médicale
TNF — Principales présentations cliniques
Déficits sensoriels :
→ déficit sensitif
→ cécité
→ autre atteinte sensorielle
Crises fonctionnelles/dissociatives
Troubles moteurs :
→ déficit moteur
→ mouvements anormaux
Également inclus dans les troubles moteurs :
→ troubles de la parole : bégaiement, syndrome de l’accent étranger
→ troubles de la déglutition
Diagnostic reposant sur la recherche de signes cliniques positifs
TNF — Épidémiologie et problématiques
TNF = 10 à 15 % des motifs de consultation en neurologie
= 2e motif de consultation en neurologie après les céphalées
Peu d’études épidémiologiques
Prévalence estimée : 0,05 à 0,1/1 000
Patients souffrant de TNF souvent non diagnostiqués et sans prise en charge adaptée, notamment en raison :
→ d’un manque de formation des médecins
→ du positionnement de la pathologie aux confins de la neurologie et de la psychiatrie
→ du très faible nombre de travaux de recherche sur le sujet
Pronostic : évolution chronique au long cours chez 80 % des patients
Facteurs améliorant le pronostic :
→ diagnostic précoce
→ bonne explication diagnostique
→ prise en charge multidisciplinaire adaptée
TNF — Facteurs prédisposants, précipitants et perpétuants « 3 P »
Facteurs prédisposants = facteurs de risque
Facteurs précipitants = facteurs déclenchant les troubles
Facteurs perpétuants = facteurs maintenant/aggravant les symptômes
= « 3 P »
Leur présence n’est pas nécessaire au diagnostic
Leur identification au cours du suivi permet :
→ de diminuer la vulnérabilité du patient
→ de diminuer le risque de rechute ou de persistance des symptômes
TNF — Facteurs prédisposants
Maltraitance ou traumatismes infantiles
Troubles neurodéveloppementaux :
→ TSA
→ TDAH…
Pathologies psychiatriques :
→ dépression
→ anxiété…
Autres pathologies neurologiques :
→ ex. SEP
Fonctionnement psychologique :
→ profil perfectionniste ou obsessionnel
→ tendance dissociative
→ alexithymie
→ abnégation
Facteurs génétiques possibles
Parfois aucun facteur prédisposant
TNF — Facteurs précipitants et perpétuants
Facteurs précipitants :
→ physiques : traumatisme, maladie, infection, chirurgie…
→ émotionnels : stress, rappel traumatique…
Facteurs perpétuants liés aux soins :
→ doute diagnostique
→ diagnostic autre
→ investigations inutiles
→ mauvaise communication
→ absence de traitement
→ opioïdes
Autres obstacles :
→ procédure juridique en cours
→ non-reconnaissance du handicap
Liés au patient :
→ évitement
→ manque de motivation
TNF — Grandes formes cliniques
Troubles moteurs :
→ déficit
→ mouvements anormaux
→ troubles de la marche
Crises fonctionnelles dissociatives (CFD) :
→ crises ou malaises
Autres présentations :
→ troubles de la parole ou du langage
→ troubles sensoriels : sensitif, cécité…
→ troubles cognitifs fonctionnels
→ vertiges fonctionnels
Plusieurs formes cliniques souvent associées chez un même patient
Comorbidité fréquente avec d’autres troubles somatiques fonctionnels
TNF — Association à une autre pathologie neurologique
Environ 10 % des patients avec TNF ont également une autre pathologie neurologique
Sémiologie souvent ressemblante à celle du TNF
Exemples :
→ épilepsie + crise fonctionnelle dissociative
→ SEP + TNF moteur
Importance d’identifier l’ensemble des diagnostics pour proposer une prise en charge adaptée
Troubles moteurs fonctionnels — Présentations et diagnostic positif
Présentations possibles :
→ déficit moteur
→ mouvements anormaux
→ troubles de la marche
Diagnostic reposant essentiellement sur la présence de signes cliniques positifs
Spécificité des signes cliniques positifs proche de 100 %
Présence de 2 signes positifs permettant d’affirmer :
→ le diagnostic de TNF
→ ou une surcharge fonctionnelle s’il existe une comorbidité neurologique
Troubles moteurs fonctionnels — Signes positifs des troubles de la marche
Lâchage du genou
→ marche en pliant le genou à chaque pas
→ uni- ou bilatéral
Jambe traînante
→ marche de type déficitaire
→ membre inférieur traîné
→ pied en varus équin
→ sans steppage et sans fauchage
Marche robotique
→ marche avec décomposition du pas, ressemblant à la démarche d’un robot
Marche sur la glace
→ marche très lente et précautionneuse, comme sur de la glace
Déficit moteur fonctionnel — Signes cliniques positifs
Inconsistance motrice
→ impossibilité de faire un mouvement alors qu’un autre mouvement sollicitant le même muscle est possible
→ ex. testing du psoas à 1/5 mais mobilisation normale lors de la marche
Lâchage par effondrement ou par à-coups
→ lors du testing : contraction normale puis relâchement
→ soit par à-coups
→ soit soudain avec effondrement
Déficit moteur fonctionnel du membre inférieur — Signes cliniques positifs
Signe de Hoover
→ recherché assis ou en décubitus dorsal
→ testing du membre atteint : déficit de l’extension de hanche
→ lors de la flexion contre résistance de la hanche controlatérale : extension normale de la hanche atteinte
Signe des abducteurs
→ déficit du moyen fessier lors du testing isolé de la hanche atteinte
→ mais abduction normale de la hanche atteinte lors du testing de la hanche controlatérale
Déficit moteur fonctionnel du membre supérieur — Signe clinique positif
Chute sans pronation
→ bras tendus
→ paumes vers le haut
→ doigts en adduction
→ yeux fermés pendant 10 secondes
Signe positif si :
→ chute du membre supérieur vers le bas
→ SANS pronation
Mouvements anormaux fonctionnels — Signe clinique positif
Distractibilité
→ disparition du mouvement anormal lors des manœuvres de détournement attentionnel
Tremblement fonctionnel — Signes cliniques positifs
Effet d’entraînement
→ demander au patient de battre la mesure lentement puis rapidement
→ le tremblement adopte la même fréquence que la mesure
Fluctuation en fréquence
→ la fréquence du tremblement varie au cours de l’évaluation
Déficit sensitif fonctionnel — Signes cliniques positifs
Délimitation au milieu du corps
→ hypoesthésie touchant la moitié du corps, droite ou gauche
→ le plus souvent pour tous les modes sensitifs, y compris la face
→ délimitation entre le côté bien perçu et l’hypoesthésie située au milieu du corps
Latéralisation de la pallesthésie
→ diapason placé sur le sternum ou le crâne
→ pallesthésie davantage perçue d’un côté
→ le plus souvent du côté non atteint
Déficit moteur fonctionnel — Présentation clinique
Topographie variable :
→ 1 membre
→ 2 membres
→ le plus souvent : un hémicorps ou les 2 membres inférieurs
→ peut également toucher 3 ou 4 membres
Sévérité variable :
→ déficit discret
→ jusqu’à la paralysie complète
Déficit moteur le plus souvent associé à un déficit sensitif
→ à rechercher systématiquement
Un déficit moteur pur doit faire discuter d’autres étiologies :
→ sclérose latérale amyotrophique
→ myasthénie
→ myopathie
Mouvements anormaux fonctionnels — Généralités
2 principaux types :
→ tremblement
→ dystonie
Élément clé du diagnostic = distractibilité
Distractibilité = disparition du mouvement anormal lorsqu’on détourne l’attention du patient :
→ par une tâche motrice : ex. mouvement brusque d’un autre membre
→ par une tâche cognitive : ex. disparition lors du calcul mental
Dystonie fonctionnelle
Dystonie = posture anormale liée à la co-contraction inappropriée des muscles agonistes et antagonistes
Dystonie fonctionnelle souvent difficile à distinguer des autres dystonies
Présentation habituelle :
→ membre supérieur : posture en poing fermé
→ membre inférieur : varus équin
Associée à :
→ fixité de la posture anormale
→ douleurs
Tremblement fonctionnel — Signes cliniques spécifiques
Distractibilité
Effet d’entraînement
Variabilité :
→ de la fréquence
→ des muscles impliqués
Crises fonctionnelles dissociatives (CFD) — Définition
3e cause de malaise avec perte de connaissance
Manifestations cliniques ressemblant à une crise d’épilepsie :
→ modification du comportement soudaine et paroxystique
Mais sans modification électrique concomitante
CFD — Éléments sémiologiques en faveur d’une crise fonctionnelle dissociative
Durée > 2 minutes
Fluctuation de la sévérité des symptômes au cours de la crise
Fermeture des yeux
→ d’autant plus évocatrice s’il existe une résistance à l’ouverture des yeux
Mouvements du bassin ou tremblements
Atonie complète
Hyperventilation durant la perte de connaissance
Pleurs pendant la crise
CFD — Éléments orientant vers une crise épileptique ou non discriminants
Très évocateur d’un mécanisme épileptique :
Cris pendant la crise
Ne permettent pas de distinguer crise épileptique et CFD :
perte d’urine
morsure de langue
chute traumatique
stéréotypie des crises
→ Ces manifestations/complications sont probablement un peu plus fréquentes au cours des crises épileptiques, mais ne sont pas discriminantes.
CFD — Fréquence, retentissement et évolution
Malaises en règle générale d’emblée :
→ très fréquents
→ handicapants
Conséquences possibles :
→ nombreux passages aux urgences
→ déscolarisation
→ désocialisation
Peuvent parfois mimer un état de mal épileptique
Résistance d’emblée aux traitements mis en place, notamment aux antiépileptiques
TNF — Principes des examens complémentaires
Examens prescrits selon la présentation sémiologique
Ne doivent pas être répétés inutilement
Double intérêt lors des premières consultations :
→ rechercher une comorbidité neurologique, retrouvée chez 10 à 20 % des patients avec TNF
→ cette comorbidité constitue elle-même un facteur prédisposant au TNF
→ apporter des arguments pour le diagnostic positif de TNF
Ex. : EEG normal pendant une CFD = argument en faveur du diagnostic positif
CFD — Examens complémentaires
Vidéo-EEG
→ permet de documenter l’absence d’activité épileptique pendant la crise
Troubles moteurs fonctionnels — Imagerie
Troubles moteurs, mouvements anormaux ou déficit :
→ IRM cérébrale le plus souvent prescrite
IRM médullaire notamment :
→ dans les présentations para- ou tétraparétiques
→ en cas de doute diagnostique devant un déficit sensitif ou moteur
Mouvements anormaux fonctionnels — Examens complémentaires
Si disponible : enregistrement des mouvements anormaux
→ permet de mieux les caractériser
→ permet de documenter les signes cliniques positifs
Pour le tremblement notamment :
→ distractibilité
→ variabilité en fréquence
→ effet d’entraînement
Doute entre syndrome parkinsonien dégénératif et fonctionnel :
→ scintigraphie dopaminergique : DaTSCAN
→ ou TEP à la fluorodopa
TNF — Annonce diagnostique
Étape cruciale de la prise en charge
Réalisée principalement par le neurologue en raison de la présentation clinique neurologique
Comprend :
→ reconnaissance explicite de la plainte
→ reconnaissance des manifestations cliniques
→ reconnaissance du handicap associé
→ explication des signes positifs et des éléments ayant permis le diagnostic
Diagnostic énoncé avec le terme consensuel :
→ « trouble neurologique fonctionnel »
TNF — Principes de la prise en charge multidisciplinaire
Prise en charge multidisciplinaire
Associe :
→ prise en charge orientée sur le symptôme
→ prise en charge des différents facteurs de risque = 3 P
Objectifs :
→ limiter le risque de rechute
→ limiter le risque de chronicisation
Troubles moteurs fonctionnels — Kinésithérapie
Kinésithérapie = traitement ayant le plus fait preuve d’efficacité
Kinésithérapie spécifique visant à aider le patient à reprendre le contrôle de ses mouvements
Moyens :
→ éducation thérapeutique
→ détournement de l’attention du symptôme avec la complicité du patient
→ tâches multiples
→ activité stimulante impliquant des automatismes, ex. jouer au foot
→ modification des croyances en montrant que des mouvements normaux restent possibles
Ex. : filmer le patient réalisant automatiquement un mouvement normal puis lui montrer la vidéo
Peut être proposée en service de rééducation
→ permet une prise en charge multidisciplinaire
Crises fonctionnelles dissociatives — TCC
TCC = psychothérapie la plus évaluée
Objectifs :
→ percevoir les éléments déclenchant les crises
→ identifier les prémices d’une crise
→ apprendre à sortir de la crise
→ reprendre le contrôle le plus complet possible
TNF — Approches thérapeutiques complémentaires
Peuvent être proposées :
→ orthophonie
→ ergothérapie
→ psychomotricité
→ hypnose
→ toxine botulique
→ stimulation magnétique transcrânienne
Résultats souvent intéressants
Mais absence d’évaluations contrôlées
TNF — Prise en charge des facteurs prédisposants, précipitants et/ou perpétuants
Idéalement en association avec :
→ psychiatre
→ ou psychologue
Identifier les facteurs propres au patient :
→ facteurs de risque = prédisposants
→ facteurs de maintien = perpétuants
Objectif = diminuer la vulnérabilité du patient
Selon le facteur :
→ le traiter : ex. comorbidité psychiatrique ou neurologique
→ le travailler : ex. fonctionnement perfectionniste
Souvent préférable de débuter cette prise en charge dans un 2e temps, lorsque le travail sur le symptôme a déjà commencé
TNF — Place des traitements médicamenteux
Peu de place dans la prise en charge des TNF
Peuvent même pérenniser les symptômes, notamment :
→ nombreux psychotropes
→ opioïdes
Psychotropes :
→ uniquement si comorbidité psychiatrique avérée
→ idéalement après diagnostic et prescription par un psychiatre
Si douleurs nociplastiques associées et invalidantes :
→ antidépresseurs : IRSNa ou tricycliques
→ antiépileptiques : gabapentine ou prégabaline
Utilisés pour leur effet antalgique central
Efficacité restant modérée