Formes à libération modifiée
Introduction
Les formes à libération modifiée sont des préparations pharmaceutiques qui présentent une modification de la vitesse, du lieu, et/ou du moment de libération du principe actif (PA) par rapport aux formes conventionnelles.
Elles comprennent :
Formes à libération accélérée
Formes à libération retardée
Formes à libération prolongée
Formes à Libération Accélérée (voie orale)
Objectif : Obtenir une biodisponibilité plus rapide du principe actif (PA).
Mécanisme : Accélérer la vitesse de libération de la substance active.
Types de comprimés :
Comprimés effervescents :
Non enrobés.
Contiennent des substances acides et des (bi)carbonates qui, en présence d'eau, libèrent du CO_2, accélérant la désagrégation.
Doivent être dissous ou dispersés dans l'eau avant administration.
Offrent une désagrégation et une absorption rapides, donc un effet rapide.
Comprimés (oro-)dispersibles :
Non enrobés.
Doivent être dispersés dans l'eau avant administration ou directement dans la bouche (comprimés orodispersibles).
Désagrégation rapide grâce à un délitant spécifique, sans ajout d'eau.
L'absorption au niveau buccal évite l'effet de premier passage hépatique.
Lyophilisats (Lyocs) :
Obtenus par lyophilisation, pas par compression.
Très hydrophiles et friables.
Placés dans la bouche ou dispersés/dissous dans l'eau avant administration.
Évitent l'effet de premier passage hépatique.
Formes à Libération Retardée (voie orale)
Objectif : Libérer le principe actif (PA) après un délai spécifique ou à un endroit précis de l'organisme.
Caractéristiques : Le moment ou le lieu de libération de la substance active est différé par rapport aux formes conventionnelles.
Formes gastro-résistantes.
Indications pour les comprimés gastro-résistants :
Substances actives (SA) instables en milieu gastrique (acide) : ex. Érythromycine, Inhibiteurs de la Pompe à Protons (IPP).
SA irritantes pour la muqueuse gastrique : ex. Aspirine en traitement chronique.
SA avec un goût désagréable.
SA destinées à agir dans l'intestin : pour éviter la dilution dans l’estomac et obtenir une concentration élevée dans l'intestin (ex: antiseptiques intestinaux).
Formulation :
Enrobage avec un film gastro-résistant. *Comprimés MUPS (Multiple Unit Pellet System) :
Mélange de granulés classiques et gastro-résistants (système breveté).
Comprimés contenant de nombreux pellets (microgranules, microsphères, microbilles) d'environ 0.5 mm.
Composition des pellets :
Noyau de saccharose.
Couche de PA pulvérisée autour (ex : ésoméprazole).
Couche protectrice gastro-résistante (acido-résistante).
Microgranules dispersés dans un excipient hydrosoluble (cellulose).
Comprimé entouré d'un film laqué hydrosoluble.
Environ 2000 pellets par comprimé.
Les microgranules sont libérés dans l'estomac (sans dissolution), puis transportés dans l'intestin où le PA est absorbé. Ne pas croquer les comprimés MUPS.
Formes à Libération Prolongée (voie orale)
Objectif : Libération lente et progressive du principe actif (PA) tout au long du tractus digestif.
Pharmacocinétique différente de la forme classique.
But : Augmenter la biodisponibilité.
Objectifs spécifiques :
Concentrations plasmatiques en PA constantes au cours du temps.
Réduction des effets secondaires.
Réduction du nombre de prises.
Avantages :
Réduction de la fréquence des prises.
Prolongation des taux sanguins efficaces.
Régularisation du profil de concentration plasmatique.
Diminution des effets secondaires.
Contrôle du lieu et de la durée de libération prédéterminé.
Libération indépendante des facteurs physiologiques (selon le PA et la formulation).
Posologie réduite par rapport aux comprimés à action immédiate.
Inconvénients :
Difficultés de mise au point :
Si le procédé est inefficace, libération trop rapide de la totalité du PA.
Si le procédé est trop efficace, libération trop lente et utilisation incomplète de la dose.
Toxicologie : En cas d'intoxication, difficulté d'élimination du PA.
Physiologie : Manque de reproductibilité dû aux variations physiologiques (transit gastro-intestinal) entre individus.
Justification de la mise au point de formes à libération prolongée
Pas toujours applicable, dépend du principe actif (f(P.A)).
Nécessite la connaissance de données :
Physico-chimiques.
Pharmacologiques (marge thérapeutique).
Pharmacocinétiques (demi-vie).
L'uniformité de teneur en PA est un test incontournable.
Vérification de la correspondance entre la libération du PA et l'objectif souhaité (test de dissolution).
Mise au point d'une forme à libération prolongée
Paramètres pharmaceutiques à obtenir.
Calcul de la quantité de PA (dose initiale - dose phase contrôlée).
Choix de la forme galénique (tests in vitro).
Détermination de la vitesse de libération du PA, adaptation de la formule.
Tests cliniques pour validation.
Évaluation de la stabilité (vieillissement et libération du PA).
Techniques pour obtenir la libération prolongée
Séparation des particules de PA en fractions avec différentes vitesses de dissolution.
Rétention du PA sur un support à partir duquel il est libéré progressivement.
Prolongation du temps de résidence de la forme pharmaceutique dans le tractus digestif.
Méthodes de fractionnement physique des particules :
Fractions avec enrobages différents.
Différents granulés en gélules.
Comprimés polyphasiques (multicouches ou multi-noyaux).
Systèmes de rétention du PA :
Supports non enrobés.
Supports enrobés.
Systèmes matriciels (réseaux qui diffèrent la libération du PA).
Systèmes réservoirs pelliculés (comprimés osmotiques).
Méthodes de prolongation du temps de résidence :
Adhésion aux muqueuses (comprimés bioadhésifs ou granulés bioadhésifs en gélules).
Séjour prolongé dans l'estomac (comprimés ou gélules flottant(e)s).
La taille doit augmenter pour être >2 cm (taille du pylore).
Formes Sectorisées
Les formes conventionnelles n'ont pas de tropisme spécifique pour une cible.
Vectorisation : Opération qui consiste à moduler et contrôler la distribution d'un principe actif en l'associant à un vecteur.
Distribution préférentielle dans le site d’action : organe, cellule.
Avantages :
Protection du site d'administration.
Protection du PA contre une inactivation éventuelle (chimique, enzymatique, ou immunologique).
Amélioration du franchissement des barrières physiologiques.
Détournement du PA des organes sensibles.
Accroissement de la spécificité → maitrise des effets indésirables (réduction de la toxicité) et baisse des doses.
Exemple : Les liposomes
Vésicules sphériques biocompatibles composées d'une ou plusieurs couches de phospholipides délimitant un compartiment central aqueux.
Phospholipide :
Tête polaire (hydrophile).
Queue lipophile (composée d'acides gras).
Vectorisation de PA hydrophiles ou lipophiles.
Plusieurs catégories :
Small Unilamellar Vesicles (SUV) < 100 nm
Large Unilamellar Vesicles (LUV) > 100 nm
MultiLamellar Vesicles (MLV) : multicouches
Liposomes de deuxième génération : PEGylation
Exemple : Caelyx® (doxorubicine liposomale pégylée)
Doxorubicine : agent anti-cancéreux, cytotoxique
Doxorubicine dans le cœur aqueux du liposome
Couche externe lipidique (phospholipide et cholestérol) recouverte de PEG (polyéthylène glycol)
Échappent au système immunitaire (limite l'élimination rapide par les macrophages)
Prolongation du temps de résidence vasculaire
Concentration du PA au niveau de la tumeur = effet EPR (Enhanced Permeability and Retention)