LES PRINCIPAUX COMPORTEMENTS ÉTUDIÉS EN ÉTHOLOGIE

Introduction à l'éthologie : l'interaction gènes-milieu

  • Débat sur l'inné et l'acquis : En biologie moderne, la distinction stricte ne fait plus débat. L'enjeu est de comprendre comment les gènes et l'environnement conditionnent conjointement l'apparition d'un phénotype, dont le comportement est une émanation.
  • Rôle de la sélection naturelle : Elle agit sur le comportement adapté, fruit d'un mélange complémentaire entre les composantes innées et acquises.

Le comportement inné

  • Définition : Comportement commun à tous les membres d'une même espèce, se manifestant indépendamment du milieu de développement. Il possède une forte composante génétique et ne nécessite aucune expérience préalable pour être fonctionnel, assurant ainsi la survie immédiate de l'individu et de l'espèce.
  • Exemples chez les oiseaux :     * Le poussin nouveau-né sait courir, picorer, gratter la terre et boire dès l'éclosion.     * Il fuit vers sa mère face à l'inconnu et émet des cris s'il perd le contact.     * Ces comportements persistent même si le poussin est élevé par une espèce différente (ex: une cane).
  • La maturation : Certains comportements innés nécessitent un développement du système nerveux ou hormonal avant de s'exprimer.     * Le vol : Des pigeons et hirondelles élevés dans des conditions empêchant le déploiement des ailes parviennent, à l'âge requis, à une qualité de vol similaire aux oiseaux libres.
  • Amélioration par l'expérience (Apprentissage) :     * Expérience de Hess : Étude du picorage chez le poussin. Au début, le poussin nouveau-né (11 jour) rate souvent sa cible (un clou doré dans de la pâte à modeler). À 44 jours, après apprentissage, la précision des impacts de bec est nettement améliorée.
  • Exemple chez l'humain :     * Réflexe de saisie : Présent à la naissance vis-à-vis d'objets ressemblant à des poils. Il disparaît, puis réapparaît vers 33 mois sous une forme volontaire, s'affinant avec l'apprentissage de l'évaluation des distances.

Le comportement acquis

  • Définition : Comportement modifié par des circonstances extérieures et l'environnement. Toutefois, les capacités d'apprentissage restent limitées par le patrimoine génétique de l'individu et de son espèce.
  • Influence du cycle de vie :     * Les insectes (viecourte,absencedesoinsparentauxvie courte, absence de soins parentaux) possèdent une panoplie de comportements innés plus large.     * Les vertébrés (deˊveloppementlong,viesocialedéveloppement long, vie sociale) s'appuient davantage sur l'acquis.

Phénomènes d'interaction : L'empreinte et l'attachement

  • L'empreinte (imprégnation) : Processus d'apprentissage particulier.     * Caractéristiques : Survient durant une période précoce (période sensible ou optimale), s'acquiert rapidement, est durable et ne nécessite pas de renforcement régulier.     * Expériences de Lorenz (années 19301930) : De jeunes oisillons (canards, oies) manifestent un comportement de suite envers le premier objet mobile et émettant des sons rencontré à un âge précis. Ce processus peut influencer la reconnaissance des congénères et les conduites sociales/sexuelles futures.     * Le choucas de Lorenz : L'oiseau, imprégné à l'homme, tentait de nourrir Lorenz avec des larves de charançons et lui réservait ses parades nuptiales. Le besoin d'une mère est inné, mais son image est apprise.

  • L'attachement chez l'Homme :     * Travaux de René Spitz (années 19401940) : Étude sur l'hospitalisme. La séparation précoce et prolongée entraîne une phase de protestation (cris, angoisse), puis de résignation, pouvant mener à une dépression et à la perte d'acquisitions (langage, propreté).     * Besoin d'autrui : Caractéristique innée. Le nourrisson cherche le contact via des cris, des regards et le sourire (signedapaisementuniverselsigne d'apaisement universel).     * Sourire chez les non-voyants : Présent chez les enfants atteints de cécité congénitale, prouvant son caractère inné, bien que son utilisation soit ensuite influencée par le milieu socioculturel.

Comportements à forte composante génétique (Innés)

A1. Acte instinctif déclenché par un stimulus-signal

  • Définition : Des stimuli spécifiques déclenchent un comportement caractéristique de l'espèce (déclencheurs).
  • Expériences de Brückner (Poule et poussin) :     * Stimulus visuel seul (poussin sous cloche) : Aucune réaction de la mère.     * Stimulus auditif seul (poussin caché émettant un cri de détresse) : Réaction intense de la mère.
  • Technique des leurres (Tinbergen et Perdeck) :     * Étude du becquetage chez le goéland argenté (bec jaune avec tache rouge).     * Des modèles en carton montrent que la tache rouge est le déclencheur principal. Plus le contraste est fort, plus les coups de bec sont nombreux.
  • Stimulus supranormal : Un stimulus artificiel dont l'efficacité dépasse celle du naturel (ex: un bâton rouge et blanc déclenche plus de becquetage qu'une tête de goéland réelle).

A2. Séquences stéréotypées d'actes instinctifs

  • Définition : Chaîne stimulus-réponse où chaque réponse devient le stimulus-signal suivant.
  • Parade nuptiale de l'épinoche :     1. Le mâle (ventre rouge) exécute une "danse en zig-zag".     2. La femelle prête à pondre (ventre rebondi) adopte une posture droite.     3. Le mâle nage vers le nid, suivi par la femelle.     4. Elle entre dans le nid ; le mâle donne des secousses à la base de sa queue.     5. Ponte, puis fécondation par le mâle (arrosage de laitance).
  • Ambivalence : Ces séquences incluent souvent des comportements d'agressivité et d'approche ritualisés.

Étude du cas de la tourterelle à collier

  • Interaction neuro-hormonale : La présence du mâle et sa parade déclenchent chez la femelle une neurosécrétion de l'hypothalamus agissant sur l'hypophyse. Celle-ci sécrète de la LH (hormone luteˊinisante\text{hormone lutéinisante}), provoquant l'ovulation et la ponte.
  • Statistiques d'ovulation :     * Femelle seule : 0≈ 0 \,%     * Femelle + mâle : Augmentation significative.\n    * Femelle + mâle + matériaux de construction : Taux d'ovulation maximal.\n\n## A3. Facteurs internes : Motivations\n* **Définition :** État physiologique de l'animal (faim, maturité sexuelle, stress).\n* **Exemples :**\n    * **Épinoche :** L'agressivité dépend des hormones mâles (facteur interne) mais aussi du lieu (plus combatif sur son propre territoire - facteur externe).\n    * **Brebis :** Le comportement maternel est induit par les hormones de la parturition (accouchement). En l'absence de contact avec le jeune :\n        * Après 4\,h::100 \,% de comportements maternels.\n        * Après 12\,h::56 \,%.\n        * Après 24\,h::30 \,%.\n        * Après 48\,h::17 \,%.\n        * Si le contact est maintenu 48\,hpuisseˊpareˊpuis séparé24\,h::90 \,%.\n\n## A4. Les Mouvements\n* **Cinèse :** Modification non orientée du degré d'activité. (Ex: le cloporte s'active en milieu sec et ralentit en milieu humide).\n* **Taxie :** Mouvement orienté automatique vers (+)ouloin() ou loin (-) d'un stimulus. (Ex: phototaxie négative des mouches après s'être nourries).\n* **Migration :** Utilise le pilotage (repères visuels), l'orientation (cap magnétique/solaire) et la navigation (position relative).\n    * **Étourneaux sansonnets :** Les jeunes inexpérimentés déplacés artificiellement conservent leur direction innée vers le Sud-Ouest (finissant en Espagne au lieu de l'Angleterre/France), tandis que les adultes corrigent leur trajectoire via la navigation.\n\n# Communication animale et Ritualisation\n\n## A5. Signaux de communication\n* **Fonctions :** Rencontre des sexes, menace envers les rivaux, délimitation du territoire (ex: tambourinage des Pics), soins aux petits (odeur de l'agneau pour la brebis), évitement des prédateurs (leurre de l'aile cassée chez l'avocette), maintien de la hiérarchie.\n* **Signaux chimiques :** Phéromones (ex: chez les scolytes des sapins).\n* **Cris des vervets :** Trois cris sémantiques distincts selon le prédateur :\n    1. Léopard : Fuite dans les arbres.\n    2. Aigle : Observation du ciel et fuite dans les buissons.\n    3. Serpent : Inspection prudente du sol.\n\n## A6. La Ritualisation\n* **Définition :** Comportements quotidiens (toilettage, envol) perdant leur fonction d'origine pour devenir des signaux stéréotypés, exagérés et répétés.\n* **Exemple du canard Colvert :** Sa parade nuptiale comprend 9mouvementspreˊcis(agitationdelaqueue,balanc\coire,jetdeau,etc.).Lordredesseˊquences(ex:mouvements précis (agitation de la queue, balançoire, jet d'eau, etc.). L'ordre des séquences (ex:2-4-2puispuis1-5-2) sert de mécanisme d'isolement reproducteur entre espèces (ex: Colvert vs Sarcelle d'hiver).\n\n## A7. Déclencheurs chez l'homme\n* **Aspect juvénile (Kindchenschema) :** Grosse tête, front bombé, grands yeux, membres potelés. Déclenche des réponses parentales innées.\n* **Signaux universels (Eibl-Eibesfeldt) :**\n    * Accueil : Sourire et haussement de sourcils.\n    * Colère : Dents découvertes, poing serré.\n    * Arrogance : Posture rigide, tête rejetée en arrière, regard hautain.\n\n# Comportements induits par le milieu (Acquis)\n\n## B1. Apprentissage\n* **B1a. Accoutumance (Habituation) :** Affaiblissement d'une réponse face à un stimulus répété et sans conséquence. (Ex: l'escargot ne se rétracte plus après 6 coups sur la planche).\n* **B1b. Apprentissage latent :** Acquisition d'informations lors de l'exploration, sans récompense immédiate. (Ex: un rat préalablement rassasié retrouve plus vite la nourriture une fois affamé).\n* **B1c. Réflexes conditionnés (Associatifs - Pavlov) :** Association d'un stimulus neutre à une réaction innée. Nécessitent un entretien régulier.\n* **B1d. Apprentissage par essais et erreurs (Conditionnement opérant) :** Association entre un comportement fortuit et ses conséquences (plaisir ou douleur).\n* **B1e. Techniques expérimentales :**\n    * **Boîte de Skinner :** Récompense par nourriture via un levier.\n    * **Labyrinthes :** Orientation spatiale.\n    * **Boîte d'évitement :** Punition par choc électrique.\n    * **Névroses expérimentales :** Comportements pathologiques induits par des stimuli conflictuels et imprévisibles.\n* **B1f. Limites :** Existence de contraintes biologiques. Un rat s'associe facilement un son à une douleur, mais difficilement un son à une nausée (mieux associée au goût).\n\n# Vie sociale et organisation\n\n## B2. Structures sociales\n* **Bandes :** Cohésion sans reconnaissance individuelle (bancs de poissons, gazelles).\n* **Sociétés :** Individus liés durablement, reconnaissance individuelle requise, division du travail.\n* **Territorialité (B2a) :** Défense d'un espace vital pour la nourriture, le repos ou la reproduction. Stratégie de marquage (olfactif, sonore, optique). Chez les cerfs, l'intensité du brame signale la dominance.\n* **Abeilles (B2b) :**\n    * **Castes :** Reine (fertile), faux-bourdons (mâles inactifs), ouvrières (femelles stériles polyvalentes).\n    * **Déterminisme :** Génétique (mâles = oeufs non fécondés) et alimentaire (reine = gelée royale).\n* **Macaques du Japon (B2c) :** Hiérarchie transmise par la mère. Alliances et culture sociale (apprentissage par imitation : lavage des patates).\n* **Hiérarchie chez les vertébrés (B2d) :** Usage de signaux de dominance et de soumission (ex: le loup dominé se couche sur le dos et urine).\n\n## B2e. Relations sociales et développement singe/homme\n* **Expériences de Harlow (Singes rhésus) :**\n    * Mères artificielles : Les bébés préfèrent le contact de la mère en chiffon à celle en fil de fer, même si cette dernière fournit la nourriture. Le contact physique est primordial.\n    * Isolement : Un isolement total de 12 mois entraîne des troubles sociaux irréversibles (agressivité, auto-mutilation).\n    * Effets de groupe : Les compagnons de jeu peuvent compenser l'absence maternelle.\n\n# Synthèse des modèles interprétatifs\n\n* **Années 1940-1950 :** Focus sur la diminution du gaspillage de vies (sélection de la hiérarchie pour éviter les combats sanglants).\n* **Années 1970$$ (Sociobiologie) :** Concept d'optimisation (coûts/bénéfices). Théorie du "gène égoïste".
  • Infanticide chez les lions : Expliqué par le remplacement des mâles dominants pour assurer la transmission de leur propre patrimoine génétique.
  • Altruisme : Stratégie efficace par réciprocité ou sélection de parentèle (partage de gènes communs au sein du groupe).
  • Conclusion : Richesse et diversité des stratégies pour la survie en conditions écologiques variées.