Information et consentement du patient – Vocabulaire clé
Objectifs du cours
Comprendre les apports de la loi du 4\,mars\,2002 (loi « Kouchner »)
Savoir quand et comment transmettre l’information au patient
Reconnaître le patient comme co-acteur des soins et de sa santé
Maîtriser la notion de consentement « libre et éclairé »
Connaître les modalités de recueil du consentement et la preuve de l’information
Gérer les situations de refus de soins
Identifier les spécificités liées aux patients incapables de s’exprimer : inconscients, mineurs, majeurs protégés
Contexte et démocratisation de la santé
Depuis les années 1990 : accès massif du public au savoir médical, exigence de participation aux choix thérapeutiques
La pratique médicale reconnaît désormais un droit de participation du patient (démocratie sanitaire)
Définition de la démocratie sanitaire : « Associer dans un esprit de dialogue et de concertation l’ensemble des acteurs et usagers du système de santé pour élaborer et mettre en œuvre la politique de santé »
Trois piliers :
Droits individuels (information, consentement, respect du refus)
Droits collectifs (représentation des usagers ; rôle des associations)
Procédures contradictoires (participation citoyenne aux débats de santé publique)
Les 4 droits fondamentaux (Pilier 1)
Droit à l’information et au consentement pour toute activité de santé (prévention, dépistage, soin, recherche)
Droit d’accès au dossier médical
Droit d’associer un proche : la « personne de confiance »
Droit au respect de la vie privée et au contrôle des données de santé
Bases légales clés
Article L1111!!!!!_-4 CSP : consentement & refus de soins
Jurisprudence Cour de cassation 14\,octobre\,1997 : élargissement de l’information aux risques graves même rares
Information du patient
Obligation générale d’information ; absence de dissimulation ou mensonge injustifié
Caractéristiques :
Claire, loyale, appropriée aux capacités de compréhension du patient
Porte sur : pathologie, pronostic, options thérapeutiques (bénéfices/risques), urgence éventuelle, risques en cas d’abstention, conditions financières
Évolution historique :
Avant 1997 : seuls les « risques normalement prévisibles » (= fréquents) étaient obligatoires
Après 1997 : inclusion des risques graves même exceptionnels + risques nouveaux apparus après traitement
Modalités de délivrance :
Principalement orale lors d’un entretien individuel
Peut être complétée par écrit (brochure, feuillet, schéma)
Le lien oral prime juridiquement
Limites à l’obligation :
Urgence vitale (pronostic engagé) : traitement prioritaire
Impossibilité d’informer (inconscience, sédation…)
Volonté expresse de ne pas savoir, sauf risque de transmission à des tiers (maladies infectieuses, génétiques)
Cas du mineur / majeur protégé :
Les titulaires de l’autorité parentale ou le tuteur reçoivent l’information par principe
L’intéressé reçoit une information adaptée à sa maturité ou son discernement
Mineur peut refuser l’implication parentale : nécessite l’accompagnement d’un majeur de confiance, inscription au dossier, insistance du soignant pour informer au moins un parent
Charge de la preuve transférée au soignant / établissement (loi 2002) :
« Preuve par tout moyen » : notes d’entretien, schémas, compte-rendus, courriels, témoignages
Consentement du patient
Principe général : aucun acte médical non urgent ne peut être pratiqué sans consentement libre et éclairé
Forme : absence de formalisme imposé ⇒ consentement oral suffisant dans la majorité des cas
Situations nécessitant un écrit : prélèvement d’organes sur vivant, IVG, recherche biomédicale, don de sang pour autrui, PMA, étude de caractéristiques génétiques, dons/usage d’éléments du corps humain
Mineur / majeur protégé :
Recherche systématique du consentement de l’intéressé + accord d’au moins un parent / tuteur
Droit d’opposition du mineur : si maintien du secret → accompagnement par majeur de son choix, mention au dossier, analyse contextuelle
Possibilité de passer outre un refus parental en urgence ou si risque grave pour la santé de l’enfant
Refus de soins (article L1111!!!!!_-4) :
Tout patient peut refuser ou interrompre un traitement
Devoirs du médecin : analyses collégiales, informations répétées, mention écrite, proposition d’alternatives et de soins palliatifs, respect du refus final
Dossier médical
Contient toutes les informations recueillies durant la prise en charge
Pas de « propriétaire » : le patient exerce un droit de contrôle, l’établissement est dépositaire
Objectifs : continuité/qualité des soins, partage d’infos, preuve en cas de litige, respect du droit d’accès
Conservation :
Établissements publics/privés : 20 ans après la dernière prise en charge
En cas de décès : 10 ans à partir de la date de décès
Suspension des délais en cas de recours
Recommandation identique pour libéraux
Accès (loi 2002) :
Patient majeur : demande écrite non motivée + justificatif d’identité ; consultation sur place ou copie (frais à la charge du demandeur)
Exclusion : informations recueillies auprès d’un tiers ou concernant un tiers étranger à la prise en charge
Mineur non émancipé : accès réservé aux parents SAUF opposition motivée du mineur
Ayants droit : accès motivé par besoin de connaître la cause du décès, défendre la mémoire, faire valoir leurs droits + vérification de l’absence d’opposition du défunt
Dossier informatisé : déclaration obligatoire à la CNIL
Saisie judiciaire (pénal) :
Réalisée par officier de police judiciaire
Présence : médecin détendeur du dossier + médecin du Conseil de l’Ordre
Annales, QCM & jurisprudence (extraits essentiels)
Consentement :
Q3 2022 : faux ⇒ le consentement doit être recherché même chez un mineur (via parents + info adaptée)
Q6 2021 : exacts = A, B, C (l’information couvre pathologie, traitements, effets secondaires, on peut tenir une personne dans l’ignorance SAUF risque de transmission) ; D est faux (charge de la preuve = soignant)
Accès dossier :
Q7 2021 : exact = B (demande des ayants droit doit être motivée), C faux (conservation 20 ans après dernière prise en charge, pas après décès) ; D faux (accompagnement non obligatoire)
Loi 4\,mars\,2002 confirmée : respect du refus (A vrai) ; information approximative faux ; consentement écrit systématique faux ; mineur accès direct au dossier faux
Information/ preuve :
Q5 CC1 2022 : doivent être exacts A (médecin prouve) & D (information orale possible)
Q6 CC2 2023 : faux ⇒ la preuve ne repose pas exclusivement sur un écrit signé
Communication à des tiers (Q6 CC1 2022) : possible vers personne de confiance, avocat, psychologue, médecin assurance avec accord du patient
Fourniture de copie dossier (Q7) : on exclut infos concernant des tiers, on inclut résultats biologiques → réponse A + B fausse, C faux, pas forcément toute l’intégralité
Refus de chirurgie (Q8) : on respecte le refus (C, D, E exacts) ; on peut mobiliser d’autres professionnels pour répéter l’information
Saisie dossier libéral (Q9) : présence Ordre obligatoire (A vrai), toutes infos peuvent être saisies sauf celles recueillies auprès de tiers (B faux)
Cas pratiques emblématiques
Mineur 15 ans : consultation possible sans parents si accompagné d’un majeur choisi et volonté de confidentialité (réponse B)
Tuberculose et refus de connaître le diagnostic : obligation d’annonce (maladie contagieuse) ⇒ réponse A
Contraception d’une mineure 16 ans : demande du père de consulter le dossier → nécessité d’obtenir l’accord de la patiente (réponse B)
Urgence vitale + refus transfusion parentale : transfusion licite (réponse B)
Cancer évolutif, modification chimio refusée : impossible sans consentement ; proposer soutien psychologue/personne de confiance (réponses B & C)
Implications éthiques, philosophiques et pratiques
Reconnaissance de l’autonomie : fin du paternalisme médical strict
Valorisation de la relation thérapeutique partagée : co-décision, responsabilité conjointe
Protection des plus vulnérables : dispositif spécifique pour mineurs, majeurs protégés, patients inconscients
Équilibre liberté / protection : possibilité de passer outre certaines volontés lorsqu’un tiers est en danger (contagion) ou en cas d’urgence vitale
Gestion de l’incertitude et des risques : transparence sur les complications sévères, même rares ⇒ renforcement de la confiance mais possible anxiété accrue
Conclusion
L’information exhaustive est la condition sine qua non d’un consentement éclairé
Le consentement reste principalement oral, l’écrit n’est exigé que pour actes listés par la loi
La preuve de l’information incombe au soignant et peut être rapportée par tout moyen
Le refus de soin est un droit, mais doit être mûrement accompagné, explicité, répété et tracé
Le dossier médical est un outil central : continuité des soins, défense médico-légale, droit d’accès du patient
La loi 4\,mars\,2002 a transformé la médecine française : du modèle paternaliste à la démocratie sanitaire, fondée sur quatre droits essentiels du patient