Flash card
La circulation des discours
Introduction
La circulation des discours est un phénomène complexe qui englobe la manière dont les idées, opinions et énoncés se diffusent dans une société. Parfois, même si un discours est contredit, il continue d'être diffusé. Pour empêcher la circulation d'une idée, il faudrait l'empêcher d'être exprimée.
Le discours est contextualisé
• Le discours s'inscrit dans un contexte précis qui lui donne du sens. Les locuteurs ne peuvent reconstruire le sens d'un énoncé hors de ce cadre.• En revanche, le discours contribue à définir ce contexte et façonne la réalité sociale par son existence. Les paroles et les énoncés ne sont jamais isolés ; ils font partie d'un tout plus grand.
Le discours comme forme d'action
• Selon John L. Austin (1962) et John R. Searle (1969), le discours est plus qu’un simple moyen de communication : il est un acte en soi, qu'il soit une promesse, une suggestion, une affirmation ou une question.• Chaque énoncé a une action, même minimale, et on parle de la performativité du discours qui indique qu'il peut modifier notre perception du monde ou agir sur la réalité.
Le discours dans un interdiscours
• Le concept d'interdiscours est essentiel : il désigne les liens entre différents discours qui se chevauchent dans le temps et l'espace.• Ainsi, chaque discours dialogue avec ceux qui l'ont précédé ou qui se déroulent simultanément, ce qui crée un réseau de significations. Ce dialogue, connu sous le nom de dialogisme, renforce la richesse et la complexité du discours.• En outre, le discours est interactif, se nourrissant des intentions des locuteurs et ayant des effets sur un auditoire. La conversation, par exemple, est une illustration manifeste de cette interactivité.
Le discours est pris en charge
• Chaque discours doit être attribué à une instance qui en est la source, intégrant des marques de subjectivité et de temporalité qui témoignent de la position de l’énonciateur.• En analysant les marques d’énonciation (comme les pronoms personnels), on peut détecter le degré d'engagement et de responsabilité d'un énoncé.• L'analyse des formes de subjectivité dans le discours constitue un axe majeur de l'analyse de discours, particulièrement dans les domaines politique et journalistique.
Importance du choix des mots
• Le choix des mots est crucial dans tout discours. Par exemple, l'énoncé "l'une des plus vieilles démocraties serait-elle en train de basculer?" utilise des termes spécifiques qui induisent réflexions et interprétations. Le mot « vieille » peut suggérer une stabilité historique, alors que la question soulève l'incertitude quant à cette stabilité.• Le contexte des événements, comme l'assaut du Capitole des États-Unis le 6 janvier 2021, s'imbrique dans cette interrogation car il provient de contestations sérieuses des résultats électoraux de 2020.
Le discours est régi par des normes
• Comme toute action sociale, le discours est soumis à des normes. Chaque discours doit être structuré pour garantir sa compréhension et son influence, même suivie d'une pincée d'influence.• Ainsi, le discours est le produit d'un cadre idéologique, politique et social qui influence sa forme et son contenu.• L'efficacité d'un discours dépend également de normes, établies par la société ou inhérentes à chaque genre de discours. Ces normes garantissent l’audience et la pertinence du discours ; enfreindre ces règles peut signifier une nette perte de réceptivité.
En résumé...
Nous pouvons définir le discours comme :• Une activité sociale ;• Une manifestation particulière de la faculté de langage, utilisant des signes (auditifs, visuels, etc.) dans un espace-temps donné ;• Une production par un locuteur doté d'une intention, suivant des normes, qu'elles soient implicites ou explicites.Le discours est simultanément le produit et le producteur de l'espace social dans lequel il est établi.
Les genres discurifs
Plan de la séance
Pourquoi analyser les discours ?
Comment classer les discours ?
Qu’est-ce qu’un genre de discours ?
Pourquoi analyser le discours ?
L'analyse du discours est essentielle car le discours est une trace matérielle de l'environnement dans lequel il est produit. La société exerce des contraintes significatives sur la production des discours. Par conséquent, l'étude des discours constitue une porte d'accès incontournable pour la compréhension de la société, car il reflète et produit l'environnement social dans lequel il évolue.
Importances de l'analyse du discours
Environnement langagier : La notion de discours comme environnement langagier est ancrée dans une situation de communication, ce qui en fait un objet de recherche particulièrement intéressant pour les chercheurs en sciences sociales qui cherchent à comprendre l'activité humaine.
Sociolinguistique critique : L'étude de la sociolinguistique critique nous incite à examiner comment la pratique du langage influence l'activité sociale et vice versa. Les deux questions centrales qui émergent sont :
Qu'est-ce que les gens font en parlant ?
Pourquoi les gens disent-ils ce qu'ils disent ?
Une des premières activités de l’analyse du discours consiste donc à classer les discours.
Critères de classement des discours
Il existe plusieurs critères qui permettent de distinguer et de classer les discours en différents genres :
Critère communicationnel : Analyse de l'organisation de la situation de communication (orale, écrite, conversation, monologue, synchrone, asynchrone...).
Critère fonctionnel : Identification de l'objectif général du discours (informer, argumenter, raconter...).
Critère énonciatif : Positionnement du discours par rapport au contexte (direct, indirect, coupes, ancrage dans la situation d'énonciation...).
Critère rhétorique : Exploration des domaines oratoires et des styles (délibératif, judiciaire, épidictique…).
Critère littéraire : Identification de la forme littéraire (roman, poésie, nouvelle, pamphlet, etc.).
Comment analyser un discours ?
Pour analyser les discours produits, il est crucial de les identifier et de les décomposer en parties discrètes : genres, types, textes, médium, intention de communication, situation de communication, activité sociale, etc.
Sous-parties à considérer lors de l'analyse :
Paragraphes, séquences, phrases, groupes prépositionnels.
Il est essentiel d'examiner comment ces parties sont articulées et de quoi est composé un discours : mots, figures, séquences, embrayeurs, articulations, gestes, etc.
Il convient de noter que chaque élément du discours n'est pas toujours pertinent dans chaque analyse, cela dépend de la problématique et de la nature du discours étudiés.
Qu’est-ce qu’un genre de discours ?
En combinant ces nombreux critères, nous pouvons distinguer différents genres de discours. Cette notion revêt plusieurs significations selon les contextes :
Antiquité : Le terme discours évoquait l’activité des poètes et de la politique, où différents genres ont été codifiés : épique, lyrique, dramatique, épidictique…
Littérature : En matière littéraire, selon la composition, la forme, le contenu, on distingue des grands genres (poésie, théâtre, roman, essai…) ainsi que des sous-genres (ode, ballade, tragédie, comédie…).
Une approche sociale du genre discursif
En analyse de discours, les « conditions de production situationnelles des discours » (Charaudeau et Maingueneau, 2002 : 280) constituent le critère le plus pertinent. Loin d'être isolés, toute prise de parole et événement discursif s’inscrivent dans une activité humaine collective. L'activité sociale est donc l'élément clé pour classifier le discours, déterminant ses conditions de production matérielles.
Un genre de discours
Définition
Un genre de discours « est une forme structurant la communication sociale, constitutive de lieux, dont la configuration relève de la conjoncture socio-historique, dans lesquels s’ancrent les formations discursives et s’appréhende le sens sociétal. » (Beacco, 2004 : 109)
Comment déterminer le genre d’un énoncé ?
De manière schématique, nous pouvons examiner trois aspects fondamentaux :
À quelle activité sociale se rattache l’énoncé ?
Par quels moyens matériels s’est-il diffusé ?
Qui parle et depuis quel statut social ?
Conclusion
Rappel de la définition : Un genre de discours est une forme structurant la communication sociale, constitutive de lieux, dont la configuration dépend de contextes socio-historique (Beacco, 2004 : 109).
Idée principale : Le discours représente à la fois un producteur et un produit de l’environnement social. La distinction en genres permet de saisir cette dynamique complexe et interconnectée.
Ouverture : L'étude des genres de discours offre un accès à l'examination des idéologies et de leur circulation au sein de la société, sujet qui sera approfondi lors de la prochaine séance
Le concept d’idéologie
Accuser son adversaire de “faire de l’idéologie” est une pratique très courante durant les discours politiques.
Historique
C’est Napoléon qui parle d’abords d’idéologie pour caractériser et moquer les philosophes. (science des idées)
« Jusqu'à présent les hommes se sont toujours fait des idées fausses sur eux-mêmes, sur ce qu'ils sont ou devraient être. Ils ont organisé leurs rapports en fonction des représentations qu'ils se faisaient de Dieu, de l'homme moral, etc. Ces produits de leur cerveau ont grandi jusqu'à les dominer de toute leur hauteur. Créateurs, ils se sont inclinés devant leur propre création. » (Marx & Engels, 1845 : préf.)“La religion est l'opium du peuple.” (Karl Marx)Capitalisme: Régime économique et social dans lequel les capitaux, source de revenu, les moyens de production et d'échange n'appartiennent pas à ceux qui les mettent en œuvre par leur propre travail.
L’idéologie
Marqueurs historiques :
Karl Marx (et F. Engels, 1845, L'idéologie allemande). Idéologie = tout système de pensée qui vient justifier les conditions matérielles d'existence dans lesquelles sont maintenues les classes prolétariennes.
Louis Althusser (1976, Idéologies et Appareils Idéologiques d'Etat) : « l'homme est un animal idéologique »; le 1° à expliquer comment l'idéologie est constitutive de nos sociétés et comment nous y sommes tous intégrés - et que nous y participons tous - qu'on le veuille ou non.
L'idéologie
> Une définition pour étudier les rapports de pouvoir :
Une idéologie est un système de croyances intériorisé par un groupe d'individus et servant a justifié un état donné du monde social. Tenue pour acquise, les fondements de l'idéologie ne sont que rarement questionnés et elle sert de prisme de lecture du monde social. C'est un système de croyances a visée dominante, englobante, et institutionnalisée, contenant sa propre logique et ses propres justifications de sorte que l'espace social, individus compris, participe sans nécessairement en avoir conscience à le produire et le reproduire.
Comprendre la notion
Système de croyances= ensemble de croyances qui construisent une vision du monde qui possède sa propre logique;
Système de croyance intériorisé = pas/peu de remise en cause; jamais interrogée; l’idéologie peut paraître tellement évidente qu’on ne la voit même pas.
A visée dominante englobante : elle tend a intégrer ou réduire ou détruire les idées contraires / “les idéologie de résistance”
Institutionnalisée = la société et ses individus participent, sans forcément en avoir conscience, à consolider l'idéologie et à la reproduire.
Elle sert à justifier un état du monde social = elle donne à la classe dominante des justifications morales à sa domination.
Les idéologies: une place centrale en AD
La circulation, la reproduction de ces ensembles d’idée est un enjeu social et politique important car ces idéologies influencent les représentation et les attitudes, qui sont a dispositions à l’action.
Percevoir un objet ou un phénomène d'une telle façon nous conduit à traiter cet objet ou ce phénomène de la façon qui nous semble approprié à cette perception.
La reproduction et le partage à grande échelle des idéologies permet d'imposer un ordre social en lui conférant la force de l'évidence.
Les idéologies agissent également comme des ressources argumentatives puissantes dont les individus se servent pour justifier leurs actions.
La critical discourse analysis
Le courant de l’analyse de critique du discours s’est particulièrement intéressé aux idéologies.
Leur but: comprendre les enjeux sociaux et politique caché derrière les discours.
L’importance du vocabulaire
Un des moyens les plus évidents permettant de repérer l'idéologie est d'observer le vocabulaire, le choix des termes pour catégoriser un objet du monde.
Les catégories correspondent à des modèles de classement et de division qui changent selon les époques et les lieux : rappelez-vous, le discours est toujours contraint par ses conditions sociales de production; il est donc nécessairement le reflet d'une époque et d'un lieu.
Par exemple, la façon de nommer les choses, les gens, les catégories sociales est un reflet des idéologies en circulation (mais aussi un moyen d'agir).
Pour désigner une même réalité, différents termes sont utilisés que ne véhiculent pas la même connotation. (ex Technicienne de surface = Agent d’entretien = femme de ménage)
Chapitre 3 : Les idéologies
Samuel Vernet
Plan de la séance
Dans ce chapitre, nous examinerons les genres de discours et les idéologies qui les influencent. L'analyse des discours (AD) se concentre sur la part du politique dans le discours, en élargissant sa définition pour signifier que "tout" est politique, car tout relève d'une idéologie. Ce principe fondamental indique que les genres de discours sont façonnés par leurs conditions matérielles de production, lesquelles sont le produit des idéologies dominantes existant dans la société.
Introduction : Tout est politique
Nous commencerons par dresser un bilan qui distingue les genres discursifs selon leurs conditions de production matérielles. Les discours sont générés par des conditions idéologiques qui modèlent les représentations collectives à un moment donné, et ces systèmes d'idées sont souvent adoptés par des groupes dominants au sein d'institutions, influençant ainsi la société.
Activité – Déceler la « non-neutralité »
Une activité consistera à observer un entretien entre Nicolas Demorand (ND) et Gérard Arraud (GA) suite à l’invasion du Capitole américain en janvier 2021, afin d'identifier des marques de subjectivité et d’idéologie dans leur discours.
Le concept d'idéologie
Historiquement, des penseurs comme Destutt de Tracy, moqué par Napoléon, ont posé les bases aux côtés de Karl Marx et Friedrich Engels, considérés comme les véritables fondateurs de la notion moderne d'idéologie. Louis Althusser, quant à lui, introduit le concept d’idéologie comme étant constitutive des sociétés. Marx définit l'idéologie comme un système justifiant les conditions matérielles d'existence des classes prolétariennes, tandis qu'Althusser décrit l’homme comme un "animal idéologique," participant implicitement à l’idéologie. L’idéologie peut donc être définie comme un système de croyances intériorisé qui justifie un état social donné, souvent implicite et rarement remis en question.
Comprendre la notion d'idéologie
Parmi les caractéristiques essentielles de l'idéologie figure le fait qu'elle constitue une construction d'une vision du monde cohérente et qu'elle s'intègre profondément dans la conscience collective sans être remise en question. De plus, elle cherche à annihiler les idéologies contraires et à se justifier par des valeurs morales, consolidée par la participation collective à son existence même.
Les idéologies en analyse de discours
Les idéologies jouent un rôle déterminant dans l'influence des représentations et attitudes, menant à des dispositions à l’action qui reflètent un ordre social perçu comme évident. Elles servent aussi de ressources argumentatives pour justifier divers comportements et décisions politiques.
La Critical Discourse Analysis (CDA)
L’analyse critique des discours met l'accent sur les idéologies sous-jacentes aux discours pour comprendre les enjeux sociaux et politiques.
Les marqueurs discursifs de l'idéologie
L’importance du vocabulaire dans l’identification des idéologies dans les discours est cruciale, car le choix lexical peut révéler des perspectives idéologiques. Les catégories de langage évoluent et reflètent les idéologies contemporaines à travers des exemples tels que "femme de ménage" contre "agent d’entretien" ou "sans-abri" contre "clochard." L’interprétation des mots, parfois détournée selon le contexte, impacte encore plus la perception : les termes "otage" et "terroriste" illustrent comment la connotation d’un mot peut être utilisée pour des objectifs idéologiques différents.
Évolution du langage
En analysant les dictionnaires historiques, nous observons une évolution significative des connotations idéologiques. Cela souligne l'importance de la mémoire discursive en linguistique pour comprendre les mots et les discours d'une époque.
Le travail de l’analyste
L'analyste se doit d'explorer les marqueurs d'idéologie via le langage, comme l'a fait Victor Klemperer dans son travail sur la langue des nazis, examinant les mots qui peuvent masquer des stratégies idéologiques sous-jacentes.
La Lingua Tertii Imperii (LTI)
Klemperer analyse spécifiquement comment la langue du Troisième Reich a infiltré les esprits et les intentions idéologiques cachées des mots utilisés, tels que "spontané," "total" ou "sang allemand."
Application pratique
Une application pratique pourrait impliquer l’analyse de tweets pour identifier à quelle idéologie ils se rattachent et pourquoi.
Chapitre 4 : L'argumentation
Samuel Vernet
Introduction
L'argumentation est omniprésente, que ce soit dans les campagnes publicitaires, les discours à l'Assemblée nationale ou même à travers l'humour. Tout discours présente une dimension argumentative, et l'objectif de l'analyse de discours est de mettre en évidence cette caractéristique.
Définitions
L'argumentation peut être définie de plusieurs manières. Elle se présente comme les moyens discursifs visant vers la vérité, avec une distinction claire entre argumentation, qui cherche la vérité, et rhétorique, qui vise à atteindre le vraisemblable. C'est ici que l'approche de Perelman et Olbrechts-Tyteca entre en jeu, soulignant que l'argumentation et la rhétorique sont indissociables.
Il existe deux conceptions de l'argumentation. Le pôle restrictif voit l'argumentation comme un discours explicite vise à convaincre, lié à des activités spécifiques telles que le politique (délibératif), le judiciaire, et l'épidictique (laudatif). Cette vision idéaliste exclut la manipulation et la séduction, faisant une distinction entre convaincre (raison) et persuader (sentiments). En revanche, le pôle extensif défend l'idée que tous les discours peuvent avoir une dimension argumentative, ce qui est exploré à travers l'analyse des interactions quotidiennes.
Étude de cas : l'homophobie ordinaire
Le corpus de cette étude provient d'une émission de France 2 sur les victimes d'homophobie et des commentaires YouTube associés (403 posts, 34 fils de discussion). L'analyse des commentaires inclut l'identification des locuteurs et l'examen de leurs effets, en examinant les arguments pour et contre l'homophobie. Les principaux arguments comprennent la liberté d'expression, où le camp homophobe (H) revendique la légalité, tandis que le camp anti-homophobe défend une position contraire. D'autres éléments, tels que le dévoilement de soi et l'appel à des effets de vérité ainsi que des émotions, sont notés, notamment la position de victime adoptée par le camp anti-homophobe. Les arguments d'autorité, en recourant à des figures telles que Dieu ou la Nature, et la violence verbale, manifestée par des insultes et des attaques ad personam, sont également considérés comme des éléments argumentatifs.
Conclusion
L'analyse argumentative inclut une analyse langagière, avec une approche communicationnelle se concentrant sur le rapport d'interlocution, une approche générique qui examine le type de discours et une approche figurale qui analyse le style et les figures d'impact. Cependant, certains aspects, tels que l'analyse des syllogismes et des types d'arguments, ainsi que les liens avec la rhétorique, ne seront pas abordés ici. La distinction entre argumentation et rhétorique n'est pas faite sous cette perspective.
Qu'est-ce que la rhétorique ?La rhétorique est une discipline centrale en sociolinguistique qui étudie les techniques de persuasion et d'influence dans la communication humaine. Elle est indissociable de l’art de défendre un point de vue ou de faire appel aux émotions, tout en utilisant des structures logiques.
Les fondements de la rhétoriqueSon utilisation remonte à la Grèce antique, où elle était essentielle pour les débats publics. A l’époque, elle jouait un rôle fondamental dans le bon fonctionnement de la justice et de la démocratie. Les rhéteurs, formés aux techniques de persuasion, formaient des orateurs capables de influencer les décisions politiques. La rhétorique se divise en trois genres de discours :
Judiciaire : cherche à déterminer la vérité d’un acte (discours juridique).
Délibératif : concerne l’opportunité d’une décision future (discours politique).
Épidictique : traite de la louange ou du blâme d’une personne ou d’un événement (discours démonstratif). Aristote a conceptualisé ces genres dans son ouvrage majeur, "La Rhétorique".
AristoteAristote, né en 384 av. J.-C., était un élève de Platon et un éminent professeur d'Alexandre le Grand. Il a apporté des contributions significatives dans de nombreux domaines, y compris la logique, l'éthique et la politique, et il est considéré comme le père de la logique. En plus de "La Rhétorique", ses textes comme "Poétique" et "Politique" restent des références et sont encore utilisés dans les études contemporaines.
Les origines de la rhétoriqueLa rhétorique est définie par Aristote comme l'art de persuader. Ce qui la distingue est son adaptation à l'auditoire et la capacité à influencer les perceptions et les comportements humains. Elle repose sur la raison et s'appuie sur diverses techniques de persuasion, allant des arguments logiques aux appels émotionnels.
La rhétorique restreinteAvec le temps, la rhétorique a été souvent réduite à l'art de bien parler, avec un accent sur le style, les figures de style et les tropes. Pierre de la Ramée (Ramus) représente une figure centrale dans cette réduction, en se concentrant sur l’étude des formes logiques et esthétiques tout en séparant la rhétorique de ses dimensions sociales.
La nouvelle rhétoriqueEn 1958, Chaim Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca redéfinissent la rhétorique, la considérant non seulement comme un ensemble de techniques discursives mais aussi comme un processus d'argumentation destiné à susciter l'adhésion du public. Ils soulignent l'importance d’adapter le discours en fonction des croyances et des valeurs de l’auditoire pour être efficace.
Notions centrales de la rhétorique d'AristoteAristote introduit trois notions fondamentales :
Éthos : image de l'orateur, qui repose sur ses vertus.
Logos : la logique et la rationalité de l'argumentation.
Pathos : les émotions et leur réponse chez l’auditoire.
L'éthosL'éthos est crucial dans le discours persuasif. Aristote met en avant que l'image de soi de l'orateur doit vibrer avec ses compétences, sa moralité, et sa bienveillance. Les stratégies persuasives en rhétorique passent par la démonstration de bon sens et de vertu.
L'éthos dans l'analyse de discoursChaque acte discursif construit l'identité de l'orateur. Des éléments linguistiques tels que les modalisateurs et les déictiques non seulement révèlent l'éthos mais permettent aussi d'analyser la manière dont l'orateur projette son image.
Profil d'éthos préalable et discursifL'éthos préalable correspond à l'image que l'auditoire se fait de l'orateur avant le discours, tandis que l'éthos discursif est construit au cours de l'acte de prise de parole. Le choix du vocabulaire, le style de l'expression et les gestes sont des éléments clés qui contribuent à cette construction de l'éthos.
Le logosLe logos est la capacité de raisonner, essentielle selon Aristote. Il se manifeste à travers la structure argumentative d'un discours. Il existe deux formes de raisonnement :
Déduction : tirer une conclusion à partir de prémisses générales.
Induction : formuler une regra à partir d'exemples spécifiques.
Syllogisme et EnthymèmeLe syllogisme est une forme de raisonnement logique qui se base sur deux prémisses. Par exemple :
Prémisse majeure : Tous les hommes sont mortels.
Prémisse mineure : Socrate est un homme.
Conclusion : donc, Socrate est mortel. L'enthymème, en revanche, est un syllogisme lacunaire où l'une des prémisses est implicite.
Exemples et paralogismesLe paralogisme désigne un raisonnement fallacieux qui, bien que semblant logique, contient une erreur. Des exemples de fallacies comprennent les cercles vicieux, les questions complexes, l'homme de paille, et la fausse causalité.
Le pathosLe pathos concerne la mobilisation d'émotions pour persuader l'auditoire. La synergie entre éthos, logos et pathos est cruciale dans toute stratégie argumentative. Les effets pathémiques peuvent être des émotions exprimées, des interactions dynamiques ou des figures rhétoriques.
ConclusionLa rhétorique établit des liens forts entre l’analyse des discours et le storytelling. Il est primordial de théoriser l’analyse des discours en intégrant des outils critiques qui permettent de comprendre le fonctionnement de la persuasion dans différents contextes sociaux et culturels.