banalité du mal

« Eichmann est le destructeur d’un peuple, un ennemi du genre humain. Il est né homme, mais il a vécu comme un fauve dans la jungle. Il a commis des actes abominables. Des actes tels que celui qui les commet ne mérite plus d’être appelé homme. Car il est des actes qui sont au-delà du concevable, qui se situent de l’autre côté de la frontière qui sépare l’homme de l’animal.

« Je considère ce meurtre, l’extermination des Juifs, comme l’un des crimes majeurs de l’Humanité […] mais à mon grand regret, étant lié par mon serment de loyauté, je devais dans mon secteur m’occuper de la question de l’organisation des transports. Je n’ai pas été relevé de ce serment… […] Je ne me sens donc pas responsable en mon for intérieur. […] J’étais adapté à ce travail de bureau dans le service, j’ai fait mon devoir, conformément aux ordres. Et on ne m’a jamais reproché d’avoir manqué à mon devoir.

« Il eût été réconfortant de croire qu’Eichmann était un monstre. (…) L’ennui avec Eichmann c’est précisément qu’il y en avait beaucoup qui lui ressemblaient et qui n’étaient ni pervers, ni sadiques, qui étaient et sont encore terriblement et effroyablement normaux. » The trouble with Eichmann was precisely that so many were like him, and that the many were neither perverted nor sadistic, that they were, and still are, terribly and terrifyingly normal. (Eichmann in Jerusalem: A Report on the Banality of Evil, 1963

« Nos bourreaux étaient faits de la même étoffe que nous, c’étaient des êtres humains moyens, moyennement intelligents, d’une méchanceté moyenne : sauf exception, ce n’étaient pas des monstres, ils avaient notre visage » (Primo Lévi, Se questo è un uomo, 1947)

« Son regard ne fut pas celui d’un homme à un autre homme ; et si je pouvais expliquer à fond la nature de ce regard, échangé comme à travers la vitre d’un aquarium entre deux êtres appartenant à deux mondes différents, j’aurais expliqué du même coup l’essence de la grande folie du troisième Reich. » (Primo Lévi, Si c'est un homme)

« Parce que vous avez soutenu et exécuté une politique qui consistait à refuser de partager la terre avec le peuple juif et les peuples d’un certain nombre d’autres nations – comme si vous et vos supérieurs aviez le droit de décider qui doit et ne doit pas habiter cette planète – nous estimons que personne, qu’aucun être humain, ne peut avoir envie de partager cette planète avec vous. C’est pour cette raison, et pour cette raison seule, que vous devez être pendu. » (H. Arendt, Eichmann à Jérusalem, 1963, p. 447-448)

Pour un nettoyage facile du véhicule, il faut disposer au milieu du plancher un trou de vidange bien étanche. Le couvercle du trou, d'un diamètre de 200 à 300 mm, sera pourvu d'un siphon couché, de façon à ce que les liquides fluides puissent déja s'écouler pendant le fonctionnement. Au moment du nettoyage, le trou de vidange servira à l'écoulement des grosses saletés. (juin 1942,Walter Rauff, SS Obersturmbannführer )

« J'étais dans le camp de Bergen-Belsen quand ce petit homme boiteux, rachitique et engoncé dans son uniforme avait inspecté le camp. Comme nous avions été avertis de sa visite, nous étions tous dehors à vouloir voir qui était ce Eichmann qui avait tant de haine contre nous. Je le vis marcher fièrement toisant les vieillards faméliques et regarder avec mépris les adolescents aux corps décharnés. Ce jour-là, j'étais à mille lieues de me douter que je reverrais cet homme moins de vingt ans plus tard dans une salle d'audience pour être jugé. De terrible bourreau actif et passif, il est devenu un simple citoyen banal pour reprendre l'expression d'Hannah Arendt...

« Si nous avions tué 10,3 millions de juifs (et non 6 millions), alors je me serais dit avec satisfaction : c’est bien, nous avons détruit l’ennemi ». (Eichmann

« Ce programme répété nous dispensait de réfléchir à ce qu’on faisait. C’était devenu un aller-de soi. »

Dès que les conditions sont réunies, les valeurs humanistes, garantes de l’harmonie entre les hommes sur un territoire commun, sont liquidées et remplacées par des valeurs qui prônent la destruction de l’autre. Notre tendance à céder aux compromissions, à fléchir devant les intimidations, à nous soumettre à l’autorité, à faire prévaloir nos intérêts, à adopter des comportements grégaires, l’emporte sur les penchants contraires : amour du prochain, secours d’autrui, partage de la terre avec l’autre. »