Chapitre 7 - L’Europe dominée par les Habsbourg
Chapitre 7 - L’Europe dominée par les Habsbourg
- Fin du projet universel après l’abdication de Charles Quint en 1556.
- Deux dynasties Habsbourgeoises se partagent le territoire:
- Ferdinand, frère de Charles Quint, devient empereur du Saint-Empire romain germanique.
- Philippe II d'Espagne, fils aîné de Charles Quint, devient roi des Espagnes et des Pays-Bas.
- Le règne de Philippe II se concentre autour de la Castille.
- Priorité: conserver ses territoires, renforcer et défendre le catholicisme.
- Politique de contention (Geoffrey Parker).
I. Une monarchie hispanique aux dimensions du monde (1559-1598)
A. La monarchie hispanique, une monarchie composite
1. Une monarchie planétaire
- L'empire de Charles Quint s’étend au-delà de l’Atlantique sur les Amériques.
- Les conquistadors font chuter l’Empire Aztèque (début 1520s) et l’Empire Inca au Pérou (1530s).
- Colonisation des Philippines par Legazpi dans les années 1560.
- Accompagné de moines Augustins et de soldats.
- Fondation de Manille comme capitale.
- Mise en place d'une route maritime régulière entre le Mexique et les Philippines : le Galion de Manille.
- Première mondialisation : connexion entre l’Asie, le Mexique, les Caraïbes et l’Espagne.
- Flux d’hommes (gouverneurs, religieux, soldats, bagnards), d’idées et de produits.
2. Le roi résidant : Madrid et l’Escorial
Philippe II est un prince sédentaire qui ne sort pas d’Espagne.
Madrid devient la capitale et les organes d’un appareil d’État y sont établis.
Madrid est idéalement située au cœur de la Castille.
- La population de Madrid est multipliée par 5 entre 1560 et 1600.
Construction du palais des Habsbourg près de Madrid, l’Escorial (1563-1584).
- Quadrilatère de 200 m de côté sur 160 m.
- Style opposé à l’exubérance du style gothique et arabo-musulman.
- Palais-monastère et mausolée.
- Collège théologique et librairie royale.
Développement de l’étiquette royale (bourguignonne).
Établissement de la Maison du roi : majordome, premier écuyer, ambassadeurs.
Fixation des règles protocolaires autour de la vie de la cour : lever du roi, coucher du roi.
Cérémonial bourguignon circule de l'Espagne de Charles Quint et de Philippe II arrivant à Versailles.
3. L’émergence d’une monarchie administrative
- Charles Quint avait confié à son fils Philippe II le gouvernement des Espagne dès les années 1543.
- Philippe II est le modèle du roi bureaucrate et absolutiste.
- Création de 13 conseils spécialisés (territoires ou sujets).
- Conseil d’Italie, des Indes, de la finance, de la guerre.
- La polysynodie (un système souple de multiples conseils)
- Le secrétaire d'État du roi règne sur la correspondance, émet des avis, rédige des synthèses.
- C'est un lettrado, un spécialiste du droit et un bon gestionnaire des dossiers formés dans les universités d’Espagne.
- Philippe II a tendance à gouverner seul avec son secrétaire.
- Inflation de papier.
- Les assemblées des cortès sont de moins en moins réunies.
- Délégation de pouvoirs à des gouverneurs ou vice-rois (5-6 ans).
- Les vice-rois sont contrôlés par le système de la visite (visiteurs généraux).
- L’Inquisition est une police religieuse et politique dotée d’un pouvoir d’investigation.
B. Les moyens de la puissance : les ressources de la monarchie hispanique
1. La maîtrise des routes maritimes et terrestres
- L’Espagne lutte contre la distance.
- Protection de l’argent par une flotte armée (Armada).
- Piraterie française, hollandaise et anglaise dans les Caraïbes (seconde moitié du XVIIe).
- Liaisons essentielles pour unifier les territoires italiens.
- Ports fortifiés : Veracruz, Carthagène des Indes.
- Transport de soldats régulièrement attaqués par la course et la piraterie (Ottomans et Barbaresques).
- Les personnes attaquées peuvent être capturées, réduites en esclavage ou devenir renégats.
- Patrouilles de surveillance maritime.
- Les liaisons terrestres sont problématiques, surtout entre les Pays-Bas et l’Italie.
- Maîtrise des vallées et des cols alpins dans la Valteline.
- Entretien des ponts et des guets.
- Les tercios (troupes espagnoles) sont basés dans le Milanais ou en Sicile pour réprimer les rébellions allemandes.
- Alliances avec le duché de Savoie et Gênes pour maîtriser la route Milan-Vienne.
2. Les finances et l’argent américain
- L’argent est le nerf de la guerre (conflits européens et Ottomans).
- Le système fiscal espagnol est complexe et repose sur la Castille.
- Chaque royaume doit faire face à ses propres dépenses.
- La Castille est excédentaire:
- Pas d’invasion militaire.
- Population nombreuse.
- Apports en argent américain.
- Revenus:
- L’impôt général (capitation) voté par les cortes.
- Taxes sur les transactions commerciales (alcatalas).
- Droits de douane.
- Revenus de la dîme ecclésiastique.
- Ressources des Indes Occidentales (Amériques).
- Pillage de l’or des Incas et Aztèques (tarit rapidement).
- Exploitation de l’argent souterrain (économie et logistique minière).
- Mine de Potosi au Pérou (fondée en 1545).
- Zacatecas au Mexique (découverte dans les années 1540).
- Travail forcé des Indiens, broyage du minerai, procédé de l’amalgame.
- Exportation de lingots en Espagne.
- Le roi touche ⅕ de cet argent.
- La part de l’Amérique dans les ressources fiscales de la Castille passe de 13% à 23% sous Philippe II.
3. La mise en place d’une armée permanente : les tercios
- Les tercios sont une troupe d’élites (armée permanente).
- Composée environ de hommes.
- Composée de 4 régiments hiérarchisés et composés de 10 compagnies.
- Soldats professionnels et salariés.
- Soldes, revenus réguliers et primes provenant des butins de guerre.
- Recrutés par l’administration militaire.
- Association de l’arme blanche (lance ou pique) et de l’arme à feu (arquebuse).
- Forte mobilité.
- Garnisons permanentes (Sicile, Italie).
- Formation pendant 1 an dans les présides d’Afrique du Nord ou dans les garnisons italiennes.
- Composés de petits hidalgo espagnols.
- Valeurs communes : catholicisme, honneurs, dialogue permanent avec la mort.
- Le tercio consomme environ 3000 hommes par an.
- Violences (Anvers en 1576).
- Ils ne constituent que 15% de l’armée espagnole (mercenaires).
- Entre 1560 et 1590, le coût de la guerre a été multiplié par trois.
- Les tercios sont le composant le plus constant et stable.
II. Les moyens de la puissance : les ressources de la monarchie hispanique
- Le catholicisme est le fondement de toute l’action de Philippe II.
- Unité du pays renforcée au prix d’une rigueur idéologique et dogmatique.
- Défense externe et interne.
A. La monarchie hispanique et la Réforme catholique
- La réforme a été en grande partie une construction à la fois hispano-italienne avec l’axe Rome-Madrid de reconquête des Indes.
- Le clergé espagnol a été particulièrement efficace durant le concile de Trente.
- Adoption rapide des décrets et canons par des cortès espagnols
- Conciles provinciaux tenus en 1565 en Espagne.
- Fondation de séminaires.
- Les ordres religieux (Dominicains, Franciscains, Augustins, Jésuites) ont été particulièrement actifs dans la propagation de la foi catholiques, surtout au Nouveau Monde.
- Les Dominicains sont déjà 35 devant toutes les Caraïbes au début des années 1520.
- Ils évangélisent des masses indiennes et devient le premier ordre à s’y implanter.
- Ils s'installent en 1610 à Saint-Domingue : Antonio de Montecidos est l’un des premiers à prononcer un sermon en 1611 et dénonce les violences exercées sur les Indiens.
- A la fin du XVIe le Nouveau Monde est encadré par 9 provinces du Mexique jusqu'au Chili en intégrant les Philippines.
- Les Franciscains sont les fers de lance de l'évangélisation des Indiens : ils inventent des méthodes inédites.
- Difficultés : barrière linguistique, sociétés polythéistes, différences dans les écrits et l’enseignement des sacrements.
- Confection d’outils d’évangélisation : dictionnaires bilingues (Castillan, Nawak, Tarasque ou encore le Maya).
- Pratique de l’écriture pictographique.
- Exemple : Les Dix Commandements de Pedro Gante.
- Nouveaux glyphes pour transporter les mots chrétiens.
B. La lutte contre les dissidences religieuses et les nouveaux chrétiens
- Luttes à l'intérieur de l’Empire étouffées très tôt.
- Les affaires d’hérésie relèvent du Tribunal de l’Inquisition.
- Publication d’un édit de foi.
- Liste des hérésies et pratiques hétérodoxes.
- Invitation aux coupables à se rendre au tribunal.
- Dénonciation des déviants par les habitants.
- Entre 1530 et 1531, l’Inquisition intente une trentaine d’autodafés, frappant des intellectuels et universitaires suspectés d’être luthériens.
- Les idées de Calvin et Luther sont tuées dans l’œuf.
- Les conversos (descendants des juifs baptisés) sont surveillés.
- Ils conservent leurs pratiques dans la clandestinité (marranes).
- Vagues de répression à Grenade et Cordoue contre les Juifs, les Protestants et les Morisques en 1590.
- Les Morisques (anciens musulmans) continuent leurs pratiques en secret.
- Campagnes d’évangélisation organisées par les religieux.
- Lutte contre l’usage de l’arabe, les ablutions, le jeûne et les interdits alimentaires.
- En 1568, les Morisques se soulèvent lors de la Guerre des Alpujarras.
- Répression et expulsion dans toute la Castille.
- Philippe III d’Espagne (1598-1621) règle la question morisque en les expulsant.
- Entre 1609 et 1614, 300 000 Morisques sont déplacés du port du Levant jusqu’au Maghreb.
- Les Gitans et les Tziganes sont en Espagne depuis le début du XVe.
- Migration depuis l’Inde (Rajasthan).
- Leur mobilité est perçue comme suspecte par l’Inquisition.
- Interdiction de leurs langues, port de leurs vêtements traditionnels et assignation à résidence.
- L’Inquisition cherche à les dé-culturer en les sédentarisant.
- L’Inquisition est une institution répressive mais impartiale envers les populations étrangères.
- La torture n’était pas systématique et le bûcher était utilisé que dans les cas de récidives.
- Peu de condamnations à mort.
- La religion imposée aurait évité des guerres de Religion comme en France.
C. La révolte des Pays-Bas : l’échec de Philippe II (1566-1609)
1. Les causes de la révolte
- Aggravation de la fiscalité sur les sujets des Pays-Bas pour financer les guerres de Charles Quint contre la France (jusqu’au traité de Cateau-Cambrésis en 1559).
- 17 millions de ducats versés dans les années 1550 notamment entre 1551-1558 pour financer les troupes espagnoles mal supportées par les populations locales.
- Protestation politique.
- 1549, création de 17 provinces autonomes de l’Empire gouvernées selon une culture de la négociation (entre le Prince et les États généraux des représentants des villes).
- Absolutisme de Philippe II : gouvernement avec Marguerite de Parme et Granvelle.
- Les grands seigneurs sont écartés et prennent la tête de l’opposition : le comte d’Egmont et le prince Guillaume d’Orange.
- Raisons religieuses.
- Philippe II fait appliquer la Réforme catholique en créant 14 nouveaux évêchés, il annonce la création d’un tribunal de l’Inquisition et il réprime durement les calvinistes et les anabaptistes (dont 36 000 condamnations, 7000 peines capitales entre 1559-1566).
- La conjonction d’une fronde féodale et d’une dissidence religieuse débouche sur l’alliance de grands seigneurs avec la bourgeoisie des villes et les protestants en 1566 : la Révolte des Gueux.
2. Du soulèvement à la rupture
- Déchainement iconoclaste : violences contre les églises et monastères en 1566.
- Répression espagnole : le Duc d’Albe envoie des tercios qui stationnent en Italie et installés à Liège, Bruxelles, Gand.
- Politique d’occupation entre 1566 et 1572 : populations terrorisées fuient et les états-généraux doivent voter l’impôt sous la contrainte.
- Le comte d'Egmont est capturé et condamné à mort sur la Grand’Place de Bruxelles.
- Guillaume d’Orange organise la contre-offensive avec l’appui des calvinistes allemands et français depuis l’Allemagne.
- Violences : les tercios font le siège d’Anvers en 1576 (7 000 morts).
- En 1579, deux camps opposés se forment:
- L’Union d’Arras (sud des Pays-Bas espagnoles) : catholiques fidèles au roi d’Espagne en échange de la reconnaissance de leurs privilèges et du départ des tercios.
- L’Union d’Utrecht (provinces du nord) : seigneurs calvinistes réfutent Philippe II.
- Le nouveau gouverneur Alexandre Farnèse avalise les revendications de l’Union d’Arras et scelle la réconciliation des provinces méridionales avec l’Espagne.
- Le catholicisme est la seule religion reconnue dans ces territoires que l’armée espagnole accepte de quitter sous six mois.
- Il entame la prise de places fortes dans les provinces du nord : Tournai, Gand, Anvers sont prises dans les années 1580 et Guillaume d’Orange assassiné.
- Le retrait de Farnèse laisse un vide et les tercios occupés dans un nouveau conflit engagé contre la France (entre 1595-1598).
- Les villes des provinces du Nord sont reprises par le fils de Guillaume, Maurice de Nassau.
- En 1598, les Pays-Bas sont divisés entre les 17 provinces catholiques des Pays-Bas du sud et les Provinces-Unies au Nord désormais indépendantes au sein d’une République calviniste.
- À la fin du règne de Philippe II, l’hégémonie espagnole en Europe se fissure sur une partie du monde (Amériques).
- Les rapports entre l’Espagne et l’Angleterre se détériorent : attaques corsaires dans les Antilles contre les ports espagnols et attaque de l’Invincible Armada en 1588.
- Après le siècle d’or, vint le temps de la décadence au XVIIe.
- Philippe III fut un roi faible, l’absolutisme en vigueur sous Philippe II reflua et la Monarchie catholique confrontée à une grave crise financière (l’argent américain se tarit progressivement).
- Comment l’hégémonie espagnole du XVIe, modela une partie du monde, des héritages encore visibles aujourd’hui : l’Amérique latine (langue et religion), les Philippines un bastion du catholicisme en Asie, la division de l’Europe du Nord entre la Hollande protestante et la Belgique catholique, les rapports très complexes de l’Espagne à l’Islam, etc.