Fiche CM médiévale
Histoire du califat abbasside et de Bagdad (VIIIe-IXe siècles) – Notes de cours
Introduction
Transfert de pouvoir
Le califat Omeyyade (661-750) avait pour capitale Damas.
Après la révolution abbasside de 750, le pouvoir se déplace en Mésopotamie.
Fondation de Bagdad en 762 par le calife al-Mansour, marquant un passage d'un empire centré sur la Syrie à un empire centré sur l'Irak, terre de l'ancienne empire sassanide.
Centralisation et autonomies régionales
Questions soulevées : Bagdad devient-elle un pôle centralisateur ou connaît-on une autonomie provinciale rapide ?
Malgré l'autonomie des provinces (ex : califats rivaux comme les Fatimides en 909), Bagdad conserve un rôle central culturel et politique.
Cadre chronologique
Période étudiée : 750 à 909 (émergence du califat fatimide).
Bagdad comme capitale abbasside de 762 à 1258 (sac par les Mongols).
Parenthèses : 836-892 (capitale à Samarra), 1058-1059 (soumise aux Fatimides).
Survivance de la dynastie abbasside après 1258, avec un calife réfugié au Caire jusqu'en 1517.
Califat millénaire
Les Abbassides forment l'une des plus longues dynasties de l'histoire arabe.
Bagdad, point de référence majeur pendant des siècles, fait l'objet de nouvelles recherches contemporaines après un accès limité aux sources.
Avènement des Abbassides : Contexte et Révolution (milieu du VIIIe siècle)
Crise du califat omeyyade
Oppositions internes au VIIIe siècle, avec le soulèvement de Husayn en 680 (martyre fondateur pour les chiites).
ʿAbdallah ibn az-Zubayr conteste l'autorité omeyyade à La Mecque jusqu'à sa mort.
Griefs contre les Omeyyades
Accusations d'impiété et de népotisme, favoritisme pour l'aristocratie arabe aux dépens des convertis (mawâlî).
Révoltes contre la fiscalité et la gouvernance peu conforme aux principes islamiques, aggravées par une diminution des conquêtes.
Révolution abbasside (747-750)
Éclatement de la révolte dans la province du Khorasan, avec des soutiens chiites et des descendants d'Ibn az-Zubayr.
Abû Muslim mène l'insurrection khorasanienne, soutenue par l'armée mixte arabe et iranienne.
Victoire décisive sur le calife Marwân II en 750, mettant fin à la dynastie omeyyade.
Prise de pouvoir brutale
Les Abbassides éliminent la famille omeyyade pour consolider leur pouvoir; massacre lors d'un banquet de « réconciliation » en 750.
Seule survie notable : ʿAbd al-Rahmân ibn Muʿawiya, fuyant vers al-Andalus.
Nouveau centre de gravité
Le premier calife abbasside Abû al-ʿAbbâs as-Sabah établit sa capitale à Koufa, puis à al-Hâshimiyya.
Transition importante vers une nouvelle ère et rupture avec l'héritage omeyyade.
Les Premiers califes abbassides : Centralisation et Renforcement du califat (VIIIe siècle)
Fondation de Bagdad (762)
Le calife Abû Jaʿfar al-Mansour construit Bagdad pour asseoir son autorité sur l'empire.
Bagdad, nommée Madīnat as-Salām (« Cité de la Paix »), conçue comme une ville circulaire fortifiée autour du palais califal et de la grande mosquée.
Ouvrages : 100 000 ouvriers mobilisés, achèvement en 4 ans, symbolisant le pouvoir abbasside.
Centralisation de l'empire
Mise en place d'une administration centralisée, inspirée des modèles omeyyades et sassanides.
Calife comme monarque de droit divin, entouré d'un cérémonial fastueux.
Essor de l'administration centrale (dîwân) et intégration d'élites persanes, créant une classe administrative cosmopolite.
Le vizirat
Institutionnalisation du poste de vizir (wazîr), devenu essentiel sous Hârûn al-Rashîd.
Définition : principal conseiller, chef de l'administration, possesseur du sceau impérial.
Coordination entre les différents dîwâns est essentielle pour la bonne fonctionnalité de l'État.
Administration et héritage sassanide
Le système fiscal basé sur le dîwân al-kharâj pour la collecte de l'impôt foncier.
État bureaucratique structuré avec des archives écrites, largement développées par rapport à l'Europe occidentale.
La gestion sédentaire de l'État permet une infrastructure administrative efficace.
Réorganisation de l'armée
Les forces khorasaniennes principalement représentées par les Abnâ’ al-dawla, loyalistes des Abbassides.
Recrutement d'esclaves-soldats (mamelouks) d'origine turque pour diversifier l'armée.
Maintien d'un équilibre militaire par le biais d'alliances entre Arabes, Iraniens et Turcs.
Culture de cour et « honnête homme » (adab)
Développement d'une culture courtoise et érudite, le concept Adab définissant le comportement d'un homme cultivé à Bagdad.
Cet idéal inclut la maîtrise de l'arabe, de la littérature, du droit, et des sciences, renforçant l'administration et le prestige califal.
La fondation de Bagdad : Légendes, planification et réalités du pouvoir (762)
Capitale nomade puis sédentaire
Les Abbassides ne résident pas immédiatement à Bagdad après 750; déplacement stratégique de la capitale par al-Mansour.
Choix du site sur les rives du Tigre optimisé pour la communication fluviale et la fertilité des sols.
Légendes de fondation
Récits anecdotiques sur la création de la ville, soulignant un destin manifeste et des prophéties anciennes.
Éléments matériels du passé intégrés dans la construction, visant à légitimer Bagdad comme capitale.
Rôle de l'astrologie
Consultation d'astrologues pour déterminer le moment propice au début des travaux, établissant le sérieux de cette science à la cour.
Centralité géographique
Justifications données pour le choix de Bagdad, située entre Tigre et Euphrate, d'un point de vue stratégique pour l'administration et le commerce.
Centralité culturelle et cosmopolite
Attraction de divers groupes ethniques et culturels, faisant de Bagdad un carrefour du savoir et de l'intellect pendant la période abbasside.
Ambivalence du pouvoir
Al-Mansour et Hârûn al-Rashîd entretiennent parfois une relation ambivalente avec Bagdad, choisissant de résider dans d'autres villes en fonction des circonstances politiques.
Héritage sassanide et dimension religieuse du pouvoir
Mésopotamie, terre d'empires
Bagdad revendique l'héritage impérial des empires antérieurs et se positionne comme successeur légitime des rois perses.
Calife comme représentant de Dieu
Émergence des titres religieux au sein des califes, revendiquant une autorité à la fois politique et spirituelle.
Émergence des oulémas
Développement d'un groupe social distinct pour les savants religieux, formant une autorité morale concurrente au califat.
Crise et tensions entre calife et oulémas
La Mihna (833-848)
Tentative d'imposer une doctrine d'État sur la création du Coran, entraînant un conflit d'autorité entre le calife et les oulémas.
Victoire des oulémas
Échec de la Mihna; reconnaissance de l'autonomie des oulémas dans l'interprétation religieuse.
Crises au IXe siècle et transformations du califat
Quatrième fitna (809-819)
Guerre civile causée par absence de succession claire, entraînant des rivalités entre les fils d'Hârûn al-Rashîd.
Retour à Bagdad (819)
Réintroduction au pouvoir d'Al-Ma’mûn après avoir vaincu Al-Amîn, suivi d'une politique de réconciliation.
Parenthèse de Samarra (836-892)
Transfert de capital pour échapper aux troubles causés par les soldats-esclaves turcs, révélant la fragilité du pouvoir califal.
Bagdad en tant que modèle du monde islamique
Urbanisation et Islam
Développement des villes comme vecteur d'urbanisation et d'islamisation au sein de l'empire.
Structure polycentrique de l'empire
Présence d'autres capitales régionales ; décentralisation financière permettant l'émergence de dynasties autonomes malgré le modèle bagdadi.
Réseaux économiques de l'empire
Marché unifié au sein d'un empire vaste, basé sur les échanges commerciaux facilitant la prospérité.
Administration de l'empire depuis Bagdad
État centralisé et bureaucratique
Administration sophistiquée produisant une multitude de documents officiels, construisant une masse de régulations et procédures.
Hommes de l'administration
Vizir comme personnage clé, avec un réseau de secrétaires et dîwân pour assurer le fonctionnement de l'État.
Ouverture aux non-Arabes et non-Musulmans
Inclusion de bureaucrates non-musulmans (chrétiens, juifs) dans l'administration, reliant légitimité islamique à compétence administrative.
Conclusion
Bagdad, carrefour économique et culturel
Ville essentielle pour l'échange commercial entre pays, exemple parfait d'un État aux prises avec des tensions internes tout en maintenant son statut de centre névralgique de l'Islam moyenâgeux.
L'héritage abbasside
Influence culturelle, administrative et économique ayant durablement marqué le monde islamique, malgré les crises et défis de son époque.
Introduction
Transfert de pouvoir
Le califat Omeyyade (-) avait pour capitale Damas.
Après la révolution abbasside de , le pouvoir se déplace en Mésopotamie, région plus fertile et carrefour commercial.
Fondation de Bagdad en par le calife al-Mansour, marquant un passage d'un empire méditerranéen centré sur la Syrie à un empire continental centré sur l'Irak, terre de l'ancien empire sassanide.
Centralisation et autonomies régionales
Bagdad devient un pôle centralisateur puissant mais doit faire face à une autonomie provinciale croissante.
Malgré l'émergence de califats rivaux (Fatimides en , Omeyyades de Cordoue), Bagdad conserve un prestige culturel inégalé.
Cadre chronologique
Période étudiée : à .
Bagdad comme capitale abbasside de à (destruction par les Mongols d'Hulagu Khan).
Parenthèses géopolitiques : - (capitale à Samarra pour isoler les gardes turcs de la population).
Avènement des Abbassides : Contexte et Révolution ( siècle)
Crise du califat omeyyade
Montée du mécontentement face à l'arabisme exclusif des Omeyyades.
La figure de Husayn (martyr en ) alimente une opposition religieuse profonde.
La Da‘wa (Propagande)
Les Abbassides utilisent des agents secrets sous le slogan « al-rida min al Muhammad » (un élu de la famille du Prophète) pour rallier chiites et mécontents.
Abu Muslim al-Khorasani joue un rôle clé dans l'organisation militaire de la révolte au Khorasan.
Révolution abbasside (-)
Victoire lors de la bataille du Grand Zab en .
Transition vers une « égalité » apparente entre Arabes et nouveaux convertis (mawâlî), notamment les Perses.
Les Premiers califes abbassides : Centralisation et Renforcement
Fondation de Bagdad ()
Le plan de la ville est une « Cité Ronde » parfaite de km de diamètre avec quatre portes (Koufa, Basra, Syrie, Khorasan).
Au centre se trouvaient uniquement le palais califal (Porte d'Or) et la Grande Mosquée, symbolisant l'exclusion des masses du centre du pouvoir.
L'Administration et le Vizirat
Le vizir devient le chef de l'administration exécutive (ex : la famille des Barmécides sous Hârùn al-Rashîd).
L'administration est divisée en bureaux thématiques (dîwâns) : armée, correspondance, finances.
L'Âge d'Or et la culture d'Adab
Hârùn al-Rashîd (-) symbolise l'apogée du califat (référence aux Mille et Une Nuits).
Le concept d'Adab : idéal de l'homme de cour cultivé, maîtrisant la langue arabe, la poésie, et les bonnes manières.
Mouvement de traduction et Bayt al-Hikma
La Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma)
Sous al-Ma’mùn, Bagdad devient le centre mondial de la traduction des manuscrits grecs, perses et indiens.
Travaux majeurs sur Euclide, Ptolémée et Aristote, permettant une renaissance scientifique arabe.
Rôle des savants
Des figures comme al-Khwârizmî (mathématiques) et Hunayn ibn Ishaq (médecine) travaillent sous le patronage califal.
Héritage sassanide et dimension religieuse
Modèle de monarchie absolue
Adoption des rituels de cour sassanides (usage d'un rideau entre le calife et ses visiteurs pour marquer le caractère sacré).
Titre de « Califat d'Allah » au lieu de « Successeur du Prophète ».
La Mihna (-)
Inquisition lancée par al-Ma’mùn pour imposer le dogme mu'tazilite de la « création » du Coran.
Résistance célèbre d'Ahmad ibn Hanbal, qui favorise la séparation entre autorité politique (calife) et autorité religieuse (oulémas).
Crises et transformations ( siècle)
Anarchie de Samarra (-)
Après Hârùn al-Rashîd, la succession est instable.
Les chefs militaires turcs (mamelouks) commencent à faire et défaire les califes, menant à une perte de contrôle politique effective.
Décentralisation
L'Égypte (Tulunides) et l'Afrique du Nord (Aghlabides) séparent leur gestion financière de celle de Bagdad.
Conclusion
Bagdad reste le « nombril du monde » ( ) pour le commerce et le savoir malgré son déclin politique.
Son modèle administratif et urbain a défini l'islam classique pour les siècles à venir.