Fiche de Révision Complète : Procédure Pénale 2025/2026
INTRODUCTION ET CARACTÉRISTIQUES DE LA PROCÉDURE PÉNALE
Définition de la procédure pénale : Elle est l'ensemble des règles définissant la manière de procéder pour la constatation des infractions, l'instruction préparatoire, la poursuite et le jugement des délinquants, ainsi que l'exécution des peines.
Étymologie : Provient de « procedere », signifiant « aller en avant », illustrant la progression de l'État face à une infraction.
Définition négative : La procédure pénale se distingue du droit pénal substantiel (qui définit infractions et peines), de la procédure civile (le droit pénal touche à la souveraineté étatique et est plus protecteur des libertés), de la procédure administrative et du droit processuel (matière comparative plus vaste).
Les quatre idées-clés :
Liberticide par nature : Elle porte atteinte aux droits et libertés d'une personne non encore jugée coupable.
Enchaînement de phases : Constatation investigations poursuites jugement exécution des peines.
Équilibre fragile : Tentative de concilier la protection de la société et la protection des libertés individuelles.
Évolution constante : Le Code de Procédure Pénale () de a été modifié . Un nouveau code est prévu pour l'année .
CARACTÉRISTIQUES ET MODÈLES THÉORIQUES
Caractère liberticide : La procédure peut porter atteinte aux libertés avant l'établissement de la culpabilité. Faustin Hélie souligne cette nécessité de conciliation impossible. La politique criminelle est définie par Delmas-Marty comme l'ensemble des procédés par lesquels l'État réagit contre le crime.
Modèle Accusatoire :
Procès mené par les parties.
Enquête et accusation privées.
Le juge tranche entre deux versions.
Procédure orale, contradictoire et publique.
Exemple : Modèle de la Common Law ().
Modèle Inquisitoire :
Rôle central et actif du juge.
Enquête publique sans parties privées.
Recherche de la vérité.
Procédure écrite, secrète et non contradictoire.
Modèle Français : Il s'agit d'un compromis issu de Napoléon en . La phase préparatoire est de type inquisitoire, tandis que le procès est de type accusatoire.
Évolutions contemporaines :
Diffusion de la contrainte : Mesures plus précoces et plus sévères.
Multiplication des procédures dérogatoires : Pour la criminalité organisée et le terrorisme.
Revalorisation des droits de la défense : Maintien de l'équilibre, bien que l'on observe l'émergence de procédures à deux vitesses.
LES SOURCES DE LA PROCÉDURE PÉNALE
Sources Internes :
La loi : Source principale car l'atteinte aux libertés est réservée au législateur.
La Constitution : Via les Questions Prioritaires de Constitutionnalité (), qui représentent 21 \text{ % de l'activité} en matière pénale entre . Exemple : Conseil Constitutionnel (), , sur l'inconstitutionnalité du régime de la garde à vue.
Sources Européennes :
Convention Européenne des Droits de l'Homme () : Source majeure, notamment l'article (procès équitable) et l'article (liberté).
Union Européenne () : Directives (ex: directive sur le droit à l'interprétation de ) et arrêts de la .
LES GRANDS PRINCIPES DE LA PROCÉDURE PÉNALE
Principe institutionnel : Intervention de l'autorité judiciaire :
Selon l'article , l'autorité judiciaire est gardienne de la liberté individuelle.
Elle doit intervenir pour les mesures de contrainte (contrôle différé accepté), la décision de mise en mouvement de l'action publique et le jugement.
Composition : Magistrats du siège et magistrats du parquet.
Indépendance : Débat sur la subordination des magistrats du parquet au Garde des Sceaux. Guy Carcassonne critiquait le fait de « faire du loup le garant de la bergerie ».
Impartialité : Distincte entre l'impartialité objective/fonctionnelle (séparation des fonctions) et subjective/personnelle (absence d'a priori). L'affaire Sarkozy-écoutes () illustre le droit de récusation.
Séparation des fonctions : Article préliminaire alinéa . Séparation obligatoire des autorités de poursuite et de jugement. Interdiction pour le Juge des Libertés et de la Détention () de cumuler avec une fonction de jugement.
Procès équitable (Art. 6 CEDH) :
Droits expressément prévus : Avocat, tribunal indépendant et impartial, publicité de l'audience, interprète, délai raisonnable.
Droits déduits : Accès au dossier, égalité des armes, information sur les droits, droit de se taire (inscrit à l'article préliminaire par la loi du ).
Présomption d'innocence : Inscrite à l'article préliminaire III du et article . Elle est réfragable et coexiste avec les mesures de contrainte.
PRINCIPES EN MATIÈRE DE PREUVE
Loyauté de la preuve : Distinction entre :
Provocation à l'INFRACTION : Déclenchement de l'infraction par la police ; jamais admise.
Provocation à la PREUVE : Constatation d'une activité délictueuse préexistante ; admise (ex: « coup d'achat » pour les stupéfiants).
Jurisprudence majeure :
Affaire Benzema / Valbuena (Ass. plén., 9 déc. 2019) : Un agissant comme mandataire n'est pas une atteinte à la loyauté.
Sonorisation de cellules (Ass. plén., 6 mars 2015) : Sonoriser des cellules contiguës viole le droit de se taire ; illégal.
Roi du Maroc (Ass. plén., 10 nov. 2017) : L'autorité publique ne doit pas intervenir dans un procédé illicite d'une partie privée par un acte positif.
L'ACTION PUBLIQUE : EXISTENCE ET EXTINCTION
Définition : Droit de s'adresser à la juridiction pénale pour trancher une prétention émanant du droit de punir. Distincte du droit substantiel et de la demande en justice.
Extinction (Art. 6 CPP) : Mort du prévenu, prescription, amnistie, abrogation de la loi pénale, chose jugée, transaction, composition pénale, retrait de plainte (si condition nécessaire).
Délais de prescription (Droit commun depuis 2017) :
Crimes : (contre auparavant).
Délits : (contre auparavant).
Contraventions : .
Délais dérogatoires :
Terrorisme, stupéfiants, armes (crimes) : .
Crimes sur mineurs : .
Crimes contre l'humanité / génocide : Imprescriptibles.
Délits sur mineurs : .
Délits sexuels aggravés sur mineurs de : .
Presse (diffamation, injure) : .
La prescription glissante (Loi du 21 avril 2021) : Si l'auteur d'un viol/agression sur mineur commet une seconde infraction similaire avant la prescription de la première, le délai de la première est prolongé jusqu'à l'expiration du second.
Points de départ : Jour de commission ; dernier acte pour les infractions continues ou d'habitude ; majorité de la victime pour les mineurs ; jour de découverte possible pour les infractions occultes ou dissimulées (max pour délits, pour crimes).
Suspension (Art. 9-3) : Pause dans le délai (obstacle de droit ou de fait). La dissimulation de cadavre ne suspend plus la prescription si l'infraction était soupçonnable ().
Interruption (Art. 9-2) : Remise à zéro par tout acte du , de la partie civile, d'enquête, d'instruction ou de jugement. Un simple soit-transmis suffit ().
Autorité de la chose jugée : Identité de faits, de cause, d'objet et de partie. On retient les faits bruts et non leur qualification juridique.
ORGANES DE L'ACTION PUBLIQUE ET ACTION CIVILE
Ministère Public : Organisé en Parquet Général () et Parquet (). Corps hiérarchisé sous l'autorité du Garde des Sceaux. Principe : « la plume est serve mais la parole est libre ». L'arrêt Moulin c. France () précise que le procureur n'est pas un magistrat indépendant au sens de l'article .
Action Civile :
Conditions : Capacité juridique, intérêt à agir (préjudice certain, personnel et direct) et qualité à agir.
Voies : Civile (irrévocable si choisie en premier) ou Pénale (citation directe ou plainte avec constitution de partie civile ()).
LES CADRES D'INVESTIGATION ET ORGANISATION POLICIÈRE
Comparaison des cadres :
Flagrance (Art. 53+) : Crime/délit visible ou très récent. Pouvoirs étendus (perquisitions sans consentement). Durée limitée par l'exigence de continuité.
Préliminaire (Art. 75+) : Toujours possible. Pouvoirs restreints (consentement requis pour perquisitions sauf exception de peine).
Instruction (Art. 79+) : Obligatoire pour les crimes. Contrôlée par le juge d'instruction.
Police Judiciaire (Art. 14 CPP) :
: Peuvent placer en , perquisitionner, saisir. Compétence nationale.
/ : Pouvoirs limités, secondent les . Ne peuvent pas placer en .
Juge des Libertés et de la Détention () : Créé en . Décide de la détention provisoire et autorise les mesures contraignantes (micros, perquisitions nocturnes).
LA GARDE À VUE ()
Définition : Mesure de contrainte décidée par un sur une personne soupçonnée d'un crime ou délit puni d'emprisonnement.
Conditions : Raisons plausibles de soupçonner + un des (ex: conservation des preuves). Information immédiate du procureur (délai max d'environ ).
Durées maximales :
Droit commun : (prolongeable jusqu'à si peine ).
Criminalité organisée : jusqu'à .
Stupéfiants : jusqu'à .
Terrorisme : jusqu'à ().
Droits du gardé à vue : Notification immédiate des droits, droit de se taire, examen médical, droit à un avocat ( d'entretien, assistance aux auditions). Depuis , l'audition sur les faits est impossible sans avocat sauf renonciation expresse.
MISE EN MOUVEMENT DE L'ACTION PUBLIQUE ET ALTERNATIVES
Opportunité des poursuites : Le procureur peut classer sans suite (décision administrative), poursuivre ou proposer une alternative.
Procédure de CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) :
Personne ayant reconnu les faits (délits).
Peine d'emprisonnement et de la peine encourue.
Homologation obligatoire par le président du . Représente 22 \text{ %} des mis en cause en .
Ordonnance pénale délictuelle : Sans débat contradictoire. Amende au maximum de ou la moitié de l'amende encourue. Pas de prison possible. Concerne 39 \text{ %} des prévenus en .
Alternatives simples (Art. 41-1) : Rappel à la loi, stages. N'éteignent pas l'action publique.
Composition pénale (Art. 41-2) : Pour délits de prison. Éteint l'action publique en cas de réussite.
L'INSTRUCTION PRÉPARATOIRE
Généralités : Ne concerne que 5 \text{ %} des affaires en . Juge d'instruction saisit « in rem » (des faits, pas des personnes).
Statuts du mis en cause :
Témoin Assisté () : Indices rendant vraisemblable la commission. Pas de mesure privative de liberté possible.
Mis en Examen () : Indices graves et concordants. Droits de la défense complets, peut subir des mesures de sûreté.
Mesures de sûreté :
Contrôle Judiciaire : Obligations diverses, durée illimitée (durée instruction).
Assignation à Résidence sous Surveillance Électronique () : Seuil de prison. Durée max .
Détention Provisoire : Seuil . Mesure exceptionnelle (44 \text{ %} des mesures de sûreté). Environ pour une durée moyenne de .
Mandats (Art. 122) : Recherche (rechercher et placer en ), Comparution, Amener (par la force), Arrêt (interpeller et incarcérer).