Histoire de l’art 1800-1900
Quelques jalons historiques et sociologiques
- Le XIXe siècle: fin des guerres napoléoniennes au début de la Première Guerre mondiale.
- En arts plastiques, les ruptures du XXe siècle justifient un découpage temporel, intégrant la date de 1900.
- La Restauration (1815-1830): retour des souverains de l’Ancien Régime après Napoléon.
- Louis XVIII succède à Louis XVI en France.
- Principe de la légitimité monarchique triomphe.
- Burke, Maistre, Bonald, Hadler élaborent la pensée de cette contre-révolution.
- Le roi octroie une charte constitutionnelle.
- L’organisation administrative rationalisée de Napoléon subsiste.
- Compromis entre l'ancien et le nouveau.
- Mouvement libéral en Europe contre le retour à l’Ancien régime.
- Bourgeoisie conserve le pouvoir contre l’aristocratie et la montée des couches populaires.
- Conspirations militaires de nostalgiques des guerres napoléoniennes échouent en 1820.
- Seconde secousse en 1830 amène Charles X au pouvoir.
- Le libéralisme est hostile à l’absolutisme, pas à la monarchie.
- Adoption d’une constitution.
- Égalité de droit des citoyens mais inégalité de fait.
- Critique des démocrates et des socialistes contre la disparité des conditions sociales.
- Paysans privés de terrains communaux cherchent du travail en ville.
- Mouvement démocratique (1840-1860) revendique l’universalité des droits.
- Abolition du cens, droit de vote pour tous.
- Souveraineté populaire.
- Liberté de la presse sans intervention du pouvoir.
- Loi de 1881 régit le fonctionnement de la presse en France.
- La révolution industrielle engendre des types sociaux nouveaux.
- Patronat lié à la banque.
- Ouvriers de l’industrie forment une classe nouvelle.
- Concentration et machinisme suscitent l’émigration de campagnards sans emploi.
- Opposition ville/campagne s’accentue.
- Élections françaises de 1848, 1849 et 1871: paysans conservateurs envoient des notables à l’Assemblée nationale.
- Classe ouvrière passive ou révoltée, fait appel à l’anarchisme associé au syndicalisme.
- Classe moyenne apparaît grâce à la révolution des transports (chemins de fer après 1848).
- Création de grands établissements bancaires et du crédit sous le Second Empire.
- Création de grands magasins, développement de l’administration, du secteur tertiaire, de la fonction publique, de l’enseignement primaire pris en charge par l’Etat modifient la composition de la société.
- Ces facteurs sociaux et politiques permettent de resituer et de mieux comprendre les conditions d’émergence de cette histoire artistique du XIXe siècle.
Jacques Louis David (Paris, 1748-Bruxelles 1825)
- Rencontre avec Napoléon Bonaparte en 1797.
- Continue à peindre l’histoire contemporaine: Portrait équestre de Bonaparte au mont Saint-Bernard (1800-1801, Versailles).
- Premier peintre de l’empereur à partir de 1804.
- Représente les divers évènements politiques : le Sacre de l’empereur Napoléon Ier (1805-1807, Paris, réplique en 1821 à Versailles), la Distribution des aigles (1808-1810, Versailles).
- Delécluze rapporte qu’en 1800, il travaillait à Léonidas aux Thermophyles (1800-1814), où il s’inspirait de la statuaire antique et des compositions de « vieux maîtres modernes, tels que Giotto, Fra Angelico da Fiesole, et surtout Pérugin ».
- Napoléon lui demanda d’interrompre cet ouvrage, pour se consacrer aux grands tableaux destinés à la décoration de la salle du trône.
- Jean Antoine Gros peint Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1808).
- Cette toile a beaucoup marqué David, qui comprend là une nouveauté, une ouverture sous-jacente vers ce qui deviendra la modernité.
- À la Restauration, en 1814, sous Louis XVIII, David est exilé en Belgique, où il peint l’Amour et Psyché (1817), La Colère d’Achille (1819), Mars désarmé par Vénus et les Grâces (1824).
- Il est surtout privé de ce qui a constitué l’enjeu de sa vie : inventer une peinture d’histoire.
Francisco de Goya (1746-1828)
- En 1808, après l’occupation napoléonienne, le pays connaît une révolte contre la monarchie qui s’écroule.
- Goya traduit l’horreur des exactions dans la série de gravures Les Désastres de la guerre (1810-1823), puis dans les toiles El Dos de Mayo et El Tres de Mayo de 1808 (1814).
- Les soldats français qui tirent sur le peuple sont représentés de dos, comme des machines meurtrières.
- Il détaille individuellement chaque visage des suspects, comme un témoignage intime devant l’horreur de la mort.
- Il aborde ainsi la peinture d’histoire sous un nouvel angle, qui ne célèbre pas un évènement magnifié.
- Il se réconcilie avec la monarchie espagnole restaurée et redevient peintre de la cour.
- Mais ayant perdu ses motivations pour une vie publique, et de plus malade, il se retire dans sa maison la Quinta del Sordo (la « maison du sourd ») et travaille la gravure à l’eau-forte.
- Il recouvre les murs de sa maison de quatorze peintures noires à l’huile, hallucinées en 1821 : le Sabbat, Duel à coups de gourdin, Deux vieux mangeant, Deux jeunes femmes se moquant d’un homme, Saturne, etc.
- Il mêle une facture expressionniste à des teintes sombres, renvoyant à un monde cauchemardesque.
- Il bouleverse ainsi l’esthétique traditionnelle, par une composition dynamique, une facture emplie d’énergie fougueuse, un réalisme sombre lié autant à sa surdité qu’aux évènements politiques désastreux, des ombres contrastées, dont les clairs obscurs pathétiques s’inscrivent parfois dans la lignée de toiles de Rembrandt.
- Lorsque Ferdinand VII rétablit l’absolutisme royal en 1823, Goya libéral, s’exile volontairement en France où il meurt en 1828.
Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867)
- Le Portrait de Monsieur Bertin (1832) nous présente un bourgeois puissant, propriétaire du Journal des débats, meilleur soutien de Louis-Philippe, durant les journées de juillet 1830.
- Royaliste et conservateur, il incarnait la valorisation du travail contre l’oisiveté, la construction de la richesse contre les bénéfices de l’héritage.
- Sa fille reprocha à Ingres la vulgarité de son portrait. Il avait « transformé un grand seigneur en gros fermier »
- Baudelaire rend hommage au portrait dans le Salon de 1845. Manet soulignera cette stylisation d’un type, celui de la bourgeoisie triomphante de l’époque.
- À part les dessins « officiels », destinés à être montrés, les croquis, les études réalisées en Italie, les pensées graphiques sont des œuvres intimes, d’une facture souvent plus libre.
- Son attirance dans sa jeunesse pour ce qu’on nommait les Italiens primitifs (Masaccio, Giotto, Filippo Lippi, Botticelli, les mosaïques de Ravenne) lui a valu la mésestime des davidiens et des romantiques.
- Ingres clame son adhésion aux modèles de l’Antiquité gréco-romains, à Raphaël, Homère et Poussin, mais il s’intéresse également à un représentant de la seconde génération maniériste à Florence, Bronzino (1503-1572).
- Il scrute tout autant les nus étirés et sinueux de l’école de Fontainebleau qui lui inspirent certaines bizarreries et déformations insolites.
- La Grande Odalisque (1814) choque la critique par ses élongations anatomiques, et par son chromatisme restreint.
- La ligne comporte une logique interne pour Ingres, d’amplification. Il écrit : « Qu’on ne passe pas un seul jour sans tracer une ligne, disait Apelle. Il voulait dire par là, et je vous répète, moi : la ligne, c’est le dessin, c’est tout. »
- Ingres est poussé à « aberrations » anatomiques.
- La peinture n’est pas antinomique d’une perception sculpturale des formes.
- C’est dans l’acte même de peindre se joue la relation de la pensée et de l’exécution.
- Au lieu de procéder successivement, par juxtapositions et de laisser une place au hasard dans l’élaboration, il prône une possession préalable de l’œuvre dans l’esprit, qui permette ensuite l’unité picturale.
Antoine-Jean Gros (1771-1835)
- Formé dans l’atelier de David à partir de 1785, Gros part ensuite en Italie en 1793.
- Il est présent aux côtés de l’armée le 15 novembre 1796, quand Bonaparte plante le drapeau tricolore, près d’Arcole (Bonaparte au pont d’Arcole, 1796).
- Nommé inspecteur aux revues, il peut suivre les militaires dans leurs expéditions.
- Il introduit une peinture d’histoire directement contemporaine.
- Il peint Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1804).
- La Bataille d’Aboukir (1806) ignore les préceptes de maîtrise raisonnée des passions héritées de l’interprétation néoclassique du Laocoon.
- La composition mouvementée, l’enchevêtrement des figures se gonfle de la dynamique d’une matérialité picturale.
- Dans la Bataille d’Eylau (1808), les effets de frise et l’énergie du mouvement du premier plan marqueront beaucoup Géricault. Les contrastes lumineux importants au fond ont influencé Delacroix.
- Après 1815, le changement de régime et la montée d’une mouvance romantique ponctuent un tournant difficile pour lui.
- Il se suicide en se jetant dans la Seine le 25 juin 1835.
Orientalisme
- La séduction de l’Orient au XIXe siècle a correspondu à plusieurs évènements qui ont occasionné un intérêt pour l’exotisme.
- On a assisté tout d’abord à la campagne d’Égypte (1798-1799), puis à la guerre d’indépendance de la Grèce (1821-1829) qui a inspiré entre autre Delacroix, la guerre de Crimée (1854-1855) et enfin l’ouverture du Canal de Suez en 1869.
- Jean Auguste Dominique Ingres
- Eugène Delacroix
- Jean-Léon Gérôme,
- Alexandre Gabriel Decamps
- Théodore Chassériau
- Eugène Fromentin
- Félix Ziem
- Léon Belly
- Gustave Guillaumet
- Jean Benjamin- Constant.
Romantisme
- Baudelaire et L’Art romantique
- La partie II du Salon de 1846 de Baudelaire s’intitule Qu’est-ce que le romantisme ?
- Elle est immédiatement suivie d’un texte sur la couleur puis d’un autre sur Eugène Delacroix.
- Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir.
- « Qui dit romantisme dit art moderne, -c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimées par tous les moyens que contiennent les arts. »
- La couleur pour Baudelaire est ce qui vient combler les manques de la matérialité concrète.
- Elle se trouve à l’opposé du naturalisme et inonde la part relevant du rêve.
- La couleur proviendrait plus fortement du Nord
- Ingres reste persuadé que la pensée est liée à la conception du dessin, soit à une certaine compréhension du dessein, et que la couleur ressortit d’une matérialité moins digne.
- Avec Baudelaire, l’opposition de l’esprit et de la main bascule dans une picturalité associée à la notion de génie.
- La rapidité d’exécution comprend une fidélité plus proche du temps réel de production de la pensée.
- Stendhal associe le romantisme et la modernité dans le Racine et Shakespeare (1823-25) et introduit le mot d’origine italienne « romanticisme » dans son texte français.
- Eugène Delacroix (1798-1863)
- L’année 1824 le propulse chef de file du jeune mouvement romantique avec les Scènes des massacres de Scio.
- Il s’inspire de plus des couleurs orientales à travers la collection des souvenirs d’Orient rapportée par le peintre Auguste.
- Il relie par une couleur très riche des éléments hétérogènes et multiplie la visibilité de la touche.
- Son voyage au Maroc en 1832 lui permet de prendre ses distances.
- Les Femmes d’Alger dans leur appartement (1834, puis une reprise en 1848) ont fortement impressionné Van Gogh, Gauguin, puis Manet et Cézanne, par la liberté dans l’usage de la couleur, la touche en flochetage et les vibrations lumineuses, notamment.
Théodore Géricault (1791-1824)
- Le Radeau de la Méduse (1819) toile immense de 4,91 m x 7,16 m, relate non pas un fait issu de la mythologie grecque ou romaine, mais un fait divers, le naufrage de la frégate.
- Géricault réalise quelques esquisses à la morgue et emprunte des morceaux anatomiques qu’il ramène à son atelier, pour les étudier.
- Il estimait que pour exprimer des sensations vraies, il était bon de côtoyer la pourriture, comme l’avaient fait les naufragés.
- Il interroge des survivants et loue un atelier plus grand, pour accueillir son tableau.
- La longue préparation des esquisses successives n’interdit ni ne remplace ce regard neuf, remettant en question le travail et mettant en place, un processus d’improvisation.
- La composition pyramidale, avec un nègre au sommet du triangle symbolise un acte militant contre l’esclavage colonial.
- Michelet, interprète le naufrage de la Méduse en celui de la France monarchique.
- En 1821, Géricault s’installe à Londres, où il s’enthousiasme pour la liberté de Turner et de Constable.
- Il dessine la noirceur prolétaire, en treize lithographies dont la suite s’intitule Sujets variés tirés de la vie (1821).
- Il meurt à trente-deux ans de complications, à la suite d’une chute de cheval.
Caspar-David Friedrich (1774-1840)
- L’image du rêve côtoie celle de la réalité.
- L’abstraction d’une absence de limitation nette procède de la mémoire, de l’illusion d’optique, de ce qui participe de la pensée.
- En 1816, Goethe lui propose d’apporter son concours sous forme d’études picturales, à une classification des nuages, en accord avec la nouvelle terminologie de Luke Howard.
- Friedrich refuse la proposition, arguant qu’une vision scientifique objective serait « la mort du paysage ».
Auguste Préault (1809-1879)
- Le sculpteur fut associé au romantisme, à l’instar de David d’Angers, de Rude, et de Barye, par certains aspects de son œuvre (Vague en 1856, Ophélie 1843-1876, Tuerie 1834-1850), par sa personnalité, et ses amitiés.
- Il fréquente Théophile Gautier, Baudelaire, Delacroix, Lamartine, Gérard de Nerval, et prend position lors de la bataille d’Hernani après la première représentation le 25 février 1830.
- Préault superpose sa révolte personnelle instinctive et l’engagement social.
- Pour les critiques, il ne s’agissait que d’esquisses, l’équivalent de la peinture romantique de Delacroix.
- Il va être rejeté du Salon à part quelques rares exceptions, jusqu’en 1850.
- Il sacrifie certaines parties, certains détails, en exagère d’autres, pour que l’ensemble se détache sur l’espace environnant et cherche une silhouette qui ait la même solidité, de tous les angles de vue.
Angleterre
- Johann Heinrich Füssli (1741-1825)
- Il exécute quarante-sept peintures inspirées par des scènes ou des allusions au Paradis perdu de Milton, de 1790 à 1800.
- Füssli instaure un dessin à la fois très précis dans cette œuvre, et empli de lavis sombres et colorés, mais surtout animés d’éclaboussures d’encre, de griffures frénétiques.
- William Blake (1757-1827)
- Peintre et poète, il s’invente une mythologie ésotérique et réduit la distance entre le réel et l’irréel.
- John Constable (1776-1837)
- Il combine la représentation de lieux où il a vécu et la recomposition subjective de souvenirs d’enfance.
- Peindre la nature comme un organisme vivant, dont chaque parcelle présente un intérêt le lie à un certain romantisme.
- Joseph Mallord William Turner (1775-1851)
- Turner utilisait abondamment le couteau à palette, des pinceaux à poils très courts semblables à ceux des décorateurs d’intérieur et des brosses à très longs poils de martre, au contraire.
- Il rapporte que le peintre employait surtout des couleurs sèches, mêlées avec un peu de térébenthine, de la colle, de l’eau et parfois de la bière éventée (les artisans en utilisaient dans la restauration de boiseries en trompe-l’œil.)
- Avant les objets de la nature, Turner s’intéresse au médium à travers lequel ils sont vus. Ce dernier n’est autre que la lumière, gorgée de couleur.