Histoire — Thème 3 : L'État à l'époque moderne Chapitre 6 : L'affirmation de l'État dans le royaume de Franc

Introduction

Comment s'affirme l'État monarchique à l'époque moderne en France ? En France, l'affirmation de l'État moderne passe par l'affirmation du pouvoir royal, ce qui ne va pas sans contestations. Comment caractériser le renforcement progressif de ce pouvoir et ses limites ?

1. L'affirmation progressive de l'État royal face aux contestations : de 1515 à 1661

a. Dans la première moitié du XVIe siècle, François Ier affirme le pouvoir royal : 1515-1547

Le règne de François Ier voit un renforcement de l'autorité royale. La salamandre, emblème royal, symbolise le pouvoir sur le feu mais également sur les hommes et le monde. Bien que fréquemment représenté au sein de son Conseil, le roi apparaît de plus en plus comme l'autorité qui arbitre en dernier ressort les initiatives de l'administration judiciaire et financière. Il choisit ses conseillers et ses officiers, notamment le Connétable (chef des armées) et le Chancelier (chef de la justice et de l'administration). Le roi multiplie les offices, fonctionnaires qui achètent leur charge. L'administration gagne en efficacité. L'envoi des actes législatifs est amplifié par leur diffusion imprimée qui prend un essor spectaculaire à la fin du règne. Le grand F, lettrine de départ, scande le texte et devient une sorte de nouvelle image du roi pour les lecteurs. Parmi les actes royaux, le plus célèbre reste l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui fait en 1539 du français la langue officielle de l'administration et du droit, en lieu et place du latin. Le même texte impose au clergé d'enregistrer les naissances et de tenir à jour un registre des baptêmes. C'est le point de départ de l'état civil en France, ce qui en fait le premier pays du monde où s'enregistre la filiation.

b. L'autorité de l'État est fortement contestée lors des guerres de religion de la seconde moitié du XVIe siècle

La monarchie se veut absolue. Le roi tient son pouvoir de Dieu, ce qui se manifeste lors de la cérémonie du sacre, quand il est oint d'une huile sainte par l'archevêque de Reims. C'est pourquoi il est qualifié de « roi thaumaturge », ce qui signifie « guérisseur » : en touchant les malades, il peut leur rendre la santé. Cette dimension sacrée permet de légitimer la détention de tous les pouvoirs par un seul homme, roi de « droit divin ».

Les liens entre un roi de droit divin et l'Église catholique sont un fondement essentiel de la société d'Ancien Régime. Le roi a le devoir de défendre le catholicisme. Au début du XVIe siècle, il réprime les protestants français. À partir de 1562, les extrémistes protestants et catholiques remettent en cause l'obéissance au roi durant les guerres de Religion. Henri IV, protestant converti au catholicisme, affirme l'autorité royale au-dessus de ces partis et leur impose la paix avec l'édit de Nantes en 1598. Celui-ci accorde la liberté de culte aux protestants.

c. Dans la première moitié du XVIIe siècle, la monarchie française s'efforce de réaffirmer l'autorité de l'État

Confrontée à une noblesse parfois indisciplinée, la monarchie veut affirmer son autorité en interdisant les duels. Le duel n'est plus considéré comme une affaire privée mais comme une provocation, un trouble à l'ordre public et une atteinte à l'autorité de la justice du roi. Principal ministre de Louis XIII, le Cardinal de Richelieu peut être particulièrement sévère avec les grands seigneurs qui ne respectent pas la loi du roi.

2. La volonté d'exercer un pouvoir absolu : le règne personnel de Louis XIV, 1661-1715

a. La société de cour : à Versailles, le roi-soleil affirme son pouvoir sur la noblesse

Pour obtenir l'obéissance de la noblesse, le château de Versailles se révèle une pièce maîtresse. Dans ce palais où tous les arts sont convoqués pour célébrer sa gloire, Louis XIV réussit à sédentariser l'aristocratie et à la discipliner. Pour maintenir un train de vie fastueux, les grandes familles de la noblesse doivent éviter de se disqualifier aux yeux du roi : elles doivent se soumettre à la rigueur de l'étiquette et rester soumises.

Louis XIV organise son emploi du temps selon un rythme régulier et presque immuable, dicté par une volonté de surveiller et diriger son administration. Il préside ainsi les séances du conseil où se prennent les décisions fondées sur une délibération collective. Il s'informe de l'avancée des affaires lors d'entretiens avec ses ministres. Véritable bureaucrate, le roi étudie plusieurs heures par jour ses dossiers avant de décider.

b. Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes

En 1685, par l'édit de Fontainebleau, Louis XIV révoque l'édit de Nantes : les protestants doivent se convertir au catholicisme ou quitter la France. Environ 200 000 personnes (10 à 15 % des protestants) choisissent l'exil, notamment en Angleterre, en Prusse et aux Provinces-Unies. Ceux qui restent pratiquent souvent leur ancienne religion dans la clandestinité et se révoltent parfois, comme les « camisards » dans les Cévennes en 1702. Il faut attendre 1787 pour que le protestantisme soit de nouveau toléré en France.

c. Colbert développe une politique maritime et mercantiliste

Principal ministre de Louis XIV, Colbert veut réduire le déficit commercial de la France, en appliquant le mercantilisme : pour favoriser l'entrée de l'or et de l'argent dans le royaume, il veut stimuler les exportations de produits de haute qualité. C'est pourquoi il crée des manufactures, comme Saint-Gobain pour les miroirs, et impose des normes de fabrication exigeantes. Le développement des produits français doit permettre de limiter des importations, par ailleurs lourdement taxées.

Cette politique économique dirigiste s'accompagne d'une volonté de développer le commerce maritime. Des compagnies maritimes privilégiées, créées par Colbert, obtiennent le monopole du commerce de la France avec certaines parties du monde : l'Amérique pour la Compagnie des Indes occidentales, l'Asie pour la Compagnie des Indes orientales. Aux Antilles, l'économie de plantation et l'esclavage fournissent à la métropole des denrées coloniales de plus en plus recherchées, par exemple le sucre.

d. Le rôle de la guerre dans l'affirmation du pouvoir monarchique et l'extension du territoire

Les guerres de conquête permettent aux rois de France d'annexer de nouveaux territoires. Louis XIV porte ses efforts vers le nord, en conquérant l'Artois, une partie des Flandres, vers l'est, en s'emparant de la Franche-Comté et de l'Alsace, vers le sud avec le Roussillon. Ensuite, au XVIIIe siècle, l'expansion se poursuit sous une forme plus pacifique : la Lorraine est rattachée au royaume en 1766, la Corse en 1768.

Les nouvelles limites du royaume doivent être clairement fixées. Elles peuvent s'appuye