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L'Internationalisme et les Acteurs Non-Gouvernementaux dans l'Entre-Deux-Guerres
Tendances Globales de l'Internationalisme dans l'Entre-Deux-Guerres
Reprise et Renouveau : La période de l'entre-deux-guerres est marquée par une reprise des activités des Organisations Féminines de Gouvernement (OFG) préexistantes et un renouveau de l'internationalisme impliquant des acteurs privés.
Les quatre grandes tendances de renouveau : - Associations pour la SDN : Création d'organisations nationales (similaires à la Société Suisse-ONU actuelle) pour propager l'idée de la Société des Nations dans la société et militer pour la parlementarisation de la politique extérieure. - Expansion de l'action humanitaire : Après l'abolition de facto de l'esclavage suite à la Convention de Bruxelles du $19^{ème}$ siècle, le mouvement de la Croix-Rouge n'est plus seul. On assiste à une multiplication des acteurs humanitaires intervenant en temps de paix. - Mouvement Européen ou Paneuropéen : Émergence de branches pro-européennes (notamment le mouvement Paneuropa) motivées par le dysfonctionnement de la SDN et l'échec de la réconciliation européenne après la Première Guerre mondiale. - Mouvements pour les Droits de l'Homme : Fondation de ligues nationales (originaire de France après l'affaire Dreyfus) en réponse à la montée des dictatures et des persécutions.
Genève : Épicentre de l'Internationalisme et Architecture Institutionnelle
La centralité de Genève : La ville est devenue le centre névralgique car la SDN s'y est établie. De nombreuses ONG y ont installé leur bureau principal ou auxiliaire.
Répartition géographique de l'internationalisme intergouvernemental : - La Haye : Centre de l'internationalisme judiciaire, abritant la Cour internationale d'arbitrage et la Cour internationale de justice (établie par le statut de la SDN via le Traité de Versailles). - Genève : Siège de la SDN et de ses organismes techniques : l'Organisation d'hygiène, l'Organisation économique et financière, le Haut-commissariat pour les réfugiés, la Commission des mandats (gestion des ex-colonies allemandes et ottomanes) et la Commission internationale pour la coopération intellectuelle (liée à l'Institut de Paris).
L'Organisation Internationale du Travail (OIT) : - S'installe à côté de la SDN à Genève. - Structure tripartite unique : États, syndicats et associations d'employeurs. - Objectif double : Protéger les travailleurs et créer un cadre de concurrence équitable () en régulant les coûts liés à la protection sociale au niveau international.
Héritage durable : Genève a conservé sa vocation pour les questions économiques, sociales, humanitaires et les droits humains (Réfugiés), tandis que les questions de sécurité politique ont migré à New York après .
La Vie Internationale et les ONG à Genève selon Robert de Traz
L'Esprit de Genève : Dans son ouvrage de , le journaliste français Robert de Traz recense environ ONG installées à Genève.
Catégorisation des organisations : - Humanitaire : CICR, Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge (fondée en ), Union internationale de secours aux enfants, Comité international pour le placement des intellectuels immigrés (fuyant le nazisme ou le franquisme), Office central d'entraide des églises, Entraide universitaire internationale. - Paix : Bureau international de la paix (transféré de Berne), Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (fondée en à Zurich), Ligue pour les États d'Europe. - Religieux : YMCA, YWCA, Christian Disarmament Committee, Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants, Congrès juif mondial, Conseil œcuménique des Églises (en gestation sous l'égide de Visser 't Hooft, fondé officiellement en ). - Jeunesse et groupes spécifiques : Congrès mondial de la jeunesse, Ligue internationale pour la défense des indigènes, Ligue internationale philarménienne (liée au génocide arménien et à la diaspora). - Éducation et Science : Bureau international d'éducation (sous l'influence de Jean Piaget), Institut de hautes études internationales (fondé en par William Rappard et Paul Mantoux). - Communication : Union internationale de la radiodiffusion ().
Démocratisation de l'information : Genève devient un centre de collecte et de diffusion de données mondiales. Auparavant, seuls les services diplomatiques (notamment britanniques, alors les mieux informés au monde) possédaient ces connaissances.
Les Associations pour la SDN : Entre Appui et Propagande
Origines anglo-saxonnes : League to Enforce Peace (USA, juin ), League of Nations Society (UK, mai ), et League of Free Nations Association (), fusionnées dans la League of Nations Union.
Le modèle français : Association française pour la SDN (novembre ). Léon Bourgeois, inventeur du concept de « solidarisme », prônait déjà la solidarité comme clé de l'organisation internationale avant la guerre.
Structure : Regroupement au sein de l'Union internationale des associations pour la SDN, basée à Genève.
Fonctions et Revendications : - Servir d'auxiliaires pour propager l'idée de la SDN. - Militer pour le contrôle parlementaire de la politique étrangère (droit de déclarer la guerre). - Soutenir la logique wilsonienne de diplomatie publique et transparente. - Prôner le désarmement.
Dérives et Échecs : - Certaines associations sont devenues des instruments de propagande sous des régimes autoritaires (Hongrie, Italie fasciste, Allemagne nazie avant sa sortie de la SDN en , effective en ). - Politique d'Apaisement : Stratégie illusoire de compromis avec les dictateurs pour éviter le conflit. Échec patent lors de l'annexion de l'Autriche puis des Sudètes (Conférence de Munich, ), où Hitler a rompu sa promesse de ne pas envahir le reste de la Tchécoslovaquie six mois plus tard.
Expansion et Concurrence du Domaine Humanitaire
L'émergence des États-Unis : Acteur financier majeur via la Ligue des Croix-Rouge et l'American Relief Administration (ARA).
Réinvention de la Croix-Rouge : Selon la logique américaine (Woodrow Wilson), la fin de la guerre signifiait l'inutilité d'une Croix-Rouge orientée uniquement vers le conflit. - La Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge () : Fondée par Henry Davison. Orientée vers la santé publique et l'action en temps de paix. Volonté d'exclure l'Allemagne et les bolcheviks, brisant le principe d'universalité défendu par le CICR.
Concurrence CICR vs Ligue : Le CICR, pour survivre et rester pertinent, a dû se réorienter vers l'action en temps de paix (aide aux civils, enfants, réfugiés).
Save the Children et l'Union internationale de secours aux enfants : - Eglantyne Jebb, veuve britannique, fonde Save the Children pour aider les enfants affamés en Europe centrale. - Faute d'infrastructure, elle s'associe au CICR (via Frédéric Ferrière, Renée-Marguerite Frick-Cramer et Édouard Frick) pour créer l'Union internationale de secours aux enfants. - Succès massif de collecte de fonds : environ millions de francs suisses au milieu des années pour gérer des orphelinages en Pologne, Hongrie et Tchécoslovaquie.
L'American Relief Administration (ARA) : Dirigée par Herbert Hoover (futur président des USA). Instrument d'aide massive en Europe de l'Est motivé par une logique anti-communiste (stopper la propagation du bolchevisme par l'aide humanitaire).
La Question des Réfugiés et les Actions du CICR
Haut-commissariat pour les réfugiés : Dirigé par le Norvégien Fridtjof Nansen. Coordination avec le CICR, l'ARA et les ONG (ex: Phil-Arméniens).
Vagues de réfugiés : Russes, Arméniens, Grecs (guerre gréco-turque), Assyriens (Irak), Espagnols (Guerre civile) et Juifs allemands.
Le CICR sur le terrain : - Intervient pour la première fois activement dans une guerre civile (Espagne). - Intervient en Afrique lors de la guerre italo-éthiopienne (-). Échec diplomatique : le CICR n'ose pas témoigner sur l'usage du gaz asphyxiant par l'Italie.
Évolutions du Droit Humanitaire : - Interdiction du gaz asphyxiant (). - Code des prisonniers de guerre (). - Échec du Projet de Tokyo () : Projet de protection des civils en zones occupées, refusé par les États.
Le Mouvement Paneuropéen et le Mouvement pour les Droits de l'Homme
Le projet Paneuropa de Richard von Coudenhove-Kalergi : - Propose une Europe fédérale, démocratique, avec une union douanière et une réconciliation franco-allemande. - Vision d'une « Eurafrique » (gestion commune des colonies). - Soutien de politiciens comme Aristide Briand (France), Ignaz Seipel (Autriche) et Paul Löbe (Allemagne, SPD). - Déclin face à la Grande Dépression et au nazisme.
Autres initiatives européennes : Association pour l'entente européenne (Heile et Borel), Cercle de Mayrisch (Luxembourg), Union douanière européenne.
Les Droits de l'Homme : - Internationalisation des ligues (Ligue française, Ligue allemande). - Défense de Carl von Ossietzky (journaliste pacifiste allemand emprisonné par les nazis). - Conférence d'Évian () : Échec du sauvetage des Juifs d'Allemagne car aucun pays, affaibli par la crise économique, ne voulait accueillir les réfugiés. - Erreur du CICR à Theresienstadt () : Les délégués se sont laissé tromper par le « camp modèle » nazi, produisant des rapports apaisants mais erronés sur la réalité des persécutions.
Synthèse et Perspectives
Bilan : Multiplication des ONG, élargissement des thématiques (réfugiés, épidémies, droits de l'homme) et usage des ONG comme outil de « soft power » (notamment par les USA).
Climat politique : Coopération favorable avec la SDN dans les années (sous Eric Drummond), puis recul et hostilité dans les années (sous Joseph Avenol).
Résistance : Pendant la Seconde Guerre mondiale, la résistance deviendra le premier promoteur d'une fédération européenne démocratique et du respect absolu des droits humains contre la souveraineté étatique absolue.
Séance prochaine : Positionnement du CICR face aux dictatures totalitaires, action sur les différents fronts (occidental, oriental, Asie) et le CICR face à la Shoah.