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Conflits, Terrorisme et Changement Climatique : Analyse des Dynamiques et Enchevêtrées

Introduction et Vie Universitaire

  • Annonces Préalables :     - La séance actuelle est la dernière consacrée aux conflits, à l'exception de l'intervention de Catherine Goulin-Grayson du CICR prévue la semaine prochaine.     - Présentation de l'AMUNIGE (Association Militaire de l'Université de Genève).

  • L'Association Militaire de l'Université de Genève (AMUNIGE) :     - Objectif : Réunir la communauté universitaire intéressée par les questions de défense et de politique de sécurité.     - Services : Aide à la conciliation entre service militaire (demandes de déplacement de service) et études ; favoriser la camaraderie et le réseau professionnel au sein de l'armée et de l'université.     - Événement à venir : Conférence de Monsieur Jacques Pitlou, ambassadeur de Suisse auprès de la Belgique et de l'OTAN, et ancien ambassadeur aux États-Unis (Washington).     - Détails de l'événement : Mardi prochain à 18:3018:30 en auditoire MR 290. Le thème porte sur la situation mondiale actuelle et la place de la Suisse dans la redistribution des cartes géopolitiques.     - Inscription : Requise par email pour des raisons d'organisation.

Retour sur le Terrorisme : Définition et Caractéristiques

  • Définition du Terrorisme :     - Il s'agit de la menace ou de l'utilisation préméditée de la violence contre des cibles non combattantes par des individus ou des groupes sous-étatiques pour atteindre un objectif politique ou social en intimidant une audience plus large.     - Trois éléments constitutifs :         1. Recours sélectif à la violence contre des populations civiles.         2. Actes perpétrés par des acteurs non étatiques.         3. Objectif d'obtenir des concessions d'une audience plus large que la cible directe.     - Terrorisme Transnational : Concerne les actes où les auteurs ou les victimes sont de nationalités différentes, ou visant un gouvernement étranger.

  • Contraintes Structurelles et Rationalité :     - Les groupes terroristes sont considérés comme rationnels (adéquation moyens/objectifs).     - Faiblesse relative : Ils sont structurellement faibles face à l'État (disproportion des capacités militaires) et vis-à-vis de la population dont ils se revendiquent (objectifs ou méthodes extrêmes).     - Organisation : En raison de cette faiblesse, ils adoptent une structure horizontale en réseau avec des cellules autonomes pour magnifier leur impact.

Les Obstacles au Compromis dans le Terrorisme

  • Le Paradoxe : Les chances d'obtenir des concessions sont faibles (les États ne négocient généralement pas), mais les coûts humains et économiques des attentats sont extrêmement élevés (ex: Bataclan, 11 septembre, conflits au Nigéria ou en Irak).

  • Trois Barrières Centrales à la Négociation :     1. Information Incomplète : Difficulté pour les terroristes de communiquer de manière crédible sur leur force réelle. Ils tendent à exagérer leurs capacités et utilisent la violence comme un moyen de communication pour profiter de l'effet de surprise.     2. Engagement Crédible :         - Côté terroriste : La structure horizontale rend difficile la garantie qu'un accord avec un leader sera respecté par toutes les cellules autonomes.         - Côté État : Dilemme de l'intertemporalité. Une fois les armes déposées, rien n'empêche l'État de revenir sur ses engagements sous la pression populaire massive (surtout après des attaques contre des civils). Faire des concessions pourrait aussi encourager d'autres acteurs à utiliser le terrorisme.     3. Indivisibilité des Enjeux : Perception sociétale que les terroristes ont des positions non négociables car basées sur la religion (ex: application de la Charia). En réalité, seule une minorité d'actes terroristes est motivée par la religion, bien que ces incidents soient souvent les plus violents.

Stratégies d'Action Terroriste

  • Les quatre stratégies utilisent deux audiences (le gouvernement cible et la population dont ils se revendiquent) :     1. Coercition : Imposer des coûts à l'État pour l'amener à faire des concessions.     2. Provocation : Commettre un acte choquant pour pousser l'État à une réaction disproportionnée contre la population civile d'origine du groupe, générant ainsi une vague de sympathie et de recrutement pour le groupe.     3. Sabotage : Utiliser la violence pour faire échouer un processus de paix entre un mouvement rebelle modéré et l'État, en créant un doute sur la capacité de contrôle du leadership rebelle.     4. Surenchère (Outbidding) : Compétition entre plusieurs groupes terroristes pour démontrer leur détermination et impressionner leur base sociale.

Questions & Discussion : Distinction Rebelles vs Terroristes

  • Question : Comment différencier les actions d'un groupe rebelle de celles d'un groupe terroriste ?

  • Réponse : L'élément central est la cible. Le groupe rebelle vise prioritairement les forces de sécurité de l'État ou des États étrangers. Le groupe terroriste vise prioritairement les populations civiles. Cependant, il existe un certain chevauchement (overlap), car un groupe peut changer de stratégie selon les logiques de guerre et le contexte.

Notions Climatiques et Réchauffement Global

  • Climat vs Météo :     - Climat : Distribution statistique des réalisations météorologiques (température, précipitations) résumée sur une période prolongée, généralement de 30ans30\,\text{ans}.     - Météo : Réalisation particulière du climat à un instant $T$ (variabilité substantielle annuelle ou saisonnière).

  • Changement et Réchauffement Climatique :     - Défini comme un changement persistant de la moyenne ou de la variabilité des propriétés climatiques.     - Réchauffement actuel : Environ 1C1\,^{\circ}\text{C} d'augmentation par rapport à la période de référence 185019001850-1900 (ère pré-industrielle).     - Gaz à effet de serre : Le CO2CO_2 est l'élément clé car il ne se décompose pas naturellement dans l'atmosphère et nécessite des centaines d'années pour être absorbé par les océans et la terre.     - Projections : Le scénario le plus probable (SSP 2-4.5) prévoit une augmentation d'environ 3C3\,^{\circ}\text{C} d'ici la fin du siècle, entraînant des conséquences sociales et écologiques majeures.

Théories du Nexus Climat-Conflit

  • Typologies de conflits concernés :     - Conflits interétatiques : Peu d'évidence directe (cas du Nil entre l'Égypte et l'Éthiopie, ou l'Euphrate entre la Turquie, la Syrie et l'Irak).     - Guerres civiles : Cas emblématiques du Darfour et de la Syrie.     - Conflits non étatiques/communaux : Entre agriculteurs et nomades au Sahel (Nigeria).     - Conflits sociaux : Émeutes et manifestations.

  • Perspective 1 : Sécurité Environnementale (Robert Homer-Dixon) :     - Postule un lien direct entre réchauffement et conflit via l'appauvrissement des ressources (terres arables, eau).     - Mécanismes :         - Compétition directe pour des ressources limitées (frustration).         - Mécanisme indirect : chute de la production économique réduisant la capacité de l'État à redistribuer les biens et à financer son appareil sécuritaire.

  • Perspective 2 : Écologie Politique (Nancy Peluso & Michael Watts) :     - Rejette le lien direct. L'impact du climat est médiatisé par des facteurs contextuels : inégalités préexistantes, vulnérabilité spécifique, institutions locales de résolution de conflits, et distribution du pouvoir politique.

Études de Cas de Conflits liés au Climat

  • L'Assam (Inde) :     - Argument de Homer-Dixon : La dégradation environnementale au Bangladesh (montée des eaux, salinisation) a poussé 7×1067 \times 10^6 à 12×10612 \times 10^6 migrants vers l'Assam, provoquant une compétition pour la terre et des massacres (ex: massacre de Nellie, estimé à environ 20002000 morts en 19831983).     - Critique de l'Écologie Politique : La violence n'était pas liée à la migration en soi, mais à l'instrumentalisation politique par le Parti du Congrès (Indira Gandhi), qui a naturalisé les migrants pour affaiblir l'opposition locale, créant un ressentiment nationaliste.

  • La Syrie (2011) :     - Étude de Colin Kelly et Richard Seager : La sécheresse de 200620072006-2007 a poussé 1.5×1061.5 \times 10^6 personnes vers les villes, créant des tensions urbaines à l'origine de la révolution.     - Critique de Jan Selby : La sécheresse était localisée dans le Nord-Est (Hasaké) ; d'autres régions comme la Turquie ou l'Irak ont subi la sécheresse sans guerre civile. Les manifestants originaux n'étaient pas majoritairement des migrants. Les facteurs clés étaient le contexte du Printemps Arabe et les inégalités structurelles vis-à-vis de la minorité alaouite.

Évidences Quantitatives et Facteurs Contextuels

  • Méta-analyse (Salomon Hsiang) :     - Une augmentation de la température d'une déviation standard (environ 1C1\,^{\circ}\text{C}) correspond à une augmentation d'environ 10%10\,\% du risque de conflit.     - L'effet est réel mais statistiquement modeste comparé aux facteurs politiques et économiques.

  • Biais de recherche : Le "Streetlight Effect" :     - Surreprésentation des études sur l'Afrique subsaharienne (zone déjà vulnérable et en conflit), ce qui peut masquer les capacités d'adaptation pacifique d'autres régions.

  • Facteurs Modérateurs (Étude de Nina von Uexkull) :     - Le climat affecte principalement l'incidence (continuation) du conflit plutôt que son déclenchement (onset).     - L'effet est amplifié par : la dépendance au secteur agricole, la pauvreté (mortalité infantile élevée) et l'exclusion politique d'un groupe ethnique.

  • Rôle des Institutions (Andrew Linke) :     - Au Kenya, la présence d'institutions locales solides entre pasteurs et agriculteurs permet de clarifier les droits d'accès aux ressources et de résoudre les disputes avant l'escalade violente.

Analyse d'Article : Inondations, Déplacements et Conflits Sociaux

  • Référence : Article de Ide, Krisztina Szabo et Simon Hug (20212021).

  • Question de recherche : Dans quelle mesure les déplacements dus aux inondations augmentent-ils le risque de conflits sociaux (manifestations, émeutes) en Afrique ?

  • Cadre théorique : Différencier les déplacements dus aux désastres naturels (massifs, temporaires, dépolitisés) des déplacements dus aux conflits (durables, politisés, vecteurs d'armes/réseaux rebelles).

  • Méthodologie :     - Analyse spatiale au niveau administratif local sur 20ans20\,\text{ans} (199020181990-2018).     - Données : Dartmouth Global Flood Observatory (inondations de magnitude importante avec au moins 10001000 déplacés).

  • Résultats (Résultat nul) :     - Pas d'évidence empirique suggérant que les inondations augmentent le risque de conflits sociaux ou de guerres civiles en Afrique.     - Explications : Les déplacés d'inondations restent souvent à courte distance, sur des périodes courtes, bénéficiant de soutiens communautaires ou familiaux et d'une aide humanitaire plus accessible car perçue comme non menaçante politiquement.

Conclusion et Intervenant à venir

  • Le discours alarmiste liant directement climat et conflit n'est pas soutenu systématiquement par la recherche scientifique.

  • La semaine prochaine : Intervention de Catherine Grayson (CICR) sur les défis climatiques pour l'action humanitaire.