L'engagement politique dans les sociétés démocratiques
Explication de l'engagement politique dans les sociétés démocratiques
Questionnements
- Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?
Problématique du chapitre
- Pourquoi, malgré le paradoxe de l'action collective, les individus s'engagent-ils ?
- Quels facteurs expliquent la vitalité de l'engagement politique ?
Objectifs d'apprentissage
- Comprendre les diverses formes de l'engagement politique (vote, militantisme, engagement associatif, consommation engagée).
- Comprendre la diversité et les transformations des objets de l'action collective (conflits du travail, nouveaux enjeux de mobilisation, luttes minoritaires), des acteurs (partis politiques, syndicats, associations, groupements) et de leurs répertoires.
- Comprendre les incitations sélectives, les rétributions symboliques et la structure des opportunités politiques qui motivent l'engagement malgré le paradoxe de l'action collective.
- Comprendre l'influence des variables sociodémographiques (catégorie socioprofessionnelle, diplôme, âge, génération, sexe) sur l'engagement politique.
Notions clés
- Action collective : Action résultant d'actions individuelles convergeant vers des objectifs communs, sans engagement mutuel nécessaire. Elle peut se dérouler dans divers domaines et cadres (local, mondial), avec des acteurs organisés ou éphémères.
- Association : Groupement de personnes volontaires autour d'un projet commun, sans but lucratif.
- Changement social : Transformation durable de la structure ou du fonctionnement d'une organisation sociale, modifiant le cours de son histoire.
- Conflit : Affrontement autour de positions antagonistes. Il devient social lorsqu'il oppose des groupes sociaux porteurs de revendications collectives, visant à modifier le rapport de forces existant. Les conflits sont inévitables et renforcent l'identité commune au sein des groupes.
- Consommation engagée : Mobilisations autour des pratiques de consommation, visant des modes alternatifs à la société de consommation.
- Engagement associatif : Participation à la vie d'une association.
- Engagement politique : Actions et attitudes visant à influencer les détenteurs du pouvoir politique, soulignant la participation des citoyens à la vie de la Cité.
- Incitations sélectives : Ce qui pousse un individu à agir, influencé par l'intérêt personnel, les traditions et les valeurs.
- Lobby : Groupe d'intérêt créé pour promouvoir et défendre des intérêts en influençant les institutions publiques.
- Militantisme : Engagement politique ou associatif pour défendre une cause.
- Minorité : Groupe de personnes distinguées par des caractéristiques physiques ou culturelles, subissant un traitement inégal et se considérant comme victimes de discrimination collective.
- Mouvement social : Action collective revendicative visant à transformer l'ordre social existant. Les nouveaux mouvements sociaux (depuis les années 60-80) tendent à changer la société dans son ensemble.
- Paradoxe de l'action collective : Personne n'a individuellement intérêt à agir, alors que tous y ont collectivement intérêt.
- Parti politique : Groupe de personnes partageant des idées politiques communes, visant à faire connaître ses positions et à proposer des candidats aux élections.
- Répertoire d'action collective : Ensemble des actions légitimes utilisées par les mouvements sociaux pour se faire entendre.
- Rétributions symboliques : Avantages non matériels consécutifs à un engagement politique (image de soi revalorisée, réseau de relations élargi, compétences acquises).
- Structure des opportunités politiques (SOP) : Environnement politique influençant positivement ou négativement l'émergence et le développement des mouvements sociaux.
- Société civile organisée (SCO) : Structure organisationnelle servant l'intérêt général via un processus démocratique, médiatisant entre les pouvoirs publics et les citoyens.
- Syndicat : Organisation professionnelle privée défendant les intérêts matériels et moraux de ses membres.
- Vote : Manifestation d'une opinion ou d'un choix lors d'une consultation électorale.
Sujets possibles pour l'examen
- Illustrer les différentes formes d'engagement politique avec des exemples.
- Expliquer le paradoxe de l'action collective.
- Montrer que l'engagement politique dépend de variables sociodémographiques.
- Illustrer la diversité et les transformations des objets de l'action collective avec des exemples.
- Illustrer la diversité des répertoires de l'action collective avec des exemples.
- Montrer qu'un militantisme est une forme d'engagement politique à l'aide d'un exemple.
- Montrer que la consommation peut être une forme d'engagement politique.
- Montrer que le genre influence l'engagement militant à l'aide d'un exemple.
- Montrer que l'existence d'incitations sélectives permet de répondre au paradoxe de l'action collective.
Dissertation
- Comment peut-on expliquer l'engagement politique ?
- Peut-on parler de recomposition contemporaine de l'action collective ?
Grand oral
- L'engagement politique des jeunes diffère-t-il du reste de la population ?
- Les jeunes et l'engagement politique, le divorce ?
- L'engagement politique a-t-il un sexe ?
- Comment a évolué l'engagement politique en France depuis les années 1960 ?
- Existe-t-il des différences d'engagement politique selon les pays ?
- Comment expliquer l'engagement politique des individus dans un mouvement social ?
- L'engagement politique est l'ensemble des actions et attitudes visant à influencer les détenteurs du pouvoir politique, soulignant la participation citoyenne à la vie de la Cité.
- La participation politique englobe tous les moyens utilisés par les citoyens pour agir dans le cadre politique.
- L'engagement politique prend tout son sens en démocratie, contrairement aux régimes autoritaires.
- L'opinion publique, ensemble des points de vue majoritaires, a émergé au XVIIIe siècle avec le développement de la bourgeoisie, revendiquant l'émancipation intellectuelle et les libertés.
- La Révolution française de 1789 a élargi l'opinion publique, menant au suffrage universel au XIXe siècle.
1. Le vote
- Chaque citoyen est apte à se forger une opinion, et chaque voix compte.
- Le vote est un processus démocratique permettant l'expression de l'opinion publique sur un projet politique.
- La science politique étudie les motivations individuelles et les déterminants collectifs du vote (statut social, religion, sexe, âge, milieu social, lieu de résidence).
2. Le militantisme
- Le militantisme est un engagement politique ou associatif pour une cause.
- Le militant est un adhérent actif qui participe bénévolement au travail de terrain et à la vie du parti.
- Les activités militantes incluent la participation aux réunions, la diffusion d'informations, et l'organisation d'événements.
- Formes conventionnelles : vote et militantisme.
- Formes non conventionnelles : pétitions, manifestations, réseaux sociaux.
3. L'engagement associatif
- L'engagement associatif est un engagement citoyen dans la vie d'une association, par le don et le bénévolat.
- Les dons sont irréversibles et permettent aux donateurs de bénéficier d'un régime fiscal intéressant.
- Le bénévolat est un engagement libre et gratuit, complémentaire au travail rémunéré.
- Les motivations du bénévolat sont diverses : être utile, défendre une cause, occuper son temps libre, acquérir des compétences.
- En 2016, la France comptait 13 millions de bénévoles, principalement des seniors, motivés par l'utilité sociale et le développement personnel.
4. La consommation engagée
- La consommation engagée regroupe les mobilisations autour des pratiques de consommation alternatives.
- Elle inclut les certifications (Label rouge, Bio), les systèmes d'échange (SEL, AMAP) et les mouvements de décroissance.
- Les consommateurs sont de plus en plus mobilisés pour soutenir des causes telles que la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de la biodiversité, le bien-être animal et la protection des travailleurs.
- La consommation devient raisonnée par des principes éthiques, sociaux ou politiques.
- Cet engagement est le produit du travail des associations et des pouvoirs publics pour sensibiliser les consommateurs.
- La consommation engagée influence les pratiques des entreprises et rend visibles des problématiques environnementales.
B. De nouvelles actions collectives
- Un conflit est un affrontement autour de positions antagonistes. Il devient social lorsqu'il oppose des groupes sociaux porteurs de revendications collectives.
- Une action collective résulte d'actions individuelles convergeant vers des objectifs communs.
- Historiquement, les conflits du travail s'inscrivaient dans le cadre du mouvement ouvrier et de la lutte des classes.
- Karl Marx (1818-1883) a développé la théorie de l'exploitation du travail par le capital, conduisant à une lutte des classes entre la Bourgeoisie et le Prolétariat.
- Marx annonçait la fin du capitalisme à mesure que la concurrence s'étendait.
- Les conflits du travail étaient perçus comme révolutionnaires, visant un changement social du capitalisme au socialisme.
- Depuis la crise des années 70, les conflits du travail ont évolué : nouveaux acteurs, enjeux et formes de lutte.
- Le syndicalisme est remis en cause, avec l'apparition de collectifs non institutionnels.
- Les revendications portent sur la perte d'emploi, le statut des emplois et les plans sociaux.
- De nouvelles formes de lutte apparaissent (actions coup de poing, blocages, séquestrations).
1.1. De nouveaux enjeux de mobilisation
- Les sociétés démocratiques sont animées par des courants revendicatifs liés aux évolutions économiques, sociales, politiques et culturelles.
- Des groupes réclament la reconnaissance d'identités nouvelles et de droits.
- Alain Touraine a constaté l'affaiblissement idéologique des conflits du travail et a repéré les Nouveaux Mouvements Sociaux (NMS), porteurs de revendications socioculturelles et politiques.
- Les NMS sont portés par des acteurs de la société civile et des associations.
- Ronald Inglehart souligne l'émergence de valeurs post-matérialistes, fondées sur les questions sociétales, l'environnement et les inégalités.
- Les sociétés démocratiques modernes sont caractérisées par un mouvement incessant de revendications identitaires, culturelles et sociales.
1.2. Des luttes minoritaires
- Une minorité est un groupe de personnes distinguées par des caractéristiques physiques ou culturelles, subissant un traitement inégal et se considérant comme victimes de discrimination collective.
- Les luttes minoritaires questionnent la place des minorités dans les démocraties.
- Ces luttes visent la reconnaissance, la dénonciation des discriminations et l'attribution de droits spécifiques.
- Elles dénoncent un mépris social se manifestant par l'invisibilité ou la stigmatisation.
- La société valorise certains individus/groupes (masculinité, blanchité, hétérosexualité, classes bourgeoises) au détriment d'autres.
- Les mobilisations collectives à dimension ethnique ou raciale sont présentes dans certains contextes nationaux.
- Exemples : Ni putes ni soumises, Mouvement des Indigènes de la République, CRAN.
- Ces luttes questionnent la norme et rappellent que la démocratie est un processus inachevé de reconstruction permanente de l'égalité.
2. Les acteurs des actions collectives et leurs répertoires
2.1. Qu'est-ce qu'un répertoire d'action collective ?
- Le répertoire d'action collective est un concept de Charles Tilly (1984) rendant compte des transformations des mobilisations contestataires.
- Il évolue en fonction du contexte historique, géographique et des acteurs.
- Un répertoire d'action collective est un ensemble d'actions légitimes utilisées par les mouvements sociaux : négociations, pétitions, manifestations, etc.
- Les mouvements sociaux qui obtiennent satisfaction combinent le nombre de participants, la volonté d'agir et la netteté du programme mobilisateur.
2.2. Les partis politiques
- Un parti politique est un groupe de personnes partageant des idées politiques communes, visant à faire connaître ses positions et à proposer des candidats aux élections.
- Les partis politiques animent la vie politique et concourent à l'expression du suffrage (article 4 de la Constitution).
- Fonctions : intermédiaires entre le peuple et le gouvernement, et direction de la politique nationale.
- Répertoire d'actions : construction de programmes, mobilisation des élus, recours aux médias, militantisme.
2.3. Les syndicats
- Un syndicat est une organisation professionnelle privée défendant les intérêts matériels et moraux de ses membres.
- La reconnaissance légale des syndicats en 1884 a permis d'organiser les mouvements ouvriers.
- Les syndicats défendent collectivement et individuellement les intérêts des salariés et assurent un rôle de communication.
- En cas de conflit, ils engagent des actions de protestation (grèves, manifestations, pétitions).
- Ils sont des acteurs du dialogue social entre l'État, les employeurs et les salariés.
- Répertoire d'actions : négociation, grève, manifestation, communication.
2.4. Les associations
- Une association est un groupement de personnes volontaires autour d'un projet commun, sans but lucratif.
- Les associations remplissent diverses fonctions : partage de loisirs, défense des intérêts des membres, rôle caritatif et humanitaire, expression et diffusion d'idées.
- Répertoire d'actions : actions ciblées, promotion de l'association, appels aux dons et au bénévolat.
2.5. Les groupements
- Les groupements regroupent des personnes ou des intérêts pour une occasion particulière.
- Exemples : groupements de consommateurs, de citoyens, de producteurs, groupes d'intérêt (lobbies).
- Un lobby est un groupe de personnes créé pour promouvoir et défendre des intérêts en influençant les institutions publiques.
- Répertoire d'actions : recherche de visibilité médiatique et de soutiens politiques, actions de groupe.
II. Les motivations de l'engagement politique en démocratie
A. L'engagement politique : un acte individuel
1. Le paradoxe de l'action collective
- Mancur Olson (1965) : « La logique de l'action collective ».
- L'individu est rationnel, calculateur et égoïste, agissant en fonction d'une comparaison coûts/avantages.
- L'engagement dépend du calcul entre les coûts (pertes de revenus, risque de stigmatisation) et les avantages (gains en salaire, reconnaissance).
- Paradoxe : même si les gains espérés sont supérieurs aux coûts, l'individu peut s'abstenir et opter pour une position de « passager clandestin ».
- Personne n'a individuellement intérêt à agir, alors que tous y ont collectivement intérêt.
- Le concept du passager clandestin explique le faible taux de syndicalisation.
2. Comprendre l'engagement des individus
2.1. Les incitations sélectives
- Diminuer les coûts de participation ou augmenter ceux de la non-participation.
- Prestations et avantages accordés aux membres de l'organisation.
- Contraintes : système du closed-shop (embauche conditionnée par l'adhésion).
2.2. Les rétributions symboliques
- L'approche d'Olson sous-estime les rétributions symboliques (récompenses non matérielles).
- Le militant espère une amélioration de sa situation (salaires, conditions de travail) mais aussi des gains liés au caractère collectif de l'action.
- Sentiment de ne pas subir, d'agir pour une juste cause, de transformer la réalité.
- Les militants peuvent compenser leurs handicaps scolaires et culturels et atténuer les stigmatisations.
- L'engagement militant peut donner l'occasion d'exercer des rôles sociaux gratifiants et de s'intégrer.
2.3. La structure des opportunités politiques
- La structure des opportunités politiques (SOP) rend compte de l'environnement politique auquel sont confrontés les mouvements sociaux.
- La réalité, la force et le potentiel de gain d'une action collective dépendent du contexte politique.
- Opportunités : accès plus facile aux décisions politiques, instabilité des opinions au sein des élites, accès aux élites grâce à des alliés influents, pouvoir politique peu répressif.
- Ces éléments nuancent l'approche strictement individuelle et utilitariste d'Olson.
- L'engagement politique est aussi un acte collectif.
B. L'engagement politique : un acte collectif
- L'engagement politique dépend de variables sociodémographiques (catégorie socioprofessionnelle, diplôme, âge, génération, sexe).
- L'appartenance à un groupe social modèle les formes et les motivations de la participation politique.
1. Un acte collectif ?
- Le choix électoral est prédéterminé par l'appartenance sociale, résulte de la mise en conformité du vote avec les normes du groupe et procède plus d'une logique collective que d'une décision individuelle.
- Structures économiques et sociales composent l'environnement politique des électeurs : famille et activités, lieu de résidence, appartenance religieuse, groupe ethnique.
2. L'influence de l'appartenance à une catégorie socioprofessionnelle
- Les personnes ayant un emploi et les retraités adhèrent le plus souvent aux associations.
- Les personnes au chômage adhèrent peu.
- Les cadres et les professions intermédiaires sont les plus nombreux à adhérer.
- Les agriculteurs ont un taux d'adhésion élevé (syndicats, loisirs, défense de droits et d'intérêts communs, associations religieuses ou environnementales).
3. L'influence du diplôme
- L'engagement associatif progresse avec le niveau de diplôme.
- Les diplômés du supérieur sont plus nombreux à adhérer que les personnes sans diplôme.
- Le nombre d'associations auxquelles on adhère progresse également avec le niveau d'études.
4. L'influence de l'âge et de la génération
- L'adhésion aux associations augmente avec l'âge (16-74 ans) puis décroît.
- Les jeunes sont plus présents dans les associations sportives.
5. L'influence du sexe
- Les hommes adhèrent plus aux associations que les femmes (sport, loisirs, vie professionnelle).
- Les femmes adhèrent plus souvent aux associations à but social.