Chapitre 4 - L'Europe des réformes religieuses
- Gravure sur bois "L’âne pontifical" par Lucas Cranach (1523) : critique du pape.
- Lucas Cranach : ami de Luther et peintre de cour sous Frédéric de Saxe à Wittemberg.
- Tentatives de réformes antérieures pour restaurer la pureté originelle du christianisme.
- Réforme de Luther : rupture spirituelle et politique avec conséquences géopolitiques en Europe.
- Reconfiguration des territoires, alimentation des conflits, explication des structurations de l’Europe actuelle.
- Martin Luther (1483-1546) : révolte individuelle contre le pape menant à un schisme de la chrétienté.
- Double crise de l'Église (institutionnelle et spirituelle) depuis la fin du Moyen-Âge.
- Abus ecclésiastiques :
- Préoccupation des papes pour les choses matérielles et corporelles plutôt que spirituelles.
- Implication des papes dans les conflits (guerres d’Italie) et ambitions familiales.
- Curie vénale : cardinaux exigeant des sommes croissantes aux églises locales (ex : taxe des indulgences).
- Évêques courtisans accumulant les sièges, les profits et les charges.
- Absence d'éducation du clergé (rural) : prêtrise vue comme un métier sans souci pastoral.
- Prêtres répétant des textes latins sans les comprendre, administrant les sacrements sans en connaître le sens profond.
- 1512 : Luther, jeune prêtre, dénonce le silence sur les abus sexuels.
B. Les aspirations spirituelles
- Atmosphère d'inquiétude religieuse depuis la fin du Moyen-Âge.
- Impuissance de l’Eglise face à la peur du châtiment éternel.
- Peur omniprésente de la fin du monde : attente de l'antéchrist (peinture, gravure).
- Danses macabres et discours de prédicateurs enflammant les foules.
- Nouvelles formes de piété et de dévotion : culte de la Vierge Marie et des saints (sculptures, peintures, ex-voto, pèlerinages, auto-flagellation).
- Mysticisme (Devotio Moderna) dans les milieux urbains (Flandres, Rhénanie) : insistance sur la prière personnelle de la Bible et négligence des observances traditionnelles.
- Essais de réformes par les papes à travers les conciles d'évêques (décisions morales et disciplinaires).
- Jérôme Savonarole (1452-1498) :
- Dominicain féru d'ascèse.
- Prédications à Florence fustigeant la corruption morale du clergé.
- Prédication contre la vanité de la gloire et la morgue des puissants.
- Chasse des Médicis du pouvoir et prise de contrôle de Florence.
- Mise en place d’un gouvernement théocratique (forme de gouvernement chrétien).
- Suppression de la torture judiciaire, des prêts à taux élevé (20-30%).
- Suppression de la sodomie (peine de mort).
- Création des bûchers de vanité (autodafés).
- Suspecté par l'Inquisition et exécution sur le bûcher.
II. Luther (1483-1546) : l’homme et sa doctrine
- Lucien Febvre : biographie de Luther, Un destin, Martin Luther.
- Fils d’un paysan aisé devenu exploitant d’une mine à Leipzig.
- Éducation sévère par un père aimé et craint.
- Études brillantes chez les Frères de la vie commune (influence sur Charles Quint).
- Études en philosophie et en théologie (transcendance de Dieu).
- Le seul fait d’avoir de mauvaises pensées est péché.
- Dieu ne juge pas selon le bien ou le mal, les hommes sont prédestinés par la foi (solafide = seule la foi compte).
- Commentaires et analyses de la Bible : psautiers annotés (1513).
- Glose interlinéaire (sur le texte) et glose marginale (sur les côtés).
- Manuscrit témoignant de sa méthode d’enseignement.
B. La rupture avec le pape et l’empereur
- 1517 : Publication des 95 thèses contre la vente d’indulgences en Saxe (prédicateur dominicain).
- Seul Dieu peut pardonner, le seul trésor de l’Eglise réside dans l’Evangile.
- Texte imprimé en latin et diffusé dans les milieux humanistes et universitaires (succès).
- Formalisation de sa doctrine : série de 3 traités (1520-1521) :
- La Papauté de Rome : Le pape n’a aucune autorité divine et est soumis à la Parole Divine; il bouscule toute la hiérarchie ecclésiastique dans une dimension égalitariste face à l’écriture.
- L’Appel à la noblesse chrétienne de la Nation allemande : Doctrine du sacerdoce universel (l’écriture est intelligible par tous les croyants).
- Le Traité de la Liberté chrétienne : Critique des 7 sacrements (garde le baptême et l’eucharistie comme commémoration du sacrifice du Christ).
- Rejet des conciles, de la valeur unique de l’écriture et de l’inutilité des dogmes.
- Réaction de la papauté : bulle pontificale condamnant les thèses (brûlée par Luther).
- Excommunication de Luther.
- 1521 : Convocation à la Diète de Worms.
- Refus de revenir sur sa doctrine.
- Exfiltration par le prince Frédéric de Saxe dans son château.
- Traduction du Nouveau Testament en allemand.
- Ses écrits sont lus par les étudiants et les fidèles grâce à l’imprimerie.
- Textes répétés en public, édités en allemand (500.000 lecteurs).
- Impulsion de la propagation en Allemagne dans le champ politique.
A. Dans le Saint Empire, la naissance de partis confessionnels
- Succès des idées luthériennes (bouche à oreille, imprimerie) en Allemagne.
- Multiplicité de villes et de duchés où les petits princes s’imposent face à l’empereur ou au pape.
- L'autorité civile leur donne du pouvoir
- Luther ne s'intéresse pas au pouvoir temporel (l'Église véritable est invisible).
- Rites relevant de la liturgie (Anabaptistes et Sacramentaires).
- Villes de Bâle et Strasbourg : nouvelles Jérusalem.
- Diffusion de la doctrine de Luther par les princes de Saxe à Nuremberg ou Brandenburg en Prusse.
- Cadre sortant du Saint-Empire (Gustave Vasa, roi de Suède, et Christian III, roi du Danemark).
- 1537 : Luthéranisme proclamé religion d'État au Danemark, puis se répand en Bohême et en Islande.
B. La guerre des paysans (1525)
- Région de Thuringe (région de Luther) : paysans souffrant de disette à cause des seigneurs.
- Thomas Müntzer : prédicateur enflammé (fin des temps, retour du Christ).
- Ravages en Bavière, Souabe et Alsace.
- Formation de la Ligue de Souabe.
- Non une révolte anti-fiscale mais sur des bases religieuses.
- Plaintes des paysans (12 articles) adressées à Luther (mars 1525) :
- Exigence de la baisse de la dîme ecclésiastique.
- Exigence de pouvoir élire et déposer des pasteurs en prêchant librement.
- Luther publie Une exaltation à la Concorde : souffrir la croix.
- Condamnation du mécontentement du peuple Souabe appel à la répression (paysans massacrés).
- Müntzer est capturé.
C. La ligue de Smalkalde (1531-1546)
- Coexistence de deux logiques incompatibles : maintien du catholicisme (Charles Quint) et renforcement du pouvoir des princes (renouveau religieux, biens de l’Eglise).
- 1526 : Prince Ferdinand (frère cadet de Charles Quint) autorise l'unification de la Réforme par des colloques théologiques sur le sens de l’Eucharistie.
- 1531 : Création de la Ligue de Smalkalde (ligue militaire et religieuse) contre l’empereur Habsbourg.
- Fédération d’autres princes (grands électeurs du Nord de l’Allemagne).
- Disposition d’une petite armée pour faire pression sur l’empereur et s’approprier les biens de l’Eglise.
D. Le règlement par la force et la paix d’Augsbourg (1555)
- Ligue intolérable pour Luther qui s’appuie sur des régions catholiques pour réprimer les princes de Bavière.
- Lancement de troupes militaires pour écraser des princes luthériens en 1547 à Mühlberg.
- Dissolution de la Ligue en 1546.
- Traité de paix d’Augsbourg (1555) : rétablissement du catholicisme dans le royaume (accord non accepté).
- Rupture inédite : reconnaissance des confessions luthéranisme et catholicisme dans le Saint-Empire germanique.
- Division religieuse et confessionnelle de l’Europe : chaque prince peut imposer sa religion à ses sujets et son peuple se convertir automatiquement.
Conclusion
- Question complexe répondant à une attente des populations face aux limites du temps et aux angoisses de la fin du monde (naissance du luthéranisme).
- Erreur de considérer cette réforme comme une affaire uniquement religieuse (dimension sociétale et temporelle).
- Réforme politique (lutte entre Charles Quint et les protestants pour les biens de l’Eglise).
- Dimension anti-seigneuriale des paysans : moins d'impôts, plus de droits et accès à la foi de l’Evangile.