Notes on Epistemology

Notions Centrales en Épistémologie

1. La Vérité

  • Théories Correspondantistes:
    • La vérité est l'adéquation de la pensée aux objets de la pensée.
  • Substrat de la Vérité:
    • Proposition ou le sens d'une phrase déclarative (énoncé).
    • Structure sujet – prédicat: La neige (=sujet) est blanche (=prédicat).
  • Principe de Correspondance:
    • Une proposition est vraie si l'entité désignée par le sujet manifeste la propriété désignée par le prédicat (le sujet satisfait le prédicat).
    • Sinon, elle est fausse.
    • Problème: propositions apparemment sans sujet, «il pleut», «il n’existe pas de monopôle magnétique».
  • Principe des Vérifacteurs:
    • Si une proposition est vraie, il existe un vérifacteur (un fait) en vertu duquel la proposition est vraie.
    • Aristote: c'est parce que Socrate est pâle que la phrase «Socrate est pâle» est vraie, pas l’inverse.
  • Indépendance de l'Épistémologie (Selon les conceptions correspondantistes):
    • La vérité n’est pas définie en termes de notions épistémiques (connaissance, croyance), mais sémantiques (référence, satisfaction) ou métaphysiques (fait, vérifacteur, fondation).
  • Théorie Pragmatique de Charles Saunders Pierce:
    • La vérité est la concordance d'une proposition avec la limite vers laquelle une enquête scientifique idéale convergerait.
  • Supposition du Cours:
    • Le concept de vérité est indépendant de toute notion épistémologique.
    • Présupposition d'une théorie correspondantiste de la vérité.
      • Implication: la vérité d'une proposition est indépendante de son acceptation ou justification.

2. La Factivité

  • Définition:
    • La factivité est une propriété de certains opérateurs d’état mental, en particulier les verbes d’attitude propositionnelle.
  • Attitudes Propositionnelles:
    • Expriment une attitude d’un agent envers une proposition P.
    • Typiquement formulée par un verbe + «que» («je pense qu’il va pleuvoir», «j’aimerais que tu m’aide»).
    • Forme générale: S Φ que P (est / soit la cas).
  • Exemples de Verbes d’Attitude Propositionnelle:
    • Croire que P (est le cas)
    • Savoir que P (est le cas)
    • Douter que P (soit le cas)
    • Être certain que P (est le cas)
    • Espérer que P (est le cas)
    • Désirer que P (soit le cas)
  • Autres Opérateurs d’État Mental:
    • Voir que P (est le cas)
    • Se souvenir que P
  • Définition Formelle de Factivité:
    • Un opérateur d’état mental Φ est factif si et seulement si S Φ que P → P (ou P est vrai).
    • Les opérateurs d’état mental factifs rapportent la connaissance d'un fait.
  • Exemples:
    • Je vois que Genève est nuageuse. Donc Genève est nuageuse.
    • J'entends que le camion est arrivé. Donc le camion est arrivé
    • Je me souviens que tu étais à la fête. Donc tu étais à la fête.
  • Si P est Fausse:
    • L’attribution d’attitude propositionnelle est fausse: Il est faux que [le camion est arrivé] → il est faux que [je vois que le camion est arrivé]
  • Contextes Non-Factifs:
    • J'imagine que Genève soit [irréel] nuageuse Donc Genève est nuageuse* (inférence erronée)
    • J'espère que le camion est arrivé Donc le camion est arrivé* (inférence erronée)
    • Je désire qu'elle vienne à la fête Donc elle vient à la fête* (inférence erronée)
  • Opérateurs Factifs vs. Non-Factifs:
    • Factifs: Savoir, voir, entendre, réaliser, se souvenir, se rendre compte, …
    • Non-Factifs: Croire, penser, douter, supputer, imaginer, espérer, souhaiter, désirer, …
  • Savoir que P est Factif:
    • Marie sait que Donald J. Trump était le président élu des Etats-Unis en 2017, donc Donald J. Trump était le président élu des Etats-Unis en 2017.
  • Croire que P est Non-Factif:
    • Donald J. Trump croit qu’il était, lui, le président élu des Etats-Unis en 2021, donc il était le président élu des Etats-Unis en 2021*.

3. La Croyance

  • Définition:
    • Croire que P = tenir P pour vraie, penser que P, être engagé par rapport au fait que P.
    • La croyance et la connaissance ne sont pas en opposition.
    • Notions opposées: douter que P, réserver son jugement par rapport à P.
    • Termes correspondants: Grec: doxa, Anglais: belief, Allemand: glauben.
  • Propriétés de «Croire Que»:
    • Non-factif
    • Involontaire: On n’est pas libre à croire ce que l’on veut; les croyances sont dictées par le système cognitif.
    • Dispositionnel (pas forcément conscient)
    • Vise la vérité; direction d’ajustement esprit au monde (mind to world)
    • Compatible avec «avoir des doutes», mais pas avec «douter que P»
  • Dimension Normative:
    • Une croyance peut être normativement inappropriée dans l’absence de raisons à croire une proposition ou avec des raisons contre la proposition crue.
    • Il y a des contraintes de rationalité sur la croyance.
    • Exemple: Il ne faut pas croire que la vaccination ROR cause l’autisme chez les enfants (les études suggérant un lien sont frauduleuses).
  • Le Pari de Blaise Pascal (Version Contemporaine de Bill Watterson):
    • Analyse de risque: croire au Père Noël pour maximiser les chances de recevoir des cadeaux.

4. Le Doute (Sceptique)

  • Les Cinq Modes d’Argument Invalide selon Agrippa (Rapporté par Sextus Empiricus):
    1. Le mode du désaccord
    2. Le mode de la régression à l’infini
    3. Le mode du relatif
    4. Le mode de l’arrêt dogmatique
    5. Le mode du diallèle
  • Explications des Modes d'Agrippa:
    • Le mode du désaccord: Dissension indécidable empêche de choisir ou rejeter, menant à la suspension du jugement.
    • Le mode de régression à l’infini: Besoin d'une autre garantie à l'infini, empêchant d'établir quelque chose, menant à la suspension de l'assentiment.
    • Le mode du relatif: L'objet apparaît relativement à ce qui juge et observe, menant à la suspension de l'assentiment sur ce qu'il est selon la nature.
    • Le mode de l’arrêt dogmatique: Partir de quelque chose qu'ils n’établissent pas mais jugent bon de prendre simplement et sans démonstration, par simple consentement.
    • Le mode du diallèle: Utilisation de la chose recherchée pour prouver la chose qui sert à la recherche, menant à la suspension de l'assentiment sur les deux.
  • Le Trilemme d’Agrippa:
    • Combinaison des modes de l’arrêt dogmatique, du diallèle et de la régression à l’infini → impossibilité de toute preuve!
  • Sextus Empiricus:
    • Scepticisme pyrrhonien fondé sur les modes d’Agrippa et d’autres arguments sceptiques.
    • Toute justification est défective, donc il faut suspendre la croyance par rapport à toute proposition, y compris la proposition «il y a du savoir»
  • Question:
    • Est-ce que l’on peut suspendre tout jugement, étant donné que la croyance est involontaire?

5. La Certitude

  • Factif ou Non?:
    • «Être certain que P»: factif ou non?
    • La certitude implique la croyance, mais pas le savoir.
      • Jean est certain que P, donc Jean croit que P
      • Jean est certain que P, donc Jean sait que P*
  • Relation avec la Croyance et le Savoir:
    • On peut croire sans être certain: Jean croit que la vaccination ne présente qu’un risque négligeable mais il n’en est pas certain.
    • Peut-on savoir sans être certain? Sam sait qu’Almaty se trouve au Kazakhstan, mais il n’est pas sûr (?) (si: S sait que P → S est certain que P)
  • Voltaire:
    • Si on est absolument certain / croit très fort que p, est-ce qu'on sait que p? Non!
  • Exemples de Voltaire:
    • Certitude erronée concernant l’âge de Christophe.
    • Certitude erronée concernant le lever et le coucher du soleil avant Copernic.
  • Exceptions Potentielles:
    • Je suis certain que j'ai mal aux dents, alors je sais que j'ai mal aux dents.
    • Je suis certain que 1+1=21+1=2, alors je sais que 1+1=21+1=2 (*?)
    • Je suis certain que je pense, alors je sais que je pense
  • Question Clé:
    • L’impossibilité d’erreur, est-elle suffisante pour savoir?

6. La Justification (Épistémique)

  • Définition:
    • Avoir une raison ou une preuve pour tenir une proposition pour vraie.
  • Exemples de Raisons/Preuves:
    • Un argument valide / solide
    • Une observation ou expérience pertinente
    • Un rapport de témoin
  • Justification comme Permission de Croire:
    • Un cambrioleur est identifié sur une vidéo de surveillance, donc la police est permise de croire qu’il est coupable.
    • Si l’éclairage était insuffisant, le juge est (faute d’autre preuve) obligé à renoncer à croire que le suspect est coupable.
  • Justification Déontologique:
    • S est justifié de croire que P si et seulement si S n’est pas (faute de preuve) obligé à renoncer à croire que P → la justification comme permission de croire
    • Objection contre l’analyse déontologique: Conflit avec la nature involontaire de la croyance?
  • Justification Interne vs. Externe:
    • Interne: relative aux informations/données disponibles à un sujet (personne). N'établit pas forcément la vérité de la proposition justifiée, Accessible.
    • Externe: les données pertinentes pour la justification ne sont pas relatives à un sujet. Etablit la vérité de la proposition justifiée, Pas toujours accessible.
  • Analyse de Probabilité Suffisante (Sufficient Likelihood):
    • S est justifié de croire que P si est seulement si la manière dont S croit que P rend la vérité de P suffisamment probable.
    • La justification n’exige pas une preuve infaillible (faillibilisme).
  • Notion Anglaise d’Evidence:
    • Cumulative: There is growing evidence that smoking causes cardiovascular disease.
    • Sens externe vs interne d’«avoir une preuve pour P» ou «to have evidence for P».
    • Une preuve pourrait être basée sur des données incomplètes, erronées, ou fabriquées.
  • Question:
    • Est-ce que l’on pourrait disposer d’une justification interne / externe sans la savoir?

7. Savoir

  • Logique de «Savoir» et «Connaître»:
    • Je sais que Karin Keller-Sutter est la présidente de la Suisse
    • Je connais Karin Keller-Sutter
    • Je connais que Karin Keller-Sutter est la présidente de la Suisse *
    • Je sais Karin Keller-Sutter*
    • «Savoir que» toujours prend une proposition, «connaître» un objet ou un individu comme argument.
    • Comparez avec «to know» (et wissen / kennen)
  • Savoir Que / Savoir Faire:
    • Je sais que Michel joue du piano
    • Michel sait jouer du piano
    • «Savoir que» prend une proposition, «savoir faire» un verbe (+ complément d’objet) comme argument.
    • «Savoir faire» ne se réduit pas à «savoir que»!
    • Il s'agit de différents sens du terme «savoir».
  • Savoir Qui / Savoir Où / Savoir Comment:
    • Je sais qui est Karin Keller-Sutter (Je crois qui est Karin Keller- Sutter*).
    • Je sais où trouver un restaurant ouvert le dimanche à Genève (Je crois où trouver un restaurant ouvert le dimanche à Genève*).
    • Je sais comment faire une fondue (Je crois comment faire une fondue*).
  • Savoir Propositionnel:
    • Savoir qui / savoir où / savoir comment également ne se réduisent pas à savoir que, le savoir propositionnel
    • L'épistémologie classique est concernée principalement avec le savoir propositionnel.
  • Savoir Que / Croire Que:
    • Comme «savoir que», «croire que» est propositionnel, mais il y a aussi des emplois non- propositionnels («Je crois en toi»).
  • Implication entre Savoir et Croire:
    • Savoir que implique croire que, mais pas l’inverse: Je sais que les oiseaux sont des dinosaures mais je ne le crois pas*
    • L'inverse est parfaitement intelligible: Je crois que les oiseaux sont des dinosaures mais je ne le sais pas
  • Factivité:
    • Savoir que est factif, croire que est non-factif
      • Je sais que Karin Keller-Sutter est la présidente de la Suisse → Karin Keller-Sutter est la présidente de la Suisse
      • Savoir que P → P
    • Mais: Je crois que Karin Keller-Sutter est la présidente de la Suisse → Karin Keller-Sutter est la présidente de la Suisse
  • Rappel: Les Opérateurs d’État Mental (OEM) Factifs:
    • Un OEM Φ est factif si et seulement si X Φ que P → P (ou P est vrai)
  • Généralité du «Savoir Que» parmi les OEM Factifs:
    • Si Φ est un OEM factif, de «X Φ que P» on peut toujours inférer «X sait que P»
      • Marie voit que le camion est arrivé → Marie sait que le camion est arrivé
      • Sam se souvient que Marie était à la fête → Sam sait que Marie était à la fête
  • Cas Difficiles:
    • Jean sait que sa mère est morte, mais il ne le croit pas / n’arrive pas à le croire.
    • Les Hopis savent que le chamane engendre la pluie par sa danse.
  • Résumé de l'Analyse Logique du Savoir:
    • «S sait que p» implique «S croit que p» mais pas l'inverse
    • «S sait que p» est factif
  • Condition de Croyance:
    • Pour que S sache que p, il faut que S croie que p
  • Objection contre la Condition de Croyance:
    • Colin Radford (1966), Analysis 1-11
  • Exemple de Fabrice Teroni:
    • «Quand Napoléon a-t-il franchi le Grand Saint-Bernard?» «En 1800?» Un cas de savoir sans croyance?
  • Réponses Possibles pour Sauver la Nécessité de la Croyance:
    • L’élève ne sait pas
    • L’élève croit, mais il ne pense pas que sa croyance est un cas de savoir
  • Condition de Vérité:
    • Pour que l'on sache que p, il faut que p (soit vrai).
  • Problème: Savoir et Vérité:
    • Est-ce que Newton avait de la connaissance physique?
  • Quatre Possibilités de Définir le Savoir:
    • Croyance
    • Croyance institutionnelle
    • Croyance vraie
    • Croyance vraie + quelque chose de plus
  • Savoir comme Croyance Vraie:
    • La croyance vraie est-elle suffisante pour le savoir?
      • Charles veut trouver la gare dans la ville Z. Il ne sait pas que le plan de ville qu'il a est effectivement un plan de la ville L, pas de la ville Z. En regardant le plan, il forme la croyance [vraie, par hasard] que la gare se trouve au bout du lac.
  • Utilité de la Croyance Vraie:
    • Il existe des circonstances où une croyance vraie suffit parfaitement pour atteindre certains buts, p. ex. trouver la gare.
  • Comparaison avec Estelle:
    • Comparez Charles à Estelle, qui dispose d'un plan correct de Z. Les deux arrivent à la Place de l’Helvétie (qui n’existe pas à L). Quel sera l’effet sur leurs croyances que la gare se trouve au bout du lac?
  • Stabilité du Savoir:
    • Le savoir est quelque chose de plus stable que la croyance vraie, et qu'en vertu de cette stabilité il a une survaleur par rapport à la croyance vraie.
  • Définition Tripartite du Savoir:
    • S sait que p si et seulement si:
      • S croit que p (condition de croyance)
      • p [est vrai] (condition de vérité)
      • ? [quelque chose de plus] Que faut-il ajouter de plus?
      • Platon: un logos? (une raison ou une justification)
  • Définition JTB (Justified True Belief):
    • S sait que p si et seulement si:
      • S croit que p (condition de croyance)
      • p [est vrai] (condition de vérité)
      • S a une raison ou une justification pour croire que p
  • Excursus: L'Argument de Platon:
    • L’interprétation standard du Théétète: Discussion de la connaissance (episteme) considérée comme l'opinion vraie pourvue de raison
  • Structure du Théétète:
    • Prologue
    • Première réponse
    • Première définition: La connaissance est sensation
    • Deuxième définition: La connaissance est croyance vraie
    • Troisième définition: la connaissance est croyance vraie + logos
    • Echec de la troisième définition
  • Première Réponse de Théétète:
    • Socrate: qu'est-ce que la connaissance (episteme)?
    • Première réponse de Théétète: la connaissance c'est par exemple la géométrie, l'astronomie, l’harmonie ou l’arithmétique
    • L'objection de Socrate: donner des exemples n'est ni nécessaire ni suffisant pour la définition. Ils ne sont pas nécessaires parce qu'ils ne sont pas pertinents. Ils ne sont pas suffisants parce qu'ils présupposent une compréhension de ce que la définition doit fournir, à savoir une compréhension de ce qu’est la connaissance.
  • Première Définition de Theétète:
    • Théétète: la connaissance c'est la sensation (aisthesis)
    • Socrate répond que cela implique deux théories:
      • celle de Protagoras: tout est relatif, l'homme est mesure de tout (relativisme)
      • celle d'Héraclite (tout coule, panta rei)
    • Ces théories sont critiquées par Socrate
  • Arguments de Socrate:
    • Cette définition ne peut pas distinguer entre réalité et apparence
    • On ne peut plus attribuer des propriétés à des choses
    • C'est comme chez Protagoras: ce qui semble être vrai l'est. Alors l'erreur est impossible
  • Deuxième Définition de Theétète:
    • Théétète: la connaissance est la croyance vraie (aléthès doxa)
    • Socrate:
      • comment expliquer des croyances fausses?
      • il peut y avoir des croyances vraies accidentelles (200d6 – 201c7). Les rhéteurs peuvent persuader les juges d'une opinion, mais celle-là n'est vraie que par hasard
  • Troisième Définition de Theétète:
    • Théétète: la connaissance est la croyance vraie avec (appuyée par) une raison (meta logou alêthê doxan)
    • Socrate: très bien, mais qu'est-ce qu'une raison?
  • Echec de la Troisième Définition:
    • Si par l’adjonction de la raison, on entend la connaissance de la différence, et non la simple opinion, c’est une chose agréable que cette raison est la plus belle définition qu’on ait donnée de la science; car connaître, c’est avoir acquis la science [episteme], n’est -ce pas?
    • Alors, si on lui demande ce qu’est la science, l’auteur de la définition répondra apparemment que c’est l’opinion droite avec la science de la différence; car l’adjonction de la raison serait cela, selon lui.
    • Et c’est le comble de la naïveté de nous dire à nous qui cherchons la science, que c’est l’opinion droite avec la science de la différence ou de toute autre chose.
    • Ainsi, Théétète, la science n’est ni la sensation, ni l’opinion vraie, ni la raison ajoutée à l’opinion vraie.