Philosophie
Chapitre 2: Science et nature
Introduction:
On peut se poser quelques questions:
Quelles sont les conditions de possibilité d’une science de la nature?
Cette question peut paraître étrange parce que la science de la nature existe, donc elle est possible. De plus, il existe plusieurs sciences de la nature. Toutefois, la problématique de de la pluralité des sciences de la nature est récent, il apparaît avec la spécialisation des sciences au XIXe siècle. De même, la science est un phénomène historique qui pourrait très bien disparaître de la même manière.
Une question sur le rapport de quelque chose à quelque chose d’autre (ex: le rapport de l’homme à la nature) est un question transcendantale.
L’Epistémologie est la théorie de la connaissance scientifique. → EPISTEME (science/connaissance) + LOGOS (discours rationnel) A longtemps été une spécialisation de la philosophie car jusqu’au XIXe siècle, la distinction entre philosophe et savant n’existe pas. L’Epistémologie existe toujours mais maintenant ce sont aussi les sciences elles-mêmes qui produisent leur propres théories. C’est aussi à partir du XIXe siècle que la science gagne en autonomie par rapport à la philosophie.
Quelle est la différence entre les concepts de nature et de monde?
On étudiera:
la différence entre monde humain et nature humaine
remise en question de la croyance selon laquelle la science dit du monde tout ce qu’il y a à dire. Tentative de produire un discours rationnel mais pas scientifique
le rôle social de la science. Aujourd’hui, on attend de la science qu’elle soit utile (vision cartésienne de la science)
métaphysique de la nature et la place de l’homme dans la nature
La nature existe-t-elle?
Le mot Nature (en grec PHYSIS, “fusisse”) est à la fois un mot et une idée.
On l’associe souvent à la culture (êtres de nature → animaux VS êtres de culture → humains) Le concept de nature n’est plus utilisé dans la science (biologie…) car il implique une distinction entre Homme et animal qui n’existe pas.
I. Naissance de la “physique” comme science de la nature
→ Rapport entre mythe et raison
La figure de Socrate est souvent confondue avec l’invention de la philo, alors qu’il y a des philosophes présocratiques (6e siècle av J-C). Cette appellation est étrange car:
elle implique que ces derniers n’ont amené aucun progrès et servent juste à attendre l’arrivée de Socrate (qui en fait est l’arrivée de Platon et ses œuvres)
certains sont contemporains de Socrate (comme Démocrite)
Les problématiques que Socrate soulève avec sa philosophie sont de caractère moral et politique, et non sur la connaissance de la nature. Platon en parle (lorsque Socrate est absent) mais en revenant aux mythes : Platon explique la fabrication de l’univers par un démiurge.
La création est à partir de rien (ex nihilo) alors que la fabrication est à partir de quelque chose d’autre (ex matières premières…). Ainsi, l’idée d’un dieu créateur ne vient pas de l’Antiquité (elle est propre aux 3 grandes religions monothéistes).
Les Grec utilisent d’abord les mythes pour expliquer les phénomènes de la nature. Le mythe est une tradition orale: il n’est donc pas associé à un auteur en particulier. plus présente des variations parce que répété d’un aède à un autre. Le mythe est aussi une narration qui mêle des éléments surnaturels. Il est là pour nous rendre la nature familière: apprivoiser les phénomènes naturels, pas les connaître. la mythologie permet d’échapper à l’absurdité. Historiquement, le mythe précède la science, mais ils répondent au même besoin d’explication.
Les premiers physiciens/physiologues, qu’on appellera philosophes, essayent d’expliquer la nature avec des concepts naturels. Par exemple, Thalès imagine que la nature est composé des 4 éléments, avec l’eau qui les lie entre eux. A son tour, Empédocle pense que ce qui lie les éléments entre eux est la haine ou l’amitié. (Héraclite: feu) Malgré la nouveauté du système, sans dieux, il ne s’agit que de dépersonnalisation des forces de la nature: Poséidon devient l’élément Eau, Zeus est l’Air et le Feu…, avec l’élément liant qui varie selon les philosophes. Ce qui change véritablement c’est que tous cherchent un principe (ARCHE) dans la nature. Il font donc un effort de simplification (ramener la pluralité de phénomène naturel à une cause/principe ou presque)
Principe:
Premier (chronologiquement)
Ce qui commande (hiérarchiquement, logiquement)
Cet effort de simplification est propre à l’esprit scientifique et marque un véritable progrès.
Cependant, on est encore loin de la physique moderne: celle antique prend en compte l’expérience ordinaire (l’observation de la nature), alors que la physique moderne se base sur l’expérimentation (recréation de la nature de manière artificielle). A l’époque, les philosophes essayent de démontrer par le discours le lien entre le principe et les phénomènes: ils proposent ainsi une explication systématique de tous les phénomènes avec un mécanisme systématique de la nature, en essayant d’être cohérent avec l’expérience. De manière générale, les philosophes essayent à la fois d’expliquer la formation de l’univers (cosmologie) et les mécanismes de la nature (→ à la fois l’origine et la cause du monde)
Texte: Théogonie, d’Hésiode
Se présente comme une généalogie, un récit de l’origine des dieux et du monde (cosmogonie)
Hésiode ne nous dit pas d’où naissent le Chaos et Gaïa, le Chaos est le désordre: la matière tant qu’elle n’a pas eu de forme. Les éléments sont personnaliser, il faut donc assumer l’explication de comment naissent les éléments (dont rapports incestueux → rapports entre Gaïa et son fils Ouranos). Hésiode liste les premiers éléments : les Titans et Titanides. Les éléments divins (Crios, Hypérion…) et naturels (Océan) coexistent dans la Terre et proviennent de la nature elle-même. Gaïa est trop plein de dieux (car Ouranos l’étouffe, en empêchant les enfants des sortir de Gaïa) et forge une immense faux. Elle convainc son fils Cronos de mutiler son père pour les libérer de son emprise (→ à la fois un parricide et et un tyrannicide), parce qu’elle le séduit (relation incestueuse)
La naissance d’Aphrodite est due au sperme de Cronos qui a fini dans la mer. Sa naissance fournit l’explication que la forme fixe (d’une espèce) se maintient à travers les générations grâce au sperme. C’est donc une explication rationnelle de la nature. Ainsi, la naissance des dieux sert à expliquer à la fois la naissance des dieux et des hommes.
Hésiode présente le contenu du texte comme quelque chose que les muses lui ont raconté: “Nous savons ces histoires mensongères qui ressemblent à la vérité ; nous pouvons aussi quand il nous plaît, en raconter de véritables […] elle me soufflèrent d’une voix divine, pour annoncer ce qui doit être et ce qui fut ; elles m’ordonnèrent de célébrer la race des immortels.” Le mythe se présente donc comme une révélation: il ne mène pas d’enquête: il rapporte ce qui est inspiré par les muses. Ainsi le mythe a aussi une fonction religieuse (”célébrer la race des immortels”). La nature est une force d’engendrement qui n’est pas sans ordre: il y a un principe général, un principe d’engendrement → l’amour (entre Gaïa et Ouranos) et la haine (parricide)
Le mythe ne donne pas d’interprétation, c’est donc au lecteur d’en chercher: il n’est pas explicite sur l’explication de ses propres principes.
27/09
Le principe peut être à la fois un concept applicable à un système de propositions (principe explicatif) et une force à l’œuvre dans le réel, qui va entraîner tout le reste. Pour Héraclite, le feu est:
le concept grâce auquel il peut expliquer la nature
une puissance réelle à l’origine de changements et métamorphoses.
L’explication d’Héraclite ressemble à une généalogie de dieux, sauf que son explication est immanente (utilise des éléments internes à la nature pour expliquer cette dernière)
Ce n’est pas parce qu’une explication est fausse qu’elle n’est pas scientifique. En effet, l'histoire de la science est l'histoire de nos erreurs passées.
On peut voir l'histoire des sciences de deux manières épistémologiques:
Conception continuiste: voit l'histoire de la science comme un progrès continu et indéfini. Cette vision fait de la science un processus de rectification des erreurs passées. A comme origine Blaise Pascal dans (Préface au traité sur la vide, 1647). L'époque de Pascal est en plein révolution scientifique (1633 procès de Galilée, 1637 Discours de la méthode) → il se passe un bouleversement radical et du concept de nature et de la méthode scientifique. On est aux débuts de l'expérimentation scientifique, alors que qqun comme Aristote (enseigné à l'université, Le philosophe, autorité maximale) donnait des explications de la nature seulement en l'observant passivement.
Galilée:
plans inclinés (mesure du mouvement)
télescope (astronomie)
Pascal:
expériences sur le vide
invention du baromètre avec Torricelli (mesure de la pression atmosphérique)
Jusque là , les scientifiques donnaient raison à Aristote qui disait “La nature à horreur du vide” sans aucune justification
Ainsi, ces nouvelles hypothèses contredisent ce que disaient les Anciens → querelle entre les Modernes et les Anciens
À ce propos, Pascal utilise l'image des nains juchés sur les épaules des géants (Grecs) qui voient plus loin que ces derniers.
Il utilise aussi la métaphore du progrès de la science qui est comme le progrès des connaissances chez un individu qui grandit. Les Antiques sont les enfants (âge des préjugés, erreurs et immaturité). L'humanité qui progresse est comme un homme qui grandit.
Conception discontinuiste: l'exemple de Galilée montre bien que la science a changé radicalement et brutalement (en très peu d'années ~20). Selon cette vision, l'histoire de la science est faite de (rares) révolutions radicales, qui amènent à un changement de méthode et de modèle (ex géocentrisme → héliocentrisme). Les deux grandes révolutions de la physique sont:
Révolution copernicienne (paradigme de Ptolémée → Copernic)
Révolution relativiste grâce à Einstein (lois newtoniennes absolues et universelles → particulières)
Ce modèle permet d'avoir une vision synthétique de l'histoire des sciences.
À ses débuts, la science a essayé d'établir des principes immuables, éternels et universels, car la science recherche la vérité. Toutefois, la connaissance scientifique est relative à la capacité humaine de connaître. Mtn, la science moderne est modeste car toutes les nouvelles connaissances sont susceptibles d'êtres corrigées, examinées, inspectées… Le savoir scientifique ne prétend pas être absolu.
Selon Karl Popper, une connaissance scientifique est une connaissance susceptible d'être réfutée.
29/09
À quoi reconnaît-on un discours scientifique?
Il faut analyser sous quelle forme la connaissance scientifique se présente.
Chez Héraclite, le rôle logique du feu (sert à démontrer tout le reste) nous permet de reconnaître un discours scientifique, même s’il est faux.
La connaissance n’est pas savoir plein de choses, mais savoir les organiser entre elles. Ce qui est scientifique de l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert est le système du renvoi à d’autres articles: la liaison systématique des connaissances.
Exemple: Qu’est-ce qui donne aux maths leur caractère scientifique?
Les Babyloniens et Egyptiens avaient des connaissances mathématiques considérables avant les Grecs, mais elles leur servaient pour l’astronomie, l’architecture, la navigation (fct religieuse et technique). Ces connaissances étaient dispersées : ce sont les Grecs qui ont apporté aux maths leur forme systématique: ils ont uni les connaissances mathématiques dans un système de propositions: Les Eléments d’Euclide.
Faire de la science c’est partir des choses élémentaires et aller vers le complexe. Il existe un ordre des propositions nécessaire: commencer par les principes (indémontrables) qui vont démontrer le reste.
Eléments d’Euclide:
Propositions non démontrées (PND)
Définitions (ex en géométrie ce sont des méthodes de construction)
Axiomes (règles générales de la logique, grâce à quoi et par quoi on résonne) → essentiels
Le tout est plus grand que la partie
Le Principe de non contradiction (PNC), caractérise la forme d’un discours rationnel (démontrable ?)
Postulats (hypothèses, demandes) → moins importantes/pas nécessaires
Théorèmes (déduits à partir des PND)
Ainsi, les maths sont des sciences car tous les théorèmes connus à l’époque d’Euclide sont rassemblés et démontrés par un petit nombre de principes.
La forme d’un discours scientifique exige la systématicité.
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La systématicité est une condition nécessaire pour les sciences, pour les maths c’est peut être une condition suffisante car les maths sont une science exacte et ne traitent pas le réel. En physique (par ex.), les maths ne suffisent pas, il faut faire des vérifications (par expérimentation). Toutes les sciences de la nature/du réel ne peuvent pas se contenter de l’exigence de non-contradiction et d’un système de proposition liées entre elles. (surtout pour les sciences humaines)
A la fin du XIXe siècle, tentative d’axiomatisation des maths cad: Rendre les maths moins dépendantes de l’espace sensible en les réduisant à un système cohérent de propositions. De plus, les axiomes perdent en valeur et deviennent simplement des règles de calcul. Cette axiomatisation a permis de développer des géométries non euclidiennes (qui par ex. ne respectent pas la 29e proposition d’Euclide). Les mathématiciens voulaient démontrer cette proposition par l’absurde mais les géométries non euclidiennes n’avaient pas de contradictions. (donc ils ne sont toujours pas arrivés à démontrer la 29e prop.)
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Deux types de doute:
Doute ordinaire, signe de l’ignorance/hésitation
Doute philosophique/scientifique: décision/choix résolu de ne pas affirmer ou nier quelque chose.
Descartes à l’idée que la médecine pourrait être un branche de la physique.
Pour connaître la nature, Descartes propose de faire l’hypothèse que les corps des animaux soient semblables à des machines et voir si à partir de ce que nous connaissons (les machines) nous pouvons connaître l’inconnu (le corps des animaux) → Thèse des animaux-machines
Toutefois, Descartes reconnaît la spécificité du corps animal car les animaux ont des sensations et arrivent à les communiquer.
A l’époque, il était mal vu d’ouvrir des cadavres pour comprendre le corps humain. Aristote était encore l’autorité dans la médecine. Cependant, il mettait le but en premier: “nous avons des poumons pour respirer” Descartes met en question toutes les sciences de son époque (doute philosophique). A l’époque de Descartes, la connaissance du rôle du cœur n’est pas connu: on pense la santé comme un équilibre (des humeurs). En utilisant les machines pour expliquer le cœur a permis de faire avancer la médecine. Pas grâce à Descartes, qui pensait le cœur comme un four (qui servait à produire de la chaleur), mais grâce au médecin anglais Harvey, qui comprend que le cœur marche comme une pompe.
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Démonstration: procédé seulement du discours VS Preuve: apport d’un élément qui vient du réel
Ainsi, une science pure est pure de toute expérience: qui ne fournit pas de preuve.
Apparition des maths(science pure/exacte) dans la science de la nature après le XVIIe siècle (Galilée)
Passage de la science antique Ă la science moderne
La science moderne s’est construite en opposition à la physique aristotélicienne. Au Moyen-Age, on enseignait Aristote (qu’on appelait Le philosophe) à l’université.
La physique ancienne se base sur l’observation passive de la nature alors que la physique moderne se base sur la reconstruction de la nature (expérimentation)
Les philosophes présocratiques pensent que le devenir de la nature est le résultat de la combinaison d’éléments matériels. Aristote permet l’unification de la physique: il conserve l’idée de la combinaison des éléments mais la nature ne se résume pas à leur combinaison. Si la raison humaine peut expliquer la raison dans la nature, c’est plus qu’une combinaison.
→ “La nature est fin” : Fin → TELOS: -but (ce vers quoi la chose tend) -terme dernier (mais la fin est la cause première)
Aristote emploie le modèle de l’explication de la nature grâce à un objet artificiel (// Descartes)
Exemple du lit:
de quoi est-il fait? (cause matérielle)
quelle est sa forme? (cause formelle)
comment a-t-il été assemblé? (cause motrice/efficiente → ce qui met en mvt la matière)
pourquoi fabriquer le lit? (cause finale)
La cause finale est en réalité la cause première:
cause finale
cause formelle
reste/causes subordonnées à la cause formelle
Explication de l’art qui imite la nature:
Art: dérivé de TEKNE, signifie à la fois l’artifice, l’artisanat et les beaux-arts.
La technique sert de modèle d’explication de la nature et est aussi un prolongement de la nature. Léonard de Vince a fait les plans des machines volantes mais il ne les a pas fabriquées. Vinci a construit ces machines en observant les oiseaux. L’hélicoptère qu’il a imaginé était censé battre des ailes.
La nature est ce qui a en soi un principe de mouvement.
Tant que l’art est pensé comme une imitation de la nature, l’art est limité par cette imitation. Le secteur de l’aviation commença véritablement quand il a cessé d’imiter le vol des oiseaux. Ainsi, la technique au sens moderne du terme prend son autonomie par rapport à la nature.
Chez Descartes, il n’y a pas de supériorité de la nature sur l’art, c’est presque l’inverse.
Les modernes voient la nature comme un mécanisme. Ils laissent tomber la cause finale et la cause formelle et ne retiennent que la cause efficiente, en réduisant un objet à ses propriétés géométriques. (ils se concentrent sur le comment et non sur le pourquoi)
Le finalisme est un principe d’explication théologique de la nature. “la nature est fin” Le but est la cause principale. Les trois autres causes sont subordonnées à la cause finale. Pourquoi avons-nous des poumons? Pour respirer. La respiration n’est pas seulement le but des poumons, elle est aussi sa cause, car c’est la raison pour laquelle ils existent.
Avec la cause finale, les grecs unissent ce que nous séparons et unissent ce que nous unissons. Dans l’espace grec et médiéval, l’espace est qualitatif. Le monde supra-lunaire est fait partout d’éléments nécessaires, c’est le monde de l’immobile éternité, de l’image mobile de l’éternité, de la perfection. Dans le monde sublunaire, il y a des éléments naturels, mais aussi contingents. Tout ce qui est vivant finit par pourrir, c’est la corruption. Ici règne le temps, et le temps détruit tout.
Le vivant et l’inerte sont considérés comme naturels car ayant une finalité → ils unissent ce que nous séparons
Nous sommes les animaux les moins naturellement pourvus. Dans l’Antiquité, l’apparition de l’artifice est le signe de notre infériorité à la nature, car nous ne sommes pas pourvus de griffes et donc nous devons recourir à la technique.
Chapitre 3: La philosophie est-elle une promesse de bonheur?
Introduction:
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Difficulté d’une telle promesse. Promesse: engagement pour l’avenir (alors qu’il est incertain). Promettre est donc une action risquée, c’est aussi retrancher une partie de la liberté de notre “moi” futur.
Ainsi, la philosophie a-t-elle le moyen de tenir cette promesse/en a-t-elle la capacité?
Les philosophes antiques ont tendance à avoir des conseils assez fermes et absolus (si tu fais comme ça tu seras heureux). Ces textes de conseils sont problématique car la sagesse peut-elle être enseignée ou transmise? N’est-ce-t-il pas prétentieux.
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Cependant, la philosophie ne donne pas des recettes magiques. La philosophie comme désir de sagesse est moins quelque chose qui s’enseigne mais qqchose qu’il faut vivre et donner l’exemple. Mais la manière de vivre des philosophes antiques est-elle possible? et permet-elle d’arriver au bonheur?
Les Grecs anciens voient l’existence comme une tragédie (pour cela que le genre de la tragédie naît pdt la Grèce antique) En fait, la civilisation grecque était une civilisation guerrière et de courte durée (car a été envahie par la Macédoine). De plus, dans la mythologie, la littérature et l’expérience historique, les héros grecs sont des héros tragiques (Achille, Hector, même Priam)
Par exemple, les derniers vers d’Œdipe-Roi de Sophocle. Quand il devient roi (sommet du pouvoir) il promet d’enquêter sur la mort de l’ancien roi de Thèbes et de chasser le coupable et lui crever les yeux. Il respecte sa promesse (il part et se crève les yeux) Donc il chute quand il est arrivé au sommet du pouvoir. → “C’est pourquoi attendant le jour suprême de chacun (la mort) ne dites jamais qu’un homme né mortel a été heureux, avant qu’il ait atteint le terme de sa vie sans avoir souffert.”
Caractère précaire du bonheur (il ne dure pas et dur à garder)
Le bonheur n’est pas un instant (=/ plaisir) il doit être durable. Une vie heureuse est-elle une vie entièrement heureuse, sans grandes souffrances?
Le plus grand bonheur peut se transformer en le plus grand malheur. “Heur”: chance (en ancien français). Ainsi, le bonheur semble tenir au hasard, à la chance, à “ce qui ne dépend pas de nous”
La philosophie grecque est une tentative de nous consoler (de trouver le remède) du tragique de l’existence. Même si nul ne peut nous grader du malheur, on peut se préparer à l’affronter.
Selon les Grecs, le malheur est inévitable car l’existence humaine est vouée à la peine et le bonheur se renverse en son contraire (ex Midas → la richesse, Tantale → la gourmandise)
Toutefois, nous ne pouvons pas être toujours être malheureux car nous n’aurions plus d’énergie, et nous nous habituerions au malheur donc il deviendrait moindre. Selon Schopenhauer, la loi du vivant est la souffrance, car elle nous permet de nous rendre compte de nous sensations (ex nous nous rendons compte de l’existence de nos organes quand ils commencent à mal fonctionner.) Il voit l’existence comme un pendule qui oscille constamment de la souffrance au plaisir en passant par l’ennui. En effet, tous les plaisirs qui se prolongent deviennent ennuyants puis deviennent souffrances. Les plaisirs et les souffrances sont toujours ensemble et ne sont pas durables (car on finit par s’habituer). Il ne faut pas entendre une vie heureuse comme uniformément heureuse car le bonheur se peut s’éprouver que par contraste. De plus, biologiquement et socialement, la vie a forcément des souffrances. Ainsi, si philosophie est la promesse de bonheur, ce dernier n’est pas uniforme ni constamment permanent.
Pour les héros grecs, leur destin est déterminé par les Dieux alors que la philosophie considère que l’action humaine a un certain pouvoir sur notre destinée. → ambitieux mais quand même modeste (car le bonheur ne se trouve pas dans les livres, d’ailleurs certains ne sont pas faits pour être lus.) → Pensées pour moi-même de Marc Aurèle : manière de conserver ses conseils pour essayer de s’en tenir à ses principes. Ainsi, ce texte était immédiatement suivi d’une action et n'était pas censé être lu par d'autres.
Face à un texte de philosophie du bonheur il faut se demander quel est l’effet du texte. Par exemple, Epicure démontre que la mort n’est rien pour nous grâce au principe de non-contradiction: il démontre l’impossibilité logique de l’expérience de la mort. Toutefois, cette démonstration ne nous permet pas ne nous libérer de l’angoisse de la mort car c’est un sentiment irrationnel. Or on ne peut pas combattre l’irrationnel avec le rationnel (un sentiment par un raisonnement). Toutefois, nous convaincre n’est pas le but du texte, car Epicure écrit “Habitue-toi…”: ce sont donc des exercices spirituels, c’est un texte qui demande à être médité. Il s’agit de s’en persuader intimement.
La philosophie comme sagesse (ou philosophie de l’habitude) n’est pas la philosophie de la recherche du savoir. Elle demande des efforts et un changement radical.
Le problème des stoïciens est l’attachement car il limite la liberté, l’indépendance et la maîtrise de soi. Il faut donc apprendre à se détacher des plaisirs. Exemple de Marc-Aurèle: il est naturel d’éprouver de l’attachement pour ses enfants, mais il faut s’habituer à l’idée de leur mort pour ne pas être incapable de continuer sa vie si ça arrive. Ainsi, pour affronter la douleur il faut s’y préparer en l’éprouvant un peu tous les jours par l’imagination par des exercices et des méditations (// building up your tolérance au poison)
Sénèque a une vie comme Priam: connu, beaucoup de succès, extrêmement riche, puis Néron le soupçonne d’avoir participé à un complot contre lui, donc il lui ordonne de se suicider. Sénèque meurt en stoïcien → mort exemplaire, montre qu’il a mis sa vie en accord avec sa philosophie.
La formule d’Œdipe-Roi peut être interprétée comme:
tant qu’une vie n’est pas terminée, son sens n’apparaît pas
le jour de ta mort va déterminer si tout ce que tu dis tient toujours.
Montaigne, Essais, chapitre 19 “Qu’il ne faut juger de notre heur qu’après la mort”: “A ce dernier rôle de la mort (vie // pièce de théâtre), il faut parler français” langue de la vie courante, alors que le latin était la langue de la philosophie dans les livres.
La mort de qqun est le moment où on peut se racheter. (morts de Sénèque =/ Néron → abandonné de tous, les ennemis sont aux portes de Rome, il fuit et un de ses amis/esclaves lui conseille de mourir dignement en se suicidant. Néron n’y arrive pas et se plaint, puis il finit par être assassiné misérablement. - Suétone, La vie des 12 Césars peut-être exagéré)
L’intérêt de la philosophie morale est dans la vie réelle, l’important n’est pas “est-ce vrai” mais “peut-on vivre ainsi?” C’est là où la biographie des philosophes peut avoir du sens. Même si leurs textes ne nous sont pas parvenus, les anecdotes sur leur vie peuvent nous aider à comprendre leur pensée. Exemple: Diogène n’a rien écrit, mais on a des anecdotes (vit nu dans un tonneau, mange comme un chien, n’a pas de respect pour l’autorité → il faut vivre en accord avec la nature, la seule loi à respecter est celle de la nature et non celle de la cité. De plus, il faut être cohérent entre notre vie et notre pensée)
Toutes les philosophies du bonheurs reposent sur le principe que “bien vivre (vivre selon le bien) est équivalent à se rendre heureux” → EUDEMONISME. Il n’est ainsi pas possible d’être heureux en étant “méchant”, la cruauté ne mène pas au bonheur. Il ne faut pas se demander si ce principe est vrai ou non, mais s’il est efficace.
Les philosophes ne proposent pas une vérité mais un choix. L’alternative est Calliclès (Gorgias, Platon) qui pense que le bonheur s’atteint si on réalise tous ses désirs indéterminés, même au dépends des autres. Donc le tyran est le plus heureux des hommes. Platon met en scène le choix entre le juste et l’injuste (et non entre le vrai et le faux) mais les deux sont des possibilités réelles.
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Complément sur souffrance/plaisir
Dans le Philèbe (dialogue consacré au plaisir), Platon veut montrer qu’il y a deux types de plaisir:
Plaisirs sensibles. Ils ont besoin de leur contraire pour être ressentis/éprouvés. Ils sont incomplets et ont besoin même de leur contraire. Platon les appelle les plaisirs impurs (car ils sont mélangés, avec leur contraire). Ils succèdent à un manque (souffrance, leur contraire)
Plaisirs purs, autonomes. Ils sont de nature intelligible (qui n’ont pas recours à la sensation mais à l’intelligence). Ils ne sont pas liés au corps donc peuvent durer et sont renouvelables sans provoquer l’écœurement/ennui. Ils n’ont pas besoin de leur contraire (car l’ignorance ne nous fait pas souffrir puisque être ignorant c’est ne pas s’en rendre compte)
Les désirs sensibles sont comparés (dans le Gorgias de Platon) à essayer de remplir des tonneaux percés. Les désirs ne sont jamais satisfaits donc ils ne peuvent pas procurer le bonheur. A l’inverse, les plaisirs purs ne relèvent pas d’un manque mais sont durables et renouvelables. Plaisir de la connaissance pour elle-même.
Platon se demande s’il y a un plaisir sensible pur. Selon lui, la contemplation du blanc l’est car c’est reposant pour l’œil/esprit et ne succède pas à un manque. On retire à la sensation tout ce qui la caractérise.
Le rapport plaisir/souffrance: il s’agit d’une analyse des sensations en général. La condition de la sensation est le contraste.
1. Le bonheur peut-il faire l’objet d’un savoir?
L’idée d’une science du bonheur semble étrange mais tout savoir ne prend pas forcément la forme d’une science. Dans la philosophie antique, c’est plutôt un art d’être heureux. La technique/savoir-faire appliqué à l’existence, il pourrait s’enseigner (car c’est un savoir-faire). Dans les philosophies du bonheur, les philosophes montrent dans l’exemple. Mais il n’y a pas de méthode qui produise un résultat à coup sûr.
Leçon n°1: pour être heureux, il ne faut pas être méchant. La démonstration que le méchant est le malheureux est dans le Gorgias. Selon Calliclès, le bonheur s’atteint en satisfaisant tous nos désirs indépendamment de leur nature. De plus, le caractère éphémère des plaisirs est la raison pour laquelle ils sont aussi bons.
Mais Platon croit que tous les plaisirs n’ont pas la même valeur, on risque de vivre comme un porc (omnivore, qui mange tout sans distinction) alors que les humains font la distinction entre manger (remplir son estomac) et prendre un repas (fait social, présentation de la nourriture, gastronomie) Raffinement même dans les plaisirs sensibles (hiérarchie des plaisirs déjà sans jugement de valeur). Il ne s’agit pas de se satisfaire n’importe comment.
14/11
Un tyran/despote commande sur tous les autres mais est esclave de ses désirs.
Hédonisme:
L’hédonisme et la thèses selon laquelle une vie heureuses est une vie de plaisir.
Hédonisme maximaliste (Calliclès, Marquis de Sade) qui vise à multiplier et maximiser les sensations de plaisir
Hédonisme modéré (Epicure) selon lequel le plaisir est le commencement et la fin (le dernier terme et le but) de la vie heureuse. Epicure ne fait pas la distinction entre plaisir sensible et intelligible, car il ne méprise pas le corps. La distinction passe entre les plaisirs à fuir (faux biens → cruauté) et les plaisirs à suivre (vrais biens). Selon Epicure, tous les plaisirs sont un bien (car ils procurent une satisfaction) mais la jouissance de la cruauté est un bien mais n’est pas à suivre car:
éphémère
incompatible avec la vie sociale
criminel (souvent)
Il y a aussi des douleurs (un mal) mais qui sont nécessaires (ex. soins médicaux).
→ Tout plaisir n’est pas à suivre et toute douleur n’est pas à fuir, bien que tout plaisir soit un bien et toute douleur soit un mal.
Pour suivre l’hédonisme modéré, Epicure conseille de suivre les plaisirs compatibles avec la vertu. Il interdit la cruauté selon le principe de l’eudémonisme.
La douleur est certes un mal mais aussi un signal du crops et donc utile (ex. pour signaler que le corps est malade) donc elle n’est pas forcément à fuir. Ensuite, elle a un sens moral. L’hédonisme est le contraire du dolorisme (selon lequel toute douleur physique est un bien dans l’idée que c’est par le corps que viendraient les plaisirs condamnés)
L’hédonisme modéré cherche à optimiser (optimum: le souverain bien, véritable but de nos actions) les plaisirs. Les plaisirs à suivre sont donc ceux qui vont nous rapprocher du bonheur.
Dans le Gorgias, Socrate dit que le méchant n’est pas heureux car dans sa vision optimiste, le méchant serait envahi par les regrets. De plus, Socrate pense aussi que nul n’est méchant volontairement et que le méchant poursuit le bien mais se trompe de bien. Il y a donc une possibilité de le tourner vers le vrai bien avec la raison, de le rééduquer, lui faire changer d’avis. C’est selon cette idée que fonctionne la prison moderne: elle est censée être protectrice de la société, réparatrice pour la société et rééducatrice.
Il y a un argument que l’on peut opposer à l’hédonisme modéré: selon John Stuart Mill, l’hédonisme modéré est véritablement un ascétisme (cad qui va se priver de beaucoup de plaisirs) donc une vie peu séduisante. La modération des plaisirs demande la discipline (règle habituelle de conduite qui s’impose). Même si l’épicurien se contente de peu dans le but de pouvoir être libre par rapport à ses désirs, il s’autorise un banquet de temps en temps.
John Stuart Mill soutient la thèse utilitariste selon laquelle le bien est l’utile (pour tous).
La différence entre Calliclès et Socrate (ou le philosophe en général) est que ce dernier a aussi connu le plaisir démesuré (ivresse, indigestion…) et les mauvaises conséquences que l’excès a provoqué. Il en a donc tiré des leçons et a appris à se limiter/modérer. En revanche, l’hédoniste maximaliste n’en a pas tiré des conclusions et a continué à excéder les plaisirs.
Chapitre 4: Le langage
Texte: Essai sur l’origine des langues
Le texte est écrit à la suite d’une polémique sur la musique (faut-il chanter en italien ou en français, langue natale)
Rousseau ne défend pas la thèse de l’invention de la parole (au sens technique, comme un savoir-faire)
Si on considère que le langage est un moyen de faire passer des informations, on laisse échapper la spécificité du langage. Rousseau critique la thèse selon laquelle le langage n’est qu’un instrument de communication.
“Cela dut être”: Rousseau fait de la spéculation philosophique, nécessaire pour des sujets où on a pas de faits (comme pour origine des inégalités): “Commençons donc par écarter les faits car il ne touchent pas à la question”
Pour Rousseau, sont d’abord apparus les sensations, puis sentiments et enfin des pensées (la raison est d’apparition tardive)
Selon Rousseau, la parole n’est pas nécessaire pour communiquer les besoins (dans l’état de nature, qu’il invente pour questionner l’état social) car les hommes n’ont qu’à se tourner vers la nature (chasser, pêcher, cueillir…). Ainsi, ils vivent assez isolés les uns des autres.
En réalité, la nature nous est hostile et les premiers hommes vivaient en communauté pour pouvoir survivre.
Les passions nous rapprochent (alors que les besoins nous éloignent), même la haine est un attachement. Les besoins moraux (passions) sont tout aussi nécessaires à notre vie que les besoins biologiques et économiques. L’idée d’une hiérarchie des besoins est problématique.
Rousseau essaye donc de rapporter la parole aux besoins moraux. (l.9) Ce sont les passions qui font parler les premiers hommes, elles “arrachent” les premiers mots de leurs bouches. La nature est l’autrice de la parole, ainsi, l’homme ne maîtrise pas la parole. Les premières paroles sont des chants, pas à proprement parler des signes.
La figure de style précède le style immédiat, le sens figuré précède le sens propre.
Exemple: en rencontrant un autre homme, je suis effrayé (passion), je l’appelle géant (sens figuré). Avec l’expérience, je comprends que c’est juste un autre homme (sens propre).
Par conséquent, selon Rousseau, l’origine essentielle de la langue est la puissance d’expression.