Philosophie

Chapitre 2: Science et nature

Introduction:

On peut se poser quelques questions:

  1. Quelles sont les conditions de possibilitĂ© d’une science de la nature?

Cette question peut paraĂźtre Ă©trange parce que la science de la nature existe, donc elle est possible. De plus, il existe plusieurs sciences de la nature. Toutefois, la problĂ©matique de de la pluralitĂ© des sciences de la nature est rĂ©cent, il apparaĂźt avec la spĂ©cialisation des sciences au XIXe siĂšcle. De mĂȘme, la science est un phĂ©nomĂšne historique qui pourrait trĂšs bien disparaĂźtre de la mĂȘme maniĂšre.

Une question sur le rapport de quelque chose à quelque chose d’autre (ex: le rapport de l’homme à la nature) est un question transcendantale.

L’EpistĂ©mologie est la thĂ©orie de la connaissance scientifique. → EPISTEME (science/connaissance) + LOGOS (discours rationnel) A longtemps Ă©tĂ© une spĂ©cialisation de la philosophie car jusqu’au XIXe siĂšcle, la distinction entre philosophe et savant n’existe pas. L’EpistĂ©mologie existe toujours mais maintenant ce sont aussi les sciences elles-mĂȘmes qui produisent leur propres thĂ©ories. C’est aussi Ă  partir du XIXe siĂšcle que la science gagne en autonomie par rapport Ă  la philosophie.

  1. Quelle est la différence entre les concepts de nature et de monde?

On étudiera:

  • la diffĂ©rence entre monde humain et nature humaine

  • remise en question de la croyance selon laquelle la science dit du monde tout ce qu’il y a Ă  dire. Tentative de produire un discours rationnel mais pas scientifique

  • le rĂŽle social de la science. Aujourd’hui, on attend de la science qu’elle soit utile (vision cartĂ©sienne de la science)

  • mĂ©taphysique de la nature et la place de l’homme dans la nature

  1. La nature existe-t-elle?

Le mot Nature (en grec PHYSIS, “fusisse”) est Ă  la fois un mot et une idĂ©e.

On l’associe souvent Ă  la culture (ĂȘtres de nature → animaux VS ĂȘtres de culture → humains) Le concept de nature n’est plus utilisĂ© dans la science (biologie
) car il implique une distinction entre Homme et animal qui n’existe pas.

I. Naissance de la “physique” comme science de la nature

→ Rapport entre mythe et raison

La figure de Socrate est souvent confondue avec l’invention de la philo, alors qu’il y a des philosophes prĂ©socratiques (6e siĂšcle av J-C). Cette appellation est Ă©trange car:

  • elle implique que ces derniers n’ont amenĂ© aucun progrĂšs et servent juste Ă  attendre l’arrivĂ©e de Socrate (qui en fait est l’arrivĂ©e de Platon et ses Ɠuvres)

  • certains sont contemporains de Socrate (comme DĂ©mocrite)

Les problĂ©matiques que Socrate soulĂšve avec sa philosophie sont de caractĂšre moral et politique, et non sur la connaissance de la nature. Platon en parle (lorsque Socrate est absent) mais en revenant aux mythes : Platon explique la fabrication de l’univers par un dĂ©miurge.

La crĂ©ation est Ă  partir de rien (ex nihilo) alors que la fabrication est Ă  partir de quelque chose d’autre (ex matiĂšres premiĂšres
). Ainsi, l’idĂ©e d’un dieu crĂ©ateur ne vient pas de l’AntiquitĂ© (elle est propre aux 3 grandes religions monothĂ©istes).

Les Grec utilisent d’abord les mythes pour expliquer les phĂ©nomĂšnes de la nature. Le mythe est une tradition orale: il n’est donc pas associĂ© Ă  un auteur en particulier. plus prĂ©sente des variations parce que rĂ©pĂ©tĂ© d’un aĂšde Ă  un autre. Le mythe est aussi une narration qui mĂȘle des Ă©lĂ©ments surnaturels. Il est lĂ  pour nous rendre la nature familiĂšre: apprivoiser les phĂ©nomĂšnes naturels, pas les connaĂźtre. la mythologie permet d’échapper Ă  l’absurditĂ©. Historiquement, le mythe prĂ©cĂšde la science, mais ils rĂ©pondent au mĂȘme besoin d’explication.

Les premiers physiciens/physiologues, qu’on appellera philosophes, essayent d’expliquer la nature avec des concepts naturels. Par exemple, ThalĂšs imagine que la nature est composĂ© des 4 Ă©lĂ©ments, avec l’eau qui les lie entre eux. A son tour, EmpĂ©docle pense que ce qui lie les Ă©lĂ©ments entre eux est la haine ou l’amitiĂ©. (HĂ©raclite: feu) MalgrĂ© la nouveautĂ© du systĂšme, sans dieux, il ne s’agit que de dĂ©personnalisation des forces de la nature: PosĂ©idon devient l’élĂ©ment Eau, Zeus est l’Air et le Feu
, avec l’élĂ©ment liant qui varie selon les philosophes. Ce qui change vĂ©ritablement c’est que tous cherchent un principe (ARCHE) dans la nature. Il font donc un effort de simplification (ramener la pluralitĂ© de phĂ©nomĂšne naturel Ă  une cause/principe ou presque)

Principe:

  1. Premier (chronologiquement)

  2. Ce qui commande (hiérarchiquement, logiquement)

Cet effort de simplification est propre Ă  l’esprit scientifique et marque un vĂ©ritable progrĂšs.

Cependant, on est encore loin de la physique moderne: celle antique prend en compte l’expĂ©rience ordinaire (l’observation de la nature), alors que la physique moderne se base sur l’expĂ©rimentation (recrĂ©ation de la nature de maniĂšre artificielle). A l’époque, les philosophes essayent de dĂ©montrer par le discours le lien entre le principe et les phĂ©nomĂšnes: ils proposent ainsi une explication systĂ©matique de tous les phĂ©nomĂšnes avec un mĂ©canisme systĂ©matique de la nature, en essayant d’ĂȘtre cohĂ©rent avec l’expĂ©rience. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les philosophes essayent Ă  la fois d’expliquer la formation de l’univers (cosmologie) et les mĂ©canismes de la nature (→ Ă  la fois l’origine et la cause du monde)

Texte: ThĂ©ogonie, d’HĂ©siode

Se prĂ©sente comme une gĂ©nĂ©alogie, un rĂ©cit de l’origine des dieux et du monde (cosmogonie)

HĂ©siode ne nous dit pas d’oĂč naissent le Chaos et GaĂŻa, le Chaos est le dĂ©sordre: la matiĂšre tant qu’elle n’a pas eu de forme. Les Ă©lĂ©ments sont personnaliser, il faut donc assumer l’explication de comment naissent les Ă©lĂ©ments (dont rapports incestueux → rapports entre GaĂŻa et son fils Ouranos). HĂ©siode liste les premiers Ă©lĂ©ments : les Titans et Titanides. Les Ă©lĂ©ments divins (Crios, HypĂ©rion
) et naturels (OcĂ©an) coexistent dans la Terre et proviennent de la nature elle-mĂȘme. GaĂŻa est trop plein de dieux (car Ouranos l’étouffe, en empĂȘchant les enfants des sortir de GaĂŻa) et forge une immense faux. Elle convainc son fils Cronos de mutiler son pĂšre pour les libĂ©rer de son emprise (→ Ă  la fois un parricide et et un tyrannicide), parce qu’elle le sĂ©duit (relation incestueuse)

La naissance d’Aphrodite est due au sperme de Cronos qui a fini dans la mer. Sa naissance fournit l’explication que la forme fixe (d’une espĂšce) se maintient Ă  travers les gĂ©nĂ©rations grĂące au sperme. C’est donc une explication rationnelle de la nature. Ainsi, la naissance des dieux sert Ă  expliquer Ă  la fois la naissance des dieux et des hommes.

HĂ©siode prĂ©sente le contenu du texte comme quelque chose que les muses lui ont racontĂ©: “Nous savons ces histoires mensongĂšres qui ressemblent Ă  la vĂ©ritĂ© ; nous pouvons aussi quand il nous plaĂźt, en raconter de vĂ©ritables [
] elle me soufflĂšrent d’une voix divine, pour annoncer ce qui doit ĂȘtre et ce qui fut ; elles m’ordonnĂšrent de cĂ©lĂ©brer la race des immortels.” Le mythe se prĂ©sente donc comme une rĂ©vĂ©lation: il ne mĂšne pas d’enquĂȘte: il rapporte ce qui est inspirĂ© par les muses. Ainsi le mythe a aussi une fonction religieuse (”cĂ©lĂ©brer la race des immortels”). La nature est une force d’engendrement qui n’est pas sans ordre: il y a un principe gĂ©nĂ©ral, un principe d’engendrement → l’amour (entre GaĂŻa et Ouranos) et la haine (parricide)

Le mythe ne donne pas d’interprĂ©tation, c’est donc au lecteur d’en chercher: il n’est pas explicite sur l’explication de ses propres principes.

27/09

Le principe peut ĂȘtre Ă  la fois un concept applicable Ă  un systĂšme de propositions (principe explicatif) et une force Ă  l’Ɠuvre dans le rĂ©el, qui va entraĂźner tout le reste. Pour HĂ©raclite, le feu est:

  • le concept grĂące auquel il peut expliquer la nature

  • une puissance rĂ©elle Ă  l’origine de changements et mĂ©tamorphoses.

L’explication d’HĂ©raclite ressemble Ă  une gĂ©nĂ©alogie de dieux, sauf que son explication est immanente (utilise des Ă©lĂ©ments internes Ă  la nature pour expliquer cette derniĂšre)

Ce n’est pas parce qu’une explication est fausse qu’elle n’est pas scientifique. En effet, l'histoire de la science est l'histoire de nos erreurs passĂ©es.

On peut voir l'histoire des sciences de deux maniÚres épistémologiques:

  • Conception continuiste: voit l'histoire de la science comme un progrĂšs continu et indĂ©fini. Cette vision fait de la science un processus de rectification des erreurs passĂ©es. A comme origine Blaise Pascal dans (PrĂ©face au traitĂ© sur la vide, 1647). L'Ă©poque de Pascal est en plein rĂ©volution scientifique (1633 procĂšs de GalilĂ©e, 1637 Discours de la mĂ©thode) → il se passe un bouleversement radical et du concept de nature et de la mĂ©thode scientifique. On est aux dĂ©buts de l'expĂ©rimentation scientifique, alors que qqun comme Aristote (enseignĂ© Ă  l'universitĂ©, Le philosophe, autoritĂ© maximale) donnait des explications de la nature seulement en l'observant passivement.

    Galilée:

    • plans inclinĂ©s (mesure du mouvement)

    • tĂ©lescope (astronomie)

    Pascal:

    • expĂ©riences sur le vide

    • invention du baromĂštre avec Torricelli (mesure de la pression atmosphĂ©rique)

    Jusque là, les scientifiques donnaient raison à Aristote qui disait “La nature à horreur du vide” sans aucune justification

    Ainsi, ces nouvelles hypothùses contredisent ce que disaient les Anciens → querelle entre les Modernes et les Anciens

    À ce propos, Pascal utilise l'image des nains juchĂ©s sur les Ă©paules des gĂ©ants (Grecs) qui voient plus loin que ces derniers.

    Il utilise aussi la métaphore du progrÚs de la science qui est comme le progrÚs des connaissances chez un individu qui grandit. Les Antiques sont les enfants (ùge des préjugés, erreurs et immaturité). L'humanité qui progresse est comme un homme qui grandit.

  • Conception discontinuiste: l'exemple de GalilĂ©e montre bien que la science a changĂ© radicalement et brutalement (en trĂšs peu d'annĂ©es ~20). Selon cette vision, l'histoire de la science est faite de (rares) rĂ©volutions radicales, qui amĂšnent Ă  un changement de mĂ©thode et de modĂšle (ex gĂ©ocentrisme → hĂ©liocentrisme). Les deux grandes rĂ©volutions de la physique sont:

    • RĂ©volution copernicienne (paradigme de PtolĂ©mĂ©e → Copernic)

    • RĂ©volution relativiste grĂące Ă  Einstein (lois newtoniennes absolues et universelles → particuliĂšres)

    Ce modÚle permet d'avoir une vision synthétique de l'histoire des sciences.

À ses dĂ©buts, la science a essayĂ© d'Ă©tablir des principes immuables, Ă©ternels et universels, car la science recherche la vĂ©ritĂ©. Toutefois, la connaissance scientifique est relative Ă  la capacitĂ© humaine de connaĂźtre. Mtn, la science moderne est modeste car toutes les nouvelles connaissances sont susceptibles d'ĂȘtres corrigĂ©es, examinĂ©es, inspectĂ©es
 Le savoir scientifique ne prĂ©tend pas ĂȘtre absolu.

Selon Karl Popper, une connaissance scientifique est une connaissance susceptible d'ĂȘtre rĂ©futĂ©e.

29/09

À quoi reconnaüt-on un discours scientifique?

Il faut analyser sous quelle forme la connaissance scientifique se présente.

Chez HĂ©raclite, le rĂŽle logique du feu (sert Ă  dĂ©montrer tout le reste) nous permet de reconnaĂźtre un discours scientifique, mĂȘme s’il est faux.

La connaissance n’est pas savoir plein de choses, mais savoir les organiser entre elles. Ce qui est scientifique de l’encyclopĂ©die de Diderot et D’Alembert est le systĂšme du renvoi Ă  d’autres articles: la liaison systĂ©matique des connaissances.

Exemple: Qu’est-ce qui donne aux maths leur caractùre scientifique?

Les Babyloniens et Egyptiens avaient des connaissances mathĂ©matiques considĂ©rables avant les Grecs, mais elles leur servaient pour l’astronomie, l’architecture, la navigation (fct religieuse et technique). Ces connaissances Ă©taient dispersĂ©es : ce sont les Grecs qui ont apportĂ© aux maths leur forme systĂ©matique: ils ont uni les connaissances mathĂ©matiques dans un systĂšme de propositions: Les ElĂ©ments d’Euclide.

Faire de la science c’est partir des choses Ă©lĂ©mentaires et aller vers le complexe. Il existe un ordre des propositions nĂ©cessaire: commencer par les principes (indĂ©montrables) qui vont dĂ©montrer le reste.

ElĂ©ments d’Euclide:

  1. Propositions non démontrées (PND)

    1. Définitions (ex en géométrie ce sont des méthodes de construction)

    2. Axiomes (rĂšgles gĂ©nĂ©rales de la logique, grĂące Ă  quoi et par quoi on rĂ©sonne) → essentiels

      1. Le tout est plus grand que la partie

      2. Le Principe de non contradiction (PNC), caractĂ©rise la forme d’un discours rationnel (dĂ©montrable ?)

    3. Postulats (hypothĂšses, demandes) → moins importantes/pas nĂ©cessaires

  2. ThéorÚmes (déduits à partir des PND)

Ainsi, les maths sont des sciences car tous les thĂ©orĂšmes connus Ă  l’époque d’Euclide sont rassemblĂ©s et dĂ©montrĂ©s par un petit nombre de principes.

La forme d’un discours scientifique exige la systĂ©maticitĂ©.

3/10

La systĂ©maticitĂ© est une condition nĂ©cessaire pour les sciences, pour les maths c’est peut ĂȘtre une condition suffisante car les maths sont une science exacte et ne traitent pas le rĂ©el. En physique (par ex.), les maths ne suffisent pas, il faut faire des vĂ©rifications (par expĂ©rimentation). Toutes les sciences de la nature/du rĂ©el ne peuvent pas se contenter de l’exigence de non-contradiction et d’un systĂšme de proposition liĂ©es entre elles. (surtout pour les sciences humaines)

A la fin du XIXe siĂšcle, tentative d’axiomatisation des maths cad: Rendre les maths moins dĂ©pendantes de l’espace sensible en les rĂ©duisant Ă  un systĂšme cohĂ©rent de propositions. De plus, les axiomes perdent en valeur et deviennent simplement des rĂšgles de calcul. Cette axiomatisation a permis de dĂ©velopper des gĂ©omĂ©tries non euclidiennes (qui par ex. ne respectent pas la 29e proposition d’Euclide). Les mathĂ©maticiens voulaient dĂ©montrer cette proposition par l’absurde mais les gĂ©omĂ©tries non euclidiennes n’avaient pas de contradictions. (donc ils ne sont toujours pas arrivĂ©s Ă  dĂ©montrer la 29e prop.)

4/10

Deux types de doute:

  • Doute ordinaire, signe de l’ignorance/hĂ©sitation

  • Doute philosophique/scientifique: dĂ©cision/choix rĂ©solu de ne pas affirmer ou nier quelque chose.

Descartes Ă  l’idĂ©e que la mĂ©decine pourrait ĂȘtre un branche de la physique.

Pour connaütre la nature, Descartes propose de faire l’hypothùse que les corps des animaux soient semblables à des machines et voir si à partir de ce que nous connaissons (les machines) nous pouvons connaütre l’inconnu (le corps des animaux) → Thùse des animaux-machines

Toutefois, Descartes reconnaßt la spécificité du corps animal car les animaux ont des sensations et arrivent à les communiquer.

A l’époque, il Ă©tait mal vu d’ouvrir des cadavres pour comprendre le corps humain. Aristote Ă©tait encore l’autoritĂ© dans la mĂ©decine. Cependant, il mettait le but en premier: “nous avons des poumons pour respirer” Descartes met en question toutes les sciences de son Ă©poque (doute philosophique). A l’époque de Descartes, la connaissance du rĂŽle du cƓur n’est pas connu: on pense la santĂ© comme un Ă©quilibre (des humeurs). En utilisant les machines pour expliquer le cƓur a permis de faire avancer la mĂ©decine. Pas grĂące Ă  Descartes, qui pensait le cƓur comme un four (qui servait Ă  produire de la chaleur), mais grĂące au mĂ©decin anglais Harvey, qui comprend que le cƓur marche comme une pompe.

10/10

DĂ©monstration: procĂ©dĂ© seulement du discours VS Preuve: apport d’un Ă©lĂ©ment qui vient du rĂ©el

Ainsi, une science pure est pure de toute expérience: qui ne fournit pas de preuve.

Apparition des maths(science pure/exacte) dans la science de la nature aprÚs le XVIIe siÚcle (Galilée)

Passage de la science antique Ă  la science moderne

La science moderne s’est construite en opposition Ă  la physique aristotĂ©licienne. Au Moyen-Age, on enseignait Aristote (qu’on appelait Le philosophe) Ă  l’universitĂ©.

La physique ancienne se base sur l’observation passive de la nature alors que la physique moderne se base sur la reconstruction de la nature (expĂ©rimentation)

Les philosophes prĂ©socratiques pensent que le devenir de la nature est le rĂ©sultat de la combinaison d’élĂ©ments matĂ©riels. Aristote permet l’unification de la physique: il conserve l’idĂ©e de la combinaison des Ă©lĂ©ments mais la nature ne se rĂ©sume pas Ă  leur combinaison. Si la raison humaine peut expliquer la raison dans la nature, c’est plus qu’une combinaison.

→ “La nature est fin” : Fin → TELOS: -but (ce vers quoi la chose tend) -terme dernier (mais la fin est la cause premiùre)

Aristote emploie le modùle de l’explication de la nature grñce à un objet artificiel (// Descartes)

Exemple du lit:

  • de quoi est-il fait? (cause matĂ©rielle)

  • quelle est sa forme? (cause formelle)

  • comment a-t-il Ă©tĂ© assemblĂ©? (cause motrice/efficiente → ce qui met en mvt la matiĂšre)

  • pourquoi fabriquer le lit? (cause finale)

La cause finale est en réalité la cause premiÚre:

  1. cause finale

  2. cause formelle

  3. reste/causes subordonnées à la cause formelle

Explication de l’art qui imite la nature:

Art: dĂ©rivĂ© de TEKNE, signifie Ă  la fois l’artifice, l’artisanat et les beaux-arts.

La technique sert de modĂšle d’explication de la nature et est aussi un prolongement de la nature. LĂ©onard de Vince a fait les plans des machines volantes mais il ne les a pas fabriquĂ©es. Vinci a construit ces machines en observant les oiseaux. L’hĂ©licoptĂšre qu’il a imaginĂ© Ă©tait censĂ© battre des ailes.

La nature est ce qui a en soi un principe de mouvement.

Tant que l’art est pensĂ© comme une imitation de la nature, l’art est limitĂ© par cette imitation. Le secteur de l’aviation commença vĂ©ritablement quand il a cessĂ© d’imiter le vol des oiseaux. Ainsi, la technique au sens moderne du terme prend son autonomie par rapport Ă  la nature.

Chez Descartes, il n’y a pas de supĂ©rioritĂ© de la nature sur l’art, c’est presque l’inverse.

Les modernes voient la nature comme un mécanisme. Ils laissent tomber la cause finale et la cause formelle et ne retiennent que la cause efficiente, en réduisant un objet à ses propriétés géométriques. (ils se concentrent sur le comment et non sur le pourquoi)

Le finalisme est un principe d’explication thĂ©ologique de la nature. “la nature est fin” Le but est la cause principale. Les trois autres causes sont subordonnĂ©es Ă  la cause finale. Pourquoi avons-nous des poumons? Pour respirer. La respiration n’est pas seulement le but des poumons, elle est aussi sa cause, car c’est la raison pour laquelle ils existent.

Avec la cause finale, les grecs unissent ce que nous sĂ©parons et unissent ce que nous unissons. Dans l’espace grec et mĂ©diĂ©val, l’espace est qualitatif. Le monde supra-lunaire est fait partout d’élĂ©ments nĂ©cessaires, c’est le monde de l’immobile Ă©ternitĂ©, de l’image mobile de l’éternitĂ©, de la perfection. Dans le monde sublunaire, il y a des Ă©lĂ©ments naturels, mais aussi contingents. Tout ce qui est vivant finit par pourrir, c’est la corruption. Ici rĂšgne le temps, et le temps dĂ©truit tout.

Le vivant et l’inerte sont considĂ©rĂ©s comme naturels car ayant une finalitĂ© → ils unissent ce que nous sĂ©parons

Nous sommes les animaux les moins naturellement pourvus. Dans l’AntiquitĂ©, l’apparition de l’artifice est le signe de notre infĂ©rioritĂ© Ă  la nature, car nous ne sommes pas pourvus de griffes et donc nous devons recourir Ă  la technique.

Chapitre 3: La philosophie est-elle une promesse de bonheur?

Introduction:

7/11

DifficultĂ© d’une telle promesse. Promesse: engagement pour l’avenir (alors qu’il est incertain). Promettre est donc une action risquĂ©e, c’est aussi retrancher une partie de la libertĂ© de notre “moi” futur.

Ainsi, la philosophie a-t-elle le moyen de tenir cette promesse/en a-t-elle la capacité?

Les philosophes antiques ont tendance Ă  avoir des conseils assez fermes et absolus (si tu fais comme ça tu seras heureux). Ces textes de conseils sont problĂ©matique car la sagesse peut-elle ĂȘtre enseignĂ©e ou transmise? N’est-ce-t-il pas prĂ©tentieux.

8/11

Cependant, la philosophie ne donne pas des recettes magiques. La philosophie comme dĂ©sir de sagesse est moins quelque chose qui s’enseigne mais qqchose qu’il faut vivre et donner l’exemple. Mais la maniĂšre de vivre des philosophes antiques est-elle possible? et permet-elle d’arriver au bonheur?

Les Grecs anciens voient l’existence comme une tragĂ©die (pour cela que le genre de la tragĂ©die naĂźt pdt la GrĂšce antique) En fait, la civilisation grecque Ă©tait une civilisation guerriĂšre et de courte durĂ©e (car a Ă©tĂ© envahie par la MacĂ©doine). De plus, dans la mythologie, la littĂ©rature et l’expĂ©rience historique, les hĂ©ros grecs sont des hĂ©ros tragiques (Achille, Hector, mĂȘme Priam)

Par exemple, les derniers vers d’ƒdipe-Roi de Sophocle. Quand il devient roi (sommet du pouvoir) il promet d’enquĂȘter sur la mort de l’ancien roi de ThĂšbes et de chasser le coupable et lui crever les yeux. Il respecte sa promesse (il part et se crĂšve les yeux) Donc il chute quand il est arrivĂ© au sommet du pouvoir. → “C’est pourquoi attendant le jour suprĂȘme de chacun (la mort) ne dites jamais qu’un homme nĂ© mortel a Ă©tĂ© heureux, avant qu’il ait atteint le terme de sa vie sans avoir souffert.”

CaractÚre précaire du bonheur (il ne dure pas et dur à garder)

Le bonheur n’est pas un instant (=/ plaisir) il doit ĂȘtre durable. Une vie heureuse est-elle une vie entiĂšrement heureuse, sans grandes souffrances?

Le plus grand bonheur peut se transformer en le plus grand malheur. “Heur”: chance (en ancien français). Ainsi, le bonheur semble tenir au hasard, Ă  la chance, Ă  “ce qui ne dĂ©pend pas de nous”

La philosophie grecque est une tentative de nous consoler (de trouver le remĂšde) du tragique de l’existence. MĂȘme si nul ne peut nous grader du malheur, on peut se prĂ©parer Ă  l’affronter.

Selon les Grecs, le malheur est inĂ©vitable car l’existence humaine est vouĂ©e Ă  la peine et le bonheur se renverse en son contraire (ex Midas → la richesse, Tantale → la gourmandise)

Toutefois, nous ne pouvons pas ĂȘtre toujours ĂȘtre malheureux car nous n’aurions plus d’énergie, et nous nous habituerions au malheur donc il deviendrait moindre. Selon Schopenhauer, la loi du vivant est la souffrance, car elle nous permet de nous rendre compte de nous sensations (ex nous nous rendons compte de l’existence de nos organes quand ils commencent Ă  mal fonctionner.) Il voit l’existence comme un pendule qui oscille constamment de la souffrance au plaisir en passant par l’ennui. En effet, tous les plaisirs qui se prolongent deviennent ennuyants puis deviennent souffrances. Les plaisirs et les souffrances sont toujours ensemble et ne sont pas durables (car on finit par s’habituer). Il ne faut pas entendre une vie heureuse comme uniformĂ©ment heureuse car le bonheur se peut s’éprouver que par contraste. De plus, biologiquement et socialement, la vie a forcĂ©ment des souffrances. Ainsi, si philosophie est la promesse de bonheur, ce dernier n’est pas uniforme ni constamment permanent.

Pour les hĂ©ros grecs, leur destin est dĂ©terminĂ© par les Dieux alors que la philosophie considĂšre que l’action humaine a un certain pouvoir sur notre destinĂ©e. → ambitieux mais quand mĂȘme modeste (car le bonheur ne se trouve pas dans les livres, d’ailleurs certains ne sont pas faits pour ĂȘtre lus.) → PensĂ©es pour moi-mĂȘme de Marc AurĂšle : maniĂšre de conserver ses conseils pour essayer de s’en tenir Ă  ses principes. Ainsi, ce texte Ă©tait immĂ©diatement suivi d’une action et n'Ă©tait pas censĂ© ĂȘtre lu par d'autres.

Face Ă  un texte de philosophie du bonheur il faut se demander quel est l’effet du texte. Par exemple, Epicure dĂ©montre que la mort n’est rien pour nous grĂące au principe de non-contradiction: il dĂ©montre l’impossibilitĂ© logique de l’expĂ©rience de la mort. Toutefois, cette dĂ©monstration ne nous permet pas ne nous libĂ©rer de l’angoisse de la mort car c’est un sentiment irrationnel. Or on ne peut pas combattre l’irrationnel avec le rationnel (un sentiment par un raisonnement). Toutefois, nous convaincre n’est pas le but du texte, car Epicure Ă©crit “Habitue-toi
”: ce sont donc des exercices spirituels, c’est un texte qui demande Ă  ĂȘtre mĂ©ditĂ©. Il s’agit de s’en persuader intimement.

La philosophie comme sagesse (ou philosophie de l’habitude) n’est pas la philosophie de la recherche du savoir. Elle demande des efforts et un changement radical.

Le problĂšme des stoĂŻciens est l’attachement car il limite la libertĂ©, l’indĂ©pendance et la maĂźtrise de soi. Il faut donc apprendre Ă  se dĂ©tacher des plaisirs. Exemple de Marc-AurĂšle: il est naturel d’éprouver de l’attachement pour ses enfants, mais il faut s’habituer Ă  l’idĂ©e de leur mort pour ne pas ĂȘtre incapable de continuer sa vie si ça arrive. Ainsi, pour affronter la douleur il faut s’y prĂ©parer en l’éprouvant un peu tous les jours par l’imagination par des exercices et des mĂ©ditations (// building up your tolĂ©rance au poison)

SĂ©nĂšque a une vie comme Priam: connu, beaucoup de succĂšs, extrĂȘmement riche, puis NĂ©ron le soupçonne d’avoir participĂ© Ă  un complot contre lui, donc il lui ordonne de se suicider. SĂ©nĂšque meurt en stoĂŻcien → mort exemplaire, montre qu’il a mis sa vie en accord avec sa philosophie.

La formule d’ƒdipe-Roi peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme:

tant qu’une vie n’est pas terminĂ©e, son sens n’apparaĂźt pas

le jour de ta mort va déterminer si tout ce que tu dis tient toujours.

Montaigne, Essais, chapitre 19 “Qu’il ne faut juger de notre heur qu’aprĂšs la mort”: “A ce dernier rĂŽle de la mort (vie // piĂšce de théùtre), il faut parler français” langue de la vie courante, alors que le latin Ă©tait la langue de la philosophie dans les livres.

La mort de qqun est le moment oĂč on peut se racheter. (morts de SĂ©nĂšque =/ NĂ©ron → abandonnĂ© de tous, les ennemis sont aux portes de Rome, il fuit et un de ses amis/esclaves lui conseille de mourir dignement en se suicidant. NĂ©ron n’y arrive pas et se plaint, puis il finit par ĂȘtre assassinĂ© misĂ©rablement. - SuĂ©tone, La vie des 12 CĂ©sars peut-ĂȘtre exagĂ©rĂ©)

L’intĂ©rĂȘt de la philosophie morale est dans la vie rĂ©elle, l’important n’est pas “est-ce vrai” mais “peut-on vivre ainsi?” C’est lĂ  oĂč la biographie des philosophes peut avoir du sens. MĂȘme si leurs textes ne nous sont pas parvenus, les anecdotes sur leur vie peuvent nous aider Ă  comprendre leur pensĂ©e. Exemple: DiogĂšne n’a rien Ă©crit, mais on a des anecdotes (vit nu dans un tonneau, mange comme un chien, n’a pas de respect pour l’autoritĂ© → il faut vivre en accord avec la nature, la seule loi Ă  respecter est celle de la nature et non celle de la citĂ©. De plus, il faut ĂȘtre cohĂ©rent entre notre vie et notre pensĂ©e)

Toutes les philosophies du bonheurs reposent sur le principe que “bien vivre (vivre selon le bien) est Ă©quivalent Ă  se rendre heureux” → EUDEMONISME. Il n’est ainsi pas possible d’ĂȘtre heureux en Ă©tant “mĂ©chant”, la cruautĂ© ne mĂšne pas au bonheur. Il ne faut pas se demander si ce principe est vrai ou non, mais s’il est efficace.

Les philosophes ne proposent pas une vĂ©ritĂ© mais un choix. L’alternative est CalliclĂšs (Gorgias, Platon) qui pense que le bonheur s’atteint si on rĂ©alise tous ses dĂ©sirs indĂ©terminĂ©s, mĂȘme au dĂ©pends des autres. Donc le tyran est le plus heureux des hommes. Platon met en scĂšne le choix entre le juste et l’injuste (et non entre le vrai et le faux) mais les deux sont des possibilitĂ©s rĂ©elles.

9/11

Complément sur souffrance/plaisir

Dans le PhilĂšbe (dialogue consacrĂ© au plaisir), Platon veut montrer qu’il y a deux types de plaisir:

Plaisirs sensibles. Ils ont besoin de leur contraire pour ĂȘtre ressentis/Ă©prouvĂ©s. Ils sont incomplets et ont besoin mĂȘme de leur contraire. Platon les appelle les plaisirs impurs (car ils sont mĂ©langĂ©s, avec leur contraire). Ils succĂšdent Ă  un manque (souffrance, leur contraire)

Plaisirs purs, autonomes. Ils sont de nature intelligible (qui n’ont pas recours Ă  la sensation mais Ă  l’intelligence). Ils ne sont pas liĂ©s au corps donc peuvent durer et sont renouvelables sans provoquer l’écƓurement/ennui. Ils n’ont pas besoin de leur contraire (car l’ignorance ne nous fait pas souffrir puisque ĂȘtre ignorant c’est ne pas s’en rendre compte)

Les dĂ©sirs sensibles sont comparĂ©s (dans le Gorgias de Platon) Ă  essayer de remplir des tonneaux percĂ©s. Les dĂ©sirs ne sont jamais satisfaits donc ils ne peuvent pas procurer le bonheur. A l’inverse, les plaisirs purs ne relĂšvent pas d’un manque mais sont durables et renouvelables. Plaisir de la connaissance pour elle-mĂȘme.

Platon se demande s’il y a un plaisir sensible pur. Selon lui, la contemplation du blanc l’est car c’est reposant pour l’Ɠil/esprit et ne succĂšde pas Ă  un manque. On retire Ă  la sensation tout ce qui la caractĂ©rise.

Le rapport plaisir/souffrance: il s’agit d’une analyse des sensations en gĂ©nĂ©ral. La condition de la sensation est le contraste.

1. Le bonheur peut-il faire l’objet d’un savoir?

L’idĂ©e d’une science du bonheur semble Ă©trange mais tout savoir ne prend pas forcĂ©ment la forme d’une science. Dans la philosophie antique, c’est plutĂŽt un art d’ĂȘtre heureux. La technique/savoir-faire appliquĂ© Ă  l’existence, il pourrait s’enseigner (car c’est un savoir-faire). Dans les philosophies du bonheur, les philosophes montrent dans l’exemple. Mais il n’y a pas de mĂ©thode qui produise un rĂ©sultat Ă  coup sĂ»r.

Leçon n°1: pour ĂȘtre heureux, il ne faut pas ĂȘtre mĂ©chant. La dĂ©monstration que le mĂ©chant est le malheureux est dans le Gorgias. Selon CalliclĂšs, le bonheur s’atteint en satisfaisant tous nos dĂ©sirs indĂ©pendamment de leur nature. De plus, le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre des plaisirs est la raison pour laquelle ils sont aussi bons.

Mais Platon croit que tous les plaisirs n’ont pas la mĂȘme valeur, on risque de vivre comme un porc (omnivore, qui mange tout sans distinction) alors que les humains font la distinction entre manger (remplir son estomac) et prendre un repas (fait social, prĂ©sentation de la nourriture, gastronomie) Raffinement mĂȘme dans les plaisirs sensibles (hiĂ©rarchie des plaisirs dĂ©jĂ  sans jugement de valeur). Il ne s’agit pas de se satisfaire n’importe comment.

14/11

Un tyran/despote commande sur tous les autres mais est esclave de ses désirs.

Hédonisme:

L’hĂ©donisme et la thĂšses selon laquelle une vie heureuses est une vie de plaisir.

Hédonisme maximaliste (CalliclÚs, Marquis de Sade) qui vise à multiplier et maximiser les sensations de plaisir

HĂ©donisme modĂ©rĂ© (Epicure) selon lequel le plaisir est le commencement et la fin (le dernier terme et le but) de la vie heureuse. Epicure ne fait pas la distinction entre plaisir sensible et intelligible, car il ne mĂ©prise pas le corps. La distinction passe entre les plaisirs Ă  fuir (faux biens → cruautĂ©) et les plaisirs Ă  suivre (vrais biens). Selon Epicure, tous les plaisirs sont un bien (car ils procurent une satisfaction) mais la jouissance de la cruautĂ© est un bien mais n’est pas Ă  suivre car:

éphémÚre

incompatible avec la vie sociale

criminel (souvent)

Il y a aussi des douleurs (un mal) mais qui sont nécessaires (ex. soins médicaux).

→ Tout plaisir n’est pas à suivre et toute douleur n’est pas à fuir, bien que tout plaisir soit un bien et toute douleur soit un mal.

Pour suivre l’hĂ©donisme modĂ©rĂ©, Epicure conseille de suivre les plaisirs compatibles avec la vertu. Il interdit la cruautĂ© selon le principe de l’eudĂ©monisme.

La douleur est certes un mal mais aussi un signal du crops et donc utile (ex. pour signaler que le corps est malade) donc elle n’est pas forcĂ©ment Ă  fuir. Ensuite, elle a un sens moral. L’hĂ©donisme est le contraire du dolorisme (selon lequel toute douleur physique est un bien dans l’idĂ©e que c’est par le corps que viendraient les plaisirs condamnĂ©s)

L’hĂ©donisme modĂ©rĂ© cherche Ă  optimiser (optimum: le souverain bien, vĂ©ritable but de nos actions) les plaisirs. Les plaisirs Ă  suivre sont donc ceux qui vont nous rapprocher du bonheur.

Dans le Gorgias, Socrate dit que le mĂ©chant n’est pas heureux car dans sa vision optimiste, le mĂ©chant serait envahi par les regrets. De plus, Socrate pense aussi que nul n’est mĂ©chant volontairement et que le mĂ©chant poursuit le bien mais se trompe de bien. Il y a donc une possibilitĂ© de le tourner vers le vrai bien avec la raison, de le rééduquer, lui faire changer d’avis. C’est selon cette idĂ©e que fonctionne la prison moderne: elle est censĂ©e ĂȘtre protectrice de la sociĂ©tĂ©, rĂ©paratrice pour la sociĂ©tĂ© et rééducatrice.

Il y a un argument que l’on peut opposer Ă  l’hĂ©donisme modĂ©rĂ©: selon John Stuart Mill, l’hĂ©donisme modĂ©rĂ© est vĂ©ritablement un ascĂ©tisme (cad qui va se priver de beaucoup de plaisirs) donc une vie peu sĂ©duisante. La modĂ©ration des plaisirs demande la discipline (rĂšgle habituelle de conduite qui s’impose). MĂȘme si l’épicurien se contente de peu dans le but de pouvoir ĂȘtre libre par rapport Ă  ses dĂ©sirs, il s’autorise un banquet de temps en temps.

John Stuart Mill soutient la thùse utilitariste selon laquelle le bien est l’utile (pour tous).

La diffĂ©rence entre CalliclĂšs et Socrate (ou le philosophe en gĂ©nĂ©ral) est que ce dernier a aussi connu le plaisir dĂ©mesurĂ© (ivresse, indigestion
) et les mauvaises consĂ©quences que l’excĂšs a provoquĂ©. Il en a donc tirĂ© des leçons et a appris Ă  se limiter/modĂ©rer. En revanche, l’hĂ©doniste maximaliste n’en a pas tirĂ© des conclusions et a continuĂ© Ă  excĂ©der les plaisirs.


Chapitre 4: Le langage

Texte: Essai sur l’origine des langues

Le texte est Ă©crit Ă  la suite d’une polĂ©mique sur la musique (faut-il chanter en italien ou en français, langue natale)

Rousseau ne dĂ©fend pas la thĂšse de l’invention de la parole (au sens technique, comme un savoir-faire)

Si on considĂšre que le langage est un moyen de faire passer des informations, on laisse Ă©chapper la spĂ©cificitĂ© du langage. Rousseau critique la thĂšse selon laquelle le langage n’est qu’un instrument de communication.

“Cela dut ĂȘtre”: Rousseau fait de la spĂ©culation philosophique, nĂ©cessaire pour des sujets oĂč on a pas de faits (comme pour origine des inĂ©galitĂ©s): “Commençons donc par Ă©carter les faits car il ne touchent pas Ă  la question”

Pour Rousseau, sont d’abord apparus les sensations, puis sentiments et enfin des pensĂ©es (la raison est d’apparition tardive)

Selon Rousseau, la parole n’est pas nĂ©cessaire pour communiquer les besoins (dans l’état de nature, qu’il invente pour questionner l’état social) car les hommes n’ont qu’à se tourner vers la nature (chasser, pĂȘcher, cueillir
). Ainsi, ils vivent assez isolĂ©s les uns des autres.

En réalité, la nature nous est hostile et les premiers hommes vivaient en communauté pour pouvoir survivre.

Les passions nous rapprochent (alors que les besoins nous Ă©loignent), mĂȘme la haine est un attachement. Les besoins moraux (passions) sont tout aussi nĂ©cessaires Ă  notre vie que les besoins biologiques et Ă©conomiques. L’idĂ©e d’une hiĂ©rarchie des besoins est problĂ©matique.

Rousseau essaye donc de rapporter la parole aux besoins moraux. (l.9) Ce sont les passions qui font parler les premiers hommes, elles “arrachent” les premiers mots de leurs bouches. La nature est l’autrice de la parole, ainsi, l’homme ne maütrise pas la parole. Les premiùres paroles sont des chants, pas à proprement parler des signes.

La figure de style précÚde le style immédiat, le sens figuré précÚde le sens propre.

Exemple: en rencontrant un autre homme, je suis effrayĂ© (passion), je l’appelle gĂ©ant (sens figurĂ©). Avec l’expĂ©rience, je comprends que c’est juste un autre homme (sens propre).

Par consĂ©quent, selon Rousseau, l’origine essentielle de la langue est la puissance d’expression.