French

1°) Les formes poétiques dans l'œuvre :

a) Entre tradition :

Le sonnet est la forme dominante du recueil de Rimbaud. C'est une forme fixe composée de deux quatrains et de deux tercets.

Et modernité :

Au XIXème, les poètes jouent avec ces règles strictes et écrivent des sonnets qu'on appelle « sonnets libertins ».

ABBA/ABBA/ Par exemple, le poème « La Maline », est un sonnet libertin avec un schéma de rimes qui s'écarte de la

CCD/EED tradition: ABAB / CACA/ DDE / AAE (rimes croisées, trois types de rimes dans les quatrains au lieu de

2°) Les tonalités poétiques :

Les tonalités poétiques dans les Cahiers de Douai

imbaud utilise des tonalités variées.

Procédés employés

Visée

Tonalité lyrique

Communiquer des sentiments et

ex.: « Sensation»

des sensations de manière poétique et musicale

Tonalité satirique

Dénoncer une cible clairement identifiée

Ex : « Le Mal»

(le pouvoir, une classe sociale, une personne...) en s'en moquant

Tonalité épique

Susciter l'admiration devant le combat

ex: « Le Forgeron »

spectaculaire d'un personnage face à une situation qui le dépasse

Tonalité pathétique

Susciter la compassion en insistant sur

ex; « Les Effarés » la souffrance

3°) Des niveaux de langue variés :

Voir réponse à la question 3

Bilan : Ces éléments montrent une première explication du caractère émancipateur de la poésie de Rimbaud. En effet, ce jeune poète s'affranchit des règles classique de la poésie et propose des poèmes libres et modernes.

Parcourez les huit premiers poèmes du recueil (p. 7-31). En quoi peut-on parler de variété sur le plan formel? Pour répondre, vous vous appuierez notamment sur la forme, la longueur des poèmes et des vers employés.

Tout d'abord, les huit premiers poèmes sont de longueur très différente. On compte parmi eux des poèmes très courts (comme «Sensation», qui n'est composé que de deux quatrains) mais aussi de très longs poèmes comme «Soleil et Chair» ou encore «Le Forgeron». En outre, Rimbaud alterne des poèmes à forme fixe, comme «Venus anadyomène» et «Le Châtiment de Tartufe», qui sont des sonnets, et des poèmes moins réguliers. Ainsi, «Le Forgeron» contient des strophes de longueurs irrégulières, entrecoupées de lignes de pointillés. De même, «Soleil et Chair» contient quatre sections hétéroclites dans leur forme. Enfin, même si l'alexandrin et l'isométrie dominent, Rimbaud utilise parfois des octosyllabes (dans «Première soirée» par exemple) et on note que «Bal des pendus» est hétérométrique puisqu'il est composé d'alexandrins et d'octosyllabes. Ainsi, bien que tous les poèmes soient rimés, une impression de variété se dégage des huit premiers poèmes du recueil.

2 Les poésies des Cahiers de Douai ne présentent pas toutes la même tonalité et abordent des thèmes très différents.

Relevez parmi les 8 premiers textes un poème sur l'amour adolescent, un poème satirique et un poème d'inspiration historique. Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des procédés de style et des citations précises.

Les huit premiers poèmes des Cahiers de Douai offrent effectivement une palette de tonalités et de thèmes très différents. On trouve tout d'abord des poèmes évoquant l'amour et la jeunesse. Les deux premiers, «Sensation» et «Première soirée», peuvent constituer deux exemples. Dans «Première soirée», l'émoi adolescent transparaît dans un certain nombre d'expressions évoquant la sensualité: «fort déshabillée» (v. 1 et 29), «tout près, tout près» (v. 4 et 32), «mi-nue» (v. 6), «sur son sein» (v. 12), «sous la chemise» (v. 17)... En outre, tout le poème évoque la légèreté et le badinage. Il est écrit en octosyllabes, comprend plusieurs répétitions des mots «baisai» et «baiser» (v. 13, 22 et 27) et s'ouvre et s'achève sur l'hypallage évoquant les «arbres indiscrets» (v. 2 et 30), comme si la nature elle-même se faisait le témoin curieux et malicieux d'une scène intime...

À côté de ces textes sur la jeunesse et l'amour, on trouve également des poèmes plus grinçants et satiriques, comme «Bal des pendus» ou «Venus anadyomène». Dans le premier, Rimbaud parodie la fameuse «Ballade des pendus» de François Villon (1489). Dans cette réécriture, les pendus ne demandent pas la compassion et l'indulgence de leurs frères humains, mais s'adonnent plutôt à une sorte de danse macabre satirique. Des expressions grotesques comme «hurrah»

(v. 13 et 25) ou «hop» (v. 15) viennent animer leur mouvement, et le ton est enjoué malgré la description glauque et funèbre. Ainsi, sous la couleur médiévale qui rend hommage à Villon («paladin», v. 3, 42 et 43; «Saladin», v. 4 et 44), les pendus apparaissent comme des héros ridicules. Les différentes périphrases les désignant le soulignent («manchot aimable», v. 1 et 41; «petits pantins noirs grimaçant», v. 6; «gais danseurs», v. 13; «capitans funèbres», v. 29, etc.).

Enfin, «Le Forgeron» révèle une troisième facette de la poésie rimbaldienne. Il s'agit d'un poème d'inspiration historique imaginant un dialogue entre Louis XVI et un simple forgeron. À travers la confrontation de ces deux personnages que tout oppose, Rimbaud raille le «bon roi, debout sur son ventre» (v. 8) et glorifie l'artisan, qui devient un véritable porte-parole du peuple, éloquent et convaincant.

Le lexique utilisé par le poète varie également d'un poème à l'autre. Étudiez et comparez les niveaux de langue de «Soleil et Chair» (p. 18) et du «Forgeron» (p. 10), puis analysez l'effet produit.

Rimbaud n'hésite pas, d'un poème à l'autre, à varier les niveaux de langue. Ainsi, «Soleil et Chair» révèle l'incroyable culture classique du jeune poète grâce au grand nombre de divinités évoquées et à un lexique souvent savant et recherché (avec des mots comme «syrinx», v. 19; «Dryade», v. 118, ou encore «kallipige», v. 85). Au contraire, dans un tout autre style, «Le Forgeron» déploie un certain nombre d'expressions populaires comme «maraud» (v. 11), «Mon gars» (v. 43), «baraque» (v. 48) ou encore «palsembleu» (v. 50). Rimbaud semble ainsi vraiment rapporter au discours