notes : Faire la Guerre, Faire la Paix

Introduction: Formes de Conflits et Tentatives de Paix dans le Monde Actuel

La conflictualité est une situation intermédiaire entre la paix et la guerre, caractérisée par diverses formes de violence, y compris la violence physique, économique, et symbolique. Elle représente une rupture de la stabilité sociale et peut dégénérer en conflit ouvert.

La guerre est définie comme un conflit armé, souvent quantifié par un seuil de 1000 morts. Cependant, cette définition quantitative ne rend pas compte de la complexité des enjeux et des impacts humains, sociaux, économiques et environnementaux des conflits armés.

La paix est l'absence de guerre, mais aussi un état social caractérisé par la justice, l'équité, et le respect des droits humains. La paix durable implique la résolution des causes profondes des conflits et la construction de sociétés inclusives.

Diversité des Conflits et Essai de Typologies

Selon leur intensité

Les conflits varient en intensité, allant de simples tensions diplomatiques et économiques à des affrontements armés de haute intensité. La conflictualité représente un état latent entre la paix et le conflit, où les antagonismes sont présents mais ne se manifestent pas nécessairement par la violence physique. Elle peut inclure des crises politiques, des mouvements sociaux, des actes de désobéissance civile et des tensions intercommunautaires.

Selon l’espace géographique concerné

Les guerres conventionnelles opposent des États, tandis que les guerres intra-étatiques (civiles) se déroulent à l'intérieur d'un même État. Les conflits non conventionnels, tels que les cyberguerres, le terrorisme, et les conflits informationnels, ont une portée mondiale et mettent en cause des acteurs non-étatiques.

Selon les motivations qui les sous-tendent

Les conflits peuvent être motivés par des enjeux politiques (territoires, indépendance, contrôle du pouvoir), idéologiques (différentes conceptions du monde, diffusion d'idéologies politiques ou religieuses), religieux et culturels (coexistence difficile, prosélytisme armé, discrimination), ou économiques et sociaux (ressources naturelles, inégalités socio-économiques, accès à l'emploi). Ces motivations sont souvent imbriquées et peuvent évoluer au cours du conflit.

Selon leur nature et leurs modalités

Outre les conflits armés, il existe des guerres idéologiques (propagande, désinformation), économiques (protectionnisme, sanctions), scientifiques (espionnage industriel, course à l'innovation), et cyberguerres (piratage, désinformation en ligne, attaques contre les infrastructures numériques). Les guerres militaires se distinguent en conventionnelles (armées s'affrontant directement) et non conventionnelles (guérilla, terrorisme, opérations spéciales).

Diversification des Acteurs

Acteurs classiques des guerres conventionnelles

Les États et leurs armées sont les principaux acteurs. Des coalitions et alliances se forment pour des raisons stratégiques (OTAN) ou idéologiques. Les traités et accords internationaux régissent en principe les relations entre États, mais leur application est souvent sélective.

Les sociétés militaires privées (SMP) ou mercenaires offrent leurs services. Les organisations internationales comme l'ONU interviennent pour maintenir l'ordre mondial, souvent avec des mandats de maintien de la paix ou d'observation.

Acteurs non-conventionnels

Les groupes rebelles contestent le pouvoir lors de guerres civiles, cherchant à renverser le gouvernement ou à obtenir l'autonomie. Les groupes criminels (mafias, trafiquants de drogue) et terroristes internationaux (Al-Qaïda, Daech) sont également impliqués, finançant leurs activités par le crime organisé ou le soutien de puissances étrangères.

Modes de Résolution des Conflits

Les conflits peuvent se résoudre par des accords entre les belligérants (armistice, traité de paix) suite à une victoire militaire ou des négociations, souvent sous l'égide d'une médiation internationale. La mise en œuvre de ces accords est cependant complexe et peut nécessiter des mécanismes de suivi et de garantie.

L'intervention étrangère, unilatérale ou multilatérale (ONU), peut aussi mettre fin à un conflit, mais elle soulève des questions de légitimité et de respect de la souveraineté des États. Les interventions humanitaires sont parfois utilisées comme prétexte à des ingérences politiques.

Penser la Paix

Johan Galtung distingue la paix négative (fin de la violence directe) de la paix positive (éradication des causes profondes de la violence, comme la pauvreté, l'injustice et la discrimination). Bruno Arcidiacono identifie cinq types de paix : paix d'hégémonie (imposée par une puissance dominante), paix d'équilibre (reposant sur un rapport de forces), union fédérale, union confédérale, et directoire (gestion collective par plusieurs puissances).

La Dimension Politique de la Guerre

La guerre est intrinsèquement liée au pouvoir et à la politique, comme l'a souligné Clausewitz. Elle est un moyen pour les États de poursuivre leurs intérêts nationaux, d'étendre leur influence, ou de défendre leur sécurité.

La guerre « classique » des Temps modernes (XVIIe-XVIIIe siècles)

La "révolution militaire" transforme la guerre avec des armées plus grandes, mieux équipées et professionnalisées, liées à la construction des États modernes et à l'essor de la bureaucratie. Les innovations technologiques (artillerie, fortifications) jouent un rôle croissant.

Clausewitz, un théoricien de la guerre

Carl von Clausewitz (1780-1831) était un général prussien et théoricien militaire. Son œuvre maîtresse, De la Guerre (Vom Kriege), explore la nature de la guerre et son lien indissoluble avec la politique.

Concepts clés de Clausewitz:

  1. La guerre comme continuation de la politique : Clausewitz insiste sur le fait que la guerre n'est pas un acte isolé, mais un instrument politique. La guerre est un moyen pour atteindre un but politique, et elle doit être subordonnée à ce but.

  2. La trinité clausewitzienne : La guerre est un phénomène complexe impliquant trois éléments interdépendants : la violence originelle (le peuple), le jeu du hasard et de la probabilité (l'armée), et la raison (le gouvernement). Un équilibre entre ces trois éléments est essentiel pour mener une guerre efficace.

  3. Guerre absolue vs. guerre réelle : Clausewitz distingue la « guerre absolue », une abstraction théorique où la violence est illimitée, de la « guerre réelle », qui est toujours limitée par des contraintes politiques, sociales, économiques et pratiques. La guerre réelle est un compromis entre l'idéal de la guerre absolue et les réalités du monde.

  4. Friction : Clausewitz introduit le concept de « friction » pour décrire les difficultés imprévisibles et les retards qui surviennent inévitablement pendant la guerre. La friction peut résulter de facteurs tels que le brouillard de guerre, la fatigue, les erreurs de communication et la résistance de l'ennemi.

La guerre de Sept Ans

Exemple de guerre interétatique où la politique guide la conduite du conflit. Les causes et conséquences sont géopolitiques (rivalités coloniales, équilibre des puissances en Europe). Elle implique de nombreux acteurs et se déroule sur plusieurs continents. Elle se deroule de (1756-1763)

La guerre de masse à l’heure des nations (XIXe-XXe siècles)

Les guerres de la Révolution et de l'Empire marquent un tournant vers la « guerre absolue » avec des armées nationales, la mobilisation de toute la société, et des objectifs idéologiques (diffusion des idées révolutionnaires, nationalisme). La conscription devient la norme.

Les conflits de genres nouveaux au XIXe s.

Les guerres coloniales sont des outils politiques utilisés par les États européens pour étendre leur puissance, contrôler des territoires et des ressources, et affirmer leur prestige. Elles s'accompagnent de violence, d'exploitation et de domination culturelle. Un exemple de guerre coliniale est La conquête de l'Algérie par la France (1830-1847).

Les guerres du XXe siècle

Les deux conflits mondiaux sont des guerres totales visant à anéantir l'adversaire, mobilisant toutes les ressources économiques, humaines et technologiques des belligérants. La Première Guerre mondiale (1914-1918) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) sont des exemples paradigmatiques. La guerre froide remet en cause le modèle clausewitzien, avec une confrontation indirecte entre les superpuissances. Les guerres de décolonisation s'apparentent à des « petites guerres », souvent asymétriques, où les mouvements de libération nationale affrontent les puissances coloniales.

Les guerres « irrégulières » à l’âge des logiques transnationales (XXIe siècle)

Martin van Creveld remet en cause la pensée de Clausewitz, estimant que les guerres actuelles sont moins politiques qu'idéologiques ou ethniques, impliquant des acteurs non-étatiques et des formes de violence diffuses.

Les « guerres irrégulières » d’Al-Qaïda et Daech

Ces guerres se caractérisent par des acteurs non étatiques, des méthodes non conventionnelles (terrorisme, guérilla), et des motivations idéologiques (djihadisme, restauration d'un califat). Elles utilisent les nouvelles technologies de communication pour recruter, diffuser leur propagande et coordonner leurs actions.

Les guerres interétatiques classiques ont-elles disparu ?

Bien que moins fréquentes, elles persistent avec de nouvelles formes comme les cyberguerres (attaques informatiques contre les infrastructures critiques) et les interventions ciblées (frappes aériennes, opérations spéciales) visant à déstabiliser des régimes ou à lutter contre le terrorisme.

Le Défi de la Construction de la Paix

Construire la paix est un processus complexe qui va au-delà de la simple cessation des hostilités. Cela implique de traiter les causes profondes des conflits, de promouvoir la réconciliation, et de construire des institutions justes et inclusives.

Les étapes de la construction de la paix

Nécessitent des accords de cessez-le-feu, des négociations politiques, une application effective des accords, et une durabilité à long terme. Cela passe par la démobilisation des combattants, la reconstruction économique, la justice transitionnelle, et la réforme des institutions.

Les acteurs de la construction de la paix

Impliquent des États, des organisations internationales (ONU), des organisations régionales, et des acteurs de la société civile (ONG, associations, figures religieuses, leaders communautaires). La coordination de ces acteurs est essentielle pour assurer l'efficacité des actions de paix.

Les écueils de la paix

Incluent l'absence d'interlocuteurs crédibles, l'impossibilité de trouver un terrain d'entente, la reprise des hostilités, et la nécessité d'enraciner la paix dans les mentalités et les pratiques sociales.

Faire la paix par les traités du XVIIe au XXe siècles

Les traités de Westphalie (1648) marquent une révolution du droit international avec la reconnaissance de la souveraineté des États. Ce modèle est remis en cause par les guerres napoléoniennes et les nationalismes du XIXe siècle, qui conduisent à de nouveaux conflits.

Faire la paix par la sécurité collective depuis le XXe siècles

La Société des Nations (SDN) puis l'ONU visent à garantir la paix par la coopération internationale, la diplomatie préventive, le maintien de la paix, et les sanctions. L'ONU, malgré ses limites, joue un rôle crucial dans le maintien de la paix et la résolution des conflits.

Le Moyen-Orient : Conflits Régionaux et Tentatives de Paix

Le Moyen-Orient est une région de conflits complexes impliquant divers acteurs et enjeux, avec des conséquences mondiales.

Une région à forts enjeux et ressources

Dispose d'une situation stratégique au carrefour de trois continents, et de ressources convoitées (hydrocarbures, eau), suscitant des rivalités et des interventions étrangères.

La diversité culturelle

Est une mosaïque de peuples et de religions (sunnites, chiites, chrétiens, juifs), source de tensions et de conflits identitaires.

Une région instable

Est marquée par la contestation des frontières héritées de la colonisation, le fort nationalisme arabe, et les mouvements islamistes.

1945-1991 : des conflits surtout interétatiques

Engagent des acteurs internationaux (États-Unis, URSS) dans le contexte de la guerre froide, et sont marqués par le conflit israélo-palestinien, les guerres israélo-arabes, les crises pétrolières, et la montée de l'islamisme.

Depuis 1991 : des conflits intra-étatiques et transnationaux

Sont liés à la fin de la guerre froide, la mondialisation, les printemps arabes, et la montée du terrorisme islamiste (Al-Qaïda, Daech). Ils incluent des guerres civiles (Syrie, Yémen), des interventions extérieures (Irak, Libye), et des conflits régionaux (Iran vs Arabie saoudite).

Les tentatives de paix

Sont nombreuses mais souvent vaines, en raison de la complexité des enjeux, des divisions internes, et des ingérences extérieures. Elles incluent des négociations bilatérales ou multilatérales, des médiations internationales, des accords de paix, et des initiatives de réconciliation.

Conclusion

Les conflits et les tentatives de paix dans le monde actuel sont des phénomènes complexes et multiformes, liés à des enjeux politiques, économiques, idéologiques, et culturels. Leur compréhension nécessite une approche multidisciplinaire, tenant compte des contextes locaux et des dynamiques globales. La construction de la paix est un défi majeur du XXIe siècle, nécessitant la coopération de tous les acteurs et la mise en œuvre de solutions durables et inclusives.