đȘđŹMythologie | Quelques dieux Ă©gyptiens
Son nom signifie probablement âle trĂŽneâ â son hiĂ©roglyphe est un trĂŽne, et câest elle qui pose la lĂ©gitimitĂ© royale sur la tĂȘte du pharaon comme un couronnement. Mais elle transcende largement cette dĂ©finition.
Son Apparence
Isis est reprĂ©sentĂ©e comme une femme portant le hiĂ©roglyphe du trĂŽne sur la tĂȘte â parfois avec les ailes dâun kite dĂ©ployĂ©es, parfois sous forme dâoiseau entier aux ailes protectrices. Ses bras Ă©tendus protĂšgent comme des ailes.
Dans les reprĂ©sentations tardives elle porte le disque solaire cerclĂ© de cornes â syncrĂ©tisme avec Hathor, avec qui elle finit presque par fusionner.
Sa Nature â La Plus Puissante des DĂ©esses
Isis est la magicienne par excellence â la plus grande de toutes, celle dont la magie surpasse celle de tous les dieux. Elle est Weret Hekau â âla grande en magieâ.
Câest elle qui obtint le Ren Aa de RĂȘ par la ruse du serpent. Câest elle qui ressuscita Osiris. Câest elle qui protĂ©gea Horus enfant contre Seth. Câest elle qui guida NĂ©fertiti dans les labyrinths des dieux.
Elle représente simultanément :
LâĂ©pouse idĂ©ale â sa fidĂ©litĂ© absolue Ă Osiris malgrĂ© sa mort est le modĂšle du deuil conjugal.
La mĂšre idĂ©ale â sa protection dâHorus contre toutes les forces de Seth est le modĂšle de la maternitĂ©.
La magicienne absolue â aucun dieu ne lui rĂ©siste, aucun secret ne lui Ă©chappe, aucune barriĂšre ne lâarrĂȘte.
La guĂ©risseuse â elle guĂ©rit Horus piquĂ© par un scorpion, elle guĂ©rit RĂȘ mordu par son serpent. Ses formules mĂ©dicales figurent dans les papyrus.
Son Héritage Universel
Isis est la dĂ©esse la plus exportĂ©e de lâhistoire. Son culte sâest rĂ©pandu dans tout lâEmpire romain â de la Bretagne Ă la MĂ©sopotamie. Des temples dâIsis ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s Ă PompĂ©i, Ă Rome, Ă Paris (sous lâactuelle Ă©glise Saint-Germain-des-PrĂ©s). Ses images â la mĂšre tenant lâenfant divin â ont directement influencĂ© lâiconographie de la Vierge Marie tenant lâenfant JĂ©sus.
đș Anubis â Jnpw
Son nom est dâĂ©tymologie incertaine â peut-ĂȘtre liĂ© au mot Ă©gyptien pour âchien royalâ ou Ă une racine signifiant âdĂ©compositionâ. Les deux sont cohĂ©rents.
Son Apparence
Anubis est reprĂ©sentĂ© comme un homme Ă tĂȘte de chacal noir â ou comme un chacal allongĂ© sur un coffre, immobile, vigilant, les oreilles dressĂ©es. Sa couleur est le noir absolu â non pas la couleur de la mort dans le sens occidental, mais la couleur du limon fertilisant, de la renaissance.
Il est toujours calme. Jamais agitĂ©. Câest la prĂ©sence tranquille de celui qui a vu mourir tous les hommes et nâen est pas Ă©tonnĂ©.
Son Mythe
Anubis est le fils dâOsiris et de Nephthys â la sĆur dâIsis, Ă©pouse de Seth, qui sâunit secrĂštement Ă Osiris. Nephthys, craignant la colĂšre de Seth, abandonna lâenfant. Isis le trouva et lâĂ©leva comme son propre fils.
Quand Osiris fut tuĂ© et dĂ©membrĂ© par Seth, câest Anubis qui enseigna lâembaumement Ă Isis et qui prĂ©sida Ă la reconstitution et Ă la momification du corps â premier embaumement de lâhistoire du monde.
Ses RĂŽles
MaĂźtre de lâembaumement â Imy-ut â âCelui qui est dans les bandelettesâ. Il prĂ©side Ă tout le processus de momification. Les prĂȘtres embaumeurs portaient son masque lors des rituels.
Gardien de la nĂ©cropole â il veille sur les tombes et les corps embaumĂ©s. Sa statue gardait les trĂ©sors funĂ©raires de ToutĂąnkhamon.
Psychopompe â il guide les Ăąmes des morts jusquâĂ la salle du jugement. Il tient le dĂ©funt par la main â littĂ©ralement dans les reprĂ©sentations â et le prĂ©sente devant Osiris.
Peseur du cĆur â câest lui qui ajuste la balance lors du jugement, qui sâassure que la pesĂ©e est juste.
Gardien des secrets funĂ©raires â ses formules, ses gestes, ses connaissances Ă©taient les plus jalousement gardĂ©s de toute la religion Ă©gyptienne.
La Psychologie dâAnubis
Anubis est la seule grande divinitĂ© Ă©gyptienne qui ne soit ni terrible ni douce â qui soit simplement juste. Il ne juge pas avec Ă©motion. Il ne favorise ni ne punit. Il fait son travail avec une prĂ©cision absolue et une tranquillitĂ© complĂšte.
Dans un panthĂ©on peuplĂ© de divinitĂ©s passionnĂ©es, vengatives, amoureuses et capricieuses â Anubis est la figure de lâĂ©quanimitĂ© pure. La mort ne lâĂ©meut pas. Elle lâintĂ©resse.
đȘ Seth â Stáș
Son nom est dâĂ©tymologie dĂ©battue â peut-ĂȘtre âle pilierâ, ou âcelui qui effraieâ, ou une racine signifiant âtumulteâ. Son animal â le sha â nâa jamais Ă©tĂ© identifiĂ© avec certitude : longues oreilles pointĂ©es, museau carrĂ©, queue dressĂ©e et fourchue. Aucun animal rĂ©el ne lui correspond. Il est peut-ĂȘtre le seul dieu Ă©gyptien dont lâanimal est mythique.
Son Apparence
Seth est reprĂ©sentĂ© comme un homme Ă tĂȘte de lâanimal de Seth â ce crĂ©ature indĂ©terminĂ©e qui dĂ©range prĂ©cisĂ©ment parce quâelle nâappartient Ă aucune catĂ©gorie connue. Parfois rouge â couleur du dĂ©sert, de la violence, du chaos.
Sa Nature â Le Mal NĂ©cessaire
Seth est le personnage le plus mal compris de tout le panthĂ©on Ă©gyptien â et le plus complexe.
Il nâest pas le diable. Il nâest pas simplement âle mĂ©chantâ. Il est le chaos nĂ©cessaire â la force qui dĂ©range lâordre pour lâempĂȘcher de devenir stagnation.
Sa liste de crimes est longue : il tua Osiris, dĂ©membra son corps, persĂ©cuta Horus pendant des annĂ©es, viola Horus lors dâun procĂšs divin dans une tentative de domination humiliante.
Mais Seth est aussi le seul dieu capable de repousser Apophis. Chaque nuit, il se tient Ă la proue de la barque solaire et harponnĂ© le serpent du chaos absolu. Sans Seth â il nây aurait pas de soleil le matin. Le chaos combat le chaos. La violence dĂ©fend contre la violence totale.
Ses Domaines
Le dĂ©sert â deshret, la terre rouge stĂ©rile au-delĂ du Nil fertile. Son territoire est hors du monde humain.
Les tempĂȘtes â la foudre, le tonnerre, les vents violents du dĂ©sert (khamsin).
Les pays Ă©trangers â lâĂ©tranger, lâinconnu, ce qui vient dâailleurs.
La force brute â la guerre non ritualisĂ©e, la violence pure, lâexcĂšs de force.
La Réhabilitation de Seth
Ă certaines pĂ©riodes de lâhistoire Ă©gyptienne, Seth Ă©tait vĂ©nĂ©rĂ© comme un grand dieu â les pharaons ramesside portaient son nom avec fiertĂ© (SĂ©this Ier, SĂ©this II). Dans les nomes du dĂ©sert occidental, il Ă©tait le dieu principal. Les mercenaires Ă©trangers au service de lâĂgypte lâadoraient particuliĂšrement.
Ce nâest quâaprĂšs la domination hyksos â qui avaient adoptĂ© Seth comme dieu protecteur â que sa rĂ©putation en prit dĂ©finitivement un coup. Lâassociation Seth-envahisseurs-chaos lâavait trop marquĂ©.
đż Imhotep â Jj-m-áž„tp â Le Dieu des GuĂ©risseurs
Son nom signifie âCelui qui vient en paixâ â ii (venir) + m (en) + hotep (paix, satisfaction).
Son Origine â LâHomme Devenu Dieu
Imhotep est lâun des cas les plus fascinants de toute lâhistoire religieuse mondiale â un homme historique rĂ©el qui fut divinisĂ©.
Il vĂ©cut sous le pharaon Djoser (~2650 av. J.-C.) â IIIe dynastie. Ses titres officiels Ă©taient vertigineux : Grand PrĂȘtre dâHĂ©liopolis, Chancelier du Roi de Basse-Ăgypte, Premier sous le Roi, Administrateur du Grand Palais, Noble HĂ©rĂ©ditaire, Grand PrĂȘtre dâHĂ©liopolis, Constructeur, Sculpteur en Chef, Fabricant de Vases en Pierre.
Et architecte de la premiĂšre pyramide de lâhistoire â la pyramide Ă degrĂ©s de Saqqarah.
Et médecin.
Et scribe.
Et astronome.
Ce nâĂ©tait pas un homme ordinaire. Il Ă©tait ce que les Ăgyptiens appelaient un sage (si) â quelquâun dont lâintelligence et les connaissances dĂ©passaient tellement le commun quâelle semblait dâessence divine.
Sa Divinisation Progressive
Deux mille ans aprĂšs sa mort, Imhotep Ă©tait devenu un demi-dieu. Cinq cents ans encore plus tard, il Ă©tait un dieu Ă part entiĂšre â ses temples servaient de lieux de guĂ©rison, ses statues recevaient des offrandes, les malades dormaient dans ses sanctuaires pour recevoir ses prescriptions en rĂȘve.
Ce processus â un homme tellement sage quâil devient divin â est unique dans le panthĂ©on Ă©gyptien. Les autres dieux nâĂ©taient jamais des hommes. Imhotep si.
Les Grecs lâidentifiĂšrent Ă AsclĂ©pios â leur propre dieu de la mĂ©decine, lui aussi fils dâun dieu et dâune mortelle, lui aussi guĂ©risseur prodigieux.
Son Apparence Divine
Imhotep est reprĂ©sentĂ© comme un homme au crĂąne rasĂ©, assis, tenant un papyrus dĂ©roulĂ© sur les genoux â lâimage parfaite du scribe-mĂ©decin en train de lire ou de consulter ses textes. Il ne porte pas dâattributs divins extraordinaires â pas de tĂȘte dâanimal, pas dâarmes, pas de couronnes Ă©laborĂ©es. Juste un homme. Un homme qui lit.
Câest la plus humble et la plus humaine des reprĂ©sentations divines de tout le panthĂ©on.
Ses Sanatoria
Ă la Basse Ăpoque de nombreux malades visitent les sanctuaires des dieux guĂ©risseurs tels quâImhotep et Amenhotep fils de Hapou (tous deux des mortels divinisĂ©s) dans lâespoir dâobtenir la guĂ©rison.
Ses temples â notamment Ă Memphis et Ă PhilĂŠ â fonctionnaient comme des hĂŽpitaux sacrĂ©s. Les malades venaient de tout lâEmpire, sâinstallaien dans lâenceinte du temple, jeĂ»naient, se purifiaient, et dormaient â attendant quâImhotep vienne les visiter en rĂȘve et leur prescrire un remĂšde.
Des stĂšles de remerciement retrouvĂ©es Ă Saqqarah tĂ©moignent de guĂ©risons attribuĂ©es Ă Imhotep â cataracts disparues, stĂ©rilitĂ©s guĂ©ries, maladies chroniques rĂ©solues.
Ce quâil ReprĂ©sente
Imhotep reprĂ©sente quelque chose de profondĂ©ment diffĂ©rent des autres dieux â il reprĂ©sente lâidĂ©e que la connaissance humaine elle-mĂȘme peut devenir divine. Que lâintelligence portĂ©e Ă son sommet touche Ă quelque chose qui dĂ©passe lâhumain ordinaire.
Il nâĂ©tait pas nĂ© dieu. Il le devint. Parce quâil savait â parce quâil cherchait â parce quâil guĂ©rissait.