Processus psychopathologiques - Episode dépressif majeur

UPEC

UNIVERSITÉ PARIS-EST CRÉTEIL

FACULTÉ DE SANTÉ
UE 2.6.S5 - Processus psychopathologiques
Episode dépressif majeur

I. Introduction

  • Humeur : Disposition des individus à la gaieté ou à la tristesse.

    • Variations pathologiques de l'humeur :

    • Euphorie : Pathologie de la manie ou hypomanie.

    • Humeur dépressive : Dépression.

  • Diagnostic de trouble de l'humeur :

    • Type d'épisode : dépression ou manie ?

    • Dans quelle maladie : trouble dépressif récurrent, bipolaire, ou dysthymique ?


II. Episode Dépressif Majeur (EDM)

1. Prévalence

  • Fréquence :

    • La prévalence est de 5 à 6 % par an et 10 à 15 % sur la vie entière de présenter un episode dépressif majeur (EDM).

  • Sévérité :

    • Maladie mortelle !

    • 50 % des sujets qui se sont suicidés avaient un diagnostic de dépression.

    • Multiplie par 30 le risque de suicide.

    • 11 000 décès chaque année en France.

    • Ratio homme/femme : 1 homme pour 2 femmes.

2. Étiologies

  • Grande hétérogénéité des patients.

  • Interactions gènes-environnement.

  • Anomalies neurobiologiques (neuromédiateurs, vitamine D, inflammations…).

  • Anomalies en imagerie.

3. Facteurs de Risques

  • Rôle de l'environnement :

    • Événements de vie : enfance, traumatismes, deuil, stress…

    • Les facteurs environnementaux précipitent l'entrée dans la maladie en agissant sur un terrain vulnérable (vulnérabilité génétique).

4. Les symptômes
  • Instauration des troubles le plus souvent rapidement progressive.

  • Etat dépressif : rupture avec le fonctionnement antérieur, altération du fonctionnement socio-professionnel, souffrance morale, risque majeur de suicide.

  • Les troubles doivent persister au moins deux semaines et être présents presque tous les jours.

5. Humeur dépressive
(I)
  • Tristesse de l'humeur : intensité variable, mais différente du simple sentiment de « cafard », pouvant aller jusqu'à la douleur morale intense.

  • Sentiment d'ennui, irritabilité voire d'agressivité (dépression << hostile >>).

  • Colère : fréquent chez l'enfant et l'adolescent.

(II)
  • Trouble du contenu de la pensée (cognitions) :

    • Vision négative de soi, de l'avenir et de la réalité générale : déformation négative du traitement des informations.

    • Sentiment d'auto-dévalorisation (incapacité, infériorité, perte de l'estime de soi), culpabilité pouvant aller jusqu'à des idées délirantes.

(III)
  • Auto-apitoiement peut remplacer la culpabilité : sentiment d'incompréhension, projetant la responsabilité de ses troubles sur autrui.

  • Pessimisme fréquent, pouvant aller jusqu'aux idées délirantes de maladie incurable ou de ruine.

(IV)
  • Anhédonie : incapacité à ressentir du plaisir pour les situations habituellement agréables.

  • Anesthésie affective : incapacité à éprouver des sentiments pour ses proches ; vécu souvent douloureux accompagné de culpabilité.

6. Troubles Somatiques
(I)
  • Troubles de l'appétit :

    • Anorexie ou hyperphagie, variations de poids à quantifier.

  • Troubles du sommeil :

    • Insomnie d'endormissement (plus de deux heures par rapport à l'heure habituelle), réveils nocturnes ou réveils précoces sans possibilité de se rendormir.

  • Baisse de la libido.

(II)
  • Asthénie : fatigue intense ou fatigabilité peu améliorée par le repos ou le sommeil.

  • Certains symptômes, comme les douleurs physiques récalcitrantes, peuvent être au premier plan (dépression « masquée »).

  • Variations des troubles au cours de la journée (souvent plus intense le matin).

7. Troubles psychomoteurs
(I)
  • Ralentissement psychique (bradypsychie):

    • Troubles cognitifs : difficultés de concentration et de mémoire, allure pseudo-démentielle.

    • Difficulté de passer d'un thème à un autre avec des ruminations : mono-idéisme dépressif.

    • Pauvreté du discours jusqu'au mutisme.

(II)
  • Ralentissement moteur :

    • Lenteur des gestes (bradykinésie), délai dans l'initiation motrice, rareté des gestes jusqu'à la stupeur.

    • Pauvreté de la mimique (hypomimie jusqu'à l'amimie), lenteur du débit verbal, prosodie monocorde ou aprosodie (disparition des variations de l'intonation).

(III)
  • Agitation :

    • Activité fébrile improductive (anxiété au premier plan), ne tient pas en place, déambule.

    • L'agitation et le ralentissement ne sont pas mutuellement exclusifs.

(IV)
  • Inertie : manque d'initiative, indépendamment des stimulations environnementales.

  • Indécision : difficulté à prendre des décisions même pour des choses simples.

  • Incurie : négligence des soins corporels et de la tenue vestimentaire.

(V)
  • Aboulie : perte de la volonté, perte de l'envie de se projeter ou de réaliser des activités de la vie quotidienne.

  • Apragmatisme : incapacité à accomplir une action, même souhaitée.

  • Clinophilie : recours excessif à la position allongée sans nécessairement d'hypersomnie.

8. Troubles anxieux
  • Anxiété : non spécifique mais très fréquente dans la dépression.

  • Phobies, agoraphobie, nosophobie, trouble anxieux généralisé, attaque de panique.

  • Symptômes qui régressent le plus souvent avec la disparition de la dépression.

9. Critères de classification de l'OMS (ICD-10)
(I)
  • Définir le diagnostic et l'intensité de l'épisode actuel.

  • A. Critères généraux (obligatoires) :

    • Episode dépressif doit persister au moins deux semaines.

    • Episode non imputable à un trouble mental organique.

(II)
  • B. Présence d'au moins 2 des 3 symptômes :

    • Humeur dépressive ayant un degré nettement anormal, durant au moins deux semaines.

    • Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir pour les activités habituellement agréables.

    • Réduction de l'énergie ou augmentation de la fatigabilité.

(III)
  • C. Présence d'au moins un des symptômes :

    • Perte de la confiance en soi ou de l'estime de soi.

    • Sentiment injustifié de culpabilité excessive et inappropriée.

    • Pensées récurrentes de mort ou d'idées suicidaires, ou comportement suicidaire de n'importe quel type.

(IV)
  • Diminution de l'aptitude à penser ou à se concentrer.

  • Modification de l'activité psychomotrice.

  • Perturbation du sommeil.

  • Modification de l'appétit avec variation pondérale.


III. Les formes cliniques de dépression

  • Dépression mélancolique :

    • Sans caractéristiques psychotiques.

    • Avec caractéristiques psychotiques.

    • Avec caractéristiques catatoniques.

  • Dépression atypique.

  • Dépression saisonnière.

  • Dépression du post-partum.

  • Dépression secondaire.

1. Dépression mélancolique
(I)
  • Forme sévère de dépression.

  • Perturbation nette des activités professionnelles, sociales ou des relations.

  • Intensité des symptômes plus importante.

  • Culpabilité excessive ou inappropriée.

  • Agitation ou ralentissement psychomoteur marqué.

  • Anhédonie importante.

  • Anorexie et perte de poids significative.

(II)
  • Spécificité des symptômes :

    • Perte de plaisir pour toutes ou presque toutes les activités.

    • Absence de réactivité aux stimuli habituellement agréables.

    • Réveils précoces (au moins 2 heures avant l'heure habituelle).

    • Symptômes plus marqués le matin ou amélioration au cours de la journée.

(III) avec caractéristiques psychotiques
  • Idées délirantes ou hallucinations accompagnant le tableau dépressif :

    • Congruentes à l'humeur et contenant des thèmes dépressifs typiques (dévalorisation, culpabilité, mort, indignité).

    • Non congruentes à l'humeur (peut être indicatif de la schizophrénie).

    • Syndrome de Cotard ou syndrome de négation d'organe : conviction délirante du non-fonctionnement de certains organes.

(IV) avec caractéristiques catatoniques
  • Au moins deux des éléments suivants :

    • Immobilité motrice se traduisant par la catalepsie.

    • Activité motrice excessive (sans but et sans stimuli externes).

    • Négativisme extrême (résistance à toute consigne sans motif apparent).

    • Mouvements volontaires étranges : adoption de postures, mouvements stéréotypés, mimique grimaçante.

    • Écholalie, échopraxie.

2. Dépression atypique
  • Hypersomnie.

  • Hyperphagie (aliments sucrés) avec prise de poids.

  • Sensation de lourdeur dans les membres.

3. Dépression saisonnière
  • Répétition des épisodes dépressifs à la même période de l'année (automne, hiver).

  • Altération des rythmes circadiens ?

  • Spécificité du traitement : luminothérapie.

4. Dépression du post-partum
  • Perturbations des interactions précoces « mère-enfant ».

  • Survient dans les quatre semaines suivant le post-partum.

  • À distinguer du « baby blues » : survient dans les jours suivant l'accouchement et disparaît spontanément en quelques jours.

5. Dépression secondaire
  • iatrogènes : médicamenteuses, toxiques.

  • Pathologies psychiatriques : troubles anxieux, troubles de la personnalité, schizophrénie, états délirants chroniques, alcoolisme, toxicomanie.

  • Pathologies somatiques :

    • Neurologiques : démences, tumeurs, AVC.

    • Endocriniennes, infectieuses.


IV. Trouble dépressif récurrent

  • Survenue d'au moins deux épisodes dépressifs majeurs, avec un intervalle libre d'au moins deux mois.

  • 8 à 12% de la population générale sur la vie entière.

  • 80% des patients avec un EDM vont récidiver au cours de leur vie.

  • Risque d'accélération du risque de récidive et de chronicisation.

Trouble dysthymique
  • Trouble chronique d'une durée minimum de deux ans.

  • Humeur dépressive pratiquement toute l'année, sans intervalle libre supérieur à deux mois.

  • Asthénie chronique, sentiment de perte d'espoir, troubles du sommeil et de l'appétit.


V. Cas cliniques

(I) Cas de Monsieur G
  • Âgé de 45 ans, présenté aux urgences, accompagné de son épouse.

  • Adresse de son médecin traitant pour fatigue persistante depuis plusieurs semaines et amaigrissement.

  • Anxiété liée à des soucis professionnels, humeur triste, amaigrissement récent de 5 kg.

  • À l’entretien, il est figé, visage inexpressif, réponses lentes et sur un ton monocorde.

  • Se plaint de difficultés de concentration, fatigue intense, insomnie, et racines de pensées suicidaires.

  • Refus des soins.

(II) Cas de Monsieur B
  • Âgé de 53 ans, arrive aux urgences, amené par les pompiers.

  • Tentative de suicide après l'avoir vu essayer de se jeter dans la Marne.

  • À l'examen, il est calme, sans mouvement, répond lentement.

  • Pense qu'il est responsable de tout « le mal que j'ai fait ».

  • Explications de sa femme : licenciement, fatigabilité, perte d'énergie, perte de 14 kg en 3 mois.

Réponses des cas cliniques
  • Episode dépressif majeur : tristesse de l'humeur, asthénie, anhédonie, amimie, voix monocorde, idéations suicidaires, troubles du sommeil, dévalorisation.

  • Dépression mélancolique : idées de dévalorisation, incapacité, incurabilité, risque suicidaire élevé, réveil matinal précoce, amaigrissement.

  • Hospitalisation : SDT car risque suicidaire élevé et refus de soins.

  • Recherche d'antécédents maniaques ou troubles bipolaires.