Chapitre 1 : Suites et Séries de Fonctions

Chapitre 1: Séries de Fonctions

Ce chapitre porte sur la convergence des suites de fonctions, en commençant par la convergence simple et en progressant vers des notions plus fortes comme la convergence uniforme et normale.

Introduction

  • Convergence Simple : Une suite de fonctions (fn)(fn) définies sur un intervalle IRI ⊂ R converge simplement vers une fonction ff si pour tout xIx ∈ I, la suite (fn(x))(fn(x)) converge vers f(x)f(x).

    L'espace d'arrivée est généralement R\R ou C\mathbb{C}, ou un espace vectoriel normé de dimension finie sur R\R, comme Mn(C)M_n(\mathbb{C}).

  • Convergence Uniforme : Pour préserver les propriétés de régularité, on introduit la convergence uniforme : fnf_n converge uniformément vers ff sur II si supxIfn(x)f(x)0\sup_{x∈I} |f_n(x) − f(x)| → 0. Si on travaille dans un espace vectoriel normé, le module est remplacé par une norme. Une limite uniforme de fonctions continues est continue.

  • Théorème de Weierstrass : Toute fonction continue sur un intervalle compact II est une limite uniforme sur II de fonctions polynomiales.

  • Pour les suites de fonctions fnf_n de classe C1C^1, le caractère C1C^1 est préservé si les fnf_n et leurs dérivées convergent uniformément.

  • Pour préserver le caractère CkC^k, il faut que les suites de dérivées (fn(j))(f_n^{(j)}) convergent uniformément pour tout 0jk0 ≤ j ≤ k.

  • Dans le cadre des séries de fonctions, on gagne la notion de convergence normale, plus forte que la convergence uniforme et sans équivalent pour les suites. Cette convergence permet de ramener l'étude de la convergence uniforme d'une série de fonctions à celle d'une série de réels positifs.

  • Transformation d'Abel : Si la convergence normale ne s'applique pas, on peut utiliser une transformation d'Abel à paramètre pour montrer la convergence uniforme.

  • La question centrale est : Est-ce que limfn=limfn\lim \int f_n = \int \lim f_n ? La réponse est négative pour la convergence simple mais positive si la convergence est uniforme sur un intervalle compact ([a,b])([a, b]).

I. Suites de Fonctions

  • II désigne une partie de R\R. (fn)nN(f_n)_{n ∈ N} est une suite de fonctions sur II, i.e., pour chaque nn, fn:ICf_n : I → \mathbb{C}.

1. Convergence Simple
  • Définition : La suite (fn)nN(f_n)_{n∈N} converge simplement sur II si pour chaque xIx ∈ I, la suite (fn(x))n0(f_n(x))_{n≥0} converge.

  • (fn)(f_n) converge simplement vers ff sur II si pour chaque xIx ∈ I, fn(x)f(x)f_n(x) → f(x) quand n+n → +∞. Avec des quantificateurs : ∀ x ∈ I, ∀ ε > 0, ∃ n_0 ∈ N, ∀ n ≥ n_0, |f_n(x) − f(x)| < ε. Ici, n0n0 dépend de xx et de εε.

  • Propriétés élémentaires : si (fn)(f_n) et (gn)(g_n) convergent simplement vers ff et gg sur II et λCλ ∈ \mathbb{C}, alors fn+gnf_n + g_n (resp. λfnλf_n) converge simplement vers f+gf + g (resp. λfλf) sur II.

  • Exemples :

    • fn:xRxnRf_n : x ∈ \R \mapsto x^n ∈ \R converge simplement vers la fonction nulle sur R\R.

    • fn:xR(1+xn)nRf_n : x ∈ \R \mapsto (1 + \frac{x}{n})^n ∈ \R converge simplement vers l'exponentielle xRexRx ∈ \R \mapsto e^x ∈ \R sur R\R.

    • fn:x]0,1[min(n,1/x)Rf_n : x ∈]0, 1[ \mapsto \min(n, 1/x) ∈ \R converge simplement sur l'intervalle ]0,1[]0, 1[ vers f:x]0,1[1/xRf : x ∈]0, 1[\mapsto 1/x ∈ \R.

  • Une limite simple de fonctions bornées n'est pas nécessairement bornée.

  • Exemple :

    • Considérons la suite définie sur [0,1][0, 1] et pour n1n ≥ 1 par fn(x)=xnf_n(x) = x^n. Alors limnfn(x)=0\lim_{n→∞} f_n(x) = 0 si x[0,1[x ∈ [0, 1[, et limnfn(1)=1\lim_{n→∞} f_n(1) = 1. Autrement dit, (fn)n1(f_n)_{n≥1} converge simplement vers ff sur [0,1][0, 1]

    f(x)={0amp;si x[0,1[1amp;si x=1f(x) = \begin{cases} 0 &amp; \text{si } x ∈ [0, 1[ \\ 1 &amp; \text{si } x = 1 \end{cases}. Cet exemple montre qu'une limite simple de fonctions continues n'est pas nécessairement continue.

  • Pour préserver le caractère borné ou la continuité, on envisage une notion plus forte de convergence.

2 Convergence Uniforme
  • Si une fonction g:ICg : I → \mathbb{C} est bornée (en particulier si gg est continue et I=[a,b]I = [a, b]), on définit g=supIg(x)\lVert g \rVert∞ = \sup_{I} |g(x)|.

  • Définition : La suite (fn)n0(f_n)_{n≥0} converge uniformément sur II vers ff si fnf0\lVert f_n − f \rVert_∞ → 0 quand n+n → +∞.

  • Cela sous-entend que pour chaque nn, la fonction fnff_n − f est bornée sur II.

    En termes de quantificateurs : ∀ ε > 0, ∃ n_0 ∈ \mathbb{N}, ∀ n ≥ n_0, \lVert f_n − f \rVert_∞ < ε et ∀ ε > 0, ∃ n_0 ∈ \mathbb{N}, ∀ n ≥ n_0, ∀ x ∈ I, |f_n(x) − f(x)| < ε, où n0n_0 ne dépend que de εε et pas de xx.

  • Exemples :

    • fn:x[0,1]xn(1x)Rf_n : x ∈ [0, 1] \mapsto x^n(1 − x) ∈ \R converge uniformément vers la fonction nulle sur [0,1][0, 1]. En effet, sup[0,1]fn=fn(nn+1)=1n+1(11n)n0\sup_{[0,1]} |f_n| = f_n(\frac{n}{n + 1}) = \frac{1}{n + 1} (1 − \frac{1}{n})^n → 0.

    • gn:x[0,1]nxn(1x)Rg_n : x ∈ [0, 1] \mapsto nx^n(1−x) ∈ \R converge simplement vers la fonction nulle sur [0,1][0, 1], mais pas uniformément puisque sup[0,1]gn=gn(nn+1)=nn+1(11n)ne1\sup_{[0,1]} |gn| = gn(\frac{n}{n + 1}) = \frac{n}{n + 1} (1 − \frac{1}{n})^n → e^{−1}.

  • Proposition : Si (fn)nN(f_n)_{n∈N} et (gn)nN(g_n)_{n∈N} convergent uniformément sur II, respectivement vers ff et gg, alors pour tout λCλ ∈ \mathbb{C}, (λfn+gn)nN(λf_n + g_n)_{n∈N} converge uniformément sur II vers λf+gλf + g.

  • Proposition : La convergence uniforme implique la convergence simple.

  • Théorème : Si (fn)nN(f_n)_{n∈N} est une suite de fonctions continues sur II qui converge uniformément sur II vers une fonction ff, alors ff est continue. Autrement dit, une limite uniforme de fonctions continues est une fonction continue.

  • Ce théorème peut s'interpréter comme un résultat de permutation de limite :

    limxx0(limnfn(x))=limxx0f(x)=f(x0)=limnfn(x0)=limn(limxx0fn(x))\lim_{x→x0} (\lim_{n→∞} f_n(x)) = \lim_{x→x0} f(x) = f(x_0) = \lim_{n→∞} f_n(x0) = \lim_{n→∞} (\lim_{x→x0} f_n(x)) .

  • Théorème : Soit (fn)n0(f_n)_{n≥0} une suite de fonctions C1C^1 sur I=[a,b]I = [a, b] telle que :

    1. la suite (fn)nN(f'_n)_{n∈N} converge uniformément sur II vers une fonction gg ;

    2. il existe un x0Ix_0 ∈ I tel que la suite (fn(x0))n0(f_n(x_0))_{n≥0} soit convergente.

Alors (fn)n0(f_n)_{n≥0} converge uniformément sur II vers une fonction ff de classe C1C^1, et f(x)=g(x)=limnfn(x)f'(x) = g(x) = \lim_{n→∞} f'_n(x) pour tout xIx ∈ I.

  • Ce théorème peut à nouveau s'interpréter comme un résultat de permutation de limite : pour chaque aIa ∈ I,

    f(a)=limxa(limnfn(x)fn(a)xa)=limn(limxafn(x)fn(a)xa)=limn+fn(a)f'(a) = \lim_{x→a} (\lim_{n→∞} \frac{f_n(x) − f_n(a)}{x − a}) = \lim_{n→∞} (\lim_{x→a} \frac{f_n(x) − f_n(a)}{x − a}) = \lim_{n→+∞} f'_n(a).

3 Le Théorème de Weierstrass
  • Nous montrons que toute fonction continue sur un intervalle compact y est limite uniforme de polynômes.

  • Théorème : Soit fC0([0,1],C)f ∈ C^0([0, 1], C) une fonction continue. On considère

Bn(x):=k=0n(nk)xk(1x)nkf(kn)B_n(x) := \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} x^k(1 − x)^{n−k} f(\dfrac{k}{n}) .

Alors la suite de fonctions polynomiales (Bn)(B_n) converge uniformément vers ff sur [0,1][0, 1].

4 Critère de Cauchy Uniforme
  • Proposition (Critère de Cauchy uniforme) : La suite (fn)nN(f_n)_{n∈N} converge uniformément sur II (vers une fonction ff) si et seulement si

∀ ε > 0, ∃ n_0 ≥ n, ∀ m, n ≥ n_0, ∀ x ∈ I, |f_n(x) − f_m(x)| < ε .

ou de façon équivalente

∀ ε > 0, ∃ n_0 ≥ n, ∀ m, n ≥ n_0, ||f_n − f_m||_∞ < ε.

II. Séries de Fonctions

1. Rappels Sur les Séries Numériques
  • Soit (E,)(E, \lVert · \rVert) un espace vectoriel normé de dimension finie. Étant donnée (un)EN(u_n) ∈ E^N une suite de vecteurs dans EE, on dit que la série nun\sum_n u_n converge si la suite des sommes partielles UN:=n=0NunU_N := \sum_{n=0}^N u_n converge dans (E,)(E, \lVert · \rVert).

  • Séries positives : Étant donnée une suite de réels positifs, la suite UN=n=0NunU_N = \sum_{n=0}^N u_n est une suite croissante de réels : soit elle est majorée et la série converge, soit UNU_N tend vers ++∞.

  • Pour étudier la convergence des séries numériques, il faut que la suite unu_n converge.

  • Corollaire : critère spécial “uniforme” des séries alternées :

    Soit (fn:XR+)(f_n : X \to \R_+) une suite d’applications convergeant uniformément vers 00. On suppose que, xX\forall x \in X, la suite (fn(x))(f_n(x)) est décroissante. Alors la série de fonctions n0(1)nfn\sum_{n \geq 0} (-1)^n f_n converge uniformément.

  • Théorème : critère de Cauchy uniforme) :

    Une série n0fn\sum_{n \geq 0} f_n d’applications de XX dans EE converge uniformément si, et seulement si, \forall\epsilon>0,\exists n\in\mathbb{N} tel que les inégalités q > p \geq N entraînent :

    xX,n=pqfn(x)ϵ\forall x \in X, ||\sum_{n=p}^q f_n(x)|| \leq \epsilon

  • Convergence uniforme : Soient XX un ensemble non vide et EE un e.v.n. complet? Considérons deux suites d’applications (fn:XR+)(f_n : X \to \R_+) et (gn:XE)(g_n : X \to E) telles que :

    1. xX\forall x \in X, la suite (fn(x))(f_n(x)) est décroissante.

    2. La suite de fonctions (fn:XR+)(f_n : X \to \R_+) converge uniformément vers 0.

    3. MN\exists M \in \mathbb{N} tel qie k=0ngk(x)M,nN||\sum_{k=0}^n g_k(x)|| \leq M, \forall n \in \mathbb{N} et xXx \in X.

    Sous ces hypothèses, la série de fonction n0fngn\sum_{n \geq 0} f_ng_n converge uniformément.

  • Théorème : Soit (fn:[a,b]R)(f_n : [a,b] \to \R) une suite de fonctions intégrables.

    Si la série n0fn\sum_{n \geq 0} f_n converge uniformément, sa somme ff est intégrable sur [a,b][a,b], et on a :

    abf:=ab(n=0+</span>fn)=n=0+(abfn)\int_a^b f := \int^b_a (\sum_{n=0}^{+ \infty} </span>f_n) = \sum_{n=0}^{+ \infty} (\int^b_a f_n)

  • Théorème : Soient II un intervalle de R\R, EE un e.v.n. réel de dimensions finie et (fn:IE)(f_n : I \to E) une suit de fonctions de classe C1C^1. On dait les hypothèses suivantes :

    1. aI\exists a \in I tel que n0fn(a)\sum_{n \geq 0} f_n(a) converge

    2. La série n0fn\sum_{n \geq 0} f’_n converge, uniformément sur II, vers une fonction g:IEg : I \to E.

    La série de fonctions n0fn\sum_{n \geq 0} f_n converge alors, uniformément sur tout compact de II, vers une fonction f:IEf : I \to E. De plus, ff est de classe C1C^1 sur II et f=gf’=g.