IV. 10. Les politiques de puissance dans le monde post-guerre froide
Les notions-clé:
Le monde post-guerre froide : un monde multipolaire = une multiplicité de puissances. La fin du monopole occidental sur la géopolitique mondiale
La bipolarité a-t-elle pour autant disparu? La réapparition d’une bipolarité en raison de l’émergence de la Chine
Les nombreux conflits et différentes approches nationales depuis la fin de la guerre froide ont créé des défis pour la stabilité du système international. Le monde peine à faire face à cette diversité de rivalités et de stratégies.
1. Les politiques post-guerre froide de la Russie et des USA
A/ Les nouvelles ambitions impériales de la Russie
S’enfonce (sinkt) en crise économique:
1991-1999: un pays sous perfusion (infusion) économique: prêts et aides perdus en corruption
Un retrait en tant que superpuissance mondiale mais une puissance régionale intacte:
Guerres de reconquête en Tchétchénie (1994-96 et 1999-2000)
Montre que la puissance russe n’est plus opératoire à l’échelle mondiale mais le reste à l’échelle régionale. Veut garder une ère d’influence la plus grande possible.
Soutien aux séparatismes des régions russophones en Géorgie (Abkhazie 1992, Ossétie du Sud 2008) pour affaiblir le nouvel Etat qui veut adhérer à l’UE et à l’OTAN.
Soutien au au séparatisme des régions russophones en Ukraine (annexion de la Crimée, printemps 2014) pour les mêmes raisons.
Renforcement des liens entre avec la Biélorussie (Union Russie- Biélorussie, 1999; soutien de la Russie à Alexandre Loukachenko après sa réélection contestée en 2020 ; septembre 2021 : annonce d’un renforcement de l’intégration économique entre les deux pays.
Depuis 1999 : retour sur la scène internationale:
Soutien à la politique états-unienne contre le terrorisme
Enrichissement du à la hausse des prix des matières premières
Rôle dans la crise syrienne 2011 : veto à toute intervention de l’ONU. Soutien militaire à Bachar Al-Assad (garder une influence au Moyen Orient). Intérêt pour la Syrie car porte ouverte sur la Méditerranée
L’invasion de l’Ukraine (printemps 2022): le retour de la puissance impériale russe?
la présence de populations russophones comme prétexte de l’invasion
la négation par Vladimir Poutine de l’existence d’une nation ukrainienne et la certitude d’une guerre courte
l’assujettissement accélérée de la Biélorussie: stationnement de troupes pour l’invasion de l’Ukraine; mars 2023: accord militaire et livraisons d’ogives nucléaires
Les sanctions économiques du monde occidental vis-à-vis de la Russie
Le monde divisé par la guerre en Ukraine (refus de la condamnation par les pays du Sud; ex: l’Inde)
La dépendance accrue de la Russie vis-à-vis de la Chine
B/ L’hyperpuissance américaine ?
Hyperpuissance car aucune autre superpuissance n’existe ou n’est capable de rivaliser avec elle depuis la chute de l’URSS. La disparition du communisme : la fin du rival historique des USA.
L’extension du projet de 1945 à l’échelle du monde : démocratie et capitalisme libéral. Un seul monde ? La globalisation et l’illusion de la convergence économique et politique du monde. Depuis les années 90, explosion des inégalités du monde.
Une diplomatie mondiale et ses limites:
L’adhésion des pays d’Europe de l’Est à l’OTAN après la chute du mur de Berlin. Entrée dans la zone d’influence occidentale et donc américaine.
L’Afrique (Somalie, 1993): Intervention américaine vouée à l’échec.
L’intervention en Yougoslavie (1999): les actions militaires de l'OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, en réponse à la crise au Kosovo. L'objectif était de mettre fin aux hostilités et de protéger la population kosovare
Le Moyen orient: sécuriser les approvisionnements en pétrole. La première guerre du golfe (1991). L’embargo contre l’Irak.
Le conflit israélo-palestinien : les limites de l’influence états-unienne.
Les USA face à la montée du terrorisme:
L’impopularité des Etats-Unis au Moyen Orient: soutien à Israël, embargo contre l’Irak après la première guerre du Golfe (1991)
Les attentats contre les US: World Trade Center (New York, 26 février 1993), tours de Khobar (Arabie Saoudite, 25 juin 1996) ambassades de Dar-es-salaam et Nairobi (Tanzanie et Kenya, 7 août 1998), USS Cole (Yemen, 12 octobre 2000), World Trade Center (New York, 11 septembre 2001).
9/11 : date charnière (Eckdatum) ; l’intervention en Afghanistan (2001) dans le cadre de l’ONU.
La deuxième guerre du Golfe (2003): une intervention unilatérale et la déstabilisation de l’Irak
Les difficultés d’une superpuissance face à un terrorisme global et non territorialisé
→ exception : l’épisode de l’Etat islamique, 2014-2018: Une donnée nouvelle de la géopolitique mondiale.
Du multilatéralisme à l’unilatéralisme (depuis 1994):
La présidence Bill Clinton : le désengagement des opérations de maintien de la paix de l’ONU à partir de 1994 ; la diminution de la quote-part états-unienne à l’ONU. Le refus de ratifier le traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires (1999).
La présidence de George W. Bush : en 2001, le refus de ratifier le protocole de Kyoto (1997) sur le climat ; l’intervention unilatérale en Irak sans l’aval de l’ONU (2003) ; le refus de joindre la Cour pénale internationale créée en 1998.
Barack Obama et le discours du Caire (juin 2009) : fin de l’interventionnisme US au Moyen Orient ; le refus d’intervenir en Syrie en 2013.
Donald Trump : America First. 2017 : retrait de l’accord de Paris (2015) sur le climat ; 2018 : retrait de l’accord sur le nucléaire iranien (2015) ; 2020: retrait de l’OMS.
Les premiers actes de Joe Biden : la poursuite du désengagement états-unien (retrait d’Afghanistan, septembre 2021). Style différent que Donald Trump mais continuité de sa politique étrangère.
2. Une nouvelle superpuissance : la Chine
- Depuis 1971: membre permanente du Conseil de Sécurité
- L’ère Deng Xiaoping: la libéralisation économique et la croissance
- L’absence d’ouverture politique (Tienanmen, 1989):
la répression brutale du mouvement pro-démocratie par le gouvernement chinois. À Tian'anmen, les manifestants demandaient des réformes politiques et démocratiques. Cependant, le gouvernement a réagi avec une intervention militaire, entraînant la mort de nombreuses personnes et réaffirmant la position politique fermée du régime chinois. Cet événement a eu des implications durables sur la politique intérieure chinoise, marquant la persistance d'une gouvernance autoritaire.
- Le durcissement totalitaire depuis l’arrivée de Xi Jinping (2012; président à vie depuis 2018):
Renforce son contrôle sur le pays de manière significative. Xi Jinping a consolidé le pouvoir du Parti communiste chinois (PCC) en intensifiant la répression politique, en resserrant la censure sur Internet, et en réprimant les voix dissidentes. Son programme politique, souvent appelé "le nouveau régime de Xi", vise à renforcer le contrôle du PCC sur tous les aspects de la société chinoise, y compris les entreprises privées, les médias et les institutions éducatives. Ces mesures ont suscité des préoccupations sur le recul des libertés civiles et des droits de l'homme en Chine.
- Une puissance nucléaire (1967) et spatiale (2003):
La Chine est devenue une puissance nucléaire en 1967 lorsqu'elle a mené son premier essai de bombe atomique. Ce développement a fait de la Chine le quatrième État au monde à détenir des armes nucléaires. En 2003, la Chine a franchi une étape significative en devenant une puissance spatiale avec le lancement réussi de son premier astronaute, Yang Liwei, à bord du vaisseau spatial Shenzhou 5. Depuis lors, la Chine a continué à faire des progrès importants dans son programme spatial, y compris des missions lunaires, la construction d'une station spatiale et l'exploration de Mars.
- La mise au pas des oppositions potentielles dans les « régions autonomes » (Tibet, Xijiang). L’assimilation forcée des Tibétains et des Ouighours (emprisonnement, séparation des familles, stérilisations, travail forcé)
- Les ambitions territoriales du nationalisme chinois:
La rétrocession de Hong Kong par le Royaume Uni (1997) et la mise au pas politique.
L’objectif d’annexion de Taiwan.
Les conflits frontaliers avec l’Inde (cf infra).
Tensions avec le Japon: les îles Senkaku (Diaoyu), japonaises et revendiquées par la Chine (inhabitées mais zone de pêche et ressources en hydrocarbures)
Tensions avec le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et les Philippines autour des îles Paracels et Spratleys revendiquées par la Chine.
- Présence de la base de Djibouti: première base chinoise à l’étranger, 2017:
Cette base stratégique est située à proximité d'autres bases militaires étrangères, y compris celles des États-Unis et de la France, renforçant ainsi la présence militaire chinoise dans la région. La base de Djibouti est considérée comme un élément de la stratégie d'expansion maritime de la Chine, renforçant sa capacité à protéger ses intérêts économiques et sécuritaires dans la Corne de l'Afrique et au-delà.
- Expansionnisme économique chinois : le projet des nouvelles Routes de la soie (2013) :
Un ensemble d’infrastructures (routes, ports, voies ferrées) destinées à développer les exportations chinoises, assurer l’approvisionnement du pays en matières premières et renforcer son influence dans l’économie mondiale.
- L’organisation de coopération de Shanghai (2001) :
Stabiliser les frontières en Asie après la dislocation de l’URSS.
Lutter contre le terrorisme.
Une organisation donnant à la Russie et à la Chine une influence régionale en contournant l’ONU.
3. Les puissances régionales
A/ L’Inde
La plus grande démocratie de la planète
Un essor économique spectaculaire depuis les années 1990
Une puissance nucléaire (1974) et spatiale (2007)
Les conflits avec le Pakistan au Cachemire (3 guerres 1947, 1965, 1971)
→ La rivalité avec la chine dans l’Himalaya: 4000 km de frontières contestées. La guerre de 1962 et la défaite indienne. L’affrontement diplomatique de l’été 2017: une guerre évitée de justesse
le durcissement nationaliste des années 2000-2010 (pogroms antimusulmans au Gujarat, 2002). Le BJP au pouvoir depuis 2014
la stratégie indienne du « multi-alignement »: membre du G20 et de l’Organisation de Coopération de Shanghaï, liens maintenus avec la Russie (achat de pétrole russe depuis le début de la guerre en Ukraine).
B/ Le Brésil
le retour à la démocratie (1985) après vingt ans de dictature militaire
L’essor (Aufschwung) économique des années 2000: La découverte de gisements pétroliers (Oelvorkommen) (2008)
Un vaste marché intérieur (216 millions d’hab en 2023)
Des responsabilités internationales croissantes (2004, mission de l’ONU en Haïti)
La revendication d’un siège au Conseil de sécurité
Une puissance régionale aux ambitions montantes mais avant tout économiques (9e rang mondial pour le PIB en 2019)
C/ Puissances rivales au Moyen Orient
L’affirmation récente de puissances régionales dans une région que les superpuissances ne maitrisent plus comme pendant la guerre froide:
La Turquie: la volonté de restaurer la puissance ottomane disparue en 1918 (interventions en Syrie et en Lybie)
L’Arabie saoudite: Le 1er ou 2e (selon les années) producteur de pétrole mondial. Près de 20% du pétrole exporté dans le monde. L’alliée historique des Etats-Unis dans la région. La gardienne de deux des lieux saints de l’Islam (La Mecque et Médine). Interventions dans la guerre civile au Yémen pour soutenir le pouvoir central yéménite)
L’Iran: le rival historique de l’Arabie saoudite. La volonté de créer une aire d’influence incluant l’Irak, la Syrie, le Liban (soutien aux milices chiites du Hezbollah) et le Yémen (soutien aux milices chiites Houtis en lutte contre le pouvoir central yéménite)
Israël: la principale puissance militaire du Moyen Orient. La normalisation de ses rapports avec les pays arabes: les Accords d’Abraham (2020) avec les Emirats Arabes Unis, le Bahrein, le Maroc, le Soudan, sous l’égide des Etats-Unis. Objectif: contrer la montée de l’Iran. Le corollaire: la question palestinienne passe au second plan de la géopolitique du Moyen Orient depuis les années 2010. Le durcissement de la politique israélienne et la disparition de la solution à deux Etats
D/ Quelle politique de puissance pour l’Europe
L’élargissement de l’OTAN depuis la chute de l’URSS:
1990: ex-RDA
1997: Pologne, Hongrie, République tchèque
2004: Estonie, Lettonie, Lituanie, Bulgarie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie
L’Eurocorps: 1992 ; depuis 2008 sous le contrôle de l’UE et ouvert à tous les États
Mais l’OTAN continue d’assurer la défense européenne
Le traité de Lisbonne (2009): un début de politique étrangère commune
La création d’un Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
La création d’un réseau d’ambassades dans le monde
La hésitation croissante des Etats-Unis à assurer la défense de l’Europe
La guerre en Ukraine: une charnière dans l’affirmation d’une Europe-puissance? Soutien militaire à l’Ukraine, sanctions vis-à-vis de la Russie, affirmation des pays de l’Est européen, avancée de l’idée de défense européenne