HI2-C11
Amnesty International et l'Évolution de l'Action Humanitaire Post-1945
Principes et modes d’action d’Amnesty International (AI)
Structure organisationnelle et mobilisation : * AI est une ONG de la société civile dont le cœur repose sur le volontarisme. * Le Quartier Général (Londres) : C'est la base professionnelle de l'organisation. Elle emploie un personnel qualifié et héberge le comité exécutif. * Le comité exécutif : Son rôle est de sélectionner les « prisonniers de conscience » (prisonniers politiques ou religieux) et d'examiner les cas individuels pour recommander leur « adoption » par les groupes locaux. * Les Groupes d'Adoption (Adoption Groups) : Ce sont des entités locales (par exemple, un groupe à l'Université de Genève) composées de membres volontaires qui se réunissent mensuellement.
Le principe d'adoption des prisonniers : * « Adopter » un prisonnier signifie que le groupe local prend en charge son cas, s'occupe de son suivi et entreprend des actions pour améliorer ses conditions de détention. * Le principe des trois régions : Pour garantir sa neutralité politique pendant la Guerre froide, chaque groupe d'AI doit obligatoirement adopter trois prisonniers issus de contextes différents : * Un prisonnier provenant d'un pays occidental (démocratie ou dictature). * Un prisonnier provenant d'un pays communiste. * Un prisonnier provenant d'un pays du Sud (Global South), peu importe son alignement politique. * Neutralité politique : L'objectif est qu'AI ne soit perçue ni comme pro-capitaliste, ni comme pro-communiste, mais comme une organisation purement dédiée aux droits humains.
Modes opératoires et impacts : * Campagnes de lettres : Des milliers de lettres sont envoyées aux gouvernements et aux chefs de prison. * Prise de conscience : Cette pression constante montre aux dirigeants que leurs actes sont observés par l'opinion publique mondiale. Le prisonnier de conscience n'est pas « oublié ». * Revendications types : * Amélioration des conditions de détention (doivent être acceptables). * Droit à un procès juste () avec un avocat de la défense. * Libération finale, car AI n'adopte que des personnes n'ayant pas commis d'actes violents. * Le principe de non-violence : C'est une base fondamentale d'Amnesty International ; les prisonniers ayant utilisé la violence ne sont généralement pas adoptés.
Le rôle d'Amnesty International dans la création des normes internationales
Trois modèles d'explications de l'émergence des normes : * Modèle Statocentré : Les normes résultent des conflits d'intérêts et des négociations entre États. * Modèle Institutionnel : Les organisations internationales (OI) influencent les agendas et obligent les États à argumenter de façon éthique et juridique. * Modèle de la Société Civile : L'accent est mis sur les acteurs non étatiques (ONG comme le CICR, AI, Human Rights Watch, Greenpeace). Ils articulent les demandes des sociétés (surtout dans les États libres) et exercent une pression sur les négociations étatiques.
Influence sur le cadre normatif de l'ONU : * L'ONU a initialement un mandat de promotion des droits humains, mais est limitée par le principe de non-ingérence inscrit dans sa Charte. * 1965 : Adoption de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (poussée par le Sud global). Mise en place d'un « comité politique » de supervision. * 1966 : Entrée en vigueur des deux pactes majeurs : le Pacte pour les droits civils et politiques (accompagné d'un comité de surveillance) et le Pacte pour les droits économiques et sociaux. * 1984 : Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ce texte est largement considéré comme le fruit de la campagne d'AI. * 1989 : Deuxième protocole facultatif au pacte relatif aux droits civils et politiques visant l'abolition de la peine de mort. * 2002/2006 : Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées (résultat direct des campagnes d'AI). * Protocole facultatif de 2002 : Établit le principe de la juridiction universelle contre la torture (permettant de juger un tortureur dans n'importe quel État adhérent, comme pour les cas de tortureurs syriens jugés en Allemagne ou en Belgique).
La relation entre Amnesty International et l'Organisation des Nations Unies (ONU)
Accréditation et statut : * AI détient un statut consultatif auprès de l'ECOSOC (Conseil économique et social des Nations Unies). * Le Conseil interroge AI ou utilise ses rapports pour ses propres délibérations sur les droits de l'homme.
Complémentarité et expertise : * Fiabilité des recherches : L'ONU reconnaît le besoin d'informations neutres ne provenant pas directement des gouvernements. * Indépendance financière : AI n'accepte aucun argent des États pour préserver son autonomie. * Pression externe : L'ONU, dépendant des États, utilise les rapports d'AI pour exercer une pression légitime sur les gouvernements fautifs.
Réforme du système onusien : * AI a souvent critiqué la Commission des droits de l'homme (créée en 1945/1946) pour être trop soumise aux diplomates. * Cette pression a mené au remplacement de la Commission par le Conseil des droits de l'homme pour améliorer la surveillance.
Les grandes campagnes et l'évolution thématique d'Amnesty International
Les Campagnes historiques (Guerre Froide) : * Années 1960 : Libération des prisonniers de conscience (notion créée par AI). * Années 1970 : Campagne contre la torture (en réaction aux dictatures d'Amérique latine). * Fin années 1960 / Années 1980 : Campagne contre les disparitions (pratique des dictatures niant la détention des opposants). * Fin années 1980 : Campagne contre les exécutions extrajudiciaires (meurtres d'opposants sans procès, comme les opposants argentins jetés d'avions).
Évolutions récentes (Post-Guerre Froide) : * Orientation vers les droits des peuples indigènes. * Focus sur les droits économiques, culturels et sociaux. * Transition vers une vision plus « tiers-mondiste » après les années 2000.
Reconnaissance internationale : * AI reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1977, un an après l'entrée en vigueur des pactes de 1966.
L'action humanitaire après la Seconde Guerre mondiale
Contextualisation temporelle : * Phase traditionnelle (jusqu'en 1970) : Domination du CICR. * Phase du sans-fontiérisme (dès 1971) : Naissance de Médecins Sans Frontières (MSF) et humanitarisme révolutionnaire. * Depuis 1990 : Renforcement du statut spécial du CICR (seul acteur non gouvernemental accrédité à l'Assemblée générale de l'ONU).
Types de conflits et influence sur l'action : * Guerres de décolonisation (dès 1945/1948) : Indonésie (1949), Algérie. * Guerres par procuration () : Conflits dominés par l'opposition USA/URSS (Angola, Éthiopie, Afghanistan). * Guerres asymétriques et civiles (depuis 1990) : Liées à l'effondrement des États. * Retour des conflits étatiques (depuis 2008/2022) : Interventions russes en Géorgie, Ukraine, etc.
Le renouveau de l'action humanitaire et la multiplication des ONG
Les agences onusiennes pionnières : * UNRRA (ANRUA) (1943) : Fondée avant l'ONU pour aider les zones libérées de l'Axe. Financée à par les États-Unis. * UNICEF (1946) : Protection de l'enfance dans les zones dévastées puis dans le monde entier. * HCR : Haut Commissariat pour les réfugiés. * UNRWA (ANRA) : Agence pour les réfugiés palestiniens (né du conflit de 1948).
L'aide humanitaire comme instrument politique (Guerre Froide) : * Soft Power américain : L'aide (Plan Marshall) vise à empêcher le basculement vers le communisme en Europe, puis en Asie et en Afrique. * Neutralité remise en cause : Dans ce contexte, l'action humanitaire devient un instrument de politique étrangère.
Nouvelle vague d'ONG : * CARE (1945) : . Envoi de colis en Europe. * Oxfam : Lutte contre la faim. * World Vision (1950) : Aujourd'hui le plus grand fournisseur d'aide international. * Organisations religieuses américaines : Lutheran World Relief, Catholic Relief Services, Church World Service. * MSF (1971) et Médecins du Monde (1980) : Nées en France, marquent le tournant de l'ingérence humanitaire.
Le cadre juridique et les crises humanitaires majeures de l'après-guerre
Les 4 Conventions de Genève (1949) : * Convention I : Blessés et malades sur terre. * Convention II : Blessés, malades et naufragés sur mer. * Convention III : Prisonniers de guerre. * Convention IV : Protection des civils (catégorie entièrement nouvelle). * Inclusion des guerres civiles : Les parties aux conflits internes doivent désormais respecter le droit humanitaire.
Études de cas classiques : * Palestine (1948) : de réfugiés. Le CICR demande la création d'une agence permanente car les ONG ne peuvent gérer un problème qui s'éternise. Naissance de l'UNRWA. * Guerre de Corée : Intervention de l'ONU pour repousser l'attaque de la Corée du Nord (soutenue par l'URSS et la Chine).
Informations relatives à l'examen (QCM)
Format : 60 questions, une seule réponse correcte par question.
Focus : * Compréhension des contextes historiques (ex: urgence post-guerre mondiale pour les enfants). * Modes d'action et principes (neutralité, indépendance, autorité morale). * Figures clés : Bertha von Suttner, Peter Benenson, Sean McBride, Count Bernadotte, Frank McTaggart. * Évolution générale des ONG.
Conseil de l'enseignant : Bien lire les alternatives, un seul élément faux rend la réponse invalide. Les dates précises sont moins importantes que le contexte global.