Définition de la cognition humaine : Elle fait référence à l'habileté de l'individu à apprendre, à penser et à communiquer.
Objectif de la psychologie cognitive : Viser la compréhension du fonctionnement et des limites de la cognition humaine.
Questions fondamentales abordées par la discipline :
* Pourquoi est-ce difficile de réaliser plusieurs tâches simultanément ?
* Comment l'utilisation du cellulaire affecte-t-elle la conduite automobile ?
* Pourquoi la mémoire est-elle une « faculté qui oublie » ?
* Existe-t-il des méthodes pour améliorer la mémoire ?
* Pourquoi une odeur peut-elle déclencher systématiquement un souvenir spécifique ?
* Pourquoi un étudiant peut-il échouer (obtenir un « D ») à un examen alors qu'il est convaincu de maîtriser la matière ?
* Qu'est-ce qui explique le phénomène du mot « sur le bout de la langue » ?
Nature des processus : Ces situations font référence à l'utilisation consciente ou inconsciente des processus de pensée et de traitement de l'information.
Méthode scientifique : La recherche utilise la méthode scientifique pour comprendre comment l'être humain traite et utilise l'information environnementale.
La Cognition selon Ulric Neisser (1967)
Définition exhaustive : La cognition désigne tous les processus mentaux par lesquels les stimulations environnementales sont transformées, réduites, élaborées, emmagasinées, rappelées et utilisées.
Les six utilités/fonctions du traitement de l'information :
* Transformées : L'information brute est modifiée. Par exemple, lors de la prise de notes, un étudiant transforme les propos du professeur pour les noter à sa manière.
* Réduites : L'information peut être réduite par l'oubli ou par un choix volontaire (résumé, sélection de mots-clés).
* Élaborées : On enrichit l'information en y ajoutant des exemples ou en faisant des liens avec des connaissances antérieures.
* Emmagasinées : Maintenir l'information en mémoire pendant un certain temps (ex: retenir une phrase du professeur juste avant de l'écrire).
* Rappelées : Processus de récupération, synonyme de rappel de l'information précédemment emmagasinée.
* Utilisées : L'information est employée pour une action concrète, comme l'étude en vue d'un examen.
Composantes de l'Étude de la Cognition
Les Processus : Unités élémentaires du fonctionnement mental qui constituent la base du traitement de l'information (ex: perception, mémoire, attention).
Les Fonctions : Activités cognitives supérieures reposant sur l'interaction entre les processus (ex: langage, résolution de problèmes, prise de décision).
* Exemple de résolution de problème : Nécessite l'attention (focalisée sur certains aspects) et la mémoire (récupération de la signification des objets).
Les Représentations mentales : Codes internes contenant les caractéristiques des objets représentés (ex: une image mentale).
L'Approche du Traitement de l'Information
Cadre théorique : C'est la façon de voir la cognition acceptée par la majorité des chercheurs.
Principes clés :
* Le système cognitif se décompose en étapes (processus).
* Le fonctionnement global repose sur l'interaction entre ces étapes.
* L'étude se fait via des tâches sur mesure permettant d'isoler des étapes spécifiques.
* L'analyse repose sur la performance lors de ces tâches.
Exemple : Reconnaissance d'un visage :
1. Perception : Les sens captent les caractéristiques du visage (stimulus).
2. Représentation : Formation d'une représentation mentale (« photographie » mentale avec les caractéristiques perçues).
3. Comparaison : La nouvelle représentation est comparée aux représentations déjà stockées en mémoire.
4. Réponse : S'il y a correspondance, il y a reconnaissance.
Utilité et Applications de la Psychologie Cognitive
Avancement des connaissances : Curiosité scientifique pour comprendre le fonctionnement et les limites (ex: capacité maximale de la mémoire en nombre d'items maintenus simultanément).
Neuropsychologie clinique : Renseigne sur le profil cognitif des pathologies.
* Exemple : Les troubles de la mémoire et de l'attention sélective chez les patients schizophrènes déterminent leur symptomatologie clinique.
Neurosciences : Établir des liens entre le cerveau (structure/activité) et la cognition.
* Exemple : Le maintien en mémoire est lié à l'activité du lobe préfrontal.
Ergonomie : Maximiser la performance humaine en milieu de travail à risque élevé (ex: contrôle du trafic aérien).
* Comprendre la cognition aide à prévenir les erreurs humaines.
* Guider la conception de systèmes technologiques (ex: tableaux de bord d'avions).
Distinctions avec les Domaines Connexes
Neurosciences vs Psychologie Cognitive :
* Les neurosciences se concentrent sur l'activité et la structure cérébrale.
* La psychologie cognitive se concentre sur le fonctionnement mental sans chercher systématiquement une localisation cérébrale.
* Les deux sont complémentaires car l'activité neuronale est la base de l'activité mentale.
Neuropsychologie clinique vs Psychologie Cognitive :
* La clinique traite de l'évaluation des déficits et des troubles à l'aide de tests standardisés.
* La cognitive traite de la recherche fondamentale sur le fonctionnement normal via des tâches expérimentales.
* Lien historique : Plusieurs tests cliniques (comme la tâche de J. Ridley Stroop de 1935 sur l'attention sélective) étaient initialement des tâches expérimentales.
Défis et Méthodes de Recherche
Science jeune : Moins de 100 ans d'indépendance vis-à-vis de la philosophie. Le progrès suit une structure en hélice (remise en question puis montée).
Inobservabilité : La cognition est abstraite ; le fonctionnement est inféré à partir de la performance.
Propriétés de la méthode expérimentale :
* Objectivité : Mesures comme le pourcentage de réussite ou le temps de réponse (contrairement à l'introspection).
* Rigueur : Contrôle des variables nuisibles (ex: éliminer le bruit ambiant).
* Testabilité : Possibilité de générer des prédictions vérifiables.
* Reproductibilité : Les résultats doivent se répéter dans différents contextes.
* Lien de causalité : Manipulation de variables indépendantes (VI) pour observer l'effet sur les variables dépendantes (VD).
Opérationnalisation : Transformer des construits abstraits en comportements mesurables (ex: vitesse de lecture = nombre de mots par minute).
Étude de Cas : Conway, Cohen et Stanhope (1991)
Objectif : Étudier l'oubli à très long terme.
Hypothèse : L'oubli augmente avec le temps.
Variables :
* VI1 : Intervalle de temps (11 niveaux, de 3 à 125 mois). Variable inter-participants.
* VI2 : Type de matériel (Concepts vs Noms). Variable intra-participants.
* VD : Pourcentage de bonnes réponses.
Résultats :
* Baisse du rappel avec le temps.
* La pente est plus forte pour les noms que pour les concepts (les noms s'oublient plus vite).
* Stabilisation à partir de 89 mois (environ 7 ans) : le niveau de rétention stagne à 25\, \text{%} et il n'y a plus d'oubli significatif par la suite.
Mesure du Temps de Réaction (TR)
Définition : Temps écoulé entre un stimulus et une réponse.
Les trois types de tâches :
1. Simple (A) : Appuyer dès qu'un stimulus paraît. Processus : Perception.
2. Go-Nogo (C) : Appuyer seulement pour un stimulus spécifique (ex: cercle vert). Processus : Perception + Catégorisation.
3. Au Choix (B) : Appuyer sur une touche différente selon le stimulus (ex: 'A' pour bleu, 'L' pour jaune). Processus : Perception + Catégorisation + Sélection de réponse.
Méthode soustractive de Donders :
* Perception=A
* Cateˊgorisation=C−A
* Seˊlection de la reˊponse=B−C
Historique : Des Philosophes Grecs au XIXe Siècle
Platon :
* Sensations = stimulations : la réalité perçue n'est pas la réalité physique.
* Métaphore de la tablette de cire : l'apprentissage laisse une « trace mnésique ». Plus la trace est difficile à marquer, plus elle dure.
Aristote :
* Distinction entre « se souvenir » (familiarité, choix de réponses) et « se rappeler » (remémoration consciente, développement).
* Croyait en l'imagerie mentale (visualisation du monde extérieur).
La Psychophysique (milieu du XIXe) : Gustav Theodor Fechner et Ernst-Heinrich Weber.
* Relation quantitative entre stimulus physique et expérience mentale.
* Exemple : Différence de poids. On distingue 10g de 20g, mais pas 500g de 510g, bien que l'écart absolu de 10g soit identique.
Le Structuralisme (fin XIXe) : Wilhelm Wundt (1er labo) et Edward Titchener.
* Étude de la structure de l'esprit via l'introspection.
* Limites : Résultats subjectifs et biaisés, varient d'une personne à l'autre.
Hermann Ebbinghaus et la Mémoire (1850-1909)
Opposé à l'introspection, il croit aux processus inconscients et à la rigueur expérimentale.
Méthode de l'épargne :
1. Apprentissage d'une liste de 13 syllabes sans signification (ex: RIP, SUM, FED).
2. Délai t.
3. Réapprentissage de la même liste.
4. \text{Épargne % } = \frac{\text{Temps initial} - \text{Temps réapprentissage}}{\text{Temps initial}} \times 100
Résultats : L'épargne diminue rapidement au début (ex: 50\, \text{%} après une heure) puis se stabilise avec de longs délais.
William James et le Fonctionnalisme (1842-1910)
Cherche l'utilité (pragmatique) de la cognition.
Ouvrage : « Principes de psychologie » (1890).
Contributions :
* Distinction Mémoire Primaire (court terme) et Mémoire Secondaire (long terme).
* Concepts d'attention sélective (focus sur un objet) et attention divisée (multiples objets).
Behaviorisme vs Réactions (Milieu du XXe)
Behaviorisme (Watson, Skinner) : Esprit = concept inutile. L'esprit est une « boîte noire » inobservable. Seule l'association Stimulus-Réponse (S−R) compte.
La Gestalt (Max Wertheimer) : Réaction au behaviorisme. Il existe un traitement actif entre S et R. Le contexte influence la perception (ex: le même signe peut être lu 'B' ou '13' selon son entourage).
Noam Chomsky (Linguiste) : Démontre que le modèle S−R ne peut expliquer l'acquisition du langage. Le langage repose sur des règles mentales permettant d'inventer une infinité de phrases.
L'Émergence de la Psychologie Cognitive Moderne
Le behaviorisme décrivait mais n'expliquait pas.
Inspiration des technologies (années 40-50) :
1. Réseaux de communication : Notions de capacité limitée, canaux de transmission, filtres, traitements parallèles et sériels.
2. Informatique : Analogie de l'ordinateur (encodage, stockage, manipulation de symboles).
Architecture cognitive inspirée de l'informatique :
* Registre sensoriel : Entrée des stimuli.
* Attention : Filtre l'information vers la Mémoire à court terme (MCT).
* MCT : Traitement volontaire, maintien actif, manipulation.
* Mémoire à long terme (MLT) : Encodage/consolidation et récupération de connaissances.