Cours 1: La Biodiversité Impensée: La Crise, Les Conséquences, Les Solutions

Introduction et Contexte Historique de la Biodiversité

  • Le concept d'« impensé » :     - La biodiversité est qualifiée d'« impensée » car, contrairement au climat ou à la météo qui sont des notions apprises et représentées dès le cercle familial, la biodiversité est plus difficile à se figurer.     - Historiquement, le terme « nature » était prédominant jusqu'aux années 19801980.

  • Jalons politiques et internationaux :     - 1992, Rio de Janeiro : Signature de la Convention sur la diversité biologique (CDB).     - Cette convention a été signée et ratifiée par 196196 États.     - Exception notable : Les États-Unis ne l'ont pas ratifiée pour éviter d'être contraints par ses dispositions.     - Conséquences : Les États signataires ont pris des engagements menant à l'intégration de la diversité biologique dans les politiques publiques.     - Malgré ces avancées, le mot « biodiversité » reste encore peu employé dans le langage courant aujourd'hui.

Définition et Niveaux d'Observation de la Biodiversité

  • Les trois niveaux d'observation du vivant :     1. Diversité génétique : Elle est à la base de l'adaptation et de l'évolution. Elle détermine la capacité des espèces à survivre et à évoluer dans le futur.     2. Diversité des espèces : Chaque espèce assure des fonctions spécifiques au sein de son environnement.     3. Diversité des écosystèmes : Elle concerne les relations entre les êtres vivants. Ces relations ne sont pas dues au hasard ; les différences génétiques influencent directement les interactions au sein de l'environnement.

  • L'asymétrie d'intérêt :     - La biodiversité est souvent « médiocrement considérée » par rapport au climat.     - Le débat public et l'intérêt général se focalisent massivement sur les enjeux climatiques, reléguant la biodiversité au second plan.

Caractéristiques et Présence Quotidienne du Vivant

  • La biodiversité dans les objets du quotidien :     - Le bois : un élément structurel et quotidien essentiel.     - Les vêtements : utilisation de fibres naturelles comme le coton.     - La tasse en argile : l'argile elle-même est dérivée de l'action de bactéries. Cela illustre l'action directe de la biodiversité sur le monde minéral.

  • Biais comportementaux et empathie :     - Nos relations d'empathie varient selon les êtres vivants (biais intrinsèques).     - Nous éprouvons une empathie naturelle plus forte pour les mammifères.     - Le rôle des médias : Ils renforcent ces biais en mettant en avant des espèces charismatiques. Cela crée une distorsion de perception : on peut avoir l'impression que certains animaux en voie de disparition sont encore nombreux car ils sont omniprésents à l'écran.

  • L'invisibilité de certains pans du vivant :     - Le trop petit : Les microbes et micro-organismes échappent à notre vue alors qu'ils sont partout.     - La lenteur : Les processus évolutifs se déroulant sur plusieurs générations sont trop lents pour être perçus à l'échelle d'une vie humaine.     - La fugacité : Certaines interactions sont éphémères et discrètes, comme le développement des racines (mycélium) des champignons.

Proportions et Dynamiques du Vivant

  • Réalité des proportions :     - Contrairement aux idées reçues, les plantes et les bactéries constituent la majeure partie du vivant, loin devant les animaux.     - Le microbiote humain : On compte environ 30000 milliards30\,000\text{ milliards} de bactéries dans le corps humain, soit autant que de cellules humaines. Nous sommes nous-mêmes composés de biodiversité.     - La densité du sol : On dénombre environ 1 milliard1\text{ milliard} de bactéries par gramme de sol.

  • Évolution rapide et réactivité :     - La biodiversité n'est pas statique ; certaines caractéristiques évoluent extrêmement vite.     - Exemple de l'antibiorésistance : Dans les milieux hospitaliers, certaines bactéries évoluent en seulement quelques jours pour résister aux antibiotiques, posant des problèmes sanitaires majeurs.

Services Écosystémiques et Contributions du Vivant

  • Dépendances fondamentales :     - Alimentation : Nous nous nourrissons exclusivement de biodiversité.     - Régulation climatique : La régulation du climat est un processus biologique. La biodiversité capte une partie importante du CO2CO_2 émis par les activités humaines.

  • Exemples de fonctions biologiques :     - Les Baleines : Elles jouent un rôle crucial dans le bilan carbone. En consommant du plancton, qui lui-même consomme des algues pratiquant la photosynthèse, elles participent activement au cycle du carbone.     - Les grands mammifères terrestres : Ils possèdent des fonctions similaires de régulation et de contribution à la santé des écosystèmes.

Ordres de Grandeur et État de la Crise

  • Chiffres de la diversité connue :     - Plus de 2 millions2\text{ millions} d'espèces sont actuellement recensées dans le monde.     - En France métropolitaine :         - 4000040\,000 espèces d'insectes, dont 55005\,500 pollinisateurs.         - 60006\,000 espèces de plantes.         - 15001\,500 espèces de vertébrés.

  • Artificialisation et biomasse :     - Depuis les années 19801980, le bétail pèse 22 fois plus que l'ensemble des humains.     - Le bétail pèse 1515 fois plus que tous les mammifères sauvages réunis.     - Le même déséquilibre existe pour la volaille domestique par rapport aux oiseaux sauvages.

  • La 6ème extinction de masse :     - Nous traversons une crise de la biodiversité caractérisée par une accélération sans précédent par rapport aux extinctions géologiques précédentes.     - Le problème majeur actuel est l'effondrement des populations.     - Projection : Sous 3030 ans, 1 million1\text{ million} d'espèces pourraient avoir disparu.

Statistiques Précises du Déclin

  • À l'échelle mondiale :     - 1 million1\text{ million} d'espèces menacées d'extinction d'ici quelques décennies.     - 1/31/3 des vertébrés seront en danger d'ici 20402040.     - 7%7\% des mollusques ont déjà disparu.

  • En France et en Europe :     - Oiseaux : Diminution d'1/31/3 de la population d'oiseaux en France en 3030 ans.     - Insectes : Perte de 70%70\% des insectes en Europe en seulement 1010 ans.     - Arbres : 42%42\% des espèces d'arbres sont en danger en Europe.

Causes du Déclin de la Biodiversité

  1. Déforestation : Processus extrêmement rapide réduisant les habitats naturels.
  2. Surpêche : Les populations de poissons ne parviennent plus à se renouveler. En France, le taux de surpêche atteint 40%40\%.
  3. Changement climatique : Entraîne des incendies de forêts et la mort des récifs coralliens. On prévoit la disparition d'1/31/3 de la biodiversité marine d'ici 3030 ans.
  4. Pollution : Inclut les plastiques, les pesticides et les insecticides. Les pesticides modernes sont jugés 10001\,000 fois plus toxiques que les anciens.
  5. Espèces envahissantes :     - On compte 3700037\,000 espèces exotiques, dont 35003\,500 sont considérées comme envahissantes (sans prédateurs naturels).     - Leur nombre a augmenté de plus de 70%70\% depuis 19701970.     - Exemple : Le moustique tigre. Ce problème ne se régule pas de manière autonome.

Conséquences de la Dégradation du Vivant

  • Stérilité des sols : 25%25\% des sols sont dégradés en France, ce qui limite les rendements agricoles (les cultures « plafonnent »).
  • Gestion de l'eau : La diminution de la végétation réduit la capacité de stockage de l'eau dans les milieux.
  • Santé publique : Augmentation des maladies infectieuses transmises par les animaux (zoonoses), menant à des épidémies.
  • Coût économique : La société paie aujourd'hui le prix des pollutions passées et des mauvaises pratiques agricoles.

Mesures leviers et Solutions

  • Actions concrètes :     - Adopter un comportement respectueux des écosystèmes pour induire des effets positifs réciproques.     - Création d'aires protégées.     - Remise en eau des zones humides.     - Transition agricole : Cultiver avec peu de pesticides (il est souligné qu'il y a assez de nourriture pour tous).     - Favoriser les circuits courts.

  • Économie et Politique :     - Ajuster les prix pour qu'ils reflètent le coût réel de production et non les coûts externalisés de la pollution.     - Élan collectif : Nécessité de trouver des compromis entre climat, biodiversité et ressources.     - Politiques publiques : L'effort et les connaissances doivent être partagés. Il faut sortir du déni collectif et se reconnecter à l'environnement.

Questions & Discussion

  • 1) Le changement d'usage des sols :     - C'est l'une des causes majeures du déclin. L'artificialisation est souvent suivie d'une pollution par les pesticides. Ce n'est cependant pas l'unique facteur de la crise.

  • 2) L'antibiorésistance :     - Bien que ce soit un phénomène naturel, le problème est exacerbé par l'élevage industriel. L'usage massif d'antibiotiques dans ces élevages sélectionne les bactéries résistantes qui prolifèrent. C'est inquiétant car, à terme, les antibiotiques pourraient ne plus fonctionner sur l'humain.

  • 3) Décision et technologie :     - Il existe un espoir démesuré dans les innovations technologiques. Cela peut provoquer un « effet rebond » où l'innovation crée d'autres effets négatifs.     - L'innovation n'est pas suffisante pour éliminer les impacts environnementaux.     - Réformes nécessaires : Il faut réformer l'agriculture et arrêter l'élevage industriel. L'innovation est jugée indispensable mais insuffisante à elle seule.