Cours 1: La Biodiversité Impensée: La Crise, Les Conséquences, Les Solutions
Introduction et Contexte Historique de la Biodiversité
Le concept d'« impensé » : - La biodiversité est qualifiée d'« impensée » car, contrairement au climat ou à la météo qui sont des notions apprises et représentées dès le cercle familial, la biodiversité est plus difficile à se figurer. - Historiquement, le terme « nature » était prédominant jusqu'aux années .
Jalons politiques et internationaux : - 1992, Rio de Janeiro : Signature de la Convention sur la diversité biologique (CDB). - Cette convention a été signée et ratifiée par États. - Exception notable : Les États-Unis ne l'ont pas ratifiée pour éviter d'être contraints par ses dispositions. - Conséquences : Les États signataires ont pris des engagements menant à l'intégration de la diversité biologique dans les politiques publiques. - Malgré ces avancées, le mot « biodiversité » reste encore peu employé dans le langage courant aujourd'hui.
Définition et Niveaux d'Observation de la Biodiversité
Les trois niveaux d'observation du vivant : 1. Diversité génétique : Elle est à la base de l'adaptation et de l'évolution. Elle détermine la capacité des espèces à survivre et à évoluer dans le futur. 2. Diversité des espèces : Chaque espèce assure des fonctions spécifiques au sein de son environnement. 3. Diversité des écosystèmes : Elle concerne les relations entre les êtres vivants. Ces relations ne sont pas dues au hasard ; les différences génétiques influencent directement les interactions au sein de l'environnement.
L'asymétrie d'intérêt : - La biodiversité est souvent « médiocrement considérée » par rapport au climat. - Le débat public et l'intérêt général se focalisent massivement sur les enjeux climatiques, reléguant la biodiversité au second plan.
Caractéristiques et Présence Quotidienne du Vivant
La biodiversité dans les objets du quotidien : - Le bois : un élément structurel et quotidien essentiel. - Les vêtements : utilisation de fibres naturelles comme le coton. - La tasse en argile : l'argile elle-même est dérivée de l'action de bactéries. Cela illustre l'action directe de la biodiversité sur le monde minéral.
Biais comportementaux et empathie : - Nos relations d'empathie varient selon les êtres vivants (biais intrinsèques). - Nous éprouvons une empathie naturelle plus forte pour les mammifères. - Le rôle des médias : Ils renforcent ces biais en mettant en avant des espèces charismatiques. Cela crée une distorsion de perception : on peut avoir l'impression que certains animaux en voie de disparition sont encore nombreux car ils sont omniprésents à l'écran.
L'invisibilité de certains pans du vivant : - Le trop petit : Les microbes et micro-organismes échappent à notre vue alors qu'ils sont partout. - La lenteur : Les processus évolutifs se déroulant sur plusieurs générations sont trop lents pour être perçus à l'échelle d'une vie humaine. - La fugacité : Certaines interactions sont éphémères et discrètes, comme le développement des racines (mycélium) des champignons.
Proportions et Dynamiques du Vivant
Réalité des proportions : - Contrairement aux idées reçues, les plantes et les bactéries constituent la majeure partie du vivant, loin devant les animaux. - Le microbiote humain : On compte environ de bactéries dans le corps humain, soit autant que de cellules humaines. Nous sommes nous-mêmes composés de biodiversité. - La densité du sol : On dénombre environ de bactéries par gramme de sol.
Évolution rapide et réactivité : - La biodiversité n'est pas statique ; certaines caractéristiques évoluent extrêmement vite. - Exemple de l'antibiorésistance : Dans les milieux hospitaliers, certaines bactéries évoluent en seulement quelques jours pour résister aux antibiotiques, posant des problèmes sanitaires majeurs.
Services Écosystémiques et Contributions du Vivant
Dépendances fondamentales : - Alimentation : Nous nous nourrissons exclusivement de biodiversité. - Régulation climatique : La régulation du climat est un processus biologique. La biodiversité capte une partie importante du émis par les activités humaines.
Exemples de fonctions biologiques : - Les Baleines : Elles jouent un rôle crucial dans le bilan carbone. En consommant du plancton, qui lui-même consomme des algues pratiquant la photosynthèse, elles participent activement au cycle du carbone. - Les grands mammifères terrestres : Ils possèdent des fonctions similaires de régulation et de contribution à la santé des écosystèmes.
Ordres de Grandeur et État de la Crise
Chiffres de la diversité connue : - Plus de d'espèces sont actuellement recensées dans le monde. - En France métropolitaine : - espèces d'insectes, dont pollinisateurs. - espèces de plantes. - espèces de vertébrés.
Artificialisation et biomasse : - Depuis les années , le bétail pèse fois plus que l'ensemble des humains. - Le bétail pèse fois plus que tous les mammifères sauvages réunis. - Le même déséquilibre existe pour la volaille domestique par rapport aux oiseaux sauvages.
La 6ème extinction de masse : - Nous traversons une crise de la biodiversité caractérisée par une accélération sans précédent par rapport aux extinctions géologiques précédentes. - Le problème majeur actuel est l'effondrement des populations. - Projection : Sous ans, d'espèces pourraient avoir disparu.
Statistiques Précises du Déclin
À l'échelle mondiale : - d'espèces menacées d'extinction d'ici quelques décennies. - des vertébrés seront en danger d'ici . - des mollusques ont déjà disparu.
En France et en Europe : - Oiseaux : Diminution d' de la population d'oiseaux en France en ans. - Insectes : Perte de des insectes en Europe en seulement ans. - Arbres : des espèces d'arbres sont en danger en Europe.
Causes du Déclin de la Biodiversité
- Déforestation : Processus extrêmement rapide réduisant les habitats naturels.
- Surpêche : Les populations de poissons ne parviennent plus à se renouveler. En France, le taux de surpêche atteint .
- Changement climatique : Entraîne des incendies de forêts et la mort des récifs coralliens. On prévoit la disparition d' de la biodiversité marine d'ici ans.
- Pollution : Inclut les plastiques, les pesticides et les insecticides. Les pesticides modernes sont jugés fois plus toxiques que les anciens.
- Espèces envahissantes : - On compte espèces exotiques, dont sont considérées comme envahissantes (sans prédateurs naturels). - Leur nombre a augmenté de plus de depuis . - Exemple : Le moustique tigre. Ce problème ne se régule pas de manière autonome.
Conséquences de la Dégradation du Vivant
- Stérilité des sols : des sols sont dégradés en France, ce qui limite les rendements agricoles (les cultures « plafonnent »).
- Gestion de l'eau : La diminution de la végétation réduit la capacité de stockage de l'eau dans les milieux.
- Santé publique : Augmentation des maladies infectieuses transmises par les animaux (zoonoses), menant à des épidémies.
- Coût économique : La société paie aujourd'hui le prix des pollutions passées et des mauvaises pratiques agricoles.
Mesures leviers et Solutions
Actions concrètes : - Adopter un comportement respectueux des écosystèmes pour induire des effets positifs réciproques. - Création d'aires protégées. - Remise en eau des zones humides. - Transition agricole : Cultiver avec peu de pesticides (il est souligné qu'il y a assez de nourriture pour tous). - Favoriser les circuits courts.
Économie et Politique : - Ajuster les prix pour qu'ils reflètent le coût réel de production et non les coûts externalisés de la pollution. - Élan collectif : Nécessité de trouver des compromis entre climat, biodiversité et ressources. - Politiques publiques : L'effort et les connaissances doivent être partagés. Il faut sortir du déni collectif et se reconnecter à l'environnement.
Questions & Discussion
1) Le changement d'usage des sols : - C'est l'une des causes majeures du déclin. L'artificialisation est souvent suivie d'une pollution par les pesticides. Ce n'est cependant pas l'unique facteur de la crise.
2) L'antibiorésistance : - Bien que ce soit un phénomène naturel, le problème est exacerbé par l'élevage industriel. L'usage massif d'antibiotiques dans ces élevages sélectionne les bactéries résistantes qui prolifèrent. C'est inquiétant car, à terme, les antibiotiques pourraient ne plus fonctionner sur l'humain.
3) Décision et technologie : - Il existe un espoir démesuré dans les innovations technologiques. Cela peut provoquer un « effet rebond » où l'innovation crée d'autres effets négatifs. - L'innovation n'est pas suffisante pour éliminer les impacts environnementaux. - Réformes nécessaires : Il faut réformer l'agriculture et arrêter l'élevage industriel. L'innovation est jugée indispensable mais insuffisante à elle seule.