Notes de cours complètes : Problèmes sociaux contemporains et Protection sociale protection
Introduction aux problèmes sociaux contemporains
Distinction fondamentale en sociologie : - Problèmes sociologiques : Désignent l’ensemble des problématiques liées aux relations humaines en général. - Problèmes sociaux : Réfèrent spécifiquement aux rapports de force et aux disparités entre les diverses classes de la société (notamment l’écart entre les riches et les pauvres).
Gestion publique : Dans les pays développés, les problèmes sociaux sont pris en charge par les pouvoirs publics. En France, ce système est au cœur de l'actualité médiatique (ex. : réformes des retraites, chômage).
Structure de la protection sociale française : Elle se divise en quatre branches principales : - Prestation familiale. - Prestation maladie. - Prestation chômage. - Prestation vieillesse.
Paradoxes du système français : - Premier paradoxe : Il existe un décalage entre l’importance des débats publics et la méconnaissance réelle du fonctionnement du système par les citoyens (qui en sont pourtant les financeurs et bénéficiaires). - Deuxième paradoxe : Le système est un objet de fierté nationale quasi inconstesté, mais il est extrêmement coûteux (). Sa conservation nécessite des réformes auxquelles les Français sont très réticents.
Historique : L'Ancien Régime
La protection repose historiquement sur trois piliers de solidarité :
Solidarité familiale : - Les enfants : Pas de soins gratuits ni décole obligatoire ; tout était à la charge des parents, avec parfois une entraide communautaire. - Les personnes âgées : Prises en charge par les enfants. On parlait de « retraite forcée » uniquement en cas d’incapacité physique. - Les malades : Soignés par les membres valides de la famille. - Les sans-travail : Accueillis par la famille qui cherchait à leur trouver un emploi pour augmenter le revenu global. - Risques : Faible exode rural, donc les aléas (mauvaises récoltes, épidémies) frappaient souvent toute la famille simultanément.
Solidarité professionnelle (Les Corporations) : - Jusqu’au XVIIIe siècle, associations d’artisans ou marchands d’un même métier régies par une hiérarchie stricte : apprenti, compagnon, maître. - Rôles : Fixation des règles de fabrication/rémunération et mutualisation des risques. - Pacte d’assistance mutuelle : Droits et devoirs incluant assistance juridique et contributions monétaires (cotisations).
Solidarité religieuse (La Charité) : - Secours à la détresse, d'abord pour les marginaux (hospices, hôtels-Dieu), puis étendu à l'instruction et la maladie. - Financement : Dons et legs.
Les Révolutions et le XIXe siècle
La Révolution Industrielle
Contexte : Déclenchée par la machine à vapeur de Watt (1769).
Impacts : Urbanisation massive (l'Angleterre devient citadine en 1840, la France et l'Allemagne en 1870).
Déstructuration sociale : Éclatements géographiques des familles ; passage de l'autarcie au salariat.
Affaiblissement des piliers traditionnels : - Famille : Moins présente. - Corporations : Dissoutes par la loi Le Chapelier en 1791. - Église : Diminution des legs.
L'émergence du prolétariat : Les besoins s'accroissent avec l'instabilité de l'emploi (licenciements sans préavis ni indemnité) et les risques liés au progrès technique (accidents).
La Révolution Française : L'assistance publique
Principes affirmés : - La Nation est une communauté d’entraide. L'aide est un devoir national. - Mise en place du Comité de la mendicité (21 janvier 1790).
Distinction entre types de pauvres : - Les véritables pauvres : Ceux qui veulent travailler mais n’ont pas de ressources, les enfants, les vieillards, les malades temporaires. - Les mauvais pauvres : Ceux qui refusent le travail et troublent l'ordre public (considérés comme un fléau).
Initiatives : Création du Livre de bienfaisance nationale (11 mai 1794) pour les infirmes au service de l'État (guerres).
Les projets du XIXe siècle
Sociétés de secours mutuel : Inspirées des rôles de solidarité des corporations. Fort essor (plus d'un million de participants en 1881). Mise sous tutelle municipale en 1850.
Crèches : Objectif triple (aider les mères au travail, éviter l'abandon d'enfants, apaiser les tensions sociales).
Bureaux de bienfaisance : Mixte entre pouvoir public et charité religieuse.
Ateliers nationaux (ou de charité) : Créés dès 1830 pour fournir un travail utile aux chômeurs contre rémunération.
Droit à la retraite : - 1853 : Fonctionnaires (répartition, départ à 60 ans). - Paternalisme industriel : Caisse des mineurs (1894), caisse des cheminots (1900) pour stabiliser le personnel.
Modèles Fondateurs Européens
Le Régime de Bismarck (Allemagne, 1881)
Objectif : Politique sociale conservatrice de répression du socialisme par l'octroi de droits aux ouvriers.
Lois clés : - 1883 : Assurance maladie (ouvriers à faible revenu). Financement : , . - 1884 : Assurance accident du travail (responsabilité automatique de l’employeur). - 1889 : Assurance vieillesse invalidité. Financement : , .
Caractéristiques : Gestion décentralisée par des caisses professionnelles ; prestations proportionnelles au revenu ; affiliation obligatoire.
Le Rapport de Beveridge (Royaume-Uni, 1942)
Objectif : « Mettre l’homme à l’abri du besoin » via le Welfare State (Plein emploi et Sécurité sociale).
Deux Principes : - Généralité (couvre toute la population). - Uniformité (prestation identique pour tous calculée sur le minimum vital, indépendante du revenu).
Six Catégories : Enfants, retraités, salariés, indépendants, femmes au foyer (couvertes par les cotisations masculines), autres inactifs.
Gestion : Centralisée par l’État. système dit « non contributif ».
Le Système Français Moderne
Évolutions majeures
Loi de 1930 : Premier régime général pour salariés du commerce et de l'industrie. Risques couverts : Maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès. Cotisation de 8%.
Création de la Sécurité sociale (1945) : Trois ordonnances. Volonté d’un système général, mais résistance des « avantages acquis » maintenant des régimes spéciaux (SNCF, mineurs).
Nature du système : Mixte. Initialement Bismarckien (basé sur le travail), il devient progressivement Beveridgien (universalité, financement par impôts comme la CSG).
Crise du système
Crise économique : La croissance du PIB (tendance long terme à 2-2,5%) est nécessaire pour financer le bien-étre. Le chômage (8,9% en 2018) réduit les recettes (Loi d'Okun).
Crise démographique : - Vieillissement par le haut (espérance de vie : , ). - Vieillissement par le bas (baisse de la natalité).
Déficit : Hausse des dépenses de santé (progrès technique, vieillissement) vs stagnation des recettes.
La Politique Familiale
Structure et évolution de la famille
Modèles : Famille rurale (patriarcale) → nucléaire (XXe) → recomposée/monoparentale (post-1970).
Chiffres clés : - 60% de familles sans enfant. - 3 enfants sur 4 naissent hors mariage. - Âge moyen au mariage : , .
Inégalités : Les femmes effectuent presque le double du travail domestique ().
Mesure du coût de l'enfant
Approche par niveau de vie : Utilisation d'échelles d'équivalence pour maintenir le bien-étre. - Soit le revenu et le coefficient. - Niveau de vie = .
Coefficients ( Échelle OCDE/Oxford) : - 1er adulte : . - Adulte supplémentaire : . - Enfant moins de 14 ans : . - Exemple pour un couple avec deux enfants : .
Coût absolu (UNAF) : Budget nécessaire pour une vie décente (ex : coût d’un enfant de 6 à 13 ans en 2015 estimé à ).
Instruments de la politique
Prestations générales : Allocations familiales (majorées à 16 ans), complément familial, allocation de soutien familial.
Prestations d'accueil : Prime de naissance, allocation de base (jusqu'aux 3 ans), complément de libre choix de mode de garde.
Aspect fiscal : Le Quotient familial : - Divise le revenu imposable par un nombre de parts () pour réduire l'impôt des familles. - Exemple : Pour un revenu , sans part supplémentaire, mais baisse drastiquement avec l'augmentation des parts.
La Politique de Santé
Composantes et objectifs
Définition OMS : État de complet bien-étre physique, mental et social.
Prévention : - Primaire : Diminuer l'incidence (ex : vaccination). - Secondaire : Diminuer la prévalence (dépistage). - Tertiaire : Diminuer les récidives/incapacités.
Handicap (Lois 1975 et 2005) : - Passé du principe d'assistance à la solidarité. - Modèle de Wood : Déficience (structurelle) → Incapacité (activité) → Désavantage (social). - Prestations : AAH (860 €), AEEH (pour enfants), MVA (majo vie autonome : 104,77 €).
Demande et Régulation
CSBM (Consommation de Soins et Biens Médicaux) : En hausse constante (~6% du PIB en 1950 v/v dépenses actuelles).
Ticket modérateur : Reste à charge du patient. Calcul : .
Médecine de ville : - Secteur 1 : Tarifs sécu (le médecin bénéficie d’abattements). - Secteur 2 : Honoraires libres. - Nomenclature des actes : Utilisation de lettres-clés (AM, K, Z) et de coefficients multiplicateurs.
Secteur hospitalier : - Financement par T2A (Tarification à l'Activité) basé sur les GHM (Groupes Homogènes de Malades). - Rôle des ARS (Agences Régionales de Santé).
Médicaments : - SMR (Service Médical Rendu) : Détermine le taux de remboursement (100%, 65%, 35% ou 0%). - ASMR (Amélioration du SMR) : Détermine le prix (valeur ajoutée). - Génériques : Prix inférieur de 40% à 80% par rapport au princeps.
La Politique des Retraites
Logiques et Calculs
Principe d'Assurance : Retraite contributive. Pension calculée selon : - . - DAV : Durée d’assurance validée. - DAR : Durée d’assurance requise (166 trimestres).
Régime général (Salariés) : - Âge légal : 64 ans. Âge taux plein automatique : 67 ans. - Salaire de référence : Moyenne des 25 meilleures années. - Taux plein : 50%.
Régime fonction publique : - Salaire de référence : Traitement des 6 derniers mois. - Taux plein : 75%.
Dispositifs de solidarité : Minimum contributif (), réversion aux veuves (, ).
Retraite complémentaire (Agirc-Arrco)
Système par points : - On acquiert des points en divisant les cotisations par le prix d'achat ( en 2019). - Pension annuelle = (valeur 2019 : ). - Deux tranches de revenus avec des taux d’acquisition différents (Tranche 1 : 6,2%, Tranche 2 : 17%). - Taux d’appel : 127% (on cotise plus que ce qui est transformé en points pour équilibrer le système).