Du GATT 1947 à l'OMC : L'Évolution du Système Commercial Multilatéral
L'Évolution du GATT vers l'OMC et la Deuxième Mondialisation
Les Premières Années du GATT et l'Interventionnisme
Libéralisme Intégré et États en Développement: Dans les premières années du GATT, il y a eu une tentative de concilier la libéralisation des échanges avec l'interventionnisme étatique.
À partir de , soit environ ans après la naissance du GATT, de nombreuses anciennes colonies accédaient à l'indépendance et rejoignaient progressivement le GATT.
Ces nouveaux États en développement adhéraient timidement à l'idée de marché libre et à la réduction des interventions gouvernementales pour réguler leur économie.
Souplesse Accordée aux Pays en Développement: Le GATT ne les empêchait pas de mener des politiques interventionnistes.
L'article 18 du GATT permettait aux États en développement de prendre des mesures pour promouvoir et protéger leur industrie nationale, incluant des aides d'État pour leur développement économique.
Cette posture démontrait une conciliation possible entre la libéralisation des échanges et l'interventionnisme étatique sur les marchés d'importation. Le libre-échange se limitait alors à lutter contre les obstacles ouvertement protectionnistes.
Obstacles au Commerce et Règlements Intérieurs
Obstacles Prioritaires Locaux: À l'époque, la lutte était axée sur des obstacles manifestes au commerce international:
L'augmentation unilatérale des tarifs douaniers (taxes).
La mise en place de restrictions quantitatives (plafonnant importations/exportations par des contingents ou licences d'importation).
Compréhension Limitée des Obstacles: La définition d'un obstacle incompatible ou illicite avec le système commercial multilatéral était restreinte.
Les réglementations intérieures (concernant la qualité, la dangerosité des produits importés pour la santé ou l'environnement, ex: pesticides affectant les abeilles) étaient reléguées au second plan par les instances du GATT.
Le GATT ne s'aventurait pas dans la réglementation des obstacles non tarifaires (ONT) résultant des réglementations intérieures.
Le Mécanisme de Règlement des Différends du GATT et l'Article
Panels de Règlement des Différends: Le GATT prévoyait un mécanisme de règlement des différends où les parties contractantes pouvaient saisir des panels.
L'Article (Situations de Non-Violation): Cet article permettait de saisir les panels même en l'absence de violation directe d'une règle, si un bénéfice attendu était annulé ou compromis par des politiques d'un autre État.
Conçu pour contrer spécifiquement les politiques interventionnistes des États, notamment l'utilisation de subventions qui rendaient les produits exportés moins chers.
Utilisation Limitée de l'Article :
Très peu utilisé: seulement la Communauté Économique Européenne et les États-Unis.
Entre et , seulement affaires ont été portées sur la base de cet article.
Sur ces affaires, seulement ont conclu à une atteinte à l'équilibre du système due à des réglementations intérieures.
Propos d'un Membre de Panel (Janvier ): Un membre de panel a souligné, à la veille de la création de l'OMC, l'importance de l'article :
Pour encourager les concessions tarifaires, il fallait donner un droit à réparation pour les conséquences négatives des réglementations érigeant des obstacles au commerce. Sinon, les États hésiteraient à accorder des concessions, rendant l'accord général inutile comme cadre juridique.
Si le GATT se limitait aux obstacles tarifaires, les États baisseraient leurs tarifs mais compenseraient par des réglementations nationales pénalisant les produits étrangers (qualité, taille, normes techniques).
Ces obstacles non tarifaires (législations intérieures) pouvaient annuler les effets de l'ouverture des marchés obtenue par la baisse des tarifs douaniers.
Il existait un risque que la libéralisation soit freinée par ces législations intérieures.
Inefficacité Juridictionnelle des Panels GATT: Même si les panels auraient pu élargir le champ des obstacles interdits, leurs interprétations n'étaient pas obligatoires.
Les rapports des panels devaient être adoptés par consensus positif de toutes les parties contractantes du GATT.
En pratique, il n'y avait jamais de consensus positif car l'État perdant s'opposait à l'adoption du rapport.
Les rapports n'avaient donc pas l'autorité de la chose jugée et n'étaient que des indications.
Le GATT: Une Libéralisation Lacunaire
Indulgence envers les Réglementations Intérieures: Pendant ses premières décennies, le système multilatéral s'est montré relativement laxiste à l'égard des réglementations intérieures des parties contractantes.
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