# Séance 1 : Quelles approches pour étudier « l’international »

Introduction

  • Trois questions essentielles dans ce cours :

    1. Qu'est-ce que la politique internationale ?

    2. Comment l'étudie-t-on ?

3. Comment parle-t-on de l'international de manière universitaire et académique ?

La politique internationale

  • La politique internationale ne se réduit pas à de la science politique dans un contexte non-français/européen.

Recherche de Florent Pouponneau
  • Professeur d'université à Toulouse

  • Thème de recherche : Politique étrangère de la France, centrée sur le programme nucléaire iranien

  • Recherche de thèse effectuée exclusivement en France, au Ministère des Affaires étrangères (Quai d'Orsay)

  • Discipline : Politique internationale, Relations internationales

Recherche de Guillaume Beaud
  • Post-doctorant à l’Université d’Oxford

  • Thème de recherche : Interrelations entre la haute fonction publique et le pouvoir politique en Iran et au Pakistan

  • Recherche de thèse menée au Pakistan et en Iran

- Discipline : Science politique, Sociologie de l'État, Politique comparée

Définition de la politique internationale

  • La politique internationale est vue comme l'étude des phénomènes internationaux ou transnationaux. En France, les relations internationales et la politique internationale sont intégrées à la science politique.

- Objectifs du cours : Apprendre à élaborer une analyse de la politique internationale à partir d'une approche en sciences sociales, notamment socio-historique.

Plan de la séance

  • Objectif : Comprendre les différents types d'analyse des politiques internationales.

  1. Le discours médiatique et journalistique sur les relations internationales

  2. Les discours universitaires et académiques sur les relations internationales
    A. La géopolitique
    B. La théorie des relations internationales

C. Les sciences sociales de l’international

1. Le discours médiatique sur les relations internationales

  • But : Informer sur l'actualité récente, éclairer rapidement les lecteurs sur des contextes mal connus liés à l'actualité

  • Remarque : L'actualité internationale ne se limite pas toujours aux politiques internationales. Il est important de distinguer ce qui relève de la politique internationale et de l'actualité nationale.

- Producteurs : Journalistes, mais aussi universitaires qui interviennent dans les médias

Suivre l’actualité internationale

  • Cela permet d'enrichir les réflexions en politique internationale comme évoqué dans le cours.

  • Importance de resituer les médias dans leur espace médiatique pour bien comprendre l'information, notamment :

    • Quelle place occupe ce média dans l’espace médiatique ?

    • Quelle est sa ligne éditoriale, politique ?

    • Qui possède ce média ?

    • Est-ce un média public ? Si oui, quel État le détient ?

    • Si c'est un média privé, qui sont ses propriétaires ?

- Les médias sont également soumis à des logiques marchandes.

Médias généralistes francophones

Exemples de médias
  1. Courrier International

  2. Le Monde Diplomatique

  3. Radio France International

  4. France Culture

  5. France 24

  6. TV5 Monde

  7. Arte TV

  • Les médias jouent un rôle clé pour comprendre l'actualité, non seulement en relayant les faits, mais aussi en fournissant des informations pour le contexte.

- La présentation et le contexte varient d'un média à l'autre, ce qui souligne l'importance de les situer.

Importance de la contextualisation historique

  • Importance de replacer l'actualité dans sa continuité historique.

  • Bien que l'on ne puisse pas connaître tous les contextes historiques, il est nécessaire de maîtriser certains grands repères historiques, géographiques et des notions clés permettant d'analyser la politique internationale.

- Les médias fournissent des ressources pour s'informer sur ces contextes historiques.

Différence entre approche médiatique et analyse en sciences sociales

  • Sciences sociales :

    • Interrogent, dénaturalise, et prennent du recul par rapport aux catégories d’analyse utilisées dans les médias.

    • À l'inverse, les médias, via une approche plus généraliste, peuvent simplifier les analyses.

    • Exemples de déclarations médiatiques :

    • “Washington envoie des troupes…”

    • “Paris demande une réunion du conseil de sécurité…”

    • “Bogota appelle à la désescalade.”

- Les sciences sociales ne s'attachent pas à l'actualité elle-même. Elles n'ont pas les mêmes logiques marchandes et visent à produire des analyses générales et des théories, tout en tenant compte des contextes historiques précis et de la construction de catégories.

2. Les analyses universitaires de la politique internationale

A) La Géopolitique
  • Le terme « géopolitique » est omniprésent dans les médias, revues et émissions grand public, avec des experts et des formations disponibles dès le lycée dans des options comme HGGSP.

- Sa définition est très vague, devenant presque synonyme de politique internationale.

Historique du terme
  • Fin XIXème siècle : Apparition du terme dans l'école de géographie allemande, mais pas dans l'école française.

  • 1887 : Friedrich Ratzel publie Politische Geographie.

  • Rudolf Kjellen, juriste suédois devenu géographe, a contracté les termes pour créer le mot Geopolitik.

- La géopolitique a été reprise par le nazisme pour justifier leurs demandes d’« espace vital » allemand.

Du discrédit à la réapparition
  • Après la Seconde Guerre mondiale, la géopolitique subit un discrédit en tant que science considérée comme nazie; son vocabulaire disparaît des médias et du champ académique.

  • Fin des années 1970 : Réapparition progressive dans les médias.

- L'évolution universitaire est marquée par la création de la revue de géopolitique Hérodote et son fondateur Yves Lacoste.

1) Une discipline au service des acteurs politiques
  • La géopolitique réapparaît comme discipline au sein de la géographie, avec la création d'instituts spécialisés.

  • Ce succès est dû à son applicabilité et à sa dimension pratique, fournissant un cadre pour examiner les stratégies étatiques.

- Yves Lacoste affirmait : « La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre ».

2) Une focale sur l’espace occultant d'autres dimensions
  • Les analyses géopolitiques se centrent souvent sur le contrôle de l’espace, de la puissance et des ressources.

- Cette focalisation peut négliger les dimensions symboliques, les représentations du monde et les contextes historiques, ainsi que les propriétés sociales des acteurs.

B) Les théories des relations internationales
  • Approche théorique, organisée en grands courants de pensée.

  • Postulat principal : Les phénomènes internationaux diffèrent des phénomènes nationaux.

- Conséquence : Affirmation de théories spécifiques aux phénomènes internationaux, considérant les relations internationales comme une discipline autonome de la science politique notamment aux USA/UK.

Institutionnalisation des relations internationales

  • Cette institutionnalisation en tant que discipline universitaire s'est produite après la Seconde Guerre mondiale.

  • Hans Morgenthau, reconnu comme le « père fondateur » de la théorie des relations internationales et du paradigme « réaliste », a publié Politics Among Nations: The Struggle for Power and Peace en 1948.

- Plusieurs écoles de pensée théoriques débattent autour de la notion d'« ordre mondial ».

Répercussions des théories sur la politique étrangère
  • Les relations internationales en tant que savoir d'État ont des impacts sur les doctrines étrangères. Plusieurs théoriciens et professeurs influencent ou conseillent les acteurs de la politique étrangère américaine.

    • Hans Morgenthau : Consultant pour le département de la Défense dans les années 60.

    • Henry Kissinger : Secrétaire d’État des USA (1973-1977) et réaliste.

- Joseph Nye : Théoricien du « soft power », assistant au secrétaire à la Défense en 1994 (présidence Clinton).

Une démarche scolastique
  • Les théories présentes dans le domaine des relations internationales n'ont pas nécessairement recours à des démarches empiriques.

- Elles sont souvent basées sur des partis pris philosophiques et nécessitent un niveau de généralité élevé.

C) Les sciences sociales de l’international
  • Approche scientifique : Administration de la preuve et contrôle par les pairs.

  • Démarche empirique : Les données précises collectées permettent de parvenir à des généralisations théoriques.

- Chaque discipline (sociologie, anthropologie, histoire, géographie, science politique) a ses propres méthodes et matériaux d’enquête, mais il existe une interdisciplinarité.

Notion de régularités sociales

  • Les sciences sociales n'établissent pas de lois fixes.

  • Elles se concentrent sur des régularités comprises dans leur contexte social particulier.

- C'est une science réflexive qui cherche à comprendre la réalité sans émettre de jugements de valeur.

Démarche non-normative

  • Les propositions normatives cherchent à établir une norme ou à émettre un jugement politique, moral ou esthétique.

    • Exemple : Déterminer si quelque chose est juste, injuste, beau.

  • En revanche, les sciences sociales se contentent de décrire la réalité sociale telle qu’elle est.

- Exemple : Étudier le clientélisme sans émettre de jugement de valeur.

Notre approche dans ce cours

  • Approche de socio-histoire de la politique internationale.

  • C'est une sociologie politique de l'international qui remet en question la division entre le national et l’international.

  • La politique internationale est considérée comme des faits sociaux ordinaires qui doivent être localisés et analysés.

- L'analyse proposée par Johanna Siméant-Germanos : Politique internationale, non-normative, ancrée dans des contextes historiques et sociaux, fondée sur des données de recherche de terrain.

Luttes nationales et politique étrangère

Analyse d'un changement de la position de la France
  • L'article de Florent Pouponneau dans la revue Gouvernement et Action publique (p. 461-486) explore l’évolution de la « position de la France » concernant les sanctions contre l’Iran.

  • Pour comprendre ce changement, il est crucial d'examiner la rivalité entre deux groupes clés :

    • La sous-direction du désarmement et de la non-prolifération nucléaires (direction des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement).

- La sous-direction du Moyen-Orient (direction d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient).