Cours 2
Plan de la séance
Définir et cerner l’international, en explorant ses multiples facettes.
Généalogie des études internationales, retraçant l'évolution de la discipline.
1. Définir et cerner l’international
L'international est une construction humaine, non naturelle, résultant de l'histoire, des interactions sociales et des accords politiques.
Terminologie :
Inter- : désigne les connexions, relations, contacts et interdépendances entre diverses entités, soulignant la nature transnationale des phénomènes.
National : fait référence aux interactions entre États-nations, avec leurs frontières et souverainetés reconnues.
Concept d'international :
Qualifie les éléments, phénomènes ou activités qui traversent les frontières étatiques, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux ou culturels.
Présuppose l’existence des frontières entre intérieur et extérieur, ces limites étant à la fois physiques et conceptuelles.
Construit une notion d’altérité à l’échelle globale, reconnaissant l'existence de multiples identités et souverainetés distinctes.
2. Généalogie des études internationales
a. Relations inter-étatiques
Systématisation avec les Traités de Westphalie (1648) :
Marque le bilan de la souveraineté territoriale moderne, mettant fin à la Guerre de Trente Ans et redéfinissant l'ordre européen.
Principe de « Cuius regio, eius religio » : qui signifie « Tel prince, telle religion », autorise les princes à choisir la religion du territoire qu'ils dirigent, consolidant ainsi leur autorité interne et réduisant l'ingérence externe.
Établissement d'un système d'États territoriaux modernes, où chaque entité politique jouit d'une souveraineté externe (indépendance vis-à-vis d'autres États) et interne (autorité exclusive sur son territoire).
Création de monarchies centralisées avec monopolisation de l'usage légitime de la force, renforçant le pouvoir étatique et diminuant celui des seigneurs féodaux.
b. Évolution du cadre international
Distinctions formées :
Privé/Public : Cette distinction a conduit à la concentration du droit de la force par l'État, définissant ainsi les prérogatives souveraines en matière de sécurité et de défense.
Interne/Externe : Implication du droit souverain à faire la guerre (jus ad bellum) comme une prérogative de l'État dans ses relations internationales, bien que ce droit soit aujourd'hui fortement encadré par le droit international.
c. International ou mondial ?
Émergence d'acteurs non-étatiques dans la politique mondiale depuis les années 1970-1980 : Ces entités, telles que les entreprises multinationales (FTN), les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et même les groupes terroristes ou les réseaux criminels, exercent une influence significative au-delà des cadres étatiques traditionnels.
Concept de mondialisation :
Renforcement des relations indépendant de l'autorité gouvernementale, caractérisé par une intensification des échanges économiques, culturels et d'informations à travers le globe.
Questions transfrontalières : La mondialisation met en lumière des défis qui dépassent les capacités d'un seul État, tels que la pollution (changement climatique), le crime organisé transnational, les pandémies et les flux migratoires, nécessitant une coopération internationale accrue.
d. Sphère internationale/mondiale
Activité humaine au-delà des États-nations, englobant une vaste gamme d'interactions et de phénomènes reliant les sociétés et les individus par-delà les frontières.
Mode de conflit différent : Les interactions peuvent inclure la négociation diplomatique, la coercition économique ou militaire, et la médiation, reflétant une complexité croissante des dynamiques de pouvoir.
Importance des acteurs dans la sphère internationale, souvent non régulés par les États : Ces acteurs peuvent être des organisations intergouvernementales, des mouvements sociaux ou des individus influents, dont les actions ne se limitent pas aux cadres juridiques nationaux.
e. Synthèse des définitions clés
L’international = construction humaine et historique basée sur les relations inter-étatiques et la conscience d’altérité. Il est le produit des interactions et des perceptions mutuelles entre entités politiques distinctes.
Généalogie des études internationales
a. Genèse de la discipline
Les Relations Internationales :
Considérées comme une "science sociale américaine" selon Stanley Hoffman (1977), en raison de son développement institutionnel rapide aux États-Unis après la Première Guerre mondiale et de l'influence des théoriciens américains.
1919 : création du Department of International Politics à l’Université du Pays de Galles (Aberystwyth), en réponse directe à la dévastation de la Première Guerre mondiale.
Objectif : Éviter une guerre mondiale à l'avenir et promouvoir le changement pacifique des relations internationales, marquant ainsi un tournant idéaliste dans la pensée internationale.
Institutionnalisation rapide comme sous-champ de la science politique, cherchant à appliquer des méthodes scientifiques à l'étude des phénomènes transnationaux.
b. Objectifs d’analyse
Analyse des relations diplomatiques et militaires, en étudiant les processus de négociation, les alliances et les conflits armés.
Étude des origines des conflits armés, cherchant à identifier les causes profondes des guerres et les stratégies de prévention.
c. Évolutions de la connaissance
Savoirs spontanés :
Connaissances par expérience, observation directe du contexte social, souvent basées sur l'intuition ou le sens commun.
Problèmes liés à la vérification empirique et aux biais d'autorité, qui peuvent conduire à des interprétations subjectives ou erronées.
d. Savoir scientifique
Nécessite une rupture épistémologique avec les savoirs spontanés, impliquant une démarche rigoureuse, systématique et critique.
Historiquement ancré depuis l’Antiquité grecque avec les sophistes, qui ont posé les bases de la rhétorique et de l'argumentation, et la logique de Platon/Aristote, qui a introduit la pensée rationnelle et la classification des connaissances.
e. Contexte historique de l'Autre
Développements institutionnels pour gérer les différends—diplomatie, normes juridiques internationales et organisations multilatérales ont émergé pour structurer les interactions entre États.
Confrontation à des enjeux globaux : La diplomatie et l'administration internationale sont devenues essentielles pour répondre aux défis communs tels que la paix, le commerce ou la santé publique.
f. Impact de la révolution industrielle
Révolution de XVIIIe/XIXe siècles :
Caractérisée par l'industrialisation, qui a transformé les économies et les sociétés, la montée des nationalismes, l'émergence d’un État bureaucratique rationnel, et une période d'impérialisme intense, alimentant les rivalités entre puissances.
g. Évolution des sciences sociales
Sciences sociales nées dans la seconde moitié du XIXe siècle pour traiter des problèmes engendrés par l'industrialisation (urbanisation, pauvreté, inégalités sociales, conflits de classes).
S’inspirent des sciences naturelles dans leur recherche de méthodes objectives et de lois générales pour comprendre le comportement humain et les dynamiques sociétales.
Point de départ des études internationales
a. Administration coloniale
Expansion coloniale à la fin du XIXe siècle : la Conférence de Berlin (1884-1885) symbolise la répartition de l'Afrique et la domination des puissances occidentales sur une grande partie du monde.
En 1914, 80% de la surface mondiale était sous le contrôle politique, économique ou militaire occidental, façonnant ainsi les hiérarchies et les flux mondiaux de l'époque.
b. Répercussions de l’ethnocentrisme
Histoire occidentale :
Un biais profond dans le développement des savoirs en Relations Internationales, négligeant ou marginalisant les perspectives, les contributions et les expériences non occidentales, ce qui a conduit à une compréhension incomplète des dynamiques globales.
c. Résilience scientifique et guerre
La Première Guerre mondiale : Cette catastrophe mondiale a servi d'instanciation tragique et de catalyseur à l'établissement formel d'un champ d’étude autonome des Relations Internationales, motivé par le désir de comprendre et de prévenir de futurs conflits de cette ampleur.
Conclusion
Les études internationales, en tant que champ multidisciplinaire, se nourrissent d’histoires, de droit, de science politique, d'économie, de sociologie et d'anthropologie, offrant ainsi une approche variée et holistique des enjeux mondiaux.
L'interdisciplinarité est cruciale pour saisir la complexité des défis contemporains (changement climatique, migrations, cybercriminalité) qui ne peuvent être compris ou résolus par une seule discipline.