Chapter 6 - The Europe of Religious Reforms: The Catholic Reformation (Part 3)
Contexte
- L'Église de Rome a perdu son monopole universel en raison de la montée de la Réforme.
- Dans les années 1540, Rome réagit par la Réforme catholique, un ensemble de mesures prises lors du Concile de Trente (1545-1563).
- Le Concile adopte des décrets dogmatiques et spirituels qui restent en vigueur jusqu'à la fin du XIXe siècle.
- Ces mesures incluent la répression par l'Inquisition, la chasse aux sorcières, mais aussi des aspects plus complexes.
- La Réforme catholique est aussi appelée Réforme tridentine ou Contre-Réforme, mettant l'accent sur la réaction au protestantisme.
- Des tentatives de réforme étaient antérieures à Luther, mais le protestantisme a accéléré ces processus.
- Les historiens soulignent les similitudes entre les deux réformes.
I. Les premières réactions
A. La devotio moderna
- Apparition de tentatives pour remettre en avant le message primitif des Écritures, notamment chez les Dominicains.
- La devotio moderna se développe dans les élites urbaines et propose des formes de spiritualité alternatives sans rompre avec l'Église de Rome.
- Cela inclut : la lecture individuelle de la Bible, la prière individuelle à domicile, la pratique active de la charité et l'imitation de la vie du Christ.
- Des princes comme Érasme, Charles Quint et François Ier sont éduqués dans cette perspective.
- Des mouvements mystiques se développent en Italie et en Espagne à la fin du XVe siècle.
- Des formes de religiosité émergent sans intermédiaires ni intercession du prêtre, sans nécessairement aller à l'église.
- En Espagne, c'est le cas des alumbrados (illuministes).
- Thérèse d'Avila (1515-1582), religieuse carmélite, pousse l'expérience vécue avec la divinité.
- Avant d'être religieuse, elle était mariée à un riche marchand et lisait des romans de chevalerie. Elle perd sa mère à 12 ans.
- Elle pratique la sobracion sobrenatural : la prière surnaturelle, une forme de mysticisme poussée à l'extrême devant des images pieuses.
- Cela induit des états altérés de conscience pour parvenir à la transverbération : le transpercement spirituel du cœur par un trait enflammé d'amour, laissant des stigmates sur le corps.
- Cette pratique est reconnue par Rome comme catholique.
B. L’évangélisme à Meaux
- Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, mène une carrière diplomatique proche du pouvoir et est protégé de François Ier.
- Il cumule des charges ecclésiastiques et est également évêque de Lodève.
- En 1516, il fréquente l'oratoire du Divin Amour en Italie : une confrérie fondée par des laïcs pour imiter le Christ dans l'assistance aux pauvres et les prières collectives en extérieur.
- À son retour, il met en application une pratique spirituelle dans son évêché de Meaux, avant même l'apparition des idées de Luther.
- Il forme un cénacle avec d'autres prédicateurs prêchant l'Évangile en langue vulgaire (français), lisant et commentant la Bible.
- Il délaisse le culte de la Vierge et des Saints.
- Ce cénacle insiste sur la Foi au détriment des œuvres.
- Les universités et le Parlement de Paris condamnent ce cénacle, le considérant comme déviant.
- Cette tentative de réforme échoue.
II. Le concile de Trente (1545-1563)
- Charles Quint tente plusieurs fois d'organiser des conciles pour rétablir l'unité du Saint-Empire romain germanique.
- Charles Quint sollicite le pape, mais celui-ci refuse, craignant que le pouvoir spirituel ne soit amoindri.
- Un concile est une assemblée d'évêques et de supérieurs religieux traitant des questions doctrinales et ecclésiastiques.
- Ils contestent sur un point précis pour réformer le clergé et annoncer un message chrétien.
- Les pères conciliaires prennent des décisions appelées canons (décrets pontificaux).
A. Chronologie d’un processus diplomatique
- Le Concile de Trente regroupe tous les évêques et abbés religieux convoqués par le pape Paul III pour réunifier la chrétienté.
- Il dure plus de 20 ans, avec 25 sessions, des commissions préparatoires et de nombreuses interruptions dues à des conflits, des décès de papes et l'épidémie de peste.
- En 1545, lors de la première session, ils sont 30, et en 1562, ils sont 200.
- Ils se réunissent dans l'église Sainte-Marie-Majeure à Trente avec une composition inégale.
- Peu de représentants de l'Empire, de l'Angleterre, de l'Irlande et de la France (en raison des guerres de religion).
- Ils sont majoritairement représentés par des Italiens, dont les légats pontificaux et des Jésuites.
- La voie de la fermeté et de la tradition est privilégiée.
- Au terme du concile en 1563, les canons sont largement adoptés.
B. L’œuvre dogmatique
- Réfutation des thèses luthériennes considérées comme novatrices et nocives.
- Réfutation de la prédestination protestante : le salut est dû à la grâce et aux œuvres (actions contribuant à rendre l'Homme meilleur).
- La Foi se fonde sur la tradition, désignant les écrits des Pères de l'Eglise (Saint Augustin), les décisions des conciles précédents et les décisions pontificales.
- Maintien de la Vulgate comme référence des textes : traduction de la Bible épurée et latinisée, rééditée en 1592.
- Maintien des 7 sacrements : baptême, eucharistie, confirmation, pénitence (confession), extrême onction, ordination et mariage, à l'opposé de la vision luthérienne.
- Réaffirmation de la vénération pieuse des reliques et du culte sacré par les images.
C. L’œuvre pastorale
- Discipline dans la pratique des prêtres : le Pape est le guide spirituel.
- Accent mis sur la qualité de l'enseignement de la parole.
- L'évêque doit résider dans son diocèse, organiser régulièrement des visites dans ses paroisses et fonder des réunions (prévalence) pour améliorer la formation des prêtres.
- Pour les fidèles, c'est l'observance : chasteté absolue et obéissance à l'abbé et au pape.
- Rappel du vœu de clôture : l'enfermement dans une abbaye.
- Les prêtres doivent être irréprochables.
- Visée d'un nombre d'abus dénoncés par les protestants : interdiction de faire payer les sacrements (notamment le mariage), obligation d'enseigner le catéchisme et obligation de vivre une vie austère matérialisée par la soutane noire et la tonsure.
- Le Concile renforce l'autorité du pape sur la Chrétienté et la discipline des ecclésiastiques.
- C'est une pratique conservatrice impliquant un durcissement de l'orthodoxie.
III. L’Eglise catholique et les croyants fin XVIe - début XVIIIe siècle
A. La réception du concile dans les différents Etats d’Europe
- L'ensemble des souverains catholiques adoptent les décrets.
- Des États tardent à les appliquer dans le royaume car les impliqués impliquent une certaine tension.
- Deux attitudes : lutte contre l'hérésie pour la chrétienté (Espagne, Portugal, États italiens, Pologne). Ils utilisent les canons du Concile et les font appliquer dès leur publication.
- États jaloux des prérogatives de leur Église nationale : les princes Valois et la France (en pleine guerre civile) refusent initialement d'adopter les décrets.
- En France, le gallicanisme désigne les principes qui assurent l'autonomie de l'Église de France par rapport au Saint-Siège.
- Importance historique des querelles entre les rois de France et les papes, comme Philippe le Bel.
- Depuis 1516, avec la signature du Concordat de Bologne, le gallicanisme est réactivé.
- En 1614, les États Généraux rejettent les décrets conciliaires, qui ne sont adoptés qu'en 1615 par l'assemblée du clergé.
- Sur le terrain, leur application prend encore plus de temps.
- Le pape Pie V (1566-1572) est le grand réformateur de l'Église, très actif dans la catéchèse.
- Fils d'agriculteur en Lombardie, il est envoyé chez les Dominicains, devient prêtre puis cardinal à la Curie (organe de gouvernement de la papauté).
- Très austère, il est grand maître de l'Inquisition.
- Il refuse le faste de ses prédécesseurs et porte l'habit blanc, qui devient un symbole repris.
- Il enlève les statues et uniformise le déroulement des messes, fait rédiger le bréviaire et diffuse le missel pour suivre la messe.
- Sur le plan international, pour former les soldats de la foi dans les pays protestants, il encourage les séminaires nationaux en exil.
- Il fonde le séminaire anglais à Rome, un séminaire à Douai et à Lanvain.
- En formant la Sainte-Ligue, il parvient à unifier les puissances chrétiennes espagnoles, vénitiennes, génoises et les Chevaliers de l'Ordre de Malte.
- Cette ligue affronte la puissance navale ottomane au large des îles Ioniennes et remporte la victoire à la Bataille de Lépante le 7 octobre 1571.
- Cela donne lieu à des cultes comme Notre-Dame du Rosaire le jour de cette victoire.
- Il légifère contre les corridas (contraires à la piété et la charité chrétienne) dans la bulle De Salute Gregis, interdisant les courses de taureaux et condamnant à l'excommunication tous les princes organisateurs.
1. L’église au cœur de la vie villageoise
- L'église est au centre de chaque village.
- Tous les paroissiens passent à l'église pour célébrer les sacrements : baptême (à la naissance), communion (vers 12 ans pour la consécration du fidèle dans le groupe des chrétiens), confirmation par l'évêque, mariage et inhumation (pour l'extrême onction).
- La place de la sépulture dans le village est un indicateur social : les plus riches sont inhumés au sein de l'église, les habitants communs ont leur sépulture dans les frontières entre les cimetières et l'église.
- Chaque dimanche, tous les paroissiens se réunissent pour la messe dans l'église locale, le plus souvent debout (pas de bancs sauf dans les paroisses aisées), les hommes devant, le crachat et les animaux sont interdits.
- Les églises sont souvent fortifiées dans les zones de frontières menacées et remplacent ainsi le château en tant que refuge potentiel pour les paysans en cas d'attaque.
2. L’émergence du curé de choc : fin du XVIIe siècle
- Le curé est souvent d'origine de classe moyenne et issu du diocèse.
- Avec ses fidèles, il forme une communauté de patrie (regroupant paysage, coutume, dialecte).
- Il reçoit la charge des âmes.
- Cela facilite les contacts, indispensables dans son œuvre pastorale.
- Il a des obligations sacerdotales (messe, catéchisme) et d'officier d'enregistreur (registres paroissiaux).
- Il est le porte-voix, le relai des autorités, autant seigneuriales que royales.
- Il traduit et proclame les actes royaux dans les dialectes locaux.
- Il est aussi parfois intermédiaire de justice entre les collecteurs de la taille et les fidèles qui contestent cet impôt.
- Il impose aussi ses mœurs, sur les tenues des femmes (dénonciation des nudités de gorge), sur les cabarets, les comportements déviants, le manque d'assiduité au catéchisme ou à l'école ou la non-observation du repos dominical.
- Les abus des curés et leur médiocrité se poursuivent jusqu'à près d'un siècle après la réforme.
- Le premier séminaire de France est fondé à Rouen en 1660.
- Les sources intéressantes sont les rapports ecclésiastiques de visites. Entre 1650 et 1680, l'évêque de Beauvais fait passer devant son tribunal plus de 400 prêtres (registres paroissiaux mal tenus, assistance au catéchisme irrégulière).
- On y apprend aussi que la théologie est très peu maîtrisée par les prêtres ou encore le latin, que certains vont au cabaret, à la chasse ou portent encore l'épée.
- Au début du XVIIIe siècle, des séminaires s'installent en France, formant des prêtres d'un nouveau style qui remplacent les curés ignares.
- Sur le temps long, ils participent à discipliner les paysans par diverses activités après la messe le dimanche : encadrement des danses des jeunes (pratique de la Vienne) qui amènent à des rixes et des baignades invitant au péché.
Conclusion
- La Réforme catholique va de pair avec la Réforme protestante.
- Toutes deux naissent d'un même et profond besoin de spiritualité face à des temps incertains.
- Le Concile de Trente marque l'apogée de la réaction pontificale face au succès du protestantisme.
- Sa mise en œuvre prend beaucoup de temps.
- En Espagne, la réforme fut si précoce qu'elle anticipe le Concile de Trente, et il n'y a pas de luthéranisme implanté en Espagne.