RI-C11

Les Relations Financières Internationales : IDE, Dette Souveraine et Gouvernance Mondiale

Rappel des séances précédentes et exercices types sur le commerce

  • Analyse du libre-échange et du protectionnisme :     * L'affirmation selon laquelle le libre-échange bénéficie à tous les acteurs d'une société est fausse. Il existe des perdants clairs au sein de chaque pays.     * Les modèles économiques (Ricardo-Viner, Heckscher-Ohlin) permettent de prédire ces perdants en fonction de l'abondance des facteurs de production.     * Exemple de l'industrie automobile allemande (Volkswagen) : on ne peut pas dissocier l'intérêt du travailleur à la chaîne de celui du CEO face à la concurrence internationale.

  • La coopération internationale comme enjeu politique :     * Dans une perspective politique, le libre-échange est souvent modélisé comme un dilemme du prisonnier.     * Dans une perspective purement économique, il s'agit d'un jeu d'harmonie où le libre-échange constitue presque systématiquement l'équilibre le plus bénéfique pour les joueurs.

  • Le rôle de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) :     * L'Organe de Règlement des Différends (ORD) est l'instance compétente pour gérer les litiges commerciaux.     * Sans cet organe, les disputes internationales mènent à des escalades de mesures de rétorsion (politiques « retaliatory ») persistantes et documentées.

Introduction aux relations financières internationales

  • Changement de paradigme : Alors que les cours précédents se concentraient sur les relations d'État à État, l'étude des finances internationales introduit de nouveaux acteurs majeurs : les marchés financiers, les entreprises et les investisseurs.

  • Les deux piliers de l'analyse :     1. Les Investissements Directs à l'étranger (IDE).     2. La gestion de la dette souveraine.

  • Interdépendance politique et financière : Les décisions financières influencent les politiques étatiques, tandis que les régimes politiques conditionnent les flux d'investissement.

Étude de cas : Le Chili, l'élection d'Allende et l'implication de l'ITT

  • Contexte historique (Années 1970) : Élection de Salvador Allende au Chili, politicien socialiste dont le programme prévoyait des nationalisations massives. Dans le contexte de la Guerre froide, cela posait un problème stratégique aux États-Unis (risque d'alignement avec l'URSS).

  • Le rôle de l'ITT (International Telephone & Telegraph) :     * L'entreprise américaine ITT avait investi 200×106dollars200 \times 10^6\, \text{dollars} dans la compagnie chilienne de téléphone.     * Face à la menace de nationalisation et d'expropriation, l'ITT a fait pression sur le gouvernement américain.     * Des spéculations indiquent qu'ITT aurait proposé de financer des opérations de la CIA pour favoriser un coup d'État.

  • Conséquences : La CIA a influencé les conditions internes menant au coup d'État du 11 septembre 1973. Le général Augusto Pinochet a pris le pouvoir, instaurant un régime marqué par une extrême brutalité envers la population. Les Chiliens désignent souvent cet événement comme leur propre « 11 septembre ».

  • Implication théorique : L'IDE rend l'entreprise vulnérable aux changements politiques du pays d'accueil (risque d'expropriation). Ce risque était très élevé dans les années 50-70 à cause de l'influence des modèles marxistes, mais il est moins fréquent aujourd'hui.

Typologie des investissements internationaux

  • Investissements Directs à l'Étranger (IDE) :     * Définition : Acquisition ou mise en place d'une unité de production locale avec contrôle effectif de la gestion par l'investisseur.     * Exemple : Volkswagen investissant 100×106100 \times 10^6 ou 200×106dollars200 \times 10^6\, \text{dollars} en Chine pour créer une ligne de production.

  • Investissement de portefeuille :     * Définition : Achat d'actions ou d'obligations sans contrôle sur la gestion de l'entreprise.     * Logique : Recherche de rendement ou de plus-value sur la revente des titres.     * Exemple : L'achat d'actions Tesla ne donne aucun pouvoir de décision sur la stratégie d'Elon Musk.

  • Prêts souverains :     * Définition : Prêts accordés par des institutions financières privées (banques commerciales) aux gouvernements d'autres pays.     * Exemple : Banques françaises ou allemandes prêtant à l'État grec.

Dynamiques et enjeux des Investissements Directs à l'Étranger (IDE)

  • Explosion des flux : Les IDE ont connu une croissance massive car le système de production mondial est segmenté efficacement entre les pays.

  • Avantages pour l'entreprise :     * Accès au marché local : Produire à l'intérieur d'un pays permet d'éviter les tarifs douaniers (logique de protectionnisme contrebalancée par l'investissement).     * Abondance des facteurs : Délocaliser pour profiter de la main-d'œuvre bon marché (Chine, Inde) ou de compétences technologiques spécifiques (Silicon Valley).

  • Avantages pour le pays d'accueil :     * Accès à des capitaux souvent rares ou coûteux dans les pays en développement.     * Création d'emplois directs et indirects.     * Transfert de technologie : Apprentissage de compétences technologiques et managériales permettant de monter en gamme dans la chaîne de valeur (passage de la confection textile à la production de véhicules électriques, comme en Chine).

  • Le cas Apple et Foxconn :     * Apple ne possède quasiment pas d'usines ; elle utilise des sous-traitants (comme l'entreprise taïwanaise Foxconn).     * Le scandale Foxconn : Les conditions de travail en Chine étaient si extrêmes que des employés se sont suicidés. L'entreprise a dû installer des filets de sécurité (« nets ») autour des usines pour rattraper les travailleurs sautant des bâtiments.     * Externalisation des responsabilités : Ce système de sous-traitance permet aux grandes marques de se dédouaner moralement et juridiquement des violations des droits de l'homme.

  • Risques associés :     * Déplacement des « industries sales » (pollution) vers des pays aux normes environnementales faibles.     * Délocalisation provoquant la perte d'emplois dans le pays d'origine.

Le problème de l'incohérence temporelle dans les investissements

  • Le dilemme de l'engagement : L'IDE est un engagement à long terme (30 ans ou plus).

  • Changement de conditions : Un pays peut promettre des avantages fiscaux pour attirer une usine, puis changer de gouvernement 5 ans plus tard et augmenter les impôts ou renégocier les contrats.

  • Conséquence sur l'investissement : Les entreprises hésitent à investir là où les droits de propriété et le respect des contrats sont faibles. Les États se font donc concurrence pour prouver leur stabilité afin d'attirer un capital très mobile.

  • Arbitrage international : Le nombre de litiges entre entreprises et États a explosé. Des accords bilatéraux permettent aux entreprises de poursuivre les États devant des tribunaux d'arbitrage si les promesses initiales ne sont pas tenues, ce qui suscite souvent un mécontentement public face à l'influence des profits privés.

La dette souveraine et les marchés obligataires

  • Définition : Instrument d'emprunt d'un État avec une échéance (remboursement du principal) et un intérêt (coupon).

  • Temporalité : Généralement des horizons de 10 ou 20 ans, mais il existe des « bons du trésor » à court terme (3 mois).

  • Profil des investisseurs :     * Particuliers (cadeaux pour les enfants, financement des études).     * Acteurs majeurs : Banques, assurances et fonds de pension qui recherchent des placements sûrs sur le long terme.

  • Risque et taux d'intérêt :     * Plus un pays est instable (Argentine), plus le taux d'intérêt demandé par les marchés est élevé pour compenser le risque.     * Taux négatifs : En période d'incertitude extrême, des pays comme la Suisse peuvent émettre de la dette à taux négatif. Les investisseurs acceptent de recevoir moins que leur mise initiale simplement pour mettre leur capital en sécurité.

  • L'impact de l'inflation : L'inflation érode la valeur réelle des obligations. Si l'inflation est supérieure au rendement, l'investisseur subit une perte de pouvoir d'achat.

Géopolitique de la dette et marchés financiers

  • Détenteurs de la dette américaine : Principalement le Japon, la Chine et le Brésil. La Chine utilise ses excédents commerciaux pour acheter de la dette américaine, ce qui maintient sa propre monnaie (le Renminbi) à un niveau bas, favorisant ses exportations.

  • La dette comme levier de pression : Les États peuvent menacer de vendre massivement la dette d'un autre pays pour influencer sa politique. Exemple : Des politiciens européens ont évoqué la vente de dette américaine lors de tensions avec Donald Trump concernant le Groenland.

  • Sanctions des marchés envers les gouvernements de gauche :     * Étude académique (Bechtel) : Analyse de 205 élections.     * Variable dépendante : Réaction de la bourse.     * Variables indépendantes : Orientation politique (gauche/droite) et contraintes institutionnelles.     * Constat : Les marchés ne sanctionnent pas systématiquement la gauche. Ils sanctionnent un leader de gauche uniquement s'il n'existe pas de contraintes politiques fortes (comme une banque centrale indépendante ou une coalition) qui l'empêcheraient d'appliquer un programme radical.

Défaut de paiement, austérité et Fonds Monétaire International (FMI)

  • Défaut de paiement : L'État refuse ou est incapable d'honorer ses créances. Conséquences catastrophiques : impossibilité d'emprunter, non-paiement des fonctionnaires, des retraites et des aides sociales.

  • Austérité : Mesures visant à réduire les dépenses publiques (coupes budgétaires, hausses d'impôts, privatisations) pour rembourser la dette. C'est violent socialement mais moins cataclysmique qu'un défaut total.

  • Le FMI, prêteur de dernier ressort :     * Intervient quand plus personne ne veut prêter à un État.     * Conditionnalité : L'argent est prêté en échange de réformes structurelles néolibérales (Consensus de Washington) : privatisation des infrastructures (ports, aéroports), licenciement de fonctionnaires, réduction des programmes sociaux.     * Gouvernance inégale : Les décisions majeures requièrent >85\,\% des voix. Or, les États-Unis possèdent 16.7%16.7\,\% des droits de vote (pondérés par quotas), leur conférant un droit de veto de facto sur toutes les décisions importantes.     * La Troïka : Groupe composé du FMI, de la BCE et de l'Union européenne qui a imposé des politiques publiques ultra-spécifiques à la Grèce durant la crise.

Conclusion sur les relations financières

  • Avantages : Accès aux capitaux pour l'infrastructure, croissance économique et développement (modèles asiatiques).

  • Inconvénients : Contraintes sur la souveraineté démocratique, exposition aux chocs systémiques globaux, instabilité politique liée à l'austérité et représentation inégale au sein des institutions internationales.