BL'affirmation de l'État dans le royaume de France
L'État à l'époque moderne (XVIème-XVIIIème siècle) : France et Angleterre
Chapitre 11 : L'affirmation de l'État dans le royaume de France
Contexte Européen et Féodalité
- Bouleversements en Europe.
- Complexification des États féodaux, notamment la France, avec l'affirmation du pouvoir monarchique.
- Sociétés médiévales régies par l'ordre féodal : organisation pyramidale avec le roi au sommet.
- Théoriquement, le roi est le suzerain suprême, et ses vassaux lui doivent respect et aide.
- En pratique, de nombreux seigneurs sont plus puissants que le roi (armée, contrôle, influence).
- Le roi n'est réellement seigneur que de son domaine royal, qui est relativement restreint.
Renforcement du pouvoir royal
- À partir du XIIIème siècle, les Capétiens renforcent leur pouvoir.
- Renforcement des forces armées.
- Sacrement du roi : il devient le lieutenant direct de Dieu sur Terre, légitimant son pouvoir.
- Guerre : le roi devient chef des armées, et les vassaux sont soumis pour plus d'efficacité.
- Reprise de territoires sous contrôle direct du roi.
- Le roi s'impose et domine une large partie du royaume à partir de la fin du XIème siècle (Louis XI).
- Les vassaux sont fidèles et respectueux.
- Les rois du XVIème siècle unifient et renforcent l'appareil administratif de l'État pour assurer leur contrôle.
- Transformation progressive en un État monarchique moderne.
Centralisation et affirmation de l'État
- À partir du XVème siècle, le royaume de France s'étend.
- Unification nécessaire pour imposer le pouvoir royal.
- L'État se complexifie et s'affirme autour du souverain, qui devient la figure centrale.
- Le roi organise et domine les institutions.
- Mise en place de lois et d'impôts dans tout le royaume.
- Les conflits facilitent l'affirmation du roi tout au long de l'époque moderne.
- Passage d'un État féodal à un État monarchique où le roi a le pouvoir absolu.
Problématique
- Comment l'État parvient-il à s'affirmer en France aux XVIème et XVIIème siècles ?
- Quel rôle le roi joue-t-il dans cette affirmation ?
I) Un territoire unifié et administré
A) Un territoire unifié par la guerre
- Au début du règne de François Ier, le domaine royal s'étend de manière discontinue et éparse.
- Le règne de François Ier est marqué par de nombreuses guerres.
- Mobilisation de l'ensemble des vassaux.
- Renforcement du pouvoir militaire du roi et de son prestige.
- Le roi devient une figure guerrière qui protège sa population et commande les armées.
- La guerre permet au roi de s'affirmer en tant que dirigeant.
- Les périodes de guerre ne sont pas propices aux tensions et divisions.
- On se range derrière la bannière du roi qui prend toutes les décisions.
- Le roi guerrier renforce l'État avec la mise en place de diverses mesures.
- La ceinture de Vauban sous Louis XIV pour protéger le pays.
- Les finances du royaume sont tournées vers la guerre (dépenses importantes pour l'armement et l'effort de guerre).
Moyens par lesquels le Roi agrandit et renforce son territoire
- Les frontières du royaume s’agrandissent par :
- Les guerres et les conquêtes (Louis XIV conquiert le Nord, l’Alsace et la Franche-Comté).
- Les accords diplomatiques et négociations (Louis XIV rachète Dunkerque aux Anglais et la Corse est achetée par Louis XV en 1768).
- Les mariages avec de grands seigneurs (Anne de Bretagne rattache sa région au royaume avec son mariage avec Charles VIII et Louis XII).
- Les frontières sont renforcées par des fortifications comme la ceinture de Vauban (150 forts sur toute la frontière reliée par des routes et canaux).
- Les frontières se fixent avec le traité de Westphalie, qui met en place le principe de « frontière naturelle » avec les éléments naturels (fleuves, montagnes) reconnus par tous les États.
Liens entre la guerre moderne et la mise en place de l’État
- L’évolution des formes de la guerre est liée à la formation de l’État :
- La guerre moderne nécessite des effectifs très nombreux, une plus grande technicité et une stratégie militaire plus complexe (supériorité de l’artillerie, ingénieurs militaires et officiers formés).
- La guerre est très coûteuse en hommes et en argent, ce qui requiert la mobilisation des ressources de l’État : recensement des populations, mise en place d’impôts et de logis pour les troupes, vente et hérédité des charges.
- Une administration se met en place, chargée de s’occuper de la guerre.
B) Une monarchie administrative
La guerre et la mise en place d’une administration tournée autour de celle-ci permettent au roi d’affirmer sa puissance.
Le roi renforce également son image par sa présence à travers le royaume.
- Nomadisme et multiples châteaux pour accueillir le roi pendant ses visites (François Ier, Henri IV).
La puissance et la domination du roi s’affirment pendant les règnes de Louis XIII et de Louis XIV.
- Sédentarisation à Paris.
- Utilisation de l’État qui se complexifie même hors période de guerre.
L’administration s’organise et se centralise autour du roi, qui choisit toutes les personnes de l’administration.
Certains grands noms obtiennent des charges et des ministères importants :
- Le duc de Sully (intendant des finances sous Henri IV).
- Le cardinal de Richelieu (« premier ministre » de Louis XIII).
- Le cardinal de Mazarin (« premier ministre » de Louis XIV).
- Colbert (ministre des finances qui révolutionne l’économie sous Louis XIV).
Cette centralisation de l’État est toutefois limitée : les officiers sont relativement libres de leur mouvement, ce qui peut faciliter la corruption.
Les coutumes et lois particulières à chaque région/seigneurie sont assurées.
Les Etats provinciaux (régions hors domaine royal) :
- Peuvent faire des remontrances pour garder leurs avantages (la Bretagne ne paye pas la gabelle, impôt sur le sel).
Les pays d’élection (domaine royal) :
- Se soumettent à la volonté directe du roi.
Les Parlements peuvent exercer le même droit que les régions avec des remontrances pour exprimer leurs doutes sur une décision royale.
Les langues régionales ne disparaissent pas et résistent au français.
II) Le renforcement du contrôle de la vie économique et religieuse
A) Un dirigisme économique
Jusqu’au XVIème siècle, l’économie de chaque seigneurie ne dépend que du seigneur.
- Le royaume n’a pas les mêmes impôts ni les mêmes normes selon le territoire.
Les impôts imposés par le roi dès le Moyen-Âge ne rapportent pas énormément, étant détournés par les seigneurs.
Les guerres et la mainmise par le roi sur l’administration renforcent le contrôle de l’économie de tout le royaume.
- Mise en place de politique économique qui vise à augmenter les recettes directes de l’État en évitant de passer par des intermédiaires (Louis XIII et Louis XIV).
Sous le règne de Louis XIV, son ministre des Finances Colbert propose de renforcer la politique mercantiliste.
Le mercantilisme désigne l’idéologie économique selon laquelle la richesse d’un Etat se mesure au stock d’or et d’argent disponible sur son territoire. Pour augmenter ces stocks, il faut commercer avec les autres, notamment avec les colonies de plus en plus nombreuses et riches en ressources
La puissance de l’État se base également sur la supériorité économique de l’État par rapport aux autres et peut donc entraîner l’affaiblissement des autres États.
Rivalité avec les puissances voisines selon Colbert
La rivalité économique entre les puissances européennes prend la forme d’une guerre commerciale : appauvrissement des pays voisins par la concentration de richesses au sein du royaume.
Il faut attaquer les grandes puissances coloniales européennes pour s’approprier leurs ressources (matières premières mais également les spécialistes et marchands étrangers pour le profit de la France) et mettre en place des compagnies de commerce avec les colonies (Compagnies des Indes notamment).
Moyens pour limiter les importations selon Colbert
- Colbert augmente les droits de douanes pour réduire les importations (trop coûteuses), accélérer le commerce colonial avec les colonies françaises et faire en sorte que les spécialistes dans les différents domaines de productions puissent répondre aux besoins de la population sans faire appel à l’étranger pour assurer une certaine autosuffisance.
Comment Colbert compte-t-il augmenter les exportations
- Colbert souhaite favoriser les exportations grâce à la création de compagnies de commerce qui feront affaires avec toutes les colonies (y compris étrangères) et au développement des manufactures françaises, en particulier dans le domaine du luxe (comme la manufacture des Gobelins en termes de tapisserie).
Bilan de la politique colbertiste
Le bilan est mitigé pour la politique colbertiste :
- La compagnie française des Indes orientales permet d’envoyer des navires vers l’Océan Indien.
- Les productions de luxe se développent en gagnant en qualité.
- Le commerce maritime reste bien inférieur à celui des autres puissances européennes comme les Anglais et les Néerlandais.
La politique colbertiste encourage le développement économique du pays, mais s‘accompagne de dépenses très conséquentes pour financer la guerre.
Cela est compensé par la hausse des impôts qui sont très importants à partir du règne de Louis XIII.
- Entre 1600 et 1647, les revenus de l’État augmentent fortement (passant de 20 millions de revenus à 143 millions et même jusqu’à 207 millions).
Inégalité face aux impôts :
- De nombreuses régions ne payent pas le même montant, comme pour la gabelle.
Ces inégalités face à l’impôt s’expliquent par rapport au système féodal qui répartit l’impôt selon sa place dans la société :
- Les nobles et le clergé sont exemptés d’impôts car on leur accorde des privilèges.
Mais ses privilèges dépendent uniquement du roi à partir de l’époque moderne :
La mainmise sur l’administration et l’économie lui permet d’être au fait des finances et de les contrôler.
Louis XIV décide d’instaurer un impôt pour financer la guerre contre la Ligue D’Augsbourg et aider à la reconstruction de l’Etat.
- Cet impôt est imposé à tous, y compris au clergé et à la noblesse, qui protestent en raison de leurs privilèges.
La noblesse peut tirer profit de ce système car ils sont chargés de collecter ces impôts et ils peuvent en garder une partie (11% voire plus).
Ce système permet au roi d’avoir le consentement des élites au pouvoir central et au pouvoir royal même en matière fiscale.
B) Pacification et unité religieuse
- La religion joue un rôle très important dans l’unification du royaume.
- Depuis le XVème siècle, la France est plongée dans des conflits religieux internes.
- Opposition entre les princes huguenots (protestants) et les princes catholiques.
- Ces conflits divisent le royaume.
- Ces conflits cessent avec la montée sur le trône de Henri IV, d’origine protestante, qui se convertit au catholicisme.
- En 1598, il signe l'édit de Nantes pour régler les différends entre les 2 camps et autoriser le culte protestant au sein du royaume, permettant la cohabitation des 2 religions.
- Cela ne règle pas les tensions qui reviennent en force sous Louis XIV, qui cherche à unifier le royaume autour d’une seule religion et révoque ainsi l’édit de son grand-père.
Évolution du statut des protestants au sein du royaume de France et intentions des différents rois
- En 1598, Henri IV proclame l'édit de Nantes afin d’instaurer la paix dans le royaume entre les huguenots et la Ligue catholique.
- L'édit de Nantes amnistie tout le monde pour rétablir la paix.
- Il permet à la religion réformée de pouvoir être pratiquée partout, même en public, sans risque de molestation ni d’arrestation.
- Il valorise également le retour du culte catholique dans les villes protestantes où il était interdit.
- L'Édit accorde la liberté de culte et de conscience aux protestants, devenant une religion tolérée par l’État. Henri IV cherche ainsi à rétablir la paix par la tolérance et à imposer sa volonté à tous ses sujets.
- Les tensions entre les 2 camps demeurent et sont même ravivées par Louis XIV qui souhaite unifier le pays autour d’une seule et même religion instaurant le principe de « un roi, une foi, une loi ».
- Il va ainsi persécuter les protestants et les forcer à se convertir avec les soldats à partir de 1681 au cours des nombreuses « dragonnades ».
- L'Édit de Fontainebleau en 1685 va réaffirmer ces discriminations car il révoque celui de Nantes en interdisant la pratique de la religion protestante et en obligeant à la conversion sous risque d’être emprisonné et/ou envoyé en galère.
- Louis XIV cherche ainsi à avoir une nation unie autour d’une seule et unique religion qu’il domine avec sa charge de droit divin qui dépend du catholicisme, seule religion d’État.
- Les 2 rois apparaissent ainsi comme les seuls garants de l’ordre social et de la paix civile et comme protecteur de l’Eglise catholique, relais important de l’encadrement administratif du royaume.
III) L’affirmation de la figure royale : une autorité absolue ?
A) Le roi absolu représenté
Au fur et à mesure de l’avancement de la période moderne, le roi devient de plus en plus important au sein de l’État, décidant progressivement de tout.
Le roi s’impose ainsi comme le garant de toutes choses dans le royaume et obtient progressivement un pouvoir absolu.
Cette position atteint son paroxysme à partir du règne de Louis XIV qui, suite au traumatisme de la Fronde, décide de gouverner seul.
Se revendiquant lieutenant de Dieu sur Terre, il ne rend de compte à personne se considérant comme supérieur.
Il va même retirer certains pouvoirs aux grandes institutions comme le droit de remontrances au Parlement de Paris car personne ne doit discuter ses décisions.
Il prend ainsi l’emblème du soleil comme étant le symbole de puissance absolu prenant le surnom de « Roi Soleil ». « L’Etat c’est moi »
Louis XIV met en place une véritable monarchie absolue où le roi possède le pouvoir judiciaire, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
Ce pouvoir absolu est représenté et prend forme au sein du palais de Versailles, véritable miroir du pouvoir.
Le palais est basé sur un ancien pavillon de chasse de Louis XIII.
Dès 1661, Louis XIV décide de construire un énorme palais pour s’éloigner de Paris.
Le projet vise à montrer toute la puissance du roi au travers du bâtiment qui est construit et conçu « pour faire éclater aux yeux de toute la grande splendeur de la puissance royale »
Le but de Versailles est de montrer la puissance du roi dans tous ses aspects mais également de soumettre la noblesse, rebelle depuis la Fronde.
Versailles va être un lieu privilégié pour maintenir cette noblesse sous le contrôle du roi car il peut les surveiller en permanence et la noblesse se plie à la volonté du roi pour que celui-ci accorde des faveurs diverses et variées.
Arts mobilisés pour la construction de Versailles
Louis XIV mobilise tous les arts dans la construction du palais :
- L’architecture peu défensive qui remplace le château fort depuis le XVème siècle afin de montrer la puissance du souverain.
- L’art des jardins avec la mise en place de canaux et de fontaines et d’une végétation taillée précisément
- La peinture dans les décorations est mobilisée avec la représentation d’allégorie comme les figures mythologiques
- L’organisation de fêtes luxueuses permet également de montrer la richesse et la magnificence du roi avec des invités prestigieux.
Image du Roi que cherchent à véhiculer les arts de Versailles
Le château est construit en suivant l’axe Est-Ouest afin de bénéficier du Soleil constamment.
Le roi organise des promenades très régulièrement pour montrer aux visiteurs et autres nobles sa puissance en montrant les beautés du jardin.
La Galerie des Glaces montre le roi en conquérant et souverain absolu, d’autant qu’elle est constamment baignée de Soleil, symbole du roi et présent à chaque instant.
Le palais est donc construit dans une symbolique de présence constante du roi autour duquel tout s’organise.
Organisation de la vie de cour à Versailles par Louis XIV
Louis XIV pousse à l’extrême le cérémonial de la cour en fixant une étiquette très contraignante :
Les règles de la vie de la Cour sont définies par le Roi et celle-ci est organisée autour de celui-ci.
La vie à Versailles oblige la noblesse à se fixer auprès du souverain dont les journées sont rythmées et réglée par des cérémonies.
Le roi définit enfin les modes que tous doivent suivre pour rester dans les grâces du souverain.
Comment la vie de cour à Versailles permet, selon Saint-Simon, de soumettre la noblesse
Une certaine dépendance de la noblesse se crée car elle dépense sans compter pour obtenir les faveurs du roi au risque de se ruiner et de s’épuiser dans la compétition car seul le roi peut accorder des rentes pour vivre correctement.
La violence militaire entre les seigneurs cesse au profit de la compétition sociale pour les faveurs du roi
Propagande artistique
- Construction entourée de symboles (Versailles est conçu avec des symboles de puissance absolue).
- Décorations montrant la puissance du roi (Galerie des Glaces, jardins, tableaux, architecture, fêtes somptueuses).
**Palais pour réaffirmer le pouvoir du roi
**- La mise en scène du pouvoir absolu (la société de cour et l'étiquette organisent la vie quotidienne autour du roi).
- La soumission de la noblesse (le palais accueille la noblesse qui se soumet au roi pour obtenir des privilèges).
B) Les limites et les contestations du roi et de l’absolutisme
Le pouvoir absolu du roi n’est pas forcément accepté par tous
On observe que le pouvoir du roi peut créer des tensions avec le peuple.
Le peuple fait plusieurs rébellions pendant le règne du roi Soleil en mettant en cause son attitude qui n’est plus acceptée.
De nombreuses critiques sont faites par les philosophes : dénonciation des inégalités, opposition entre le bonheur du peuple et la raison d’État, discussion des fondements du pouvoir.
De nombreux princes et seigneurs se rebellent contre les décisions royales : conflits avec les seigneurs à cause du renforcement de l’État et du pouvoir du roi grâce aux cardinaux Richelieu et Mazarin.
L’autorité royale peut aussi être contestée :
Les agents royaux de l’État, la fiscalité, la justice royale sont au cœur du rejet au moment des révoltes (Fronde).
Les conflits religieux conduisent également à théoriser et justifier le régicide menaçant la position du roi.
Le peuple se rebelle également et montre son mécontentement face aux fastes des nobles et du roi qui accapare les ressources et les richesses.
La répression royale lors de ses émeutes et révoltes permet de soumettre les nobles rebelles ou trop puissants à l’obéissance et le peuple est également soumis et réprimé lors des révoltes.
Mais les faveurs royales permettent aussi d’obtenir le consentement.
La monarchie absolue existe donc moins dans la pratique que dans les discours et les représentations qui la justifient et la mettent en scène.
Conclusion
L’État et le pouvoir royal changent de forme et de nature en France à partir du XVIème siècle : passage d’un État féodal à un État monarchique où le roi accapare tous les pouvoirs, obtenant un pouvoir absolu.
De nombreuses oppositions restent tenaces et les difficultés financières provoquent des rébellions et des remises en cause de l’absolutisme de plus en plus importantes à partir du XVIIIème siècle.