Erri De Luca - Tu, mio : Notes de Lecture Exhaustives

Informations Bibliographiques et Contextuelles sur l'Œuvre

  • Titre et Auteur : Tu, mio par Erri De Luca.

  • Éditions mentionnées :

    • Édition originale chez Giangiacomo Feltrinelli Editore, Milan, dans la collection « I Narratori » : février 19981998.

    • Première édition dans la collection « Universale Economica » : avril 20002000.

    • Troisième édition : septembre 20012001.

  • Contexte Biographique de l'Auteur :

    • Erri De Luca est né à Naples en 19501950.

    • Principales publications chez Feltrinelli : Non ora, non qui (19891989), Una nuvola come tappeto (19911991), Aceto, arcobaleno (19931993), In alto a sinistra (19941994), Alzaia (19971997), Tre cavalli (19991999) et Montedidio (20012001).

    • Il a dirigé des traductions d'ouvrages bibliques pour « I Classici » : Esodo/Nomi (19941994), Giona/Ionà (19951995), Kohelet/Ecclesiaste (19961996), Libro di Rut (19991999).

  • Thématique Générale : Le récit porte sur le dépassement de la « ligne d'ombre », le passage des privilèges de l'adolescence à la rudesse de la maturité. Il se situe dans une île de la mer Tyrrhénienne au milieu des années 19501950.

L'Éducation par la Mer et la Barque de Pêche

  • Relation avec Nicola : Nicola est un pêcheur local qui apprend au narrateur l'art de la mer. Il travaille sur la barque de l'oncle du narrateur durant l'été.

  • La Philosophie de la Pêche selon Nicola :

    • Un poisson n'est considéré comme « poisson » que lorsqu'il est à bord. Crier victoire avant est une erreur.

    • La remontée du poisson doit être faite avec une « prise douce et régulière, rapide et sans saccades ».

    • L'utilisation d'appâts : Nicola utilise des morceaux de « totani » (calamars) de la longueur d'un ongle, coupés avec un rythme précis.

    • Économie de gestes : Nicola sait manipuler les lignes sans regarder, regardant au loin alors que ses mains travaillent seules (« l'opera »).

  • Sens de la Navigation :

    • L'expertise du pêcheur se mesure au « pied » (l'équilibre sur la barque face aux vagues).

    • Le narrateur apprend à tenir le gouvernail en choisissant le bon angle pour faire passer la vague sous la quille afin que le bois ne souffre pas.

    • Nicola n'enseigne pas par des paroles, mais par l'action (« Il faisait le ainsi »).

  • L’Éthique du Pêcheur :

    • Respect du fond marin : Nicola refuse de plonger ou d'utiliser des fusils à harpon. La pêche est une « question » posée à la mer, et la réponse appartient à la mer.

    • Relation avec l'oncle : L'oncle invite le narrateur car il est silencieux, ne s'emmêle pas dans les lignes et ne demande jamais de poisson pour lui-même.

Mémoire de Guerre et Histoire Familiale

  • Récits de la Mère :

    • Témoignage des bombardements alliés sur Naples (les « cent martèlements »).

    • Les refuges : Les courses vers la galerie de Piedigrotta.

    • L’anecdote du sac de boutons : Une femme pauvre simulait la possession de bijoux en remplissant son sac de boutons pour ne pas paraître inférieure aux autres.

    • La figure de Jim : Un soldat afro-américain géant logé par la famille, qui a sauvé la grand-mère (Emilia) en la portant hors d'un palais juste avant qu'une bombe allemande ne le détruise.

  • La Vision du Père sur la Guerre :

    • Soldat appauvri par les destructions, il éprouvait un regret de n'avoir fait aucun geste de sabotage ou de sauvetage héroïque.

    • Agacement face aux questions répétées du fils sur le passé.

    • Il considérait le fascisme comme une « barillette pesante » et une imitation dérisoire de l'Empire romain.

  • Le Rapport de l'Oncle à l'Histoire :

    • Né d'une mère américaine (Ruby Hammond de Birmingham, Alabama).

    • Il détestait les adunates (rassemblements) et le conformisme viriliste des fascistes.

    • Sa forme de sabotage personnelle consistait à séduire les femmes et amantes des chefs hiérarchiques fascistes.

L'Expérience Yougoslave de Nicola

  • Sarajevo : Nicola a été soldat d'infanterie en Yougoslavie. C'est son seul voyage hors de l'île.

  • La Famille de Sarajevo :

    • Il s'est lié d'amitié avec une famille locale à qui il apportait du pain et du café après que les chemises noires italiennes avaient tué leur fils (« partizan »).

    • Il décrit un cimetière musulman où la lune remplace la croix sur les pierres tombales.

    • Les pleureuses de Sarajevo lui rappelaient celles de son île.

    • Cette famille l'a caché après le 88 septembre 19431943 pour lui éviter la déportation en Allemagne par les nazis.

  • Le Traumatisme et la Langue Allemande :

    • Nicola refuse tout contact avec les touristes allemands sur l'île.

    • Il ne comprend que deux expressions : « ich verstehe nicht » (je ne comprends pas) et « foier » (feu).

    • Il a honte devant Dieu (« Me so' mmiso scuorno pe' Ddio ») à cause de son impuissance face aux atrocités de la guerre.

Caia : La Rencontre et le Secret de l'Identité

  • Portrait de Caia :

    • D'origine roumaine, orpheline, plus âgée que le narrateur.

    • Elle a un accent étranger et une dent légèrement ébréchée qui « siffle blanc » lorsqu'elle rit.

    • Son nom « Caia » est le féminin de Caio, mais le narrateur pressent un secret derrière ce nom.

  • Le Baptême du Sang : Lors d'une sortie de pêche, le narrateur est mordu par une murène (murena). Nicola doit couper la tête du poisson et briser sa mâchoire pour libérer le doigt. Cet incident vaut au narrateur le respect de son oncle (« Maintenant tu es pêcheur ») et l'attention de Caia sur la plage.

  • La Révélation du Nom :

    • Daniele (le cousin du narrateur, chef du groupe de jeunes) est officiellement attiré par elle.

    • Nicola révèle au narrateur que le nom de la jeune fille est juif (« ebbrea »).

    • À Sarajevo, Nicola a connu des femmes juives nommées Haia (avec un « h » aspiré guttural).

    • Le narrateur apprend la forme diminutive du nom : « Hàiele ».

  • La Relation Spirituelle « Tate » :

    • Caia perçoit chez le narrateur des gestes hérités de son père chimiste (comme un tic au nez ou un geste pour arrêter le bus).

    • Elle l'appelle « Tate » (papa en yiddish).

    • Le narrateur assume ce rôle protecteur, vivant une « vieillesse précoce » à ses côtés.

Événements Marquants de l'Été

  • Le Passage de l'Andrea Doria : Le transatlantique traverse exceptionnellement le canal entre l'île et Vivara, provoquant six vagues géantes qui menacent de détruire les barques de pêche. Le narrateur alerte les pêcheurs à temps.

  • La Rencontre avec Eliana : Une fille de 1515 ans qui exprime son désir d'attendre le narrateur. Ils partagent un moment avec une pierre ponce pour nettoyer une tache de graisse sur sa main.

  • La Rixe à la Pizzeria :

    • Une quinzaine d'Allemands d'âge mûr chantent des hymnes nazis (SS) dans une pizzeria.

    • Caia explose de colère en allemand contre eux.

    • Daniele et le narrateur attaquent physiquement les Allemands pour la défendre.

  • La Nuit de Tempête en Mer : Le narrateur accompagne Nicola pour poser des palangres (coffe). Ils sont surpris par un fort vent de sirocco. Ils croisent deux pêcheurs en détresse et Nicola remorque leur barque malgré les vagues et le danger.

La Transformation et l'Acte de Vengeance Final

  • Le Départ de Caia : Elle part avec Daniele. Avant de quitter l'île, elle confie au narrateur qu'elle a ressenti la présence de son père à travers lui durant l'été.

  • Le Passage à l'Acte :

    • Le narrateur est envahi par une colère froide et un besoin de justice pour le passé non résolu.

    • Il prépare un plan d'incendie : tube de gomme, damigiana (dame-jeanne) de 55 litres de benzine siphonnée de la voiture de son père.

    • Durant la nuit de sirocco, après le départ de Caia, il se rend à la pension des touristes allemands.

    • Il verse de la benzine sur la porte et sur leur voiture immatriculée en Allemagne.

    • Il allume l'incendie, provoquant une explosion qui casse les vitres et cris d'alerte (« feuer, feuer »).

    • Le narrateur s'enfuit dans la nuit, courant avec le vent, sentant qu'il a accompli un geste d'héritage pour le lutto (deuil) de Caia et pour répondre aux dettes de l'histoire.