1. La nouvelle littérature chinoise et la Révolution littéraire du 4 mai (1917-1927)

1.   Le développement de la littérature chinoise moderne et contemporaine

§  La Nouvelle littérature chinoise est divisée en 2 étapes : littérature moderne (新文学) et Littérature contemporaine (当代文学)

Selon la majorité des chercheurs de la Chine continentale (RPC) :

Littérature moderne (1917-1949) :

Elle commence en janvier 1917 avec la publication de « Premières propositions pour une réforme littéraire 文学改良刍议 » rédigé par Hu Shi 胡适 (1891-1962). Elle couvre une période de 32 ans jusqu’à la fondation de la République populaire de Chine en 1949.

La littérature moderne est divisée en 3 périodes : en décennies

-       1917-1927 : période dominée par la littérature du 4 mai 五四文学 (Révolution litt.)

-       1928-1937 : période de la littérature de la « Ligue de gauche 左联 » (Litt. Révolution)

-     1938-1949 : période de la guerre de résistance et de la guerre civile entre nationalistes

Et communistes. Cette période caractérisée par la diversité de formes littéraires dans les différentes régions (régions occupées par les Japonais, les nationalistes et d’autres par les communistes)

Bien que la littérature moderne ne s’étant que sur une trentaine d’années, un moment très bref va se produire, son importance ne peut être mesurée par sa violence. Il s’agit d’un énorme tournant dans le développement de la littérature chinoise.  Profonde rupture entre la nouvelle culture et l’ancienne culture traditionnelle  et reflète une violente collision entre cultures chinoise et étrangère

Littérature contemporaine (1949- ajd) : littérature depuis la fondation de la RPC

Elle est passée par 4 grandes étapes de développement :

-       1949-1966 : littérature des « Dix-sept Ans » Depuis la fondation de la RPC jusqu’à la

         révolution culturelle 文化大革命 en 1966

-       1966-1976 : littérature de la Révolution culturelle (peu de production littéraires)

-       1978-1989 : littérature de la « Nouvelle Période » par rapport au 10 ans de désastre.

1989 manifestations étudiantes sur la place Tian’Anmen

-       1990- ajd : littérature du « tournant du siècle »

2.   La littérature chinoise moderne

2.1.     Fondation de la littérature moderne

La littérature moderne est née d’une révolution littéraire 文学革命 (autres appellations 新文学运动 le mouvement de la nouvelle littérature,白话文运动 le mouvement de la langue vernaculaire/langue parlée) qui fait partie du mouvement de la nouvelle culture 新文化运动 déclenchée à partir de 1915.

新文化运动 est un mouvement qui critique les idées chinoises classiques et promeut une nouvelle culture chinoise basée sur des idéaux progressistes, modernes, occidentaux comme la démocratie et la science.

Point de départ de la littérature moderne avec la revue 新青年 (Nouvelle Jeunesse) fondée par Chen Duxiu 陈独秀 (1879-1942) en 1915 à Pékin en même temps que le mouvement de la nouvelle culture. Cette revue se consacre à la diffusion des idées nouvelles en sciences sociales, en littérature.

Mais c’est en 1917 que 胡适 Hushi (étudiant en philo) donne l’impulsion d’un ton décisif quand il écrit pour cette revue un article intitulé « Premières propositions pour une réforme littéraire 文学改良刍议 ».

 Cet article peut être résumé en 8 points : l’article s’en prend au style sur-orné mais creux de la littérature chinoise classique et plaide en faveur d’un style plutôt substantiel que décoratif.

-       Éliminer les mots dénués de sens                 -    Ne pas imiter les anciens

-       Respecter les règles grammaticales              -    Ne pas gémir sans souffrance

-       Supprimer clichés et poncifs                         -    Éviter les allusions aux textes classiques

-       Abandonner les constructions parallèles      -    Ne pas écarter le langage vernaculaire

L’article de Hu Shi est un article d’attaque contre l’usage de la langue classique 文言 au profit d’une littérature écrite exclusivement en langue parlée 百花.

L’article « Sur la Révolution littéraire 文学革命论 » de Chen Duxiu, appuie fortement les propositions avancées par Hu Shi en les reformulant mais de manière plus radical. Le plaidoyer sous la langue parlée prend sous la plume de Chen Duxiu une dimension social et politique dans la mesure où il oppose une littérature populaire à une littérature aristocratique.

 L’article 文学革命论 se résume en 3 points :

-       « Renverser la littérature aristocratique, maniérée et flatteuse pour construire une littérature du peuple, simple et expressive ».

-       « Renverser la littérature classique, désuète et sur-ornée, pour construire une littérature réaliste, fraîche et sincère ».

-       « Renverser la littérature des “monts et forêts”, obscure et hermétique, pour construire une littérature de la société, claire et populaire. (Littérature des « monts et forêts », les gens se retirent du monde et vont aller vivre dans les montagnes et les forêts pour écrire des poèmes, ils se coupent du monde)

ð L’initiative de Hu Shi et Chen Duxiu obtient le soutien de nombreux intellectuels ex. 钱玄同 (1887-1939),刘半农 (1891-1934) et 周作人 frère de LuXun  (1885-1967)

周作人 écrit un article « La littérature de l’Homme 人的文学 » qui rompt avec la littérature du passé (qui honore les empereurs, bandits et démons au détriment du peuple dépositaire de l’humanité).

La littérature Chinoise classique est la langue écrite contrairement à la nouvelle littérature chinoise qui utilise la langue parlée 白话文 .

À l’époque il y a des genres qui dominent la littérature classique : poésies, essais et des proses.

La littérature basse : les romans, les théâtres.

2.2.     Programmes révolutionnaires

Les programmes de la révolution littéraire dénoncent la dichotomie millénaire dans la littérature chinoise. Distinction dans la tradition chinoise  une littérature « haute » et une littérature « basse ».

 Littérature « haute » écrite en langue classique (créée par des lettrés qui seuls eux ont accès). Elle comprend des genres « nobles » : poésie, essais, histoire. Elle met en à l’honneur les vertus confucéennes.

 La littérature « bases » marqué par la langue vernaculaire 百花, est une littérature de divertissement qui s’adresse aux illettrés ou aux semi-illettrés. Elle comprend des genres populaires excluent de l’orthodoxie littéraire en raison de leur manque de valeurs didactique et de leur caractère purement fictionnel  : roman, théâtre.

Les promoteurs de la révolution littéraire se battent en faveur de la langue parlée. Ils visent un double objectif aussi bien social que littéraire.

Il ne s’agit pas de créer une langue commune panchinoise, qui existe déjà (官话 guanhua mandarin), ni une littérature en langue parlée, qui est née depuis plus de 1000 ans ( 变文).

ð Objectif : élever la langue parlée au rang de la langue littéraire reconnue, on inverse l’ordre. Une littérature écrite en langue parlée sera appréciée par toutes les couches sociales

ð Souhait de répandre la connaissance et la pratique d’une langue nationale 国语 qui effacera les frontières entre les langues écrites et parlées (souhait d’écrire comme les gens parlent, utilisation de la langue parlée comme langue écrite)

De tels programmes révolutionnaires ne manquent pas à l’évidence de soulever des controverses. Énormément de lettrés sont contre ces programmes . Mais l’opposition conservatrice se révèle faible et se trouve dans l’impossibilité d’empêcher le processus irréversiblement engagé.

Les appels théoriques commencent à apporter leurs fruits  avec « Le Journal d’un fou » de Lu Xun écrit dans la langue parlée.

La langue parlée devient le signe distinctif de la littérature moderne  et supplante dès 1920 la langue classique dans les programmes d’enseignement primaires.

2.3.     Nouvelles générations intellectuelles

La nouvelle génération intellectuelle adopte une attitude contestataire radicale (contre ce qui est les traditions chinoises) = elle oppose un iconoclasme et remet en cause tout le système socioculturel chinois.  En effet à cet époque tout le pouvoir politique de la Chine traditionnelle s’appuie sur une organisation bureaucratique particulière : les concours impériaux afin de recruter les fonctionnaires sur le critère de leurs connaissances des classiques confucéens, examen écrit exclusivement en langue classique.

Ce système de concours date de la dynastie Sui et supprimé en 1905 科举考试 en raison de la corruption de ceux qui en définissent les modalités et de son inadaptation aux nouveaux besoins socioéconomique du pays. Toutefois, l’ensemble du système éducatif reste inchangé, reposant toujours sur le long apprentissage des classiques qui constitue désormais un obstacle à la modernisation du pays.

Ce système coupe les intellectuels du monde concret et les prive d’une évaluation réaliste de la situation intérieur et extérieur. On attribue même à ce système la responsabilité de la déchéance dans laquelle s’enlise la Chine, État qui contraste avec celui d’un Occident tout puissant et d’un Japon modernisé.

Les promoteurs de la nouvelle culture considèrent les Classique confucéens rédigés en langue classique comme un obstacle à la modernisation du pays.

 Objectif : se débarrasser de la langue classique afin de créer une nouvelle littérature en langue parlée compréhensible par tous centrée sur les problèmes actuels de la réalité sociale permettant à la Chine de capter les idées nouvelles, de s’ouvrir au monde, de s’engager dans la voie de la modernisation.

Mise en place d’un programme littéraire qui se mêle à une programme politique et qui aura inspiré le Mouvement du 4 mai 1919 五四运动.

Mouvement du 4 mai 1919, à la base un évènement politique à l’origine ce sont des contestations patriotiques contre l’attribution au Japon des anciennes concessions Allemandes de la province du 山东 (à l’issu du traité de Versailles)  devient un vaste mouvement social et culturel qui a suscité une vague de contestations des fondements de la culture chinoise et qui au nom de la démocratie et de la science tente l’éradication du mal du Confucianisme avec pour slogan « abat la boutique de Confucius ».

Si la révolution littéraire a annoncé en partie le mouvement du 4 mai, celui-ci, en revanche, renforce les mouvements de la nouvelle culture dont la révolution littéraire et contribue à élargir et à vulgariser ses idées et ses programmes.

2.4.     Les sociétés littéraires

Le vrai départ de la nouvelle littérature et notamment du roman moderne ne se seraient pas produit sans l’éclosion d’un réseau impressionnant.

 Cercles et sociétés littéraires (groupes de sociétés passionnés par la littérature). Ces groupes constituent le premier décor de la scène littéraire des années 1920 où domine 2 noms :

§  La société de Recherches littéraires 文学研究会 1921 :

Elle est fondée le 4 janvier 1921 à Pékin par Zheng Zhenduo, Shen Yanbing, Yes Shaojun, Xu Dishan, Wang Tongzhao, Geng Jizhi, Guo Shaoyu, Zhou Zuoren, Sun Fuyuan, Zhu Xizu, Qu Shiying et Jiang Baili. Elle compte environ 170 adhérents.

Peu de temps après sa fondation, la société transfert ses activités à Shanghai.

Son but : Étudier et faire connaître les littératures étrangères, réexaminer la littérature chinoise ancienne et créer une nouvelle littérature attentive à la souffrance du peuple et résolue à préserver  l’esprit du mouvement du 4 mai en créant des œuvres s’attachant à la vie sociale.

La société de Recherches littéraires assure la publication de périodiques et de collections de livres : la Revue mensuelle des Nouvelles 小说月报 .  Elle devient le principal organe de la Société à partir de 1910  sous la direction de Shen Yanbing (Mao Dun) puis Zheng Zhenduo.

Slogan de la société : « L’Art pour la vie 为人参而艺术 (les écrivains/artistes font de l’art pour parler de la vie sociale).

La revue encourage les écrivains à intervenir dans la vie sociale.

§  La Société Création 创造社 1921 :

6 mois après la fondation de la Société de Recherches littéraires, la Société Création est fondée au japon en juin 1921 par un groupe d’étudiants : Guo Moruo, Yu Dafu, Cheng Fangwu, Zhang Ziping, Tian Han, Zheng Boqi, Mu Mutian.

Lancement d’une collection éponyme de la société et nombreuses revues dont Création.

La revue Création est d’abord trimestrielle et devient mensuelle en 1926.

Au début en 1921, les membres de la Société de Création sont des admirateurs du romantisme occidental. Ils mettent l’accent sur la fidélité à soi-même, l’intuition et l’inspiration. L’exaltation du moi, la  libération de la personnalité constitue les critères de l’art créatif qui s’accompagne d’un souci de beauté et de perfection.

Slogan de cette société : « L’Art pour l’art 为艺术而为艺术», toutefois ce slogan n’a pas duré en raison de l’incident du 30 mai en 1925.

Les activités de la Société sillonnent toute la décennie de 1920 à 1930. Toutefois, on peut distinguer 2 périodes très différentes.

Incident de 30 mai 1925 五卅运动 : des policiers britanniques font les concessions à la national de Shanghai ont tiré sur des manifestants chinois.  Une partie des adhérents se détourne de l’esthétisme individualiste => pour se réorienter vers un romantisme révolutionnaire. (Au départ ils écrivent/créent pour l’art/la beauté jusqu’à cet incident de 1925 à partir duquel une partie des adhérents de cet Société se sont tournés vers le communisme.

Chef de fil Guo Moruo (aimé par Mao Zedong car très pro-communiste) qui opère une conversion au marxisme en publiant  Littérature et révolution 文学与革命.

À partir de 1928 certains membres proposent « une littérature socialiste et réaliste, sympathisant avec le prolétariat ».

ð Changement radical de leurs principes, au début c’était pour l’art ensuite pour la littérature révolutionnaire et puis pour une littérature socialiste.

2.5.     Lu Xun 鲁迅

Son vrai nom : Zhou Shuren 周树人 (1881-1936) est l’un des écrivain chinois majeur du 20e siècle et celui qui a eu le plus d’influence sur la littérature chinoise moderne.

À 7 ans il commence son éducation dans une école privée mais alors que son grand-père est inculpé dans un scandale de trafic d’influence et condamné à une peine de prison, et que son père décède 2 ans plus tard, la famille s’appauvrit. En 1899, il continue son parcours durant à un an à Nankin puis en 1901 à l’école de construction ferroviaire.

 Durant ses études à Nankin : il s’intéresse à la littérature occidentale et est impressionné par la théorie de l’évolution de Darwin

En 1902 : il quitte la Chine pour le Japon où il étudie les langues japonaises et allemandes, et effectue aussi des études de médecine (1904).

Événement fortuit : lors d’un cours une diapositive est projeté sur la guerre russo-japonaise, il voit sur l’écran un chinois pieds et poings liés accusé d’espionnage, au profit des Russes, sur le point d’être exécuté entourer de compatriotes apathiques venus assister au spectacle.  Image de la passivité et de la déchéance morale dans lesquelles était tombé le peuple chinois.

Lu Xun se dit alors que le plus important n’est pas de soigner le corps mais l’esprit

 Idée qu’il synthétisera dans la Nouvelle « Monsieur Fujino 藤野先生 » en une superbe formule : « 救国救民需先救思Pour sauver le pays et sauver le peuple, il faut d’abord sauver l’esprit ».

En mars 1906 : abandonner ses études de médecine pour se consacrer à la littérature et à Tokyo où il fonde avec ses camarades un magazine littéraire : 新生La Naissance (échec car enterré.

Il a aussi traduit avec son frère Zhou Zhouren des œuvres de la littérature.

En 1909 il renonce à partir étudier en Allemagne afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et retourne en Chine. Là-bas, il enseigne au collège de Hangzhou et Shanxin  puis assure en 1912 un poste d’assistant dans le ministère de l’éducation de la République. En raison de la dégénérescence du pays et de l’échec de sa carrière et le mariage arrangé (7 ans de dépression).

En 1918 : il publie de sa première œuvre en langue parlée dans Nouvelle Jeunesse « Le Journal d’un fou 狂人日记 » (succès immédiat) = considéré comme un texte fondateur pour le Mouvement du 4 mai 1919. Il adopte à partir de là le pseudonyme Lu Xun. La nouvelle s’attaque aux anciennes traditions chinoises qui rongeaient le pays, rédigé sous la forme d’u journal d’un malade allaité souffrant d’une paranoïa et décrit la société chinoise comme une société mangeuse d’hommes.

En 1921 : parution de sa 2e nouvelle « La Véritable histoire de Ah Q 阿 Q 正传 » (pauvre garçon sans famille, sans patronyme, laid et naïf. Il est la victime désigné des opportunistes qui ont pris le village en mains après le révolution de 1911 辛亥革命, renversement de la dynastie Qing).  Lu Xun en fait le symbole d’un état d’esprit appelé « Esprit A Q 阿 Q 精神 » => Consiste à tourner ses défaites en victoires fallacieuses et permet donc de renoncer à la lutte en se réfugiant dans l’illusion.  Critique voilée de la trahison des idéaux de la Révolution 1911.