Chapitre 2: La Formation des Prix - Étude du Prix de Marché

Le Marché et les Échanges Économiques

Les échanges entre les agents économiques au sein du circuit s'effectuent sur les marchés. Le concept de marché désigne le lieu, qu'il soit physique ou virtuel, où se rencontrent toutes les offres et toutes les demandes pour un bien ou un service spécifique. L'économie distingue trois grandes catégories de marchés : le marché des biens et services (B&S), le marché du travail (Travail) et le marché des capitaux (Capitaux). Chaque marché est structurellement caractérisé par l'interaction de deux forces opposées : l'offre et la demande. Une observation humoristique, qualifiée ironiquement de « nouvelle loi du marché », souligne que « le travail est rare, donc il est cher, donc vous devez payer pour l'avoir, et donc, gagner moins ».

Caractéristiques et Facteurs Explicatifs de la Demande

La demande (2.1) tire son origine de trois types d’agents économiques : les ménages, qui demandent des biens pour la consommation ; les entreprises, qui demandent des biens pour l'investissement ; et l'État, qui intervient à la fois pour la consommation et l'investissement. Plusieurs facteurs influencent la demande d'un bien : le prix du bien considéré (PP), le revenu disponible des ménages (Revenu dispo\text{Revenu dispo}), les goûts personnels des individus, l'influence sociale, et les anticipations. Par exemple, si l'on annonce une augmentation future du prix d'un bien, les consommateurs ont tendance à l'acheter immédiatement, provoquant une hausse immédiate de la demande.

L'analyse économique utilise souvent l'hypothèse « Ceteris Paribus » (2.1.2), ce qui signifie « toutes autres choses étant égales par ailleurs ». Cette méthode permet d'isoler l'effet d'une seule variable en supposant que tous les autres facteurs explicatifs restent inchangés. Dans le Cas 1, si le prix de l'essence augmente, la demande d'essence diminue, tandis que la demande pour d'autres véhicules peut augmenter. Dans le Cas 2, le scandale Volkswagen, connu sous le nom de « Diesel-Gate », incite les gens à préférer les voitures à essence plutôt que diesel, augmentant la demande d'essence. Toutefois, le Cas 3 démontre que si le scandale Volkswagen encourage l'essence mais qu'en même temps le prix de l'essence augmente, l'effet global sur la demande est incertain car deux variables changent simultanément.

L'Évolution de la Demande et la Loi de la Demande

L'évolution de la demande selon le prix (2.1.3) peut être illustrée par l'exemple d'un barème de demande individuelle pour du chocolat. À un prix de 5.05.0\,€, la quantité demandée est de 00. À mesure que le prix descend (4.54.5\,€, 4.04.0\,€, 3.53.5\,€, 3.03.0\,€, 2.52.5\,€, 2.02.0\,€, 1.51.5\,€, et 1.01.0\,€), la quantité augmente progressivement (11, 22, 44, 66, 88, 1212, 1818, et 2525 unités respectivement). Le prix maximal correspond au point où la courbe touche l'axe des ordonnées (P=5P = 5), là où la demande devient nulle parce que le bien est jugé trop cher.

La loi de la demande stipule que, ceteris paribus, la quantité demandée d'un bien diminue au fur et à mesure que son prix augmente, et augmente au fur et à mesure que son prix diminue. En termes mathématiques, les grandeurs QdQ_d et PP évoluent en sens inverse. La courbe de demande du marché (2.2) est définie graphiquement comme la somme horizontale de toutes les quantités demandées par tous les consommateurs individuels pour chaque niveau de prix. Par exemple, sur le marché du Coca-Cola (33cl33\,cl), si le prix est de 1.01.0\,€ et que le Consommateur 1 demande 1616 unités alors que le Consommateur 2 en demande 1414, la demande totale du marché est de 3030. À 4.04.0\,€, si le Consommateur 1 demande 22 et le Consommateur 2 demande 00, la demande du marché tombe à 22. La courbe est décroissante car le prix et la quantité demandée varient en sens contraire.

Déplacements de la Courbe de Demande et Politiques Publiques

Il est crucial de distinguer un déplacement SUR la courbe d'un déplacement DE la courbe. Un déplacement SUR la courbe (2.2.2) est provoqué uniquement par une variation du prix du bien, alors que tous les autres facteurs sont maintenus constants. À l'inverse, un déplacement DE la courbe (2.2.3) est provoqué par un changement d'un autre facteur explicatif que le prix, tel que le revenu, les goûts ou la publicité. Par exemple, si Coca-Cola lance une campagne massive qui augmente les ventes de 50%50\,\%, la quantité demandée à chaque prix augmente (ex: à 1.01.0\,€, elle passe de 30mio30\,\text{mio} d'unités à 45mio45\,\text{mio}), ce qui déplace la courbe vers la droite.

Cette distinction s'applique aux politiques de lutte contre le tabagisme. La Stratégie 1 consiste à augmenter les accises, ce qui entraîne une hausse du prix et provoque un déplacement SUR la courbe vers le haut, de Q1Q_1 vers Q2Q_2, où Q2<Q1Q_2 < Q_1. La Stratégie 2 consiste à sensibiliser le public par des campagnes de santé ; à prix inchangé, la demande diminue car les habitudes changent, ce qui représente un déplacement DE la courbe vers la gauche.

L'Offre : Facteurs, Loi et Déplacements

L'offre (2.3 et 2.4) provient principalement des entreprises pour les biens marchands, et de l'État pour les biens non marchands gratuits. Les facteurs influençant l'offre comprennent le prix de vente du bien, les coûts de production (salaires, matières premières, techniques de production), le niveau des impôts (comme la hausse des cotisations sociales) et les conditions climatiques. La loi de l'offre (2.3.2) dispose que, ceteris paribus, la quantité offerte d'un bien augmente au fur et à mesure que son prix de vente augmente (car les perspectives de gain s'améliorent) et diminue si le prix baisse.

L'exemple du chocolat illustre les limites de production : en dessous de 11\,€, le producteur renonce à produire car le critère de rentabilité n'est pas atteint. Entre 11\,€ et 3.53.5\,€, l'offre augmente massivement. Au-delà, l'entreprise approche de sa capacité maximale de production, et l'offre n'augmente plus que de manière marginale (9595 unités à 4.54.5\,€ contre 9797 à 5.05.0\,€). La courbe d'offre du marché est donc une courbe croissante.

Un déplacement de la courbe d'offre vers la gauche signifie que l'offre diminue à prix inchangé, souvent dû à une sécheresse (comme celle au Luxembourg réduisant les récoltes de colza d'un tiers), une hausse des coûts de production, des grèves ou des régulations environnementales comme l'interdiction du Roundup. Un déplacement vers la droite signifie que l'offre augmente à prix inchangé, résultat d'une baisse des coûts, d'un progrès technique, de la découverte de nouveaux gisements ou de climats favorables.

La Concurrence Pure et Parfaite (CPP)

Le concept de marché s'applique à divers domaines, comme le marché du travail, illustré par le transfert du joueur Neymar pour 222mio222\,\text{mio\,€}. Pour que le modèle de l'équilibre fonctionne idéalement, les économistes définissent la Concurrence Pure et Parfaite (2.5) selon 5 conditions strictes. L'atomicité exige un grand nombre d'acheteurs et de vendeurs pour que personne n'influence le prix (les agents sont « price-takers »). L'homogénéité des biens signifie que les produits sont identiques sans distinction de qualité. La libre entrée et sortie garantit qu'aucune barrière juridique ou économique n'existe. La transparence assure une information parfaite et gratuite sur les prix et quantités. Enfin, la mobilité des facteurs permet au capital et au travail de se déplacer instantanément d'un marché à l'autre. Dans la réalité, les marchés financiers se rapprochent le plus de ce modèle, tandis que le marché du travail est très imparfait. Les services sont souvent plus concurrentiels car ils demandent moins d'investissement initial.

Équilibre du Marché et Déséquilibres

L'équilibre du marché (2.6 et 2.7) est atteint au point EE, lorsque la quantité offerte est égale à la quantité demandée (Qo=Qd=QeQ_o = Q_d = Q_e). Dans l'application concernant le chocolat, au prix de 33\,€, Qo=300mioQ_o = 300\,\text{mio} et Qd=300mioQ_d = 300\,\text{mio}, fixant ainsi le prix d'équilibre à 33\,€.

Des situations de déséquilibre peuvent survenir et déclencher une auto-régulation. Un excédent d'offre se produit si P>PeP > P_e. Par exemple, si le prix est à 44\,€, Qo=400Q_o = 400 et Qd=200Q_d = 200, créant un excédent de 200200, ce qui pousse les producteurs à baisser le prix pour liquider les stocks. Un déséquilibre par le bas (pénurie) survient si P<PeP < P_e. À un prix de 22\,€, Qd=450Q_d = 450 et Qo=150Q_o = 150, créant une pénurie (excédent de demande) de 300300. Les consommateurs sont alors prêts à payer plus cher, incitant les producteurs à augmenter l'offre.

Les modifications de l'équilibre (2.7) surviennent suite à des chocs de demande ou d'offre. Une hausse de la demande déplace la courbe à droite, entraînant un nouvel équilibre avec une hausse du prix (Pe2>Pe1P_{e2} > P_{e1}) et une hausse des quantités (Qe2>Qe1Q_{e2} > Q_{e1}). Une baisse de la demande (due par exemple à une prise de conscience santé) déplace la courbe à gauche, provoquant une baisse du prix (Pe3<Pe1P_{e3} < P_{e1}) et des quantités (Qe3<Qe1Q_{e3} < Q_{e1}). Une hausse de l'offre (climat favorable) déplace la courbe à droite, entraînant une baisse du prix (Pe2<Pe1P_{e2} < P_{e1}) et une hausse des quantités (Qe2>Qe1Q_{e2} > Q_{e1}). Enfin, une baisse de l'offre (invasion de parasites détruisant le cacao) déplace la courbe à gauche, causant une hausse du prix (Pe3>Pe1P_{e3} > P_{e1}) et une baisse des quantités (Qe3<Qe1Q_{e3} < Q_{e1}).