Chapitre 4 : Conditionnement et indépendance
Introduction au Conditionnement et à l'Indépendance
Nature dynamique des probabilités : Contrairement aux calculs statiques effectués au début d'une expérience, les probabilités dans le monde réel (statistiques, machine learning) évoluent avec l'information.
Le conditionnement : Cet outil mathématique permet de mettre à jour les connaissances dès qu'une nouvelle information est disponible.
L'indépendance : Propriété permettant de séparer l'étude de phénomènes distincts (événements ou variables aléatoires) lorsque la survenue de l'un n'influence pas l'autre.
Exemple 4.1 : Décision de faire du sport selon la météo
Probabilités de sortie selon le temps :
S'il fait beau : probabilité de sortir égale à .
S'il pleut : probabilité de sortir égale à .
S'il neige : probabilité de sortir égale à .
Probabilités météorologiques (données du bulletin) :
Beau temps : jour sur (soit ).
Neige : jour sur (soit ).
Pluie : Par déduction, jours sur (car ).
Questions soulevées :
Quelle est la probabilité de sortir un jour choisi au hasard ?
Si l'on sait que vous êtes sorti, quelle est la probabilité qu'il ait fait beau ? (Mène à la formule de ).
Probabilités Conditionnelles entre Événements
Définition 4.1 : Probabilité conditionnelle
Soient et deux événements avec P(B) > 0. La probabilité conditionnelle de sachant (notée ) est définie par :
De façon équivalente, on peut écrire la probabilité de l'intersection comme :
Interprétation et Univers Réduit
Cas de l'univers fini () et probabilité uniforme : Cela représente la proportion, parmi les éléments de , de ceux qui appartiennent aussi à .
Cas général : est le poids relatif de dans . Considérer que se produit revient à se placer dans un nouvel univers (réduit) au lieu de , où devient l'événement certain ().
Proposition 4.1 : L'application est une mesure de probabilité sur .
Corollaire 4.1 : Propriétés élémentaires
Si , et sont des événements tels que P(B) > 0, alors :
a) .
b) Si , alors .
c) .
Formules de Bayes et des Probabilités Totales
Théorème 4.1 : Formule de Bayes
Si P(A) > 0 et P(B) > 0, alors :
Démonstration : Vient de la double définition de : et .
Définition 4.2 : Partition d'un ensemble
Une partition de est une famille finie ou dénombrable d'événements non vides tels que :
Ils sont deux à deux disjoints : pour .
Leur réunion couvre l'univers : .
Proposition 4.2 : Formule des probabilités totales
Soit une partition de avec P(A_i) > 0 pour tout . Pour tout événement :
Utilité : Permet de décomposer la probabilité d'un événement selon différentes situations de base ().
Combinaison des formules (Bayes généralisé)
Pour tout :
Exemple 4.4 : Résolution du cas du sport
Définition des événements : (Sortir), (Pluie), (Neige), (Beau).
Calcul de :
Calcul de : Il y a donc de chances qu'il ait fait beau sachant que vous êtes sorti.
Le Paradoxe des Faux Positifs (Dépistage Médical)
Exemple 4.5 : Analyse d'une maladie rare
Données :
Prévalence de la maladie : ().
Sensibilité (Vrai positif) : ().
Spécificité (Vrai négatif) : , ce qui implique un taux de faux positifs .
Calcul de la probabilité d'être malade sachant un test positif :
Conclusion contre-intuitive : Malgré un test fiable à , la probabilité d'être réellement malade n'est que de .
Explication : Sur personnes, sont malades (donnant tests positifs) mais sont saines (donnant faux positifs). Les vrais malades sont minoritaires () parmi les tests positifs.
Indépendance entre Deux Événements
Définition 4.3 : Indépendance technique
Deux événements et sont indépendants si :
Proposition 4.3 : Intuition du conditionnement
Lorsque P(B) > 0, et sont indépendants si et seulement si :
Cela signifie que l'information sur la réalisation de est inutile pour prédire .
Exemple 4.6 : Double lancer de dés
Event (faire au 1er lancer), Event (faire au 2e lancer).
Le dé n'a pas de mémoire : , .
.
Propriétés de l'indépendance
Proposition 4.4 (Stabilité par complémentaire) : Si et sont indépendants, alors :
et sont indépendants.
et sont indépendants.
et sont indépendants.
Indépendance vs Incompatibilité :
Deux événements disjoints () ne sont pas indépendants (sauf si l'un a une probabilité nulle).
Savoir que est réalisé indique avec certitude que ne l'est pas, ce qui constitue une dépendance forte.
Définition 4.4 : Indépendance conditionnelle
et sont indépendants conditionnellement à si :
Pièges :
L'indépendance n'implique pas l'indépendance conditionnelle.
L'indépendance conditionnelle n'implique pas l'indépendance classique.
Indépendance entre Variables Aléatoires
Définition 4.5 : Indépendance générale
Deux variables et sont indépendantes () si pour tous intervalles :
Proposition 4.5 : Cas discret
Pour des variables discrètes, si et seulement si pour tous :
Propriétés de transfert et d'espérance
Proposition 4.6 (Transformations) : Si , alors pour toutes fonctions continues par morceaux et (exemple : ).
Proposition 4.7 (Factorisation des espérances) : si et seulement si pour toutes fonctions bornées ou positives :
Corollaire 4.2 : Si , alors .
Attention (Remarque 4.5) : La réciproque du corollaire 4.2 est fausse. Si équiprobables et , on a , mais et sont dépendantes (connaître donne ).
Corollaire 4.3 : Identité de Bienaymé (Variance d'une somme)
Si , alors :
Généralisation : Si sont deux à deux indépendantes, alors :
Note : L'indépendance est requise pour la somme des variances, mais pas pour la somme des espérances.
Indépendance entre n Événements
Il existe deux niveaux d'indépendance pour un groupe d'événements :
Définition 4.6 : Indépendance deux à deux
Pour tout , .
Définition 4.7 : Indépendance mutuelle (Indépendance dans l'ensemble)
Pour toute partie non vide :
C'est une condition beaucoup plus forte que l'indépendance deux à deux. Elle implique que la connaissance de n'importe quel sous-groupe d'événements n'influence pas les autres.
Exemple 4.8 : Les colocataires
Lancers de pièce par Alice () et Bob (). Event : "Ils sont d'accord" (résultats identiques : ou ).
Univers : avec probabilité pour chaque issue.
, , .
Indépendance deux à deux :
.
.
.
Échec de l'indépendance mutuelle :
Si l'on sait et (Alice et Bob veulent une pizza), alors ils sont forcément d'accord ( est certain).
.
Or .
Comme , les événements ne sont pas mutuellement indépendants.
Proposition 4.8 : Critère par probabilités conditionnelles
Sous réserve de probabilités strictement positives pour les intersections, l'indépendance mutuelle équivaut à : pour tout et tout I \subseteq \{1, \dots, n\} \setminus \{k\}$.\n\n# Démonstrations Mathématiques\n\n### Démonstration de la Proposition 4.1 (Probabilité conditionnelle)\n- **Positivité** : 0 \le P(A | B) \le 1A \cap B \subseteq B \implies P(A \cap B) \le P(B).\n- **Ensemble vide** : P(\emptyset | B) = \frac{P(\emptyset \cap B)}{P(B)} = \frac{0}{P(B)} = 0.\n- **Additivité dénombrable** : Soient A_i(A_i \cap B) sont disjoints. \n P(\cup A_i | B) = \frac{P(\cup(A_i \cap B))}{P(B)} = \frac{\sum P(A_i \cap B)}{P(B)} = \sum P(A_i | B).\n\n### Démonstration de la Formule des Probabilités Totales (Proposition 4.2)\n- Par définition de la partition : B = B \cap \Omega = B \cap (\cup A_i) = \cup (B \cap A_i).\n- Comme les A_i(B \cap A_i) le sont aussi.\n- Par additivité : P(B) = \sum_i P(B \cap A_i).\n- Par définition du conditionnement : P(B) = \sum_i P(B | A_i)P(A_i).\n\n### Démonstration de la Factorisation des Espérances (Proposition 4.7)\n- **Sens direct (discret)** :\n E(f(X)g(Y)) = \sum_{i,j} f(x_i)g(y_j)P(X = x_i, Y = y_j).\n Par indépendance : P(X=x_i)P(Y=y_j).\n E(f(X)g(Y)) = (\sum_i f(x_i)P(X=x_i)) \times (\sum_j g(y_j)P(Y=y_j)) = E(f(X))E(g(Y)).\n- **Sens réciproque** : Utiliser les fonctions indicatrices f = \mathbb{1}{I_1}g = \mathbb{1}{I_2}.\n\n### Démonstration de la Variance d'une somme (Corollaire 4.3)\n- V(\sum X_i) = E((\sum X_i)^2) - (E(\sum X_i))^2.\n- En développant le carré de la somme :\n V(\sum X_i) = \sum_i V(X_i) + \sum_{i \neq j} [E(X_i X_j) - E(X_i)E(X_j)].\n- Si les variables sont deux à deux indépendantes, le terme de droite est nul car E(X_i X_j) = E(X_i)E(X_j)$$.