les TVM

diagnostic clinique dans le cadre d’un traumatisme rachidien (notamment cervical ou médullaire) :


🩺 1. Interrogatoire :

L’objectif ici est de recueillir les informations clés qui peuvent orienter le diagnostic et influencer la prise en charge.

🔍 Points à investiguer :

  • Âge et antécédents médico-chirurgicaux : certaines conditions préexistantes (ostéoporose, chirurgie du rachis...) fragilisent la colonne.

  • Circonstances de l’accident :

    • Polytraumatisme ? Chute ? Accident de la voie publique ?

    • Heure du dernier repas (important si chirurgie en urgence est envisagée).

    • Prise d'anticoagulants ou antiagrégants : augmente le risque de saignement (hématome épidural par ex.).

    • Mécanisme du traumatisme : essentiel +++ (hyperflexion, hyperextension, compression axiale...).

🧠 Signes fonctionnels :

  • Douleur : cervicale, dorsale, lombaire, parfois très localisée.

  • Signes neurologiques :

    • Paresthésies (fourmillements, engourdissements).

    • Troubles sphinctériens (rétention ou incontinence urinaire/fécale).

  • Signes d’atteinte du rachis cervical supérieur :

    • Vertiges, céphalées.

    • Atteinte des nerfs crâniens (ex : paralysie faciale).

    • Troubles neurovégétatifs (instabilité tensionnelle, bradycardie, etc.).


🧍‍♀ 2. Examen physique :

⚠ Précaution majeure :

➡ Toujours maintenir l’axe crânio-rachidien en rectitude permanente +++ : c’est vital pour éviter d’aggraver une lésion médullaire potentielle.

🔎 Inspection :

  • Attitude du cou : torticolis, rotation anormale → suspicion de luxation ou fracture.

  • Bouche et gorge (oropharynx) : rechercher un hématome ou une ecchymose, signe d’un traumatisme interne (notamment dans les contextes de traumatisme à haute énergie).

✋ Palpation :

  • Syndrome rachidien :

    • Douleur localisée à la pression.

    • Contracture des muscles paravertébraux.

  • Anomalies osseuses :

    • Saillie anormale des apophyses épineuses.

    • Écartement interépineux irrégulier.

    • Déviation de l’axe spinal.


🧠 3. Examen neurologique complet et bilatéral (+++) :

Il permet de repérer l’existence d’une atteinte neurologique et de déterminer le niveau lésionnel.

⚖ On recherche :

  • Un syndrome lésionnel (au niveau de la lésion).

  • Un syndrome sous-lésionnel (atteinte en dessous de la lésion, souvent plus sévère).

🧪 Tests à faire :

  • Sensibilité (superficielle, profonde).

  • Motricité (testing musculaire, bilatéral).

  • Réflexes ostéotendineux (rotulien, achilléen…).

  • Réflexes cutanés :

    • Réflexe cutané plantaire (Babinski).

    • Réflexes cutanéo-abdominaux.

🔍 Examen périnéal (+++) :

Très important pour évaluer les atteintes médullaires basses (conus médullaris ou syndrome de la queue de cheval).

  • Sensibilité de la région périnéale.

  • Tonus anal, réflexe anal (S4).

  • Réflexe bulbocaverneux / clitorido-anal (S3).

  • Présence de troubles sphinctériens.

💡 Ne pas oublier :

  • Recherche de troubles neurovégétatifs : hypotension, bradycardie, thermodérégulation, etc. (notamment si lésion haute).


🎯 But final du diagnostic clinique :

→ Déterminer le niveau lésionnel (ex : C5, T10, L1...).

→ Classer le traumatisme vertébro-médullaire selon son niveau, sa sévérité et ses conséquences neurologiques, ce qui guidera la prise en charge (chirurgicale, médicale, rééducative...).

🔢 1. Classification de Frankel (fonctionnelle) :

Elle permet de classer le degré de déficience neurologique après une lésion médullaire, de A à E, selon la force musculaire (FM) et la sensibilité.

Grade

Définition

Détails

A

Déficit moteur et sensitif complet

→ Paraplégie (ou tétraplégie) flasque aréflexique.
→ Aucune motricité et aucune sensibilité.

B

Déficit moteur complet, sensibilité partiellement conservée

→ Aucune force musculaire mais la sensibilité est partiellement présente (ex : sensibilité au toucher ou à la douleur conservée).

C

Force musculaire entre 1 et 2, sensibilité présente

→ La personne peut contracter des muscles mais ne peut pas résister à la pesanteur.
→ Mouvement possible en éliminant la pesanteur.

D

Force musculaire > 3, utile, sensibilité normale

→ Mouvements possibles contre la pesanteur ou contre une légère résistance.
→ Motricité utile.

E

Examen neurologique normal

→ Aucune atteinte motrice ni sensitive détectée.


💪 2. Score ASIA (American Spinal Injury Association) :

Le score ASIA est une cotation de la force musculaire sur une échelle de 0 à 5, pour chaque groupe musculaire testé, permettant de quantifier la force résiduelle :

Score

Description

0

Aucune contraction musculaire visible ou palpable.

1

Contraction visible ou palpable, mais pas de mouvement.

2

Mouvement possible si on élimine la pesanteur (par ex. sur un plan horizontal).

3

Mouvement possible contre la pesanteur (debout, assis).

4

Mouvement possible contre une résistance légère.

5

Mouvement possible contre une résistance complète (force normale).


🧠 À retenir :

  • La classification de Frankel donne une idée globale de la récupération fonctionnelle.

  • Le score ASIA, plus détaillé, est utilisé pour faire le bilan moteur précis de chaque segment médullaire (cervical, dorsal, lombaire...).

📸 1. Radiographie standard (examen de base) +++

Elle est systématique en urgence pour rechercher des fractures ou des anomalies de l’alignement vertébral.

🦴 Rachis cervical :

  • Face bouche ouverte : permet de bien voir l’articulation atlanto-axoïdienne (C1-C2, odontoïde).

  • Profil : doit inclure jusqu’à l’interligne C7–D1 pour détecter toute lésion basse cervicale.

🦴 Rachis dorsolombaire :

  • Radiographie de face et de profil.

  • Permet de rechercher :

    • Fracture (trait visible).

    • Tassement vertébral (perte de hauteur d’un corps vertébral).

⚠ Attention :

Des radiographies normales n’éliminent pas une entorse grave.
Cela signifie que les atteintes ligamentaires (entorses) ou les instabilités peuvent ne pas se voir à l’imagerie standard.


🔄 2. Clichés dynamiques (à distance du traumatisme) :

Quand ?

  • À distance = en général vers le 10e jour.

  • Sous surveillance médicale stricte.

Comment ?

  • Radiographies en mouvement contrôlé :

    • Profil en hyperflexion, position neutre, hyperextension.

    • Permet de rechercher une instabilité vertébrale (déplacement anormal entre deux vertèbres).

Conditions :

  • Présence d’un médecin.

  • Patient conscient et coopérant.


🧠 3. TDM (Tomodensitométrie / Scanner) :

Quand l’utiliser ?

  • Si des lésions sont suspectées ou vues à la radiographie.

  • Pour analyser en détail les fragments osseux, les fractures complexes ou les déplacements.


🧲 4. IRM (Imagerie par Résonance Magnétique)

L’IRM n’est pas systématique, mais essentielle dans certains cas :

Pour évaluer :

  • Lésions de la moelle épinière :

    • Contusion → hypersignal sur les séquences T2.

    • Compression médullaire.

  • Présence d’un hématome épidural (saignement entre l’os et la moelle).

  • Comblement du canal rachidien : c’est-à-dire, si du sang, un fragment osseux ou un œdème rétrécit le canal médullaire.


✅ Résumé :

Examen

Utilité principale

Radiographie standard

Recherche de fracture, tassement, malalignement.

Clichés dynamiques

Détection d'instabilité (entorse grave), à distance.

TDM (scanner)

Analyse fine des fractures et déplacements.

IRM

Évaluation des lésions neurologiques, œdèmes, hématomes.

🎯 BUT du traitement

Le traitement vise 3 objectifs majeurs :

  1. Décompression : libérer la moelle épinière ou les nerfs comprimés (par un fragment osseux, un hématome…).

  2. Réduction : réaligner les vertèbres si elles sont déplacées.

  3. Stabilisation : empêcher tout nouveau mouvement qui pourrait aggraver les lésions, en maintenant la colonne stable.


🛠 MOYENS thérapeutiques

1. Traitement médical

  • Objectif : soulager les douleurs et limiter l’inflammation musculaire et osseuse.

  • Moyens utilisés :

    • Antalgiques (paracétamol, morphine si douleur intense).

    • Décontracturants musculaires (pour relâcher les muscles paravertébraux contracturés).

    • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) (réduction de l’inflammation).


2. Traitement orthopédique

  • Utilisé pour réaligner (réduire) les vertèbres et immobiliser la colonne :

    • Manœuvres de réduction sous anesthésie générale (pour remettre en place les vertèbres déplacées).

    • Contention orthopédique :

      • Minerves cervicales (traumatismes cervicaux).

      • Corsets / lombostats (traumatismes thoraco-lombaires).

    • But : immobilisation externe pour protéger la moelle et favoriser la consolidation osseuse.


3. Chirurgie

  • Indiquée si :

    • Compression médullaire importante.

    • Fracture instable ou déplacement sévère.

    • Échec du traitement orthopédique.

  • Objectifs :

    • Décomprimer la moelle ou les racines nerveuses.

    • Stabiliser les vertèbres (vis, plaques, tiges...).


4. Nursing et rééducation fonctionnelle

  • Prévention des complications du décubitus (immobilité au lit) :

    • Escarres, infections urinaires, phlébites…

  • Rééducation motrice :

    • D’abord mobilisation passive, puis active, pour retrouver la fonction.

    • Accompagnement en kinésithérapie, ergothérapie, rééducation respiratoire si besoin.


🧠 CONCLUSION & POINTS CLÉS À RETENIR

📌 Résumé de la pathologie :

  • Fréquente, touche surtout les sujets jeunes (accidents, chutes…).

  • Enjeu vital et fonctionnel majeur.

  • Prise en charge pluridisciplinaire nécessaire (urgences, neurochirurgie, rééducation…).

🧠 À ne jamais oublier :

  • 🧪 L’examen neurologique est primordial :

    • Permet de définir le niveau de la lésion (ex : C6, D10…).

    • Distinguer atteinte complète (paralysie totale) vs incomplète (déficit partiel).

  • ⚠ Les lésions médullaires sont évolutives :

    • Elles peuvent s’aggraver rapidement si mauvaise prise en charge.

    • Importance de l’immobilisation rapide.

  • 💨 Atteintes cervicales et dorsales hautes = risque vital :

    • Risque de troubles respiratoires (atteinte du diaphragme si C3–C5).

    • Risque de troubles cardiovasculaires (hypotension, bradycardie).

  • 🧠 Tout patient comateux est présumé traumatisé cervical jusqu’à preuve du contraire :

    • Toujours immobiliser le cou avec une minerve en attendant les examens.