Théories de l'Acquisition d'une Langue Seconde (L2)
Définition et Processus d'Acquisition d'une L2
L'acquisition d'une langue seconde (L2) intervient selon deux contextes distincts par rapport à la langue première (L1). Le premier cas concerne les situations où l'individu a déjà totalement acquis sa première langue. On parle alors d'acquisition précoce d'une L2. Le second cas se produit lorsque l'individu est encore en cours d'acquisition de sa première langue, ce qui est qualifié d'acquisition de deux L1. Ces distinctions sont fondamentales pour comprendre le bilinguisme précoce. Le processus d'acquisition s'organise autour de différentes théories académiques, notamment la théorie de l'identité, la théorie du contraste, la théorie du contrôle, et l'analyse des erreurs.
Hypothèse de l’Identité
L'hypothèse de l'identité a été soutenue par des auteurs tels que Jakobovits en 1970, Ervin-Tripp en 1974, ainsi que Burt et Dulay en 1980. Cette théorie affirme que les processus d'acquisition d'une L1 et d'une L2 reposent sur les mêmes principes et sont, pour l'essentiel, identiques. Cependant, il est crucial de noter que cette perspective a été fortement remise en question par les recherches menées au cours des 40 dernières années, lesquelles ont mis en évidence des différences substantielles entre l'acquisition d'une langue maternelle et celle d'une langue étrangère.
Hypothèse Contrastive
L'hypothèse contrastive s'oppose radicalement à l'hypothèse de l'identité. Elle postule que l'acquisition de la L2 est largement déterminée par les structures de la langue que l'apprenant possède déjà. Cette influence peut s'exercer de deux manières. Le transfert positif se produit lorsque les structures de la langue étrangère coïncident avec celles de la langue maternelle, facilitant ainsi l'acquisition. À l'inverse, le transfert négatif (ou interférence) se produit dans les domaines où les deux langues diffèrent. Ces divergences sont considérées comme la source principale des difficultés rencontrées par l'apprenant et l'origine des erreurs commises.
Théorie du Contrôle (Monitor Theory)
Développée par Krashen en 1981, cette théorie traite des relations entre l'acquisition spontanée et l'acquisition guidée. Krashen établit une distinction irréductible entre deux processus : l'acquisition et l'apprentissage. Selon lui, l'apprentissage conscient ne peut servir que de "Contrôle" (Monitor) sur l'acquisition et ne fournit pas de connaissances directement disponibles pour la production fluide. Krashen affirme : "The fundamental claim of Monitor Theory is that conscious learning is available to the performer only as a Monitor. In general, utterances are initiated by the acquired system--our fluency in production is based on what we have 'picked up' through active communication. Our 'formal' knowledge of the second language, our conscious learning, may be used to alter the output of the acquired system, sometimes before and sometimes after the utterance is produced. We make these changes to improve accuracy, and the use of the Monitor often has this effect." (Krashen 1981, p.2).
L'acquisition se fait par les interactions, tandis que les règles grammaticales apprises préalablement agissent comme un filtre permettant à l'apprenant de corriger les déviations initialisées par son système d'acquisition. Pour utiliser ce "Monitor", trois conditions doivent être respectées : le temps, un effort de concentration sur la forme, et la connaissance explicite des règles grammaticales à appliquer. Il est cependant souligné que cette théorie n'a jamais été validée par des enquêtes de terrain ; au contraire, les données expérimentales tendent à l'invalider.
Analyse des Erreurs et Compétence Transitoire
L'analyse des erreurs, portée par Pit Corder en 1967, adopte une approche plus formelle du langage. Pour Corder, les erreurs linguistiques ne sont pas simplement des fautes, mais des indices d'un processus actif d'acquisition. Le caractère systématique de ces erreurs révèle l'existence d'un système propre à l'apprenant, nommé compétence transitoire ou lecte d'apprenant. Corder (1980) définit l'apprentissage des langues comme une activité cognitive de traitement de données et de formation d'hypothèses. Les phrases idiosyncrasiques (marquant l'exception ou l'anormal) sont des manifestations d'hypothèses fausses. À mesure que l'apprenant est exposé à davantage de données et les traite, l'interaction entre ces données et ses hypothèses initiales lui permet de formuler de nouvelles règles plus proches de la langue-cible.
Modélisation de l'Acquisition et Double Grammaire
Le processus de traitement de l'information peut être schématisé ainsi : l'INPUT (les données entrantes) subit une étape de "Saisie" pour alimenter le DAL (Dispositif d'Acquisition des Langues). Ce DAL interagit avec la GL1 (Grammaire de la L1) et le modèle du Locuteur Natif pour produire l'OUTPUT. Corder avance également que l'apprenant d'une L2 développe simultanément deux types de grammaires : une grammaire implicite et fonctionnelle, utilisée lors de la production spontanée (acquisitions naturelles), et une grammaire explicite et efficace, mobilisée lors de la réflexion sur la langue et dans les productions non-spontanées (apprentissage guidé).