CM3 - Histoire Médiévale
CM3 : Bagdad au siècle : Une histoire heurtée
Bagdad n'est pas la première capitale du califat abbasside (précédée par Al-Hashimiyya et d'autres cités ephémères), mais elle devient le centre névralgique de l'empire. Au siècle, elle est le théâtre d'une histoire tourmentée, marquée par deux ruptures institutionnelles et politiques majeures :
La quatrième fitna : Une guerre civile fratricide entre les fils de Harun al-Rashid qui déchire l'unité de la dynastie et dévaste la capitale.
La longue parenthèse samarienne (-) : Le déplacement de la capitale impériale à Samarra, située à km au nord de Bagdad, isolant le calife de ses sujets pendant plus de six décennies.
I. La succession de Harun al-Rashid
Le règne de Harûn al-Rashid (-) est traditionnellement idéalisé a posteriori comme l'apogée du califat, une période de stabilité et de faste illustrée par les récits des Mille et Une Nuits. Cependant, cette image occulte les tensions latentes qui éclatent à sa mort.
Évolution et typologie des fitnas (épreuves/divisions) :
1ère fitna (-) : Conflit entre Ali et Mu’awiyya.
2ème fitna (-) : Crise de légitimité liée à l'opposition de Abd Allah ibn al-Zubayr.
3ème fitna (-) : La révolution abbasside renversant les Omeyyades.
Quatrième fitna : Moment de rupture symbolique. En se livrant une guerre pour le pouvoir personnel, les Abbassides trahissent leur promesse d'un État fondé sur la piété et la parenté avec le Prophète. Cette « perte d'innocence » transforme le califat en une monarchie plus autocratique et moins consensuelle.
II. La succession : oppositions et responsabilités
A. Les causes structurelles de la fitna
Le système de succession abbasside ne repose sur aucune règle de primogéniture fixe. Le calife peut désigner le successeur de son choix, souvent sous la pression des factions de la cour.
La formalisation par la bay’a :
Cérémonie d’allégeance devenue un acte juridique contractuel. Sous les Abbassides, elle est souvent doublée de documents écrits et jurés devant Dieu.
Pour prévenir l'éclatement, Haroun al-Rashid tente une formalisation pragmatique du pouvoir en organisant un partage des ressources de l'empire de son vivant.
B. L'influence politique des jâriyyas
Les jâriyyas sont des esclaves ou concubines hautement éduquées en musique, littérature et politique.
Lorsqu'une jâriyya donne naissance à un fils, elle obtient le statut de Umm al-walad (« mère de l’enfant »), la protégeant de la vente et lui accordant une influence au sein du harem.
La rivalité entre les mères (comme Zubayda, l'épouse arabe de sang royal, face aux mères d'origine persane ou turque) alimente les factions politiques poussant leurs fils respectifs vers le trône.
C. La rupture entre al-Amîn et al-Ma’mûn
En , lors du pèlerinage à La Mecque, Harûn al-Rashid fait suspendre à la Kaaba les Documents de La Mecque, stipulant :
Al-Amîn (fils de Zubayda) est l'héritier principal à Bagdad.
Al-Ma’mûn (fils d'une jâriyya perse) reçoit le Khurasan en apanage avec une armée et une autonomie fiscale.
La chute brutale des Barmakides en (famille de vizirs d’origine persane qui servaient de médiateurs) supprime le tampon administratif entre les deux camps. À la mort de Harûn en , al-Amîn tente de révoquer l'autonomie de son frère, déclenchant le conflit.
III. Bagdad : De théâtre de la guerre civile à capitale d’al-Ma’mûn
A. Le siège de Bagdad (-)
La population de Bagdad (les abnâ’, l'élite militaire arabe) soutient majoritairement al-Amîn. La ville est assiégée par les troupes d'al-Ma’mûn dirigées par Tâhir ibn al-Husayn.
Le siège est dévastateur : quartiers incendiés, utilisation de catapultes lourdes.
L'exécution d'al-Amîn en choque le monde musulman, car c’est la première fois qu'un calife abbasside est mis à mort par un autre membre de la famille.
B. La quête de légitimité d'al-Ma’mûn
Le Khalifat Allah : Al-Ma’mûn se proclame « Calife de Dieu » pour s'attribuer une autorité religieuse absolue sur l'interprétation des textes.
La Mihna (Inquisition) : Il impose la doctrine du Coran créé, persécutant les oulémas (dont Ahmad ibn Hanbal) qui refusent cette autorité califale sur le dogme.
Stabilisation : Après l'échec de sa tentative de nommer un héritier Alide (chiite), il rentre à Bagdad en et s'appuie sur la dynastie des Tâhirides pour maintenir l'ordre urbain.
IV. La longue parenthèse de Samarra (-)
A. Le transfert du siège du pouvoir
Le calife al-Mu’tasim, successeur d'al-Ma’mûn, recrute massivement des esclaves militaires turcs (mamelouks). Les heurts violents entre ces cavaliers turcs et les citoyens de Bagdad forcent le calife à quitter la ville pour fonder Samarra.
B. Caractéristiques et déclin de la ville-palais
Samarra est une cité tentaculaire, étirée sur km le long du Tigre, conçue pour séparer le calife de la population.
Architecture monumentale : Construction de la Grande Mosquée et de son minaret spiralé (Malwiya), ainsi que d'immenses palais comme le Jawsaq al-Khaqani.
L'anarchie de Samarra (-) : Le calife finit par devenir l'otage de sa propre garde turque. Les assassinats de califes se succèdent, affaiblissant l'autorité centrale au profit des chefs militaires.
En , le calife al-Mu’tadid réinstalle définitivement le gouvernement à Bagdad, mais l'empire est déjà fragmenté par l'émergence de dynasties locales semi-indépendantes.