COURS DE MACROECONOMIE L1

Cours de macroéconomie Licence I

Chapitre introductif

1. Définitions et champ de la macroéconomie

La macroéconomie est la branche de la science économique qui analyse le fonctionnement global de l'économie nationale ou mondiale. Elle s'intéresse aux grandes masses telles que la production, l'emploi, les prix, la consommation, l'investissement, et les échanges extérieurs. La macroéconomie cherche à comprendre les mécanismes qui déterminent l'évolution de ces variables agrégées. Ce champ de recherche économique permet d'éclairer les décisions de politique économique et d'anticiper les effets des chocs économiques. La macroéconomie moderne s'est principalement développée après la Grande Dépression des années 1930, période durant laquelle John Maynard Keynes a apporté une critique significative à l'idée classique selon laquelle les marchés s'ajustent spontanément. L'approche keynésienne, centrée sur la demande globale, a initié une nouvelle forme d'analyse macroéconomique, enrichie au fil du temps par d'autres théories incluant les théories monétaristes, keynésiennes nouvelles, classiques nouvelles et les modèles dynamiques d'équilibre général (DSGE).

2. Différences entre microéconomie et macroéconomie

La microéconomie et la macroéconomie sont deux approches complémentaires de l'analyse économique.

  • La microéconomie s'intéresse aux comportements individuels et aux marchés spécifiques.

  • La macroéconomie se concentre sur le fonctionnement global de l'économie.

Microéconomie

Macroeconomie

Analyse des comportements individuels

Analyse de l'économie dans son ensemble

Marchés spécifiques (biens, travail, capital)

Marchés agrégés (biens & services, monnaie, travail global)

Équilibre partiel

Équilibre global

3. Les grands objectifs macroéconomiques

L'action publique en macroéconomie vise quatre objectifs fondamentaux, souvent représentés par le « carré magique » de Kaldor :

  1. Croissance économique : L'augmentation durable de la production de biens et services d'une économie, mesurée par le PIB réel. Cela améliore le niveau de vie et la soutenabilité des finances publiques. Elle dépend du capital physique, du capital humain, du progrès technique, des institutions et de l'ouverture internationale.

  2. Plein emploi : Situation où le chômage est limité à son niveau structurel et frictionnel. L'objectif est d'éviter le chômage conjoncturel causé par une insuffisance de demande.

  3. Stabilité des prix : Maintien d'une inflation faible et prévisible, car une inflation trop élevée ou une déflation prolongée peuvent entraîner des déséquilibres économiques majeurs.

  4. Équilibre extérieur : Vise à maintenir une balance des paiements soutenable et à éviter une dépendance excessive au financement étranger.

4. Les grands déséquilibres macroéconomiques

Les déséquilibres macroéconomiques majeurs incluent le chômage, l'inflation, et les déficits publics et extérieurs, qui sont souvent interdépendants et peuvent s'entraider mutuellement. Par exemple, un déficit public important peut augmenter la demande globale et générer de l'inflation, ou encore provoquer un déficit extérieur.

5. Rôle de l'État et politiques économiques

L'État intervient dans l'économie pour atteindre les objectifs macroéconomiques, en utilisant deux leviers principaux :

  • Politique budgétaire : Cela concerne les dépenses publiques et la fiscalité.

  • Politique monétaire : Cela concerne l'offre de monnaie et les taux d'intérêt.
    Ces politiques peuvent être expansionnistes ou restrictives selon la conjoncture économique.

6. Méthodologie de l’analyse macroéconomique

La macroéconomie repose sur une combinaison de modélisation théorique et d'analyse empirique. Les modèles agrégés (comme le Keynésien, IS-LM, Mundell-Fleming, etc.) permettent de représenter de manière simplifiée les mécanismes économiques et reposent sur des hypothèses simplificatrices qui sont progressivement assouplies pour intégrer des dimensions plus réalistes. Les données statistiques et les comptes nationaux constituent une base essentielle pour mesurer la performance économique et orienter les décisions publiques.

Chapitre I : La comptabilité nationale et la mesure de l’activité économique

Introduction

La comptabilité nationale constitue le socle empirique de l'analyse macroéconomique moderne. Élaborée à partir des travaux pionniers de Simon Kuznets dans les années 1930 et institutionnalisée dans l'après-guerre, elle fournit un cadre systématique pour mesurer, organiser et interpréter l'ensemble des activités économiques d'un pays. Grâce à une architecture de comptes articulés, la comptabilité nationale décrit les interactions entre agents économiques, les flux réels et monétaires, ainsi que la production, la répartition et l'utilisation des richesses. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est la pierre angulaire de ce système, mesurant la valeur monétaire des biens et services finaux produits sur le territoire d'un pays durant une période donnée. Au-delà du PIB, la comptabilité nationale permet d'examiner la formation du revenu national, la structure de l'épargne, l'investissement, et les relations économiques internationales. Ce cadre est essentiel non seulement pour la statistique descriptive, mais aussi pour l'analyse théorique et opérationnelle applicable à la formulation des politiques publiques, l'évaluation des performances macroéconomiques et la comparaison internationale.

1. Le circuit économique et les secteurs institutionnels

La représentation la plus élémentaire du fonctionnement macroéconomique est le circuit économique, qui met en évidence la circulation continue des flux entre les agents. Ce schéma repose sur une double articulation : d'un côté, les flux réels, correspondant aux échanges de biens, services et facteurs de production ; de l'autre, les flux monétaires, qui reflètent les paiements associés à ces échanges. Dans sa version simplifiée, on distingue deux catégories d'agents :

  1. Ménages : Ils offrent des facteurs de production (travail et capital) aux entreprises et reçoivent en retour des revenus (salaires, intérêts, bénéfices).

  2. Entreprises : Elles utilisent ces facteurs pour produire des biens et services. Les revenus gagnés par les ménages servent à consommer les biens et services produits par les entreprises, fermant ainsi le circuit. Cette représentation simplifiée est progressivement enrichie pour refléter la complexité des économies contemporaines, intégrant des acteurs supplémentaires tels que l'État, les institutions financières et le reste du monde.

2. Le produit intérieur brut : définition et méthodes de calcul

2.1 Définition

Le Produit Intérieur Brut (PIB) représente la valeur monétaire totale des biens et services finaux produits sur le territoire économique d'un pays durant une période donnée. Les biens intermédiaires, les biens d'occasion, et les simples transactions financières sont exclus de ce calcul. Le PIB est un indicateur de production territoriale, tenant compte de toute production réalisée à l'intérieur des frontières, qu'elle provienne de facteurs nationaux ou étrangers. Cela le distingue du Produit National Brut (PNB) qui mesure la production des facteurs de production appartenant aux résidents.

2.2 Les trois approches de mesure du PIB

Trois méthodes équivalentes permettent de calculer le PIB :

  1. Approche par la production : Elle consiste à sommer les valeurs ajoutées de toutes les unités de production résidentes et y ajoute les impôts sur la production et les importations, tout en retranchant les subventions. On a alors :
    PIB = ext{somme des valeurs ajoutées} + ext{impôts} - ext{subventions}.

    • La valeur ajoutée est la différence entre la valeur de la production et celle des consommations intermédiaires.

  2. Approche par le revenu : Elle repose sur la distribution des revenus générés par la production (rémunérations des salariés, excédents bruts d'exploitation, revenus mixtes, impôts nets