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Introduction à la Théorie Politique et à l'Utilitarisme
Introduction au Cours de Théorie Politique
Intervenant : Michel, professeur de théorie politique à l'Université de Genève.
Structure du module : Le cours se compose de séances dédiées à la théorie politique, suivies d'une quatorzième séance consacrée aux dies académiques (sans cours).
Langues et Examens : Bien que le professeur utilise l'anglais et le français pour accommoder les étudiants internationaux, l'examen final se déroulera exclusivement en français.
Référence complémentaire : L'ouvrage de référence est Justice de Michael Sandel. La lecture des premiers chapitres est recommandée (disponibles sur Moodle) pour approfondir les débats contemporains, bien que l'examen porte sur le contenu des cours magistraux.
Définition de la Justice selon Michael Sandel
Approche intuitive : La théorie politique part souvent de l'intuition de base des individus sur ce qui est juste (équité, égalité, légitimité, règles, etc.).
Définition générale : Une société juste est celle qui répartit ses biens de la manière qui convient, en donnant à chacun ce qui lui est dû.
Objets de répartition : La justice concerne la distribution de choses auxquelles nous accordons de la valeur :
Revenus et patrimoine.
Devoirs et droits.
Pouvoirs et opportunités.
Positions et honneurs.
Les Trois Grandes Théories de la Justice
Le cours explorera trois cadres théoriques majeurs :
L’Utilitarisme (Séance 1) : Une société juste cherche à maximiser le bien-être ou le bonheur du plus grand nombre de ses membres.
Le Libertarisme (Séance 2) : La justice réside dans le respect des libertés fondamentales et un État minimal qui n’intervient pas dans la vie privée.
Le Libéralisme Égalitaire (Séance 3) : La justice exige des politiques publiques compensant les désavantages sociaux et économiques issus du marché pour garantir des chances équitables de réussite.
Nature et Méthodologie de la Théorie Politique
Définition de Will Kymlicka : La théorie politique s'adresse à la politique et à la manière dont les institutions (gouvernements, marchés, tribunaux) encadrent les désaccords sur les idéaux sociaux pour atteindre des objectifs fixés. Elle permet d'évaluer de manière critique les politiques publiques.
Approche Empirique vs Théorique :
Approche Empirique (Science politique, Sociologie) : Décrit les faits et le fonctionnement des phénomènes sociologiques ou étatiques basés sur des critères de validité observationnels.
Approche Théorique/Normative (Théorie politique) : Se concentre sur les valeurs et les principes (justice, liberté, égalité) qui devraient régir le comportement public. Elle utilise la spéculation et le raisonnement logique.
L'Équilibre Réflexif : Procédure d'argumentation consistant à effectuer des ajustements mutuels entre nos intuitions (jugements particuliers sur des cas concrets) et des principes généraux pour construire un système cohérent.
L'Utilitarisme : Fondements Théoriques
Principe de base (Jeremy Bentham) : Les êtres humains sont gouvernés par deux maîtres souverains : la douleur et le plaisir. Nous recherchons le plaisir et fuyons la douleur.
Objectif Moral et Politique : La morale consiste à maximiser le bonheur collectif. Les gouvernements doivent choisir les lois et politiques produisant le plus grand bonheur pour le plus grand nombre.
Calcul de l'Utilité : L'utilité est définie comme la somme totale de plaisir moins la douleur pour une communauté donnée (la communauté étant la somme des individus).
Expériences de Pensée et Dilemmes Moraux
Le Dilemme du Tramway (Philippa Foot)
Scénario : Un tramway hors de contrôle fonce vers personnes. Le conducteur (ou un juge) peut dévier le train sur une autre voie où se trouve seule personne.
Analyse Utilitariste : Il est moralement requis de dévier le train pour sauver vies au prix d'. Le calcul est simple : .
Le Cas du Chirurgien et des Transplantations
Scénario : Un chirurgien a patients mourants ayant besoin d'organes différents. Un voyageur en bonne santé arrive pour un contrôle ; ses organes sont compatibles. Est-il moral de le sacrifier pour sauver les autres ?
Contraste : Bien que mathématiquement identique au dilemme du tramway ( contre ), l'intuition morale de la plupart des gens rejette cette option, soulignant les limites de l'utilitarisme pur.
Application Réelle : La Pandémie de COVID-19
Le dilemme : Choisir entre le confinement total (sauver des vies, mais détruire l'économie et les libertés) ou maintenir l'activité (préserver l'avenir de la société, mais accepter un nombre de décès élevé).
Analyse Coût-Bénéfice : Les politiques publiques utilisent cette logique pour décider si les avantages (protection sanitaire) l'emportent sur les inconvénients (faillites, chômage, santé mentale).
Critiques et Limites de l'Utilitarisme
1. Non-respect des Droits Fondamentaux
L'utilitarisme peut justifier le sacrifice d'un individu ou d'une minorité si cela augmente le bonheur total. Il ne reconnaît pas de droits inviolables si le calcul d'utilité penche de l'autre côté.
2. L'Unité de Valeur Unique (Monnaie Commune)
L'idée que tous les biens moraux peuvent être réduits à une seule mesure (le plaisir ou l'argent) est problématique.
Étude de cas : La Ford Pinto (années 1970) :
Problème : Le réservoir explosait en cas de choc.
Analyse de Ford : Réparer chaque voiture coûtait dollars.
Coût de la mise en conformité : dollars.
Coût estimé des indemnisations (morts et blessés) : dollars.
Décision : Ford n'a pas réparé car le coût de la vie humaine était inférieur au coût de réparation. Cela illustre l'aspect potentiellement immoral de l'analyse coût-avantage pure.
Évolution de l'Utilitarisme : John Stuart Mill
John Stuart Mill tente de répondre aux critiques en introduisant la notion de qualité du plaisir.
Plaisirs Supérieurs vs Inférieurs : Selon Mill, il existe des plaisirs plus désirables que d'autres (ex: lire de la philosophie vs plaisirs purement physiques).
Le Test de Mill : Si des personnes ayant expérimenté deux plaisirs accordent une préférence nette à l'un sans obligation morale, celui-ci est de qualité supérieure.
Citation célèbre : « Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu'un porc satisfait ; Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait. »
Conséquence : Cela rend la prise en compte des préférences individuelles plus complexe car elle ne repose plus seulement sur la quantité, mais sur la valeur intrinsèque perçue par ceux qui sont « éclairés ».
Questions et Discussion
Question d'un étudiant : Si on n'agit pas dans le dilemme du train, on n'est pas complice. En agissant, on devient responsable de la mort d'une personne.
Réponse/Débat : Certains soutiennent que c'est une question de destin. D'autres invoquent la responsabilité civile : ne pas agir alors qu'on peut sauver personnes pourrait être considéré comme une faute. L'utilitarisme se concentre uniquement sur le résultat final ( survivants contre ).
Question sur les penchants sadiques : Si quelqu'un prend du plaisir à tuer, est-ce moralement juste selon l'utilitarisme ?
Réponse : Il faut fixer un standard psychologique général. Bien que les inclinations personnelles comptent, la théorie cherche une utilité sociale globale basée sur des standards humains réalistes (le plaisir du tueur ne compenserait pas la douleur de la victime et la perte pour la société).
Les Quatre Points Clés à Retenir
Théorie Conséquentialiste : La moralité d'une action ou d'une politique est évaluée uniquement en fonction de ses conséquences.
Résultats Globaux : La justesse d'une action est déterminée par les résultats globaux (bons ou mauvais) qu'elle produit pour l'ensemble de la communauté.
Maximisation du Bonheur : L'objectif central est de maximiser la somme totale de bonheur ou d'utilité pour le plus grand nombre.
Analyse Coût-Avantage : L'utilitarisme repose sur la pondération des bénéfices potentiels et des dommages. Sa limite majeure est le sacrifice possible d'individus pour le bien-être collectif.