cours 2: Les Auteurs des Crimes Économiques

Objectifs et Structure du Module - CRI-2122\n\n- ID du cours : CRIMINALITÉS ÉCONOMIQUES CRI-2122.\n- Module 2 : Les auteurs des crimes économiques.\n- Intervenante : Pr. Patricia Akiobe (École de travail social et de criminologie).\n- Date de référence : 202605042026-05-04.\n- Objectifs visés :\n - Identifier précisément l'auteur d'un crime économique.\n - Approfondir la psychologie spécifique des auteurs.\n - Expliquer les mécanismes psychologiques et environnementaux menant au passage à l'acte.\n- Structure du cours :\n - I. Traits de personnalité (facteurs dispositionnels).\n - II. Profil type du criminel en col blanc.\n - III. Théories criminologiques explicatives.\n\n# I - Les traits de personnalité comme facteurs dispositionnels\n\n- 1) Pouvoir de persuasion et talent d'acteur :\n - Selon Doocy, Shichor, Sechrest et Geis (20012001), ainsi que Shover, Coffey et Hobbs (20032003), la réussite dans la fraude (notamment le télémarketing) exige un talent de persuasion exceptionnel, des habiletés verbales et une capacité d'improvisation.\n - Mergen (19701970) souligne une faculté d'adaptation sociale extrêmement développée permettant d'exploiter la confiance des victimes.\n\n- 2) Narcissisme, égocentrisme et compétitivité :\n - Études de Collins (19911991) et Blickle et al. (20062006) : Les délinquants en col blanc ont des scores significativement plus élevés sur l'échelle du narcissisme par rapport aux hommes d'affaires respectueux des lois.\n - Caractéristiques : Surestimation de soi, sentiment grandiose de sa propre importance, besoin excessif d'admiration et confiance en soi démesurée (mégalomanie).\n - Machiavélisme : Sentiment d'être unique ou spécial, au-dessus des lois, que seuls les individus de haut niveau peuvent comprendre.\n\n- 3) Sens des responsabilités :\n - Collins et Schmidt (19931993) utilisent le concept de << social conscientiousness >> (conscience sociale).\n - Un faible score sur l'échelle de responsabilité est un prédicteur fort de comportements antisociaux et de propension à la criminalité économique.\n\n- 4) Contrôle, pouvoir et manipulation :\n - L'acte de manipuler autrui procure un sentiment de toute-puissance et de supériorité.\n - La criminalité économique offre l'opportunité de jouir d'une emprise sur les gens.\n\n- 5) Le profit et le plaisir (Force motivationnelle) :\n - Au-delà du gain financier, les fraudeurs finissent par jouir davantage du processus d'acquisition et des moyens astucieux utilisés (excitation, émotion, frénésie).\n - Exemple : Un hacker qui s'infiltre dans un système bancaire peut être plus motivé par le défi technique et le plaisir de réussir l'intrusion que par la rançon exigée.\n\n- 6) Refus de la qualification de criminel et Rationalisation :\n - Dodd (20002000) : Les fraudeurs se perçoivent comme intelligents et habiles, pas comme des criminels.\n - Cusson (19981998) : Utilisation d'un << arsenal d'excuses >> pour minimiser le préjudice, justifier l'acte ou nier la culpabilité.\n\n# II - Le Profil type du criminel en col blanc\n\n## Caractéristiques organisationnelles\n- La taille de l'entreprise : Les grandes organisations offrent plus d'occasions de dissimulation (structures complexes, dispersion des responsabilités). \n - Scandales cités : Enron (20012001), Société Générale (20082008).\n - Note : Les petites entreprises sont plus durement touchées par la fraude interne à cause de budgets restreints.\n- La culture organisationnelle : La culture bureaucratique et l'accent sur la performance << à tout prix >> peuvent banaliser la déviance et réduire les freins moraux (silence organisationnel).\n- La santé financière : Pearce (20012001) note que les entreprises en difficulté financière sont plus à risque (pression pour manipuler les chiffres, rationalisation de pratiques illicites comme temporaires).\n- Mécanismes de contrôle interne (ACFE 20242024) :\n - 32%32 \% des fraudes sont dues à une absence de contrôles.\n - 19%19 \% résultent du contournement de contrôles existants.\n\n## Caractéristiques individuelles\n- Âge : Plus âgés en moyenne, car l'ascension hiérarchique prend du temps (nécessité d'études et d'expérience).\n- Sexe : Historiquement masculin, mais l'écart tend à s'amenuiser.\n- Éducation : Niveau d'instruction supérieur (diplômes universitaires souvent requis pour les postes de confiance).\n- Position hiérarchique : Le sommet de l'organigramme facilite l'accès aux fraudes d'envergure et l'inspiration de la confiance.\n- Nouvelle tendance : La criminalité en ligne fait apparaître des auteurs plus jeunes et moins ancrés dans les organisations classiques.\n\n## La criminalité en col rose\n- Concept introduit par Daly (fin des années 19801980) : Fraudes liées à des emplois administratifs peu prestigieux (comptes, paie, caisse) occupés par des femmes.\n- Motivations : Tensions économiques (bas salaires) ou pressions familiales.\n- Cas Martha Stewart : Condamnée pour délit d'initié en 20012001 (vente d'actions juste avant une chute de valeur grâce à des infos privilégiées). Cet événement a marqué l'opinion publique par son ampleur médiatique inhabituelle pour une femme.\n\n# III - Les théories explicatives du crime économique\n\n## 1. L'association différentielle (Sutherland, 19601960)\n- Le comportement criminel n'est pas inné ; il est appris par interaction et communication avec d'autres au sein de groupes restreints.\n- L'apprentissage inclut les techniques et les rationalisations (justifications morales).\n- Un individu devient criminel quand les définitions favorables à la violation de la loi surpassent les définitions défavorables.\n- Exemple Enron : La culture d'entreprise encourageait activement la manipulation financière.\n\n## 2. L'économie du crime (Gary Becker, 19681968)\n- Théorie du choix rationnel : Le criminel fait une analyse coûts-bénéfices.\n- Décision basée sur : (Gains attendus + Plaisir) vs (Probabilité d'arrestation + Sévérité de la peine).\n- Recommandation : Privilégier les sanctions financières, car la prison peut parfois sembler << moins coûteuse >> que l'amende pour certains délinquants.\n\n## 3. Activités routinières (Cohen et Felson, 19791979)\n- Le crime survient lors de la convergence de trois éléments :\n - 1. Un criminel motivé.\n - 2. Une cible vulnérable.\n - 3. L'absence d'un gardien efficace.\n\n## 4. Théorie de l'anomie (Merton, 19381938)\n- Écart entre les objectifs culturels (succès, argent) et les moyens institutionnels disponibles (travail, épargne).\n- La frustration née de cet écart pousse l'individu à utiliser des moyens illégitimes pour atteindre le succès.\n\n## 5. Le Triangle de la Fraude (Donald Cressey, 19501950)\n- Trois éléments indissociables :\n - Pression : Problème financier non partageable (dettes, addiction au jeu, train de vie décalé).\n - Opportunité : Faiblesse des contrôles internes, accès étendu aux données.\n - Rationalisation : Se convaincre que l'acte est acceptable (ex: << Je suis sous-payé >>, << C'est juste un emprunt >>).\n\n## 6. Théorie de la neutralisation (Sykes et Matza, 19541954)\n- Permet de violer les normes tout en se protégeant de la culpabilité.\n- Les 5 techniques :\n - 1. Déni de responsabilité (<< Ce n'est pas ma faute, je suis le jouet des circonstances >>).\n - 2. Déni de faute (<< Ce n'est pas grave, personne n'a été blessé >>).\n - 3. Déni de victime (<< Ils l'ont cherché / Ils ne me payaient pas assez >>).\n - 4. Condamnation des accusateurs (<< Les législateurs sont incompétents ou injustes >>).\n - 5. Appel à des loyautés supérieures (<< J'ai fait ça pour sauver l'entreprise ou pour ma famille >>).\n\n# Études de cas et Personnalités médiatisées\n\n- Bernard Madoff : Escroc en col blanc emblématique, grand talent de persuasion, aucune compassion pour les victimes, profil narcissique grandiose.\n- Vincent Lacroix (Affaire Norbourg) : Jeune innovateur (société de courtage à 2222 ans), maître manipulateur, absence de remords apparent (narcissisme sans prescription médicale). Ses crimes étaient basés sur le mensonge constant et l'exploitation des vulnérabilités.\n- Comparaison : Certains experts suggèrent que 50%50 \% des traits des grands fraudeurs s'apparentent à ceux des tueurs en série (manipulation, absence d'empathie, besoin de contrôle).